Wizzards In Black

Chapitre 13 : la substitution des objets magiques

Par eric_vincent

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L’homme se planta devant le miroir, une réplique du Risèd acquise chez les frères Weasley. La réalité montrait un être mûr au visage parcouru par quelques rides, aux cheveux grisonnants, à la musculature émoussée. Les soixante-trois années se faisaient sentir.

Il prit une inspiration et édicta :

— Foi de Rita, change la vérité comme il se doit.

Chose promise par George et Ron Weasley lorsqu’il avait acquis le modèle réduit à bon prix – les soldes d’été –, le reflet s’altéra et lui rendit ses vingt ans.

— Oh bordel de tête de gnome ! T’es moche comme un Magyar à pointes écornées recouvertes de crottes de rat !

Orion sourit et poursuivit ses préparatifs pour se rendre au travail. Tourette, son Chartier de compagnie, lui signifiait son attachement par ces mots doux chaque matin. L’animal, non doué de raison, était capable d’apprendre des phrases et d’imiter la voix humaine à la perfection. Sans qu’un magizoologiste ne soit capable de l’expliquer, cette race inoffensive développait une prédilection pour les insultes, les noms d’oiseaux. Elle était à l’origine de l’expression moldue « jurer comme un charretier ». Naturellement, le patronyme de Tourette se justifiait par la célèbre maladie moldue nommée Gilles de la Tourette où les patients victimes de ce syndrome étaient affligés de tics gestuels et vocaux orduriers incontrôlables.

L’homme s’assit à sa table et se versa un grand bol de café. Depuis 22 ans, son rituel était immuable. Il coupait des scones en deux, les plongeait dans le liquide brûlant, en mettait un peu partout sur le torchon tenant lieu de bavoir, rêvassait ou lisait la Gazette du sorcier, constatait qu’il prenait du retard, finissait en toute hâte et lançait un Tergeo dans le bac à vaisselle. Le bol et les couverts devenaient propres. Un Wingardium Leviosa bien maîtrisé et les objets se remettaient à leurs places dans les placards et les tiroirs.

Ensuite, après avoir fait jurer à Tourette de ne pas semer la zizanie, il quittait les lieux et descendait de quelques niveaux, jusqu’au magasin de la Ménagerie Magique où il occupait la fonction de vendeur et soigneur.

Il n’était plus jamais retourné à Poudlard. Pas depuis 23 ans, lors de son ultime voyage dans le Poudlard-Express. Il n’avait pas assisté à la bataille de Poudlard, achevée par la destruction de Voldemort, éliminé par Harry, avec l’aide de tous les élèves et professeurs de bonne volonté. Il n’avait pas poursuivi sa mission. Il avait abandonné tout espoir de réussite. Le temps et la solitude avaient fait leur ouvrage abrasif. De plus, il n’avait jamais eu de nouvelles de Cassiopée Cassini, ni d’aucun membre de sa communauté d’origine. Alors, la chasse au Déluminateur avait cessé.

Pourtant, juste après la mort du Seigneur des Ténèbres, il avait élaboré un plan infaillible. D’abord, il devait s’introduire dans le logement des frères Weasley, à l’arrière de leur magasin. Ensuite, il trouvait le Déluminateur grâce à un simple Accio, le copiait par Gemino, laissait la copie sur place et transfluidait jusqu’à Amphigika. Il faisait une démonstration à Cassiopée en captant des âmes du Bénitier Sacré et en les réinjectant, purifiées, dans les corps réceptacles. Le temps que Ron, bien occupé à la boutique à remplacer le défunt Fred Weasley, s’aperçoive que son briquet d’argent ne fonctionnait plus, sûrement par vétusté, de l’eau aurait coulé sous les ponts.

Cette succession d’actions millimétrées, c’était le plan initial. Sauf que très vite, il y avait eu un bémol : Ron avait déménagé puis emménagé sur le Chemin de Traverse avec… Hermione Granger. La jeune femme, brillante sorcière, avait protégé leur résidence avec une liste de sortilèges aussi copieuse que ses ambitions au Ministère. Des projets couronnés de succès puisqu’elle avait été élue Ministre de la Magie en 2018. Avec son frère de cœur, Harry, désormais commandant des Aurors, le trio initial était inaccessible.

La mort de Fred n’avait pas été la seule disparition lors de la bataille déclenchée par Voldemort. Les décès se comptaient par dizaines. Parmi eux, Remus Lupin, le loup-garou et sa femme Tonks. Hagrid, le demi-géant, avait survécu. Harry avait épousé Ginny Weasley, joueuse de Quidditch professionnelle, puis journaliste sportive. Il avait fait des Weasley sa famille d’adoption, comme cela avait été depuis ce jour où Molly l’avait guidé jusqu’à la voie 9 ¾. Ils avaient des enfants. Tous les anciens élèves étaient parents. Même Drago Malefoy avait un fils, Scorpius, qui adorait la Ménagerie Magique. Pauvre gamin… Il avait perdu sa mère l’année dernière.

Orion se plaisait beaucoup à la Ménagerie. Le Chemin de Traverse revivait comme autrefois ou presque. Florian Fortarôme n’était jamais revenu, assassiné par les Mangemorts. Sa dépouille avait été retrouvée au Département des Mystères. Sa boutique était fermée depuis. Le fils de Garrick Ollivander avait pris la succession de son père, trop âgé pour poursuivre mais, d’un avis unanime, il n’avait ni l’érudition, ni le savoir-faire, ni les ingrédients de qualité de son père.

Tom, le patron du Chaudron Baveur avait pris sa retraite et cédé son établissement à Hannah Abbot, l’épouse du professeur Neville Londubat. Hannah était charmante, attentionnée et tenait l’établissement à la perfection. Elle ajoutait des touches féminines et moldues à la bâtisse, se cassait la tête pour varier les menus, cherchait des produits frais, des boissons excellentes. Orion regrettait juste la complicité de Tom, son premier contact dans le monde sorcier.

Réflexion faite, tous les commerçants avaient subi des pertes. Les Gobelins de Gringott’s n’avaient pas été épargnés, bien au contraire. Son conseiller personnel avait été pulvérisé par les flammes d’un dragon. L’animal avait réduit en cendres une large frange des argentiers. Les Mangemorts s’étaient chargés d’élargir leur fosse commune. Le jeune conseiller de Fleury et Bott s’était évaporé quelques heures après son enlèvement et sa détention à Azkaban. Une coïncidence qui hantait Orion. La même mésaventure était survenue à Trudeau Quill, l’affable et ingénieux vendeur de Scribbulus Everchanging Inks, la papeterie jouxtant Fleury et Bott. Le passionné de plumes avait attiré l’attention du Mage noir et ses sbires l’avaient kidnappé. Son corps, retrouvé avec celui de Florian Fortarôme, montrait de nombreux stigmates. Il avait été torturé mais pour quelles raisons ?

La bataille de Poudlard et la victoire des forces conjointes de l’armée de Dumbledore et de l’ordre du Phénix, n’avaient pas levé le voile sur tous les mystères. À aucun moment, les médias n’avaient mentionné les Horcruxes dont Harry, Hermione et Ron avaient fait la chasse. Leur action avait été réduite à la seule victoire de Potter contre Voldemort. Selon les témoins de l’époque, l’assaut final s’était résumé à un Expelliarmus interminable face à un Avada Kedavra incapable de percer le simple sortilège d’Harry. Toujours selon les élèves ayant assisté à l’affrontement, Voldemort avait utilisé la baguette reconnaissable de Dumbledore, arrachée à sa dépouille, tandis qu’Harry avait usé de celle de Drago Malefoy, captée en duel auparavant. Une victoire incompréhensible. Le trio n’avait pas été prolixe en explications et l’ex-policier avait supposé des cachotteries de leur part et une chape de plomb du gouvernement Shacklebolt. Aux yeux de l’Amphigikien, il était évident que le road-trip achevé à Poudlard n’avait pas été vain. Ces Horcruxes avaient à voir avec l’élimination du Mage noir.

D’autres changements avaient eu lieu. Selon des rumeurs, les Retourneurs de temps détenus par le gouvernement avaient été détruits pour qu’aucune tentative visant à ramener le Seigneur des Ténèbres à la vie, ne soit entreprise par ses fidèles. Bien que l’intention soit louable, Orion n’avait pas compris le sens de cette information. Quel était l’intérêt de faire cette révélation au public ? Était-ce pour masquer qu’il en restait, quelque part ? À Gringott’s ? Au Ministère ? À Poudlard ? À l’étranger ? Et puis ? La belle affaire ! Voldemort était mort depuis plus de vingt ans et aucun Retourneur n’avait la capacité à remonter plus de cinq heures sans faire courir un risque mortel à son usager ? Quoi qu’il en soit, cette nouvelle avait contribué à sceller la fin de sa mission. Désormais, Orion vivait au grand jour, sous sa véritable identité, travaillait et entretenait des relations de bon voisinage. Il ne craignait même pas de croiser le Commandant des Aurors qui avait oublié son visage depuis plus de trente ans. Lorsqu’il pénétra dans la Ménagerie Magique, l’Amphigikien avait le sourire. La journée du 31 août serait une belle journée.

Lorsque le sorcier entra accompagné de sa fille, pré-adolescente rousse aux yeux bleus, Orion éprouva un léger frisson. Ron Weasley était célèbre au point d’avoir une carte de chocogrenouille à son effigie et c’était une figure de proue parmi les commerçants du Chemin de Traverse. Il assumait ce statut avec bonhomie même s’il rougissait jusqu’aux oreilles.

Le vendeur les laissa fureter dans le magasin, en toute tranquillité. Il se tint à une distance raisonnable, juste assez pour se retrouver dans leur champ de vision s’ils avaient besoin de renseignements.

— Je voudrais un Boursouflet, Papa.

— Tu sais bien que Poudlard n’accepte que les hiboux, les chats et les crapauds.

— Ce n’est même pas vrai ! Tante Ginny avait eu un Boursouflet. Et toi, tu avais Croûtard, un rat. Qui était un Animagus.

— Peut-être mais Harry avait une chouette et maman avait un chat.

— Pattenrond ? Tu parles ! Je te parie que c’était un Fléreur !

— Mmm…

Ron semblait préoccupé, dans la lune.

— Bon, on est d’accord pour un Boursouflet ?

— Mmm…

— On le prend maintenant ?

— Mmm…

— Tu ne m’écoutes pas, Papa !

— Hein ?

— Tu ne m’écoutes pas.

— Désolé, ma chérie. C’est juste que j’ai appris une nouvelle incroyable.

— Quoi ? fit la jeune fille, agacée que son père n’ait pas gagné en attention au fil du temps.

— Harry a arrêté un gars que nous connaissions à Poudlard. Il avait un Retourneur de temps.

— Quoi ? Mais je croyais qu’ils avaient tous été détruits !

La conversation n’échappa pas aux oreilles du vendeur. C’était comme si du whisky Pur Feu avait été jeté sur des braises qu’il croyait éteintes.

« Un Retourneur ! »

— Ils ont tous été détruits. Tous ceux qui étaient comme celui que Maman a utilisé en troisième année de Poudlard pour suivre deux fois plus de matières.

— Mais… ?

— Mais le Retourneur de Nott, c’est le nom du prisonnier, ne ressemble pas aux anciens. Il paraît qu’il peut remonter très loin. C’est très dangereux ! J’espère que ta mère ne va pas le garder et qu’elle va aussi le détruire. Dès que le procès de Nott aura eu lieu. Bon, assez parlé de ça. Si nous prenions une chouette ? Tu pourrais nous écrire.

— Il y a les hiboux de l’école. Tu écrivais, toi ?

— Euh…

— Un Boursouflet.

— Non.

— Un Augurey.

— Quelle horreur ! Jamais de la vie ! Ça porte malheur !

— Un Crabe de Feu ! Ou bien une salamandre !

— Ma parole, on croirait que tu es la fille de Finnigan !

— Je sais : un Botruc ! Ou un Croup ! Ou alors un Lutin de Cornouailles ! Ou alors…

Orion n’en croyait pas ses oreilles. Ce Nott détenait un Retourneur ! Comme quoi, le discours du Ministère, c’était du baratin ! Cette nouvelle changeait la donne. Du tout au tout. Un Retourneur puissant, le Déluminateur capteur d’âmes, un saut de quarante années à Amphigika, Cassiopée, Alcyone. Tout redevenait possible.

— Monsieur…

Il n’y avait qu’à briser des sortilèges domestiques mis en place par la plus douée des sorcières.

— Monsieur…

Ensuite, il fallait forcer l’entrée du Ministère ou trouver une kyrielle d’astuces pour entrer dans le bureau d’Hermione Granger-Weasley.

— Monsieur Orion.

— Hein ?

Rose tirait la manche du vendeur. Il revint à la réalité.

— Oui ? Que veux-tu ?

— Un Boursouflet.

— Rose, non. Un hibou ou une chouette. Nous avons assez d’animaux à la maison.

— Ton père n’a pas tort. S’occuper d’un animal demande du temps et de l’énergie. Tu vois, ici, je soigne et nourris toute la ménagerie. C’est mon métier, ma passion. Cependant, à la maison, je n’ai qu’un seul compagnon à quatre pattes.

— Vraiment ?

— Oui.

— Quelle sorte ?

— Essaie de deviner…

Rose se mordilla les lèvres et l’index, se creusa les méninges et tenta :

— Un Fléreur.

— Non.

— Un Croup.

— Non plus. Allez, je te donne un indice : il ressemble à un furet, mais il est magique.

Elle bondit sur place, enthousiaste :

— Un Chartier ! Papa, j’veux un Chartier !

— Ta mère me tuera si je t’offre un Chartier. Avant ça, elle m’aura couvert d’insultes qu’il lui répétera en boucle. Pas question, Rose.

— Là encore, ton père est dans la vérité. Un Chartier est un infatigable bavard. Il se moque de savoir si tu es malade, si tu as besoin de repos ou de silence pour travailler, faire tes devoirs. Il a peu de vocabulaire et le répète tout le temps. Même si un personnage important est présent.

— Vraiment ?

— Oh ouiiiiii ! Le Chartier a aussi besoin d’attention. Si jamais il s’ennuie, il fouille, met le bazar, détruit sans vergogne.

— Ah…

— Un Chartier exige de maîtriser les sortilèges Tergeo, Recurvite et la série de Reparo. Indispensable.

Rose sembla déçue.

— Alors ?

Orion réfléchit quelques secondes en arpentant l’allée. Puis, un éclair de génie le traversa :

— Rose, tu me sembles être une jeune fille pleine de bon sens et le genre à relever des défis. Je te propose de prendre un corbeau.

— Un corbeau ?

— Tout à fait. C’est un animal jugé non magique mais, pour être honnête, c’est un oiseau vénéré dans de nombreuses civilisations. Il s’apprivoise, il peut transporter du courrier, des colis, car il mesure un mètre cinquante d’envergure. Il est rapide et d’une intelligence stupéfiante. Un des rares oiseaux à utiliser des outils. Il répond aux paroles par des cris, il jacasse volontiers. Il est élégant, avec sa robe noire. Il apprécie toutes sortes de nourriture et peut la trouver par lui-même. De plus, ne l’oublions pas, il est l’emblème d’une des quatre maisons de Poudlard, Serdaigle.

Ron approuva le discours. Rose aimait se distinguer et nul doute qu’un corbeau à Gryffondor ferait sensation. L’entretien de l’oiseau serait modéré et la jeune fille lui prodiguerait de l’amour. L’idée fit son chemin dans l’esprit des Weasley.

— Tu auras toutes tes buses, conditionna le père.

— D’accord, lâcha Rose.

— Avec mention…

— Effort Exceptionnel au minimum ! Oui, je connais le discours de Maman par cœur. Je le passe en boucle sur le gramophone.

La phrase magique fut prononcée :

— Combien ? fit Ron.

L’affaire fut conclue avec une poignée de pièces sonnantes et trébuchantes. À l’oiseau furent adjoints une cage, de la nourriture sèche, vivante, une brosse aux poils de soie pour lisser les plumes et un baquet pour qu’il puisse s’ébattre dans l’eau.

Une fois que les clients eurent quitté la boutique, le propriétaire de la Ménagerie s’avança et nota :

— Jolie vente ! Bien joué.

Orion prit le compliment et attendit que le patron soit parti. Il nettoya le comptoir et trouva un cheveu roux court et raide. Il prit une fiole de verre et le glissa à l’intérieur.

Le Polynectar était prêt et stocké dans un placard. Il attendait l’ingrédient final, une part de l’humain à copier. Avec un litre sorti du chaudron, Orion avait de quoi se transformer des dizaines de fois. Il avait testé la potion avec un cheveu de son patron. Au prix d’une souffrance indescriptible, il s’était transformé en jeune héritier de la Ménagerie Magique. Seule la voix était demeurée la sienne. La formule du Polynectar jouant sur le timbre existait mais exigeait d’être un maître des potions. Une erreur et la transformation incluait tous les organes internes, de manière permanente.

Orion avait eu l’information sur le Retourneur de temps la veille et il était décidé à passer à l’action dès ce matin. Il disposait d’un créneau d’une bonne demi-heure, garantie à 100 %, pour fouiller le domicile des Granger-Weasley : le départ des enfants pour Poudlard, à King’s Cross, via le Poudlard-Express. Pour rien au monde Ron et Hermione ne couperaient à cette tradition ancestrale.

Il versa un peu de potion dans une flasque, inséra le cheveu de Ron et referma. Il agita la mixture. Il rouvrit, avala une gorgée au goût immonde et attendit. La transformation débuta dans la douleur. Ses cheveux devinrent plus courts, orangés. Sa peau blanchit et se constella de taches de rousseur. Son ventre se mit à gonfler. Il s’écroula, secoué par des spasmes.

La demeure des Granger-Weasley n’était pas éloignée du Chemin de Traverse. Elle se nichait dans un secteur pavillonnaire cossu, au cœur d’un quartier résumé à quelques petites rues. Les maisons de briques et de bois étaient mitoyennes et disposaient toutes de jardinets à la surface identique, millimétrée. La demeure du couple ne se distinguait pas des autres.

Orion/Ron avait été salué par une douzaine de personnes. Il s’était rendu compte de sa bévue trop tard : il suffisait qu’un sorcier connaisse ses habitudes, qu’il transplane à King’s Cross, prévienne l’original et son plan serait fichu par terre. Cependant, il était délicat de ne pas pénétrer dans la maison avec le visage d’un des locataires légitimes. Quant à se transformer sur le pas-de-porte, à la vue éventuelle des voisins, ce n’était pas la trouvaille la plus sérieuse.

La serrure était verrouillée, ce n’était pas une surprise. Yquem, sa fidèle baguette logée contre son avant-bras, dissimulée par sa cape émeraude, émit quelques étincelles pour concrétiser un sort murmuré. Le mécanisme resta en place.

« J’aurais dû me douter qu’un Alohomora basique n’en viendrait pas à bout. Voyons un truc de policier sorcier. Aguamenti ! Aquaglaciem ! Accio clef de glace ! »

Yquem injecta de l’eau, la congela et éjecta une clef gelée. Orion/Ron la repositionna et tourna. Les engrenages se mirent en branle. Il entra dans la résidence.

À l’intérieur, il crut halluciner. Il s’attendait à quelque chose décoré avec goût, rangé, ordonné, à l’image d’Hermione, rigoureuse. Il n’en fut rien. Il y avait du bazar partout, des tiroirs ouverts, des armoires béantes, du linge, des livres par terre, des bibelots jetés au sol, cassés. Il n’était pas seul. Un cambriolage était en cours.

Baguette en main, il lança un Humanum Revelio. Le sortilège répondit par la négative. Décidé à ne courir aucun risque inutile, il poursuivit ses incantations muettes.

« Accio Déluminateur »

Rien ne se passa. Ou plutôt si, une chose étrange. Un Niffleur fit son apparition. Pris de panique, il déguerpit sans traîner.

« Voilà pourquoi c’est un capharnaüm ! Un Niffleur ! Cadeau empoisonné. Ça demande une présence constante et une vigilance accrue. Bon… Tentons autre chose. Accio Éteignoir ! Accio Déluminateur de Dumbledore ! Accio Déluminateur hérité ! »

Le Niffleur revint devant lui. Pour un animal craintif, fuyant devant les inconnus, celui-ci avait un comportement inhabituel.

« Mais oui ! Bien sûr ! »

Il fouilla dans la poche intérieure de sa cape, dégota sa bourse et s’empara d’un Gallion. Il le fit tinter. La créature perdit toute contenance et fondit sur le détenteur. Orion l’agrippa par les pattes arrière, avec fermeté, et le secoua dans tous les sens. Une pluie de Gallions, de bijoux féminins, d’objets dorés, de petites cuillères, de fourchettes à gâteau tomba des replis de sa peau. Un bâton d’émeraude et d’argent scintillant chut au sol. Il le ramassa.

« Le Déluminateur ! Ça y est ! Je le tiens ! Je le tiens ! »

La tentation de décamper sans plus d’ambages se fit irrépressible. Il freina ses pulsions. Le Niffleur avait volé l’Éteignoir et un tas d’autres choses. Les Weasley devaient être habitués à ses pitreries, ses dérobades et devaient le fouiller chaque jour. S’il avait mis la main sur le legs de Dumbledore, cela signifiait qu’il était assez aisé d’y accéder. Facile parce qu’il servait toujours. Si Orion laissait une copie, Ron s’en rendrait compte dès aujourd’hui. Une enquête serait lancée. Harry Potter serait sur le coup. Le Ministère serait sur les dents. Or, il était impératif que l’alerte ne soit pas déclenchée. Alors, il s’en tint au plan initial.

« Gemino ! » pensa-t-il en dirigeant Yquem sur l’objet.

Aussitôt, un clone parfait apparut. Il le testa sur une lampe à pétrole en veille. Rien ne survint. Puis, il ouvrit le Déluminateur d’origine. La flamme s’envola. Il referma le clapet. Puis, il le rouvrit. La flamme reprit sa place.

« Quelle merveille ! »

Il reposa, à regrets, l’original et le Niffleur au sol. L’animal enfouit tous ses trésors et disparut. Orion se hâta d’explorer les pièces jusqu’à ce qu’il trouve la salle de bain. Au bout de quelques secondes, il mit la main sur une brosse à cheveux. Il préleva quelques cheveux longs d’une trentaine de centimètres. Rose, l’aînée des enfants, avait une chevelure rousse tombant jusqu’aux reins. Hermione avait une coiffure plus courte d’une teinte auburn. Il n’avait pas de doute.

Il ne s’attarda pas davantage. Il rebroussa chemin, lança quelques Tergeo là où il avait marché. Il revint à la porte d’entrée, sortit et acheva par un sortilège de son cru.

« Vestigia extermina »

Toutes les traces de son intervention furent effacées. Il se hâta de rejoindre une intersection de murs aveugles et patienta. Les yeux rivés sur ses mains, il nota un changement. Le teint laiteux constellé de taches de son vira au coloris doré. Il reprit sa forme d’Amphigikien.

Dès que la transformation fut achevée, il regagna son domicile où il dissimula le Déluminateur inactif dans une cachette secrète. Puis, il songea à la seconde partie de son plan. Il devait agir dès le lendemain, car le Retourneur détenu par la Ministre pouvait être soustrait et mis en sécurité à tout instant.

Le 2 septembre 2020, Orion laissa la fenêtre de son studio grande ouverte. Ainsi, s’il ne revenait pas de sa mission d’infiltration, Tourette pourrait s’échapper et ne pas mourir de faim. Il prit la copie du Déluminateur, la glissa dans sa bourse avec quelques Gallions, passa à la Ménagerie Magique et prévint qu’il devait s’acquitter d’une tâche administrative au Ministère.

Muni de deux fioles de Polynectar – Hermione et Ron – dissimulées dans la doublure en peau de Moke de sa cape, il sollicita une entrée au Ministère par la cabine téléphonique des visiteurs. Un code temporaire lui fut fourni, il le composa sur le cadran et la cabine rouge descendit dans le sol.

Une paire de minutes plus tard, il déclina son identité au contrôle et présenta sa baguette. Il montra le contenu de sa bourse où rien ne fut jugé dangereux. Puis, il se rendit aux ascenseurs. Au lieu de descendre au niveau auquel il prétendait, il réclama l’étage où siégeait le Magenmagot. Selon ses informations, le tribunal était cerné de coursives, de recoins, peu éclairés. À l’image des tribunaux moldus, en quelque sorte. Si on l’arrêtait, il prétexterait une convocation. Au pire, une erreur d’horaire ou de personne.

Il quitta l’ascenseur, se terra dans une travée déserte et tendit l’oreille. Tout était calme. Il défit la doublure de sa cape, extirpa la fiole de Polynectar Hermione et l’avala cul sec. La transformation fut très douloureuse, car le rétrécissement – Hermione était bien plus petite que lui – causait plus de souffrance qu’un allongement des os.

Le changement identitaire opéré, il rebroussa chemin. Dans l’ascenseur, il sélectionna le niveau un. C’est alors qu’il remarqua les autres niveaux dont le niveau neuf. Il accueillait le Département des Mystères. S’il n’avait pas été pressé d’accomplir sa mission, il aurait profité de son apparence de premier personnage du Ministère pour y faire un tour. La porte s’ouvrit.

En dépit de l’horaire matinal, il croisa pas mal de personnel. La plupart des sorciers se contentèrent d’un signe de tête ou de la main. Deux ou trois osèrent un bonjour sonore auquel il répondit en poussant sa voix dans les tonalités aiguës et en se raclant la gorge. Il atteignit le bureau, ouvrit la porte et la referma à l’aide d’un Collaporta.

Il détailla l’espace de travail. Il y avait une large fenêtre avec un sortilège d’illusion visuelle, comme si la Ministre travaillait en bordure de plage. Au centre de la pièce trônait le hors-d’œuvre : le bureau en chêne massif, ordonné au millimètre près. Il y avait des photos animées de Ron, leurs enfants et un souvenir incroyable : un cliché de l’Armée de Dumbledore, réalisé par le défunt Collin Crivey. Il y avait quatre chaises confortables et celle de la Ministre était identique à celles dévolues aux invités. À côté de cela, il y avait le morceau de choix, le plat de résistance : la bibliothèque. Hermione était avide de lectures et collectionneuse d’ouvrages rares. Il examina des titres et se rendit compte qu’il n’avait jamais vu certains écrits dans les rayonnages de Fleury et Bott. Il y avait aussi des grands classiques de la littérature dont les œuvres complètes de Jules Verne, Mark Twain et Agatha Christie. La Ministre avait des goûts assez éclectiques.

Le visiteur commença par lancer un Accio Retourneur de temps. Il reçut une réponse sous la forme de percussions dans une statuette figurant un elfe de maison brandissant un vêtement – une écharpe –. Il s’empara de l’objet. Il était creux mais parfaitement scellé. Il n’y avait aucune ouverture visible. Tout sortilège d’ouverture classique se révéla inutile.

« Il me faut ce Retourneur de temps ! »

Il le tourna et le retourna sans trouver de solution. Acculé, il prononça :

— Tempus Itinera GEMINO !

La statuette entière fut dupliquée. Il remit la copie en place et garda l’original. Tout à coup, le loquet de la porte s’abaissa. Pris au piège, il se fit translucide, la statuette derrière son dos, invisible.

Hermione entra dans la pièce, accompagnée d’Harry Potter. Un troisième larron resta à l’extérieur, mais il ne put voir ses traits. Hermione et Harry restèrent immobiles et silencieux, aux aguets, derrière la porte.

« Étrange… » songea l’Amphigikien. « Pourquoi font-ils cela ? Que craignent-ils ? »

Au bout de quelques minutes qui lui parurent durer une éternité, Ron Weasley les rejoignit. Il s’affala dans un fauteuil, épuisé d’avoir dû jouer la comédie. La conversation devint surréaliste et l’homme invisible en déduisit qu’il n’avait pas le trio original et légendaire devant lui mais des imposteurs. Il en eut la confirmation lorsque « Hermione » demanda où Hermione pourrait cacher un Retourneur de temps. C’était absurde, illogique.

Les deux hommes débattirent entre eux avant qu’elle ne leur rappelle l’objet de leur venue. Orion crut sa dernière heure arrivée, car il suffisait que l’un d’eux lance un Accio pour que la statuette d’elfe en bois s’envole vers eux et ne trahisse sa présence. Par chance, il n’en fut rien. La fausse Hermione suggéra d’explorer la bibliothèque. Rapidement, les imposteurs déchiffrèrent les titres et furent stupéfaits par la noirceur des ouvrages. Une collection à dresser les cheveux de madame Pince, la bibliothécaire de Poudlard. Le faux Harry dénicha une pépite assez incongrue sur la Divination, signée Sybille Trelawney, alors que la Ministre ne se cachait pas pour assimiler cette discipline à de la foutaise.

Lorsqu’il s’empara de l’ouvrage, le bouquin tomba par terre et se mit à parler. Il énonça une charade. Comme les trois tergiversaient sur la conduite à tenir, les livres les assaillirent avec violence. La véritable Hermione les avait transformés en système de défense : la preuve indiscutable que le Retourneur de temps se cachait dans la bibliothèque.

Les intrus parvinrent à résoudre la première charade et jetèrent leur dévolu sur un autre ouvrage consacré aux Détraqueurs. Durant la réflexion, la bibliothèque les attaqua sans relâche.

Un énième assaut eut raison de la supposée Hermione qui fut avalée, puis recrachée par les étagères. À sa sortie, elle changea d’apparence. À priori, il n’était pas le seul à avoir eu l’idée d’utiliser du Polynectar mais la formule réalisée par les imposteurs ne durait pas aussi longtemps que la sienne. À la place d’Hermione, il y avait désormais une jeune femme inconnue. Le système mis en place par la ministre avec les charades n’était pas terminé, car il fallait trouver à présent un livre sur Voldemort. Un ouvrage sur Tom Jedusor proposa une autre charade tandis que Ron s’extrayait des livres qui avaient tenté de le dévorer. Mais, ce n’était plus Ron Weasley mais Albus Potter, le fils de Harry. Lorsque fut venu le temps de répondre à la 3e charade, c’est Harry Potter qui fut avalé par la bibliothèque puis recraché sous la forme de Scorpius Malefoy qu’Orion avait déjà croisé à la Ménagerie magique. Les enfants étaient venus pour voler le Retourneur de temps et c’est dans l’ouvrage « Ombres et Esprits » qu’ils finirent par le trouver, mettant ainsi fin au comportement fou de la bibliothèque.

« Ce n’est pas possible ! Cela ne peut pas s’achever de cette manière ! Je ne peux pas leur arracher le Retourneur sans ensuite devoir utiliser un sortilège Oubliette que je ne maîtrise pas bien et que je répugne à mettre en œuvre ! Pourtant, j’ai absolument besoin de l’aide du Retourneur de temps ! Il me faut de l’aide. »

Orion sentit changer le poids de la statuette tenue par sa main gauche. Dans sa main droite apparut un objet gyroscopique avec une longue chaîne dorée. L’espion jubila. Même sans le voir, il sut ce qu’il avait déniché : le vieux Retourneur horaire utilisé par Hermione en troisième année. Il apparaissait sur demande, comme la célèbre salle de Poudlard. Mais il ne lui servirait à rien alors que le Retourneur Nott, radicalement différent, était indispensable.

Les gamins s’apprêtaient à quitter le bureau. Ils franchirent le seuil et Orion redevint visible.

« Oh que non ! »

Il passa la chaîne autour de son cou, donna un petit tour au remontoir et le temps se mit à défiler en sens inverse. Quand le film accéléré stoppa, il était une heure plus tôt. Le Retourneur Granger s’évanouit, emprisonné dans la statuette.

Trouver le Retourneur Nott sans passer par les épreuves fut un jeu d’enfant puisqu’il connaissait déjà l’ouvrage final dans lequel le trouver. Il en fit deux copies. Il en plaça une dans l’ouvrage pour faire illusion. Il conserva l’original et une copie. Le premier servirait à voyager dans le temps tandis que la copie serait remise aux mains de Cassiopée. Il ne restait plus qu’à sortir du bureau en douce, à quitter l’étage et à se rendre à la fontaine ou dans des toilettes où il pourrait transfluider dans un lieu plus tranquille pour remonter le temps.

Mais jusqu’où remonter ? En 1991 ? Bonne idée ! Mais avant ou après sa visite à Cassiopée ?

Il n’eut pas vraiment le temps de se décider, car en sortant dans le couloir, il se retrouva en présence de sorciers qui le dévisagèrent avec insistance.

— Eh ! Qui êtes-vous ?

Ils tirèrent leurs baguettes. Il détala à toute vitesse en zigzagant. Les sortilèges fusèrent de partout. En quelques secondes, il gagna l’ascenseur. Le miroir intérieur lui montra ses traits déformés et sa barbe naissante.

« Zut ! »

Il voulut appuyer sur le premier bouton d’appel mais sa main refusa de se lever aussi haut et heurta le numéro neuf. La cabine s’enfonça au lieu de remonter. Il jouait de malchance. Il entendit des voix au-dessus. Des ordres.

Il avisa son bras gauche. Il était tordu et saignait en abondance. Un Sectum Sempra qui aurait pu tourner au cauchemar s’il l’avait pris en pleine tête.

Les portes s’ouvrirent et il se précipita au-dehors, droit devant. La pluie de sortilèges reprit. Les Aurors entraient en jeu. Comment diable avaient-ils pu se coordonner aussi vite ?

Un coup mal paré perça sa défense et sa cuisse gauche. Il ralentit sa progression et arriva à une porte. Il entra et se retrouva dans une pièce circulaire, noire du sol au plafond, dotée d’une douzaine d’ouvertures identiques. Il se traîna jusqu’à celle qui lui faisait face. Cela le conduisit à une salle en pente, avec des gradins, comme la chambre des Lords. Tout en bas, il y avait une scène similaire à la piste d’un cirque, avec une arcade de pierre où flottaient des lambeaux de tissu noir. Il y avait de quoi s’abriter. La position était avantageuse, car il n’y avait qu’une seule entrée risquée pour ses poursuivants. Hélas, c’était aussi la sortie. Il était pris au piège.

Il descendit et se posta près de l’arcade, prêt à défendre sa peau. Il entendit des voix. Ce n’étaient pas celles des Aurors. Celles-ci murmuraient. Des appels, derrière le voile. C’était aussi attractif que des chants de sirènes ou de Vélanes. Des sirènes… Amphigika… Sa mission s’imposa à la douleur. Il s’empara du Retourneur de temps Nott, régla la date précise en 1991 et pressa l’objet magique. Il disparut de la salle.

Le branle-bas de combat dans le Ministère cessa que lorsque les Aurors se furent assurés avec la Ministre de la Magie que rien n’avait été dérobé dans son bureau. Naturellement, si elle avait mis en fonctionnement le Retourneur Nott dissimulé dans le livre Ombres et Esprits, elle aurait su qu’il s’agissait d’un faux.

De nombreuses traces de sang menaient au voile de la mort et s’arrêtaient au pied de l’arcade. Les enquêteurs supposèrent que le fugitif, gravement blessé, avait soit basculé dans le voile, soit vu dedans une issue de secours. L’affaire était close mais la vigilance demeurait constante.

Orion réapparut dans l’hémicycle. Il était quatre heures du matin. Il souffrait le martyr. Il s’empara d’Yquem et exécuta une série de formules pour stopper les hémorragies et soulager la douleur. Après avoir paré au plus pressé, il quitta l’étrange pièce, traversa la noire et cylindrique et rejoignit l’ascenseur. Le Retourneur bourdonnait un peu, pris de hoquet.

Il progressa dans le rez-de-chaussée, désert à cette heure nocturne, se jeta dans la fontaine et transfluida. Le voyage fut horrible : long, douloureux, contre nature.

Il arriva enfin près de la cité amphigikienne. Il passa les colonnes d’illusion et fonça vers le dôme de protection. Soudain, il fut déséquilibré, comme frappé par une tornade sous-marine. Désorienté pendant quelques secondes, il se redressa et chercha dans le sol sablonneux sa baguette et sa bourse, arrachées par la violence du remous. Il songea qu’il s’agissait d’une autre protection mise en place par ses compatriotes. Il aurait dû s’étonner de ne pas y avoir été confronté lors de sa première visite en 1991 mais il était trop pressé d’accomplir sa mission. Le Retourneur Nott s’agitait de plus en plus, vibrait jusqu’à déformer la poche de sa cape.

Orion traversa le dôme, se rendit transparent et chercha Cassiopée. Il était 16 heures. Où diable pouvait-elle se trouver à cette heure ? Pas en session du Conseil des Sages. Pas encore à l’Écloserie. Il tenta sa chance à son logement. Lorsque la porte s’ouvrit, il poussa un soupir de soulagement.

— Orion ?! Orion ! Mais tu as changé et…

Il la bouscula pour entrer et referma la porte. Il appliqua sa main sur sa bouche pour la forcer à se taire et à l’écouter.

— Chut ! Ne dis pas un mot et écoute-moi attentivement. Je viens du futur grâce à un Retourneur de temps. Il va me ramener très vite, il est sur le point d’exploser ou un truc comme ça.

Il sortit les copies du Déluminateur et du Retourneur.

— Ces objets sont des copies sans leur magie. Ils sont la solution à la dégénérescence de notre peuple. Celui-ci peut capter et peut-être purifier les âmes de sorciers. Celui-là remonte le temps et te ramène à ton point de départ. J’espère… Quoi qu’il en soit, j’ai mené cette quête durant quarante années. Je suis sûr que tu pourras parvenir à reproduire les enchantements et à les faire fonctionner. Tu es la plus grande sorcière. Tu es désormais notre seul espoir ! Je dois repartir dans le Ministère de la Magie en Grande-Bretagne. Le Retourneur va me ramener… ahhhhh !

Elle le vit s’agiter, brinquebalé par un objet surchauffant dans sa poche. Il se défit d’elle et se précipita vers la sortie.

— L’arcade au Département des Mystères. C’est là que je vais mourir… Adieu !

Il courut sans prendre le temps de devenir limpide. Plusieurs Amphigikiens l’aperçurent alors qu’il traversait le dôme. Il fut sur le point de transfluider lorsqu’une explosion de douleur le ravagea.

Orion ouvrit les yeux. Il était à la surface de l’océan, ballotté par les flots. Toujours blessé mais vivant. Il ignorait où il se trouvait, ni quand. Il rassembla ses forces et pensa à la fontaine du Ministère. Il se transporta en quelques secondes et parvint à destination, à bout de forces. Il demeura immobile et transparent dans l’eau de la fontaine, le temps d’évaluer la situation. Une forte agitation régnait dans la place. Les Aurors étaient sur les dents. Il avisa l’horloge géante suspendue au-dessus de l’allée principale menant aux innombrables cheminées de transport. Le Retourneur Nott l’avait donc ramené à l’heure précise où il était parti. Il avait remonté une heure avec le Retourneur Granger, avait utilisé une dizaine de minutes pour atteindre la salle de l’arcade. Il était arrivé dans le bureau d’Hermione un quart d’heure avant de le quitter. Si le timing était respecté, il devrait se voir en personne au contrôle des baguettes dans quinze ou vingt minutes.

Il s’extirpa de la fontaine, alla se sécher dans une allée plus tranquille et se décida pour une dernière rasade de Polynectar Ron Weasley. La transformation en rouquin dégingandé fut terrible. Les blessures magiques, impossibles à dissimuler, se réactivèrent avec le changement d’apparence. Il répara sa robe de sorcier mise à mal, vérifia sa tenue et se motiva pour aller remettre le vrai Retourneur Nott en place dans le bureau d’Hermione Granger. Il se fit violence pour achever sa tâche, car il était tenté de le garder pour lui, tenté de le soustraire aux gamins qui allaient s’en emparer et faire une bêtise. Seulement, il s’était juré de ne pas empêcher l’histoire de la communauté sorcière de se dérouler. Aucune intervention.

La mort dans l’âme, il se présenta au bureau d’Hermione. Il frappa à la porte. Personne ne répondit. Il entra, s’empara du livre, échangea la copie avec l’original et remit l’ouvrage dans la bibliothèque. Puis, il quitta le bureau et se dirigea vers les toilettes pour transfluider avec l’espoir qu’en 1991, Cassiopée ait eu le temps de comprendre et digérer les informations.

La Sage Cassini était bouleversée, avachie sur une chaise. Dans quelques minutes, elle conduirait une cérémonie de réintroduction des âmes. Mais elle avait la tête ailleurs. Orion, son bien-aimé, était venu la voir en coup de vent, dix ans après leur ultime rencontre. Ce n’était plus vraiment lui mais un sorcier vieilli, prétendant venir du futur, lui ayant ramené deux objets capables de sauver Amphigika. Deux instruments issus d’une communauté sorcière qui possédait un Ministère de la Magie et un Département des Mystères. Elle n’avait pas compris un seul mot de sa déclaration effectuée en toute hâte, mais elle avait pris soin de dissimuler les présents de son éternel ami. Elle avait confiance en lui, il ne lui avait jamais menti même s’il s’était trompé sur un point : le briquet d’argent. Il fonctionnait, avalant et restituant la lumière.

Lorsqu’elle était sortie, elle avait remarqué l’agitation dans la cité. Le départ du banni n’était pas passé inaperçu. Des mesures de sécurité supplémentaires avaient été prises. La course à la dictature s’accélérait.




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