Elizabeth s’était levée avant même que le soleil ne soit complètement sorti de derrière les collines. Elle n’avait presque pas dormi : l’excitation, mêlée à une légère angoisse, l’avait tenue éveillée une bonne partie de la nuit. Les lettres de Poudlard devaient arriver aujourd’hui, et même si elle savait pertinemment qu’elle en recevrait une — après tout, elle était une Potter — l’idée de tenir enfin ce parchemin entre ses mains lui donnait des frissons. Elle descendit les escaliers en bâillant, espérant trouver un peu de calme dans le salon avant que la maison ne s’éveille complètement, mais ce fut tout l’inverse.
À peine eut-elle passé le pas de la porte qu’elle fut accueillie par un chaos indescriptible. Les quadruplés couraient dans tous les sens, se poursuivant à travers la pièce comme une nuée de petits démons surexcités, chacun accusant l’autre d’avoir eu plus de brioche que lui. Pendant ce temps, les triplés, assis sagement sur leurs chaises — du moins en apparence — lançaient discrètement des morceaux de nourriture sur leur sœur aînée, Marylin, qui tentait désespérément de prendre son petit-déjeuner sans se faire bombarder.
— Eli ! cria Andrew en la voyant entrer. Tu as vu ? Y a des hiboux dehors, mais ils veulent pas rentrer, je sais pas pourquoi !
Elizabeth leva les yeux vers la fenêtre et aperçut effectivement trois hiboux perchés sur la rambarde, l’air profondément méfiant. Elle comprit immédiatement pourquoi : personne n’avait envie de se faire asperger de confiture ou de se prendre un morceau de brioche en plein vol.
— À ton avis, pourquoi Andrew ? Vous êtes en train de balancer de la nourriture partout ! Et j’en ai plein les cheveux ! râla Marylin, excédée.
— Mais euh, c’est pas juste, et puis c’est marrant de balancer de la nourriture ! Tu devrais essayer ! ricana Iolanthe, visiblement très fière de son lancer.
— Attendez que papa et maman arrivent, et vous allez moins rigoler. Eli, aide-moi avec les triplés, s’il te plaît !
Elizabeth tenta tant bien que mal de maîtriser Linfred, Iolanthe et Andrew, mais à peine avait-elle réussi à en attraper un que les deux autres lui échappaient déjà. Et comme si la situation n’était pas assez catastrophique, les derniers morceaux de nourriture lancés furent soudain renvoyés vers leurs propriétaires par un sortilège inconnu, ce qui déclencha un fou rire général chez les enfants.
— Ça suffit ! gronda Albus en entrant dans la pièce, les cheveux encore humides, visiblement à peine sorti de la salle de bain. Nous vous laissons seuls quelques minutes pour nous habiller, et vous en profitez pour transformer la salle à manger en champ de bataille !
— Cynthia, Hardwin, Arthur, Harvey, revenez à table immédiatement ! ajouta Alice II d’une voix ferme. Elle était habituellement douce et patiente, mais elle ne supportait pas qu’on gâche de la nourriture, et là, c’était la goutte de trop.
— Andrew, Iolanthe, Linfred, pourquoi n’avez-vous pas écouté Marylin et Elizabeth ?
— Je voulais m’amuser, papa… fit Arthur en boudant.
— Tu auras tout le temps de t’amuser après le repas. Maintenant, vous finissez de manger, et ensuite — sauf Elizabeth et Marylin — vous nettoyez tout. Sans discuter.
— C’est pas juste… marmonna Arthur.
Elizabeth échangea un regard complice avec Marylin. Les Potter avaient beau être adorables, ils étaient aussi épuisants, et Alice ne donnait pas trois semaines à la directrice d’Ilvermorny avant de démissionner si elle devait gérer leurs huit enfants. Finalement, une chance qu’ils n’aillent pas tous à Poudlard.
Une fois le petit-déjeuner terminé et la salle à manger vaguement remise en ordre, les hiboux, qui attendaient depuis un moment, commencèrent enfin à s’agiter. Ils avaient clairement hâte de quitter cette maison de fous. Le premier hibou s’approcha d’Elizabeth, déposa délicatement une lettre près de sa main, puis s’enfuit aussitôt par la fenêtre, comme s’il craignait que les quadruplés ne changent d’avis et ne recommencent à lancer des projectiles.
— Alors, ma chérie ? demanda Alice, les yeux brillants.
Elizabeth hésita un instant, puis ouvrit la lettre. À peine eut-elle lu les premiers mots qu’elle poussa un cri de joie, faisant sursauter les deux autres hiboux.
— J’ai eu ma lettre, ma tante ! Ça y est, je vais officiellement à Poudlard !
— Je le savais, murmura Alice, les yeux humides de fierté.
Le second hibou se posa près de Marylin, déposa sa lettre sur le comptoir, puis s’envola aussitôt. Il ne restait plus qu’un hibou, et toute la famille retenait son souffle.
— Ma puce ? Allez, ouvre-la, l’encouragea Albus en se plaçant à côté de sa fille. Lorsqu’elle déchira l’enveloppe, il la prit dans ses bras, rayonnant. Il était un père comblé : sa fille allait suivre ses traces.
— Je suis trop contente, papa ! Maman, je vais suivre vos traces !
Mais soudain, le troisième hibou, celui qui semblait hésiter depuis le début, s’approcha d’Elizabeth et déposa une seconde lettre… dans son assiette. Puis il s’enfuit sans demander son reste.
Le silence tomba immédiatement.
Albus s’approcha, intrigué. Il tendit la main vers l’enveloppe, mais à peine ses doigts l’effleurèrent-ils qu’un petit choc électrique le repoussa.
— Aïe !
Elizabeth, profitant de l’instant, tenta à son tour de prendre la lettre. Cette fois, aucune réaction. L’enveloppe resta parfaitement immobile dans sa main.
Albus pâlit légèrement.
— Elizabeth… viens avec moi dans mon bureau. Et n’ouvre pas cette lettre tant qu’on n’y est pas.
Elizabeth sentit son cœur se serrer. Elle n’avait rien fait de mal. Pourquoi une lettre réagirait-elle ainsi ? Elle suivit son oncle en silence.
Dans le bureau, Albus referma la porte derrière eux.
— Montre-la-moi.
Elizabeth posa l’enveloppe sur le bureau. Albus l’observa longuement, sans la toucher.
— Elle n’a pas de sceau. Pas de nom. Pas de trace magique apparente… mais elle n’est pas normale.
— Je l’ai senti, murmura Elizabeth.
— Moi aussi. Quoi qu’il y ait là-dedans, tu ne le regardes pas seule. D’accord ?
— D’accord.
Ils s’assirent côte à côte. Elizabeth inspira profondément, puis ouvrit l’enveloppe, les mains tremblantes. À l’intérieur, elle ne trouva qu’un parchemin entièrement noir. Aucun mot. Aucun symbole. Rien.
— Pourquoi envoyer une lettre vide… ?
Mais au bout de quelques secondes, des lettres dorées commencèrent à apparaître, comme gravées dans la nuit. Albus et Elizabeth se figèrent.
Nous savons qui tu es.
Nous savons ce que tu es.
Le temps approche.
Tu ne peux pas fuir ton héritage.
Nous te surveillons.
Elizabeth sentit son cœur s’arrêter.
— C’est… c’est pour moi. Mais pourquoi ?
— Oui, dit Albus d’une voix grave. Et ce n’est pas un message anodin. C’est un avertissement. Ou une menace. Je serai là pour te protéger, tout comme les professeurs à Poudlard. Et si tu as le moindre problème, tu vas voir Lysander Dragonneau. Immédiatement. D’accord ?
— Oui… c’est promis, tonton.
Puis, aussi soudainement qu’elles étaient apparues, les lettres s’effacèrent, laissant le parchemin parfaitement noir, parfaitement vide.
Albus resta immobile un long moment.
— Lizzie… écoute-moi bien. Tu ne dois parler de cette lettre à personne. Pas même à Marylin. Pas aux enfants. Pas à tes amis à Poudlard.
— D’accord.
— Je vais lancer une enquête. Discrète. Très discrète.
— Tu crois que je suis en danger ?
— Je crois que quelqu’un veut que tu penses que tu l’es.
Il posa une main ferme sur son épaule.
— Et je te promets une chose : tant que je suis en vie, personne ne te fera de mal.
Elizabeth hocha la tête, mais son cœur battait trop vite.
Elle avait sa lettre de Poudlard.
Elle avait son avenir.
Mais elle avait aussi un ennemi invisible.
Et pour la première fois, elle comprit que son entrée à Poudlard ne serait pas seulement un nouveau départ.
Ce serait le début de quelque chose de beaucoup plus sombre.