Wizzards In Black

Chapitre 1 : le bâton d’argent

Par eric_vincent

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En ce jour de Toussaint 1981, héritage religieux du Christianisme, les vivants rendaient hommage aux disparus. Les cimetières se couvraient de fleurs, surtout des chrysanthèmes multicolores sélectionnés pour résister aux outrages de l’automne glacé et pluvieux. Le silence, propice à la prière ou au recueillement, régnait en maître. Les automobilistes londoniens retrouvaient leur civilité et s’abstenaient d’user de leurs avertisseurs sonores.

Seul dans sa vieille Austin Morris, modèle 1961, Orion ne dérogeait pas à ses habitudes et écoutait de la musique à tue-tête. Il tournait le bouton des stations FM, jusqu’à satisfaction. Il pilotait son antiquité à quatre roues d’une main de maître, abaissait ou levait son clignotant à l’ultime seconde et changeait de direction avec nervosité. Il se moquait d’agacer les autres usagers de la route, car son rituel n’obéissait qu’à une seule règle : sa sécurité. En dépit de ses rouages vieux de vingt ans, le véhicule se pliait à son gymkhana et menait le policier du commissariat à son domicile en une petite heure et quart, soit une bonne demi-heure de trajet supplémentaire. Après tout, soixante-douze heures de garde et d’interventions variées valaient bien quelques détours.

Il donna un coup de volant brusque et contrôla ses rétroviseurs. Assuré de ne pas être suivi par un malfaisant aux intentions criminelles, il put enfin s’adonner à son activité favorite. Il trifouilla l’autoradio. Juste avant de toucher à la mollette, il lança à la cantonade :

— Vais-je traiter un gros dossier au commissariat ?

La station choisie au hasard balança « Another one bites the dust », de Queen. Le sergent Centuri lut une réponse éloquente dans le hit du groupe mythique : il serait convié à enquêter sur une affaire d’envergure comme un meurtre, un carambolage, voire un crash aérien. De quoi montrer d’autres compétences que ses qualités de plongeur et de sportif accompli. Même si cela impliquait des souffrances pour autrui, il savourait cette éventualité à l’avance.

Il tenta une nouvelle question, ciblant une prédiction plus pertinente. Avant tout, il vérifia l’avenue sur laquelle il s’engageait. La circulation était fluide, à défaut d’être clairsemée.

— Un changement prochain pour ma vie personnelle ? suggéra-t-il.

Nouveau tour de bouton. Le programme jouait « Looking for clues », de Robert Palmer.

— Une recherche d’indices hors du cadre professionnel ? C’est… inhabituel. Comment dois-je le comprendre ?

Clignotant, virage nerveux à gauche et il déboula dans une rue marquée par un panneau frappé du nom de la ville : Little Whinging. La nuit tombait, les citadins se faisaient plus rares, déjà réfugiés dans leurs foyers. Il divisa sa vitesse par deux à l’approche d’un carrefour très accidentogène. Une fois engagé, il reprit son manège, sur une tonalité plus affective, voire romantique :

— Une femme pense-t-elle à moi ? lança-t-il, les yeux pétillants.

À vingt-cinq ans, bâti comme un guerrier sparte, avec un visage imberbe, avenant, coiffé d’une cascade de cheveux bruns, longs et bouclés – un sujet de discorde avec son chef –, le jeune adulte ne laissait jamais la gent féminine indifférente. L’intérêt suscité chez les hommes n’était pas en reste. Son sourire désarmait plus d’un prévenu et son regard émeraude forait les âmes avec bien plus d’efficacité qu’un détecteur de mensonges. Une femme éprise de lui, c’était le service minimum. « You drive me crazy », de Shakin’ Stevens, illustrait le propos sans ambigüité.

Il explosa de rire. Quelle que soit la personne, il la rendrait folle, sans aucun doute. Même celle qui le connaissait comme sa poche. Elle fut l’objet de sa dernière interrogation.

— Des nouvelles de la famille ? questionna-t-il sans conviction.

Un retour à la première station le glaça des pieds à la tête, au point où l’Austin fit une embardée. Orchestral Manœuvre in the Dark jouait les dernières mesures d’Enola Gay. Ce groupe vivait un succès planétaire. Leur titre se consacrait au bombardier américain ayant largué la bombe atomique sur Hiroshima, le 6 août 1945. Insensé. Terrifiant. Les siens risquaient-ils l’anéantissement ? Nouveau frisson.

— Il est 18 heures. Les informations vous sont présentées par Adrian Tucker.

— Aujourd’hui, un phénomène incompréhensible a eu lieu sur toute l’Angleterre. Des chouettes, des hiboux ont été observés dans tout le pays alors que ces volatiles ont des mœurs nocturnes. Les ornithologues consultés n’ont pas pu fournir d’explications logiques mais supposent que ces concentrations inouïes sont liées aux pluies d’étoiles filantes visibles en plein jour, bien que les Perséides soient déjà passées. Selon Peter Woodpecker, leader de la ligue de protection des oiseaux, ces animaux ressentent une catastrophe naturelle à venir, comme l’imminence d’un météore ou…

Une pression sur l’interrupteur cloua le bec du journaliste. Le conducteur n’avait aucune envie de gâcher sa soirée avec des désastres ou des balivernes. Ses collègues ressasseraient assez les informations au bureau ou sur le terrain, dès les premières heures de boulot.

Il atteignit la rue Privet Drive aux maisons mitoyennes, clonées et parqua sa voiture au numéro 7. Il coupa le contact, prit son baise-en-ville et sortit de l’auto. Il verrouilla les portières, actionna les poignées une demi-douzaine de fois, de chaque côté. Sécurité, tic compulsif ou déformation professionnelle ? Un peu des trois ? Il posa les doigts sur sa boîte aux lettres et suspendit son geste. Il leva le bras, secoua la main et dit :

— Bonsoir, monsieur Dursley.

L’intéressé, occupé à houspiller un chat planté sur le mur de son jardin, ne lui rendit pas ses salutations. Était-ce à cause de son indéfinissable accent, de sa voix aux tonalités adolescentes ou juste parce que son voisin était un indécrottable rustre ?

— Allez, ouste ! ronchonnait l’imposant patron de la Grunnings.

« Abruti ! » songea le policier. « Trop impoli pour me rendre mon salut, passe encore… mais agressif avec cette pauvre bête qui n’a rien fait, franchement ! Ce crétin abyssal dépasse l’entendement. Mon bonhomme, si j’agitais ma plaque de flic sous ta moustache, tu changerais d’attitude et tu te tiendrais à carreaux ! »

Hélas, il était hors de question de lâcher une information sur son job. Prudence et vigilance étaient ses leitmotivs. Il renonça à obtenir un signe positif de Dursley, sourit face à la sérénité du chat tigré et introduisit sa clef dans la serrure de la boîte en zinc. Le postier avait laissé une missive, la veille. Il s’en empara, lut l’adresse de l’expéditeur et se décomposa. Thames Water, la compagnie des eaux. Une facture ?

Il décacheta l’enveloppe. Il extirpa deux lettres. La première, redoutée, redoutable, lui asséna un direct au foie. Il posa ses yeux dans l’encadré en pied de page. 450 livres sterling. Pour huit semaines de consommation. C’était juste pharaonique. La somme équivalait à son salaire mensuel. Il repoussa la douloureuse et parcourut le second feuillet.

« Cher monsieur Centuri,

Nous relevons que vos consommations excèdent le cubage moyen d’un logement de type studio et d’une cellule familiale unitaire. »

Il vivait dans un recoin au rez-de-chaussée de la maison des Browning et était célibataire, sans enfant. Il poursuivit :

« Dans cette optique, nous vous invitons à adopter la mensualisation et à faire appel aux services d’un plombier assermenté pour détecter une fuite dans votre installation.

Cordialement. »

Il enfourna les deux feuilles dans la poche de son cuir, referma la boîte aux lettres et se dirigea vers la porte d’entrée. Un claquement le fit sursauter. Dursley venait de rentrer chez lui. Le chat, juché sur son perchoir, ne cillait pas, imperturbable.

Le logement d’Orion n’avait rien de folichon. Monsieur et madame Browning l’avaient aménagé avec le strict minimum : une kitchenette miniature avec un évier métallique, un réfrigérateur encastré, une plaque de cuisson électrique, le tout dans un meuble en formica. Tout était d’occasion, de troisième ou quatrième main. La salle de bain, un mouchoir de poche, était composée d’une baignoire sabot étriquée, d’un lavabo et de toilettes. Hormis cet aménagement, rien d’autre à signaler. Ce n’était pas un meublé, avait précisé l’annonce. Orion n’avait qu’un coffre à vêtements et un matelas pliable qu’il roulait chaque matin pour le dissimuler dans l’unique placard intégré. Aucune télévision, commode ou literie. La décoration brillait par son absence totale sur les murs peints en bleu pétrole. La seule concession à la privation d’électroménager moderne : un téléphone à cadran, couleur crème, posé à même le sol. Le commissariat devait pouvoir le mobiliser en cas d’urgence. Le poste téléphonique était le seul indice contredisant un déménagement récent ou à venir.

Il retira son blouson et l’accrocha à la patère de l’entrée. Puis, suivant une sorte de rituel, il ouvrit son réfrigérateur. Pas de denrée : tout était normal. Il contrôla le placard adjacent : les réserves avaient fondu comme neige au soleil. Il poursuivit son périple dans la salle de bain, mit la bonde en place dans la baignoire et tourna les deux robinets.

La vapeur envahit la pièce aveugle et mal ventilée. Orion se dévêtit sans hâte et plia ses vêtements avec soin. Il les déposa sur le bord de la vasque. Il se contorsionna dans le bain avec délectation et laissa l’eau couler jusqu’à plus soif. Lorsque le niveau idéal fut atteint, il stoppa les jets. Il soupira et sourit. Si ses collègues le voyaient, lui, un policier plongeur de l’équipe fluviale, immergé dans la Tamise trois ou quatre fois par semaine, se satisfaire d’une trempette d’un hectolitre chaque soir, ils le prendraient pour un fou. Ou pour un poisson.

Il enfonça sa tête dans le liquide et le monde du silence s’imposa à ses sens. L’isolation fit son ouvrage, il se détendit, les vicissitudes de la vie citadine s’estompèrent. Les secondes s’égrenèrent, la paix s’ancra. Ses paupières s’abaissèrent.

Lorsqu’il rouvrit les yeux, le bain était frais, les murs étaient exempts de condensation. Plusieurs heures s’étaient écoulées. Un bruit venait de le tirer du sommeil. Il tendit l’oreille. Des murmures, venus de la rue. Il sortit de l’eau, s’empara d’un drap de plage aux couleurs rouges et blanches d’un célèbre soda, le noua autour de sa taille et rejoignit la pièce unique. Il coupa le plafonnier et se posta près de la fenêtre.

« Tiens ! Un relais électrique a sauté. Une partie de la voie est plongée dans l’obscurité. »

Il plissa les yeux et distingua deux silhouettes en pleine discussion. Il perçut de l’inquiétude et de la sérénité. Tout à coup, le moteur d’un engin déchira le silence. Le bruit alla en croissant, comme si la source se rapprochait. Il y eut un crissement de pneus dû au freinage. Selon le ronronnement de la mécanique, c’était une moto quatre temps.

« Mais par où est-elle arrivée ? » se surprit-il à penser.

Pas d’une des deux extrémités de la rue, éclairées à outrance. Un vrai mystère. Il concentra sa vision et les contours des protagonistes se précisèrent. Il n’en crut pas ses yeux. Les premiers, un homme et une femme d’âges avancés, n’avaient rien d’extraordinaire, hormis leurs accoutrements excentriques, vestiges d’Halloween fêté la veille.

Mais le troisième larron, descendu de sa monture, n’avait rien de standard. Il toisait dans les trois mètres et quelques ! Cet individu explosait le record de Richard Waldow, américain enregistré comme l’homme le plus grand de tous les temps. L’inconnu était si massif que ses acolytes avaient l’air de poupées.

— Bon sang ! Je n’ai jamais vu un géant pareil ! Mais d’où sort-il ?

Le jeune homme n’en revenait pas. Il capta des éclats de voix, des grognements. Il fut sur le point d’aller chercher son arme de service dans le holster fixé à son blouson lorsqu’un détail lui fit changer d’avis. Il colla son nez à la vitre glacée. Le monstrueux bonhomme tenait un paquet dans ses bras. Il le déposa sur les marches d’une maison. Le policier frissonna et marmonna :

— Que faites-vous ? Pas chez les Dursley ! Pas chez eux ! Non… Ce n’est pas ce que je pense ? On dirait un lange !

Il était prêt à sauter dans ses baskets pour en avoir le cœur net lorsque le petit groupe recula et se fondit dans l’obscurité. Il expira et inspira. Il ressentit une vague déferlante de tristesse, d’abattement. Le titan en était la source. L’invasion émotionnelle le déstabilisa. Le motard fit pétarader sa monture, grimpa et disparut aussi mystérieusement qu’il avait fait irruption. Il ne restait plus que l’homme et la femme. Le policier le vit tendre le bras et recracher de la lumière vers la douzaine de lampadaires éteints.

— Quoi ?! Mais qu’est-ce que…

Il tomba à genoux, stupéfait. Le vieillard, accoutré avec une robe, manœuvrait un petit bâton argenté. À chaque pression, une boule lumineuse s’échappait de l’objet, volait vers l’éclairage public éteint et le réactivait. À chaque rallumage, l’objet devenait plus net. Il avait l’air d’un briquet tempête mais plus étroit et bien plus allongé. Il n’existait aucune télécommande de la sorte dans les forces de police ou dans les compagnies d’électricité. À défaut d’être logique, une seule explication lui traversa l’esprit :

— C’est… de la… sorcellerie !

La rue reprit son aspect initial. La cervelle d’Orion frisa l’ébullition : si le bâton magique régurgitait la lumière, il l’avait avalée à leur arrivée, tandis qu’il dormait à poings fermés dans son bain refroidi. Cet outil était fantastique ! Que n’auraient-ils pas donné, lui et ses collègues, pour en posséder un et l’utiliser lors d’opérations nocturnes ! Pour se ménager une dose de discrétion ou plonger des criminels dans l’obscurité, juste avant un assaut. C’était juste merveilleux ! D’où sortait-il son briquet ?

Le temps de s’extasier et il fut incapable de distinguer la femme âgée. Il revit la silhouette féline du chat qui avait provoqué l’agacement de Vernon Dursley. Quant au vieux bonhomme, il esquissa un pas dans l’ombre du mur et devint invisible à ses yeux perçants. Un craquement ponctua la disparition. Le policier eut beau scruter, la rue était déserte. Les visiteurs s’étaient volatilisés. Ne subsistait que le linge posé devant la maison.

Le locataire ne tint pas plus longtemps et enfila ses frusques. Trente secondes plus tard, il quitta son habitation et affronta la nuit fraîche. À pas de loup, il approcha du 4 Privet Drive. Touchant au but, il s’agenouilla et écarta le tissu avec précaution.

— Oh… murmura-t-il.

L’émotion l’étreignit jusqu’aux tréfonds de son âme. Il y avait un bambin âgé d’une année, tout au plus. Il dormait à poings fermés, paisible. Une lettre dépassait de la couverture, mais elle était cachetée et coincée dans la main du nourrisson. Le sergent ne pouvait pas s’en emparer sans le réveiller.

Le petit avait une cicatrice en forme d’éclair sur le front. Elle était fraîche, limite sanguinolente.

« Pas plus de deux jours » songea le policier. « Quelle arme, quel objet peut produire une marque semblable ? »

Il se redressa et s’interrogea sur la conduite à tenir. Avec le froid et l’humidité ambiante, le petit allait périr. C’était inévitable. À moins que…

Il vérifia l’étoffe. En dépit de sa minceur, elle était chaude. Il l’ajusta pour bien couvrir l’être fragile. Avec sa bouille ronde d’ange, ses cheveux de jais indisciplinés, il était à croquer. Orion resta accroupi, fasciné, l’esprit embrumé. Sa main effleura la tignasse en bataille, les joues rosies par l’air frais. Il fit un effort pour se raisonner mais l’ébahissement surpassa sa raison. L’humain en miniature avait besoin de lui, de protection. Dans un état second, comme sous l’emprise d’une drogue, il imagina qu’il devrait frapper à la porte des voisins. Il suffisait de tambouriner jusqu’à ce qu’une lumière s’allume, de se carapater jusqu’à son domicile et d’espionner leur réaction. Dans l’idéal, il valait mieux que ce soit la femme qui découvre le bambin. La jeune mère n’abandonnerait jamais une créature sans défense dans la rue. Mais… lui, là, seul. Pourquoi ne pas le prendre et le mettre au chaud chez lui ? Personne n’en saurait rien. Vraiment ? Non… Impossible ! La police, ses collègues, s’en mêleraient. Les services sociaux lui raviraient. On ne lui connaissait aucune famille, aucune petite amie. Pas moyen d’inventer un bobard pour expliquer cette arrivée soudaine.

À contrecœur, il retira sa main et se redressa. Il tituba, étourdi par l’afflux émotif. Il esquissa un mouvement en arrière, rompant le lien magique et prit le temps de réfléchir. Il fit le vide en lui, chassa l’image attendrissante du poupon, si perturbatrice. Contrôler son ressenti, cet émerveillement infini l’agitant à chaque fois qu’un bébé croisait son chemin ou pire, son regard. Dominer l’extase.

La logique l’emporta. Les missionnaires inconnus avaient amené un nourrisson au 4 Privet Drive et l’avaient sciemment abandonné. Ils avaient une raison d’agir de la sorte et en secret. Ils avaient jugé inutile de toquer à minuit passé. Il respecta leur choix cruel. Il décida, malgré le déchirement, de ne pas interférer. Son principe inaltérable : ne jamais empêcher le destin de s’accomplir.

Après une ultime pensée emplie de tendresse, il revint sur ses pas. Il sentit une présence. On l’observait. Il tourna la tête et fut convaincu d’avoir aperçu Mrs Figg, une voisine adoratrice de la caste féline, derrière sa fenêtre. Elle n’avait pas raté une miette de la scène.

Il regagna ses pénates. Il fut paralysé au moment de verrouiller sa porte d’entrée. Si le garçon avait besoin de… s’il se réveillait, s’il pleurait… Si…

Sans allumer la lumière, il ouvrit le placard solitaire et prit son futon. Il défit les lacets et le déroula sur le parquet. Il s’empara de son édredon aux couleurs bleutées et l’allongea. Après avoir fouillé dans son coffre à la recherche d’un pyjama propre, il se mit en tenue. Il ne résista pas à l’envie de jeter un dernier coup d’œil par la fenêtre. Le lange ne bougeait pas. Le petit bonhomme était un modèle de sagesse.

« Combats ton désir d’intervention. N’écoute pas ton cœur mais ta cervelle. »

Il gagna sa couche spartiate et s’étendit. Il se couvrit avec une couverture chaude en réprimant plusieurs bâillements. Il abaissa ses paupières et les minutes précédentes s’imposèrent à lui. Les personnages hallucinants, la mystérieuse moto, l’enfant à la cicatrice en éclair, l’objet aux boules de lumière : le défilé muta en folle sarabande. Il disciplina son esprit. La pratique assidue du yoga et la méditation avaient de bons côtés. Une seule image persista. L’essentiel, le vital. Le briquet magique se matérialisa dans son cerveau et grossit jusqu’à emplir son champ visuel. Il s’ouvrit et se ferma, éteignant et allumant les réverbères de la rue, un à un, à une cadence régulière, comme un battement de cœur. Le sien. L’introduction du titre « We will rock you », de Queen, pulsa en rythme dans ses pensées. Il trouva le sommeil dans cette symphonie parfaite.





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