Mage d'Ilùvatar

Chapitre 11 : Le feu de Smaug

Par audragon

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 Dés la seconde à laquelle Elliel avait quitté Imladris, Glorfindel n'avait cessé de s'inquiéter pour lui. Il avait été au côté d'Elrond lorsque celui-ci avait découvert le départ de son fils et la lettre qu'il lui avait laissé. Le Seigneur avait accepté la décision de son fils, lui expliquant qu'il avait deviné depuis un moment qu'il envisageait une telle chose. Cela ne l'avait pas empêché d'être mort d'angoisse et plus agité que jamais. Comme il l'avait promis à Elliel, il avait alors été là pour tenter de l'apaiser un peu. Elrond n'avait pas été dupe quand à ses propres sentiments. Il savait pertinemment à quel point Elliel et lui étaient proches. Ils avaient donc tenté de se rassurer l'un l'autre, attentif à la moindre nouvelle. Malheureusement, il n'avait fallu que quelques jours à peine pour qu'il ait de nouveau l'une de ses visions qu'il avait eu autrefois lors du premier voyage du Prince. Il l'avait vu dans les mines des Gobelins, luttant contre une marée de ces êtres infâmes. Il avait perçu sa douleur. Ces visions, il les avait toujours quand le prince allait mal. Il avait assisté à sa sortie des mines et à ses retrouvailles avec la Compagnie. La vision avait pris fin là et savoir qu'il était avec Mithrandir l'avait rassuré. Seulement, il s'en voulait déjà de ne pas avoir insisté pour aller avec lui.



Il n'avait pas fallu longtemps pour qu'il ait d'autres visions. Elles s'étaient multipliées lors du passage dans la Forêt Noire alors qu'il avait senti le mage aller de plus en plus mal, attaqué par une force néfaste dépassant les protections de son esprit. Il n'avait jamais été si agité qu'à cette période, attendant avec peur et espoir la vision suivante. Peur de voir souffrir Elliel, espoir d'avoir des nouvelles de lui. Et puis finalement, il l'avait vu être trouvé et secouru par le prince Legolas, immensément soulagé par ce fait alors que le mage avait perdu connaissance sous la douleur. Ses visions s'étaient alors calmées plusieurs semaines durant et il s'était dis que le prince devait être chez Thranduil, à l'abri. Et puis il avait vu la bataille à Dol Guldur. Connaissant la sensibilité du mage aux ombres, il savait qu'il y avait difficilement pire pour lui que les Nazguls et Sauron. Il avait alors un peu paniqué, suivant l'affrontement de loin jusqu'au bannissement de Sauron par Galadriel et Elliel. Une fois de plus, il s'était rassuré en se disant que le prince était en sécurité chez Thranduil pour se reposer et il l'avait entendu confirmer cela à son père. Pourtant, en lui, l'envie irrépressible de le rejoindre n'avait cessé de grandir. Il se sentait tellement idiot aujourd'hui de ne pas être parti avec lui dés le début.



Il avait pris sa décision lorsqu'il avait vu le combat contre Smaug. Il avait vu Elliel se battre contre lui, disparaître dans ses flammes, être atrocement brûlé. Il l'avait vu tout faire pour faciliter la tâche à l'archer qui avait finalement abattu la bête. Et aussitôt qu'il était sorti de cette vision, il avait pris sa décision. Il était impensable qu'il ne rejoigne pas le prince. Il savait à quel point les blessures qu'il avait reçu étaient atroces, peut-être encore plus pour lui si sensible aux ombres. Il était bien décidé à aller le chercher. Il avait alors immédiatement appelé les quatre meilleurs guerriers de sa maison. Des guerriers mais aussi ses amis proches. Il leur avait dis qu'il avait des visions depuis quelques temps et qu'il venait de voir le prince et son combat à Esgaroth. Il n'avait pas précisé qu'il n'avait que des visions d'Elliel et aucun n'avait mis ses dires en doute. Chacun d'entre eux savaient à quel point il était proche du mage. Tout les proches des deux Elfes savaient, ayant bien vu leur relation évoluer au fil du temps. Il n'y avait qu'à les voir ensemble pour comprendre qu'ils comptaient énormément l'un pour l'autre. Tous savaient mais personne ne l'avait fait remarquer, les laissant avancer à leur rythme tranquillement. Ils leur en parleraient bien quand ils le souhaiteraient et cela les rendaient heureux de les voir si bien ensemble. Glorfindel avait passé deux longues vies seul et Elliel méritait d'avoir une personne aussi extraordinaire que lui à ses cotés.



Alors lorsqu'il avait expliqué ce qu'il venait de voir à ses amis, leur demandant s'ils l'accompagneraient pour rejoindre leur précieux prince, aucun n'avait hésité. Ils avaient préparé rapidement le départ. Glorfindel avait écris une lettre pour Elrond qui n'était pas encore rentré de Dol Guldur. Il lui révélait tout dans cette lettre, s'excusant de ne pas l'avoir fait avant. Il lui parlait de ses visions qu'Elliel avait confirmé comme étant réelles et il lui parlait de l'extrême sensibilité de son fils aux ombres. Il lui raconta rapidement les visions qu'il avait eu depuis le départ du mage et la dernière en date du combat contre Smaug, des blessures d'Elliel. Il lui disait alors qu'il allait au plus vite à son secours et qu'il le ramènerait rapidement, sachant que seul son père pourrait le soigner. Il avait laissé la missive à Lindir et s'était ensuite empressé d'aller préparer ses affaires, ses armes, son cheval puis le petit groupe était parti, chevauchant au plus vite.



Ils avaient voyagé aussi vite que possible et il ne se passait plus un jour sans que Glorfindel n'ait une vision de son prince souffrant de ses blessures. Cela n'avait fait qu'inquiéter davantage leur groupe qui redoubla d'effort pour le rejoindre. Il l'avait vu souffrir, accompagné de cette famille et particulièrement du père, l'archer tueur de Smaug et sa fille aînée. Il avait loué leur aide et leur soutient pour Elliel. Il avait désespéré en le voyant se cacher de Thranduil et des autres, aller vers la Montagne quand il aurait dû rentrer. Il avait suivi sa douleur, un peu chaque jour, cette jeune fille et son père toujours près de lui. Il n'avait pas vraiment pu comprendre le déroulement des événements autour de lui mais finalement, le prince avait fait demi tour pour prendre le chemin du retour et cela ne les avait que plus pressé à le rejoindre. Ses visions lui avaient fait comprendre que le prince allait de plus en plus mal dans son voyage, mais aussi qu'il se rapprochait chaque seconde de lui. Et puis finalement, était venu le jour où il avait estimé le retrouver enfin. C'était un hurlement de souffrance qui les avait alerté. Chacun avait reconnu la voix du prince et ils s'étaient précipités.



Glorfindel s'était senti plus heureux et plus soulagé que jamais lorsque ses yeux le trouvèrent enfin mais l'inquiétude avait très rapidement pris le dessus en constatant son état terrible. Dans les yeux d'émeraude voilés de douleur, il avait vu le bonheur, le soulagement de le voir mais aussi l'épuisement et la fatigue, la souffrance. Il avait sauté de selle pour le rejoindre enfin, sommant Rhîwial de se baisser pour qu'il puisse le récupérer. Délicatement, il l'avait soulevé de selle et calé contre lui avec délicatesse ayant l'impression de retrouver une chose qu'il n'aurait jamais dû laisser s'éloigner de lui. Et jamais plus il ne laisserait cela arriver. Il s'était mis à le réconforter de son mieux alors qu'il voyait ses larmes. Il savait à quel point il souffrait, à quel point il était épuisé et sur le point de lâcher prise. Il le pouvait maintenant qu'il l'avait dans ses bras. Très vite, Joriel s'était mis à allumer un feu et à préparer plusieurs breuvages, des antidouleurs et des soins qu'ils avaient pris pour leur prince. Les autres montèrent rapidement un petit camp, privilégiant l'installation du mage. Arwas avait vite aménagé une couche confortable pour Elliel et il s'était empressé de venir l'y déposer. Il entreprit de se débarrasser de son plastron lorsqu'il avait vu le souhait du jeune de se blottir contre lui, à bout de force. Winael était immédiatement venu l'aider alors que tous gardaient un œil sur le prince. Et maintenant, il le tenait contre lui alors qu'il pleurait.



- Je suis là Elliel. Ça va aller, murmura-t-il en caressant ses cheveux. Nous allons nous occuper de vous et vous ramener à Imladris auprès de votre père, assura-t-il.



Il sentit le mage acquiescer faiblement contre lui et il continua à tenter de le réconforter.



- Vous m'avez encore vu n'est-ce pas ? Demanda laborieusement le prince après un moment.



- Oui, approuva le Seigneur.



- J'espérais que vous ne voyez rien, répondit-il alors.



- Et moi je suis heureux d'avoir vu, contra-t-il doucement en écartant une mèche de son visage en sueur. Nous nous sommes mis en route après votre combat contre Smaug. Restez tranquille. Joriel vous prépare de quoi combattre la douleur.



Le mage ferma alors les yeux, respirant difficilement et s'appuyant contre lui. Glorfindel vit Filia se charger de la jeune fille alors que le camps terminait d'être mit en place. Rhîwial se releva pour venir se rallonger plus près de son maître, veillant alors qu'il semblait stressé, ses oreilles pivotant dans tout les sens. Mais il n'avait d'attention que pour son maître et le blond devina que son angoisse le concernait. Le Cerf se faisait gardien indéfectible lorsqu'Elliel n'allait pas bien. Ces derniers temps avec son maître dans cet état et le danger autour de lui avaient dû le mettre à rude épreuve. Très vite, Joriel vint s'accroupir en face de lui, avançant une tasse fumante vers le mage :



- Tenez mon prince, cela combattra la douleur, dit-il doucement.



Les deux Elfes l'aidèrent à boire doucement, celui-ci les remerciant ensuite.



- Nous avons pris avec nous de quoi tenter de vous apaiser et de faciliter votre retour vers Imladris, expliqua Glorfindel. Ceci devrait au moins apaiser un peu vos douleurs. Puis nous vous donnerons un autre breuvage pour vous endormir profondément. Nous ferons ce que nous pourrons pour vous soigner pendant ce temps. Puis nous reprendrons la route demain matin. Vous n'avez qu'à vous reposer, nous nous chargeons du reste. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous n'avez qu'à demander.



Elliel acquiesça faiblement, extrêmement rassuré par l'arrivée inattendue des siens. Cela faisait tant de bien alors qu'il se sentait plus en sécurité maintenant. La décoction médicinale de son peuple ne fit que peu d'effet mais le goût des plantes de chez lui qu'il avait alors dans la bouche le réconforta. Il ne fallut que peu de temps avant qu'on ne lui amène une seconde tasse qu'il but sans rechigner, en confiance. Quelques minutes plus tard, il tombait dans les bras d'un sommeil profond duquel la douleur l'avait privé depuis longtemps. Dés qu'ils furent certains que leur prince était bien endormis, les Elfes s’affairèrent autour de lui.



- Voulez vous nous aider demoiselle ? Demanda Winael à la jeune fille.



Elle regardait de loin depuis un moment après s'être présentée à Filia. Elle était surprise. Ces Elfes là étaient différents. Ils étaient... comme Elliel, bien plus gentils et respectueux à son égard, moins arrogants. Elle les regarda mettre en place leur camps avec rapidité avant de se rassembler autour du mage. Ils lui firent boire deux boissons, parlant dans leur langue et elle vit Elliel tomber endormi, son visage se détendant progressivement comme il ne l'avait plus été depuis longtemps. Lorsqu'on lui demanda si elle voulait aider, elle n'hésita pas.



- Que puis-je faire ? Demanda-t-elle en s'avançant.



- Nous allons tenter de soulager un peu les blessures du prince avant de reprendre la route vers Imladris, lui répondit-il. Nous l'avons profondément endormi pour lui épargner la douleur. Voulez vous bien le rafraîchir pendant que nous nous occupons de ses brûlures,



Elle acquiesça et s'approcha, venant s'agenouiller derrière là tête d'Elliel alors que le blond l'allongeait délicatement sur la confortable couche. Elle vit l'un des Elfes se poster un peu plus loin pour monter la garde. Les autres retirèrent très délicatement la tunique du mage, remontant la jambe de son ample pantalon de son côté blessé. Ils serrèrent les dents rien qu'à la vu des bandages, l'air très inquiets. Filia vint s'agenouiller près deux, amenant un sac chargé de ce qui devait être du matériel de soin. Winael lui donna de l'eau et un linge doux et elle entreprit de rafraîchir Elliel. Avec délicatesse, elle épongea son visage en sueur, heureuse de le voir détendu et sans douleur sur les traits pour une fois. Elle les observa retirer très doucement les bandages, Glorfindel tenant Elliel assis le temps d'enlever ceux entourant son torse. Et elle les vit horrifiés lorsqu'ils découvrirent peu à peu les brûlures atroces.



- Par les Valars mon prince. Pourquoi a-t-il fallu que vous alliez au devant de ce dragon ? Murmura Glorfindel en serrant les dents.



Il savait à quel point il avait été touché mais le voir réellement était pire encore.



- Elles n'ont pas du tout commencé à guérir depuis..., murmura Sigrid. Savez vous pourquoi ?



Avec patience et minutie, les elfes se mirent à nettoyer les plaies. Filia et Joriel parlaient tout bas dans leur langue, comme récitant des incantations dont elle ne pouvait saisir le sens. Le blond lui, tenait la main indemne d'Elliel, comme voulant le soutenir malgré son sommeil.



- De mémoire d'Elfe, je n'ai guère le souvenir d'un être ayant survécus à la brûlure directe d'un dragon. Toutes les blessures de ce genre que j'ai pu voir étaient indirectes et déjà, leurs maléfices les rendaient tenaces et très difficile à soigner. Le prince s'est retrouvé brûlé par les langues ardentes sortant directement de la gueule de la bête. Ce sont là des flammes chargées d'une puissante magie noire. Une magie noire qui n'a de cesse de ronger l'incarnation de magie blanche qu'est le prince Elliel. Nul n'avait jamais survécus ainsi après avoir été baigné dans un tel déluge de feu. Il a pu se protéger de sa magie mais il était déjà affaibli lorsqu'il s'est lancé dans le combat contre Smaug avec votre père, dit-il en l'étonnant par sa connaissance des faits. Il n'a pu résister entièrement à la puissance du dragon, recevant son feu comme jamais personne. Il sera très difficile de le guérir. Ces brûlures vont être tenaces. La magie noire de Smaug les rends très différentes de brûlures ordinaires.



Il se tut ensuite, regardant les soins que les autres prodiguaient doucement au prince.



- Je n'ai rien dit au prince, reprit-elle ensuite en attirant l'oreille de tous, mais... je l'aide à se soigner depuis la mort de Smaug, dit-elle doucement.



- Je sais, sourit le blond en la surprenant.



Elle le regarda d'un air confus un moment mais il ne donna aucune explication et elle continua :



- Et j'ai l'impression que ses brûlures ce sont un peu étendue depuis, dit-elle en leur faisant relever un regard alarmé sur elle. Je ne lui ai pas fait remarquer pour ne pas l'inquiéter davantage mais elles se sont aggravées. Je ne savais même pas que c'était possible. Elliel m'a dit une fois qu'après l'avoir brûlé, Smaug lui avait dit que ses flammes le dévoreraient lentement. En ne se voyant pas guérir du tout, il a commencé à se dire que c'était vrai et en voyant qu'elles grandissaient je...



- Par les Valars, si cela est vrai, nous devons le ramener au plus vite au Seigneur Elrond, s'alarma Winael.



- Et nous le ferons, assura Glorfindel. Faîtes au mieux pour l'aider. Nous nous reposons cette nuit et nous partons.



Tous acquiescèrent, les soins se poursuivant dans le silence seulement habités des incantations de Filia et Joriel qui s'affairaient avec Winael, Arwas montant la garde. Finalement, ils passèrent un autre baume sur les plaies usant de soins différents de ceux que Sigrid avait vu dans les affaires du prince. Ils remirent des compresses imbibées d'huiles médicinales, en plaçant une couche plus épaisse alors qu'ils avaient visiblement prévu une bonne quantité de matériel de soin. Puis ils refirent les bandages. Elliel fut ensuite rhabillé, confortablement allongé sur la couche et soigneusement couvert. Le prince soigné comme ils pouvaient, deux Elfes s'occupèrent des chevaux, les deux autres installant des couches pour tout le monde alors que Glorfindel restait au côté d'Elliel, lui tenant la main, ne lâchant pas son visage des yeux et le rafraîchissant régulièrement. Sigrid ne pouvait s'empêcher d'admirer avec quelle douceur il regardait le mage, avec quelle délicatesse il agissait avec lui. À n'en pas douter, ils n'étaient pas de simples connaissances l'un pour l'autre.



- Vous l'avez beaucoup aidé et soutenu ces derniers temps Sigrid, fit-il soudain sans détourner le regard du prince.



- Il est mon ami, répondit-elle, et il a tant fait pour nous. Mon père était décidé à affronter Smaug seul. S'il n'avait pas été avec lui, peut-être serait-il... Ma famille lui doit beaucoup comme les gens d'Esgaroth. Il a permis à beaucoup de monde de s'enfuir en attirant le dragon sur lui. Et a été bon avec moi, avec mon père, mon frère et ma sœur. Il a réussi à tempérer le Roi Thranduil dans ses actions. Il a fait beaucoup. J'ai même entendu dire qu'il avait sauvé la vie du Roi Thorin et de ses neveux pendant la bataille pour la Montagne. Je sens qu'il est quelqu'un de bien. Il est un soleil dans les ombres. J'ai une grande affection pour lui.



- Et il en a beaucoup pour vous également, n'en doutez pas, assura Glorfinel. Comment se nomme votre père ?



- Bard, répondit-elle, descendant de Girion.



- Le Seigneur de Dale à l'époque de l'attaque, se souvint-il alors qu'elle acquiesçait. Dîtes moi, pouvez vous nous donner plus de détails sur les derniers événements ?



Elle approuva, leur parlant alors de ce qu'il s'était passé et qui avait commencé pour elle le jour où son père avait ramené la Compagnie de Thorin. Tous l'écoutèrent en continuant leurs activités, souriant à d'admiration qu'elle avait dans la voix en parlant d'Elliel et de son père. Avec son récit, ils purent alors mieux comprendre ce qu'il s'était passé à Esgaroth puis à la Montagne, rassurés de savoir que Bard et Thranduil avait écarté le mage de la bataille. Visiblement, tout était en marche pour s'arranger à Erebor et à Dale et cela les rassura. Leur prince n'avait pas souffert en vain et il avait pu voir ses inquiétudes arrangées. Il pourrait donc se concentrer pleinement sur sa guérison maintenant. Il ne fallut que peu de temps pour que le camps soit installé et les montures soignées. Ils donnèrent à manger et à boire au cerf qui se détendait doucement depuis leur arrivée. Tous s'installèrent pour la nuit dans le petit espace dont-ils disposaient et bientôt, un repas chaud était servis, Sigrid mangeant avec les Elfes qu'elle observait attentivement. Tous étaient concentrés sur Elliel dont-ils surveillaient le sommeil avec attention. Glorfindel ne lâchait pas sa main, continuant à lui rafraîchir régulièrement le visage.



Cette nuit là, la jeune fille se réveilla quelques fois dans une habitude qu'elle avait prise afin de vérifier que le prince allait bien. Leur petit feu continuait de brûler et ce fut la première fois qu'elle put voir Rhîwial dormir profondément, allongé de tout son long, la tête posée juste derrière celle de son maître. Elle remarqua aussi que les Elfes tournaient pour monter la garde et cela la rassura. Un seul ne dormit pas de la nuit : le beau Seigneur blond. Il ne quitta pas un instant le chevet d'Elliel, veillant sur lui, le rafraîchissant et ne cessant de l'observer avec inquiétude alors qu'il lui tenait la main. Le lendemain matin, tous se levèrent très tôt, prenant un petit déjeuner alors que Joriel en profitait pour préparer plusieurs infusions médicinales d'avance pour le prince. Sigrid les aida à ranger le camps et à préparer les chevaux. Le Seigneur Glorfindel lui avait demandé de prendre sa monture, expliquant qu'il irait avec Rhîwial et le prince. Et cela n'étonna pas la jeune fille. Elliel était encore profondément endormi et cela n'était pas plus mal à ses yeux. Rapidement, tous furent prêt. Glorfindel avait assis Elliel en travers de sa selle et soigneusement calé contre lui de son côté indemne. Il laissait complètement les rênes à un Rhîwial qui ne se montrait pas du tout gêné par sa présence. Et ils s'étaient mis en route, profitant du sommeil d'Elliel pour aller à vive allure.



Dés que le mage avait montré des signes d'éveil, ils avaient ralenti, Glorfindel concentré sur lui. Lorsqu'il avait été suffisamment conscient. Il lui avait donné à boire et à manger sans qu'ils ne s'arrêtent, lui faisant boire le breuvage pour la douleur. Elliel se laissait entièrement faire par lui, Sigrid un peu rassurée de voir qu'il ne luttait plus férocement pour se maîtriser dans les bras du blond. Il ne devait plus se forcer à se concentrer pour surveiller les alentours et gérer le voyage. Il pouvait simplement se concentrer sur son repos. Mais très vite, il fut évident que même les antidouleurs de son peuple n'avaient pas grand effet. Très vite, tous avaient pu le voir grimacer et serrer les dents, gémissant souvent. Il respirait mal et la fièvre était toujours là. Glorfindel était entièrement concentré sur lui. Il lui épongeait le visage, le faisait boire régulièrement et tentait à tout prix de le soulager. Il lui murmurait souvent à l'oreille pour le réconforter, veillant à ce qu'il soit installé au mieux.



Les jours de voyages parurent durer une éternité pour tous. Les quatre guerriers venus avec le Seigneur se relayaient pour monter la garde constamment autour de leur groupe alors que Glorfindel et sa précieuse charge était toujours au centre, Sigrid non loin d'eux. Le blond passait tout son temps concentré sur le prince qui souffrait plus que visiblement, criant parfois en leur brisant le cœur. Ils ne faisaient que quelques heures d'arrêt par jour pour permettre aux montures de se reposer mais aussi à Elliel qui n'en pouvait plus. Son état ne faisait qu'empirer alors que les souffrances provoquées par le voyage l'affaiblissaient à vue d’œil. Glorfindel qui dormait très peu pour veiller, avait vite pris le parti de l'endormir un maximum avec leur breuvage pour le soulager mais ils ne pouvaient le maintenir endormi constamment. Dans ses périodes d'éveils, on ralentissait considérablement l'allure sans quoi le mage n'arrivait plus à supporter. Il criait de plus en plus souvent, de moins en moins conscient et la fièvre semblant se renforcer. Tout les quatre ou cinq jours, ils soignaient ses brûlures, tentant d'améliorer un peu les choses où tout du moins de combattre la douleur. Mais rien ne semblait pouvoir soulager Elliel.



Par une fois ils eurent à affronter des araignées géantes semblant descendre vers le sud. Au grand soulagement de Sigrid, les quatre guerriers Elfes avaient parfaitement géré les choses alors que Glorfindel l'avait attiré prés de lui et tiré son épée d'une main, laissant ses guerriers s'en charger mais se tenant prêt alors qu'Elliel était lourdement endormis contre lui. Cela s'était finalement bien passé heureusement et ils avaient repris le chemin sans tarder. À la fin décembre, ils étaient sortis de la Forêt Noire difficile à traverser, le froid de l'hiver se faisant sentir pour Sigrid. Heureusement, les Elfes lui avait donné de chauds vêtements leur appartenant pour la préserver du froid et Elliel aussi avait été mieux couvert, les autres peu sensibles à la température. Le premier janvier, ils atteignaient l'Ancien Gué et traversaient l'Anduin. Et ce fut alors qu'Elliel commença à rester dans un état proche de l'inconscience, ne parvenant plus à parler avec eux ou à rester concentré. Ils parvenaient à peine à le faire boire et manger, se tendant au fil des jours qui passaient péniblement. Deux jours plus tard, ils atteignaient les montagnes. L'hiver ne leur facilita pas la traversée des cols, pourtant, la nature fut clémente avec eux et ne leur causa que peu de soucis, le froid et la neige étant leur principaux.



Ce fut avec soulagement qu'ils quittèrent les montagnes, voyant enfin la fin de ce voyage atroce pour le prince. Son état était plus terrible que jamais. Glorfindel et les autres avaient un peu paniqué en s'apercevant que les observations de Sigrid étaient vraies : les brûlures s'étendaient très lentement. Le constater les avait terrifié. Elliel était plus pâle qu'un mort, transpirant terriblement, les lèvres bleuies par le manque d'oxygène que sa respiration difficile provoquait. Il tremblait toujours avec plus ou moins de violence, brûlant de fièvre. Et il gémissait souvent, lâchant parfois des cris qu'il ne retenait plus. Aussi lorsqu'Imladris fut enfin en vu, tous en furent soulagés, pressant davantage alors qu'une fois de plus, Elliel était plongé dans l'inconscience. Leur arrivée avait dû être vue de loin puisque lorsqu'ils entrèrent en ville, beaucoup des attendaient. Elrond était évidemment devant, l'air affolé et pâle. Il accourut lorsque Rhîwial s'arrêta non loin et il parût plus affolé encore en découvrant l'état de son fils dans les bras du Seigneur. Sans perdre un instant, ils avaient gagné la chambre du prince que son père avait fait aménager en vu des soins. Il y avait tout ce qu'il fallait, tout ce qui pouvait servir.



Des jours entiers, Elrond avait déployé tout ses talents pour soigner son fils mais au grand damne de tous, il n'y parvint pas. La Malédiction du feu de Smaug s'était profondément ancrée. Les brûlures refusaient de guérir, ne réagissant pas aux soins qu'on leur prodiguait. Elles restaient dans le même état, s'étendant très lentement et causant d'atroces souffrances au prince. La magie noire des maléfices du dragon affaiblissait celle du mage déjà épuisée. Elrond ne put faire grand chose à son grand désarrois et malgré ses efforts. La malédiction de Smaug s'accrochait fermement. Le Seigneur ne put qu'installer son fils aussi confortablement que possible. Il parvenait à soulager la douleur, à faciliter sa respiration, à calmer les tremblements, à faire baisser un peu la fièvre... mais au final, il ne parvenait qu'à ralentir la chose. Elliel était constamment entouré de soin alors qu'on pouvait parfois l'entendre gémir et même crier de souffrance. Tous à Imladris se mirent à prier pour leur jeune prince. Elrond cherchait désespérément un moyen de guérir son enfant. C'était avec horreur qu'il n'avait pu que constater que tout ce qu'avait dis Glorfindel était vrai : les brûlures s'étendaient très lentement, rongeant le mage.



Le Seigneur blond ne quittait presque jamais le chevet du prince, lui tenant la main et le rafraîchissant. Elrond était toujours là lui aussi, épluchant de vieux ouvrages à la recherche d'une solution. Sigrid était aussi toujours là pour aider à s'occuper du prince. Elle avait été parfaitement accepté à Fondcombe. Elrond l'avait remercié en personne d'avoir été là pour son fils et en apprenant qu'elle voulait devenir guérisseuse, il accepta de lui enseigner, commençant un peu avec les soins d'Elliel même si ni l'un ni l'autre n'était vraiment dans la leçon à ce moment. Tout ce qui comptait était de soulager le mage. Grâce aux efforts de son père, Elliel parvint à reprendre un peu conscience. Il restait terriblement épuisé par son état mais il parvenait, quelques instants par jour à discuter un peu avec ceux qui l'entouraient. Glorfindel était toujours là, ravagé de ne rien pouvoir faire mais se montrant fort pour l'aider à tenir bon et pour le réconforter.



Elrond avait rapidement fait envoyer un messager en Lorien pour qu'on lui fasse amener certaines plantes de la grande forêt afin de tenter d'autres soins. Et c'était Celeborn et Haldir qui étaient venus lui apporter. Arwen était restée à Caras Galadhon pour veiller sur Galadriel toujours marquée par leur combat à Dol Guldur mais le Seigneur et son Capitaine s'étaient précipités au chevet de leur petit fils et ami, amenant tout ce qui pouvait peut-être être utile. Seulement, rien n'y fit, le feu du dragon continuant à dévorer le mage tel que Smaug l'avait prédis. Personne ne laissait pourtant tomber, Elrond et Celeborn multipliant les recherches pour essayer de trouver quelque chose, fabriquant divers soins. Elliel restait constamment au lit, dormant beaucoup, souvent aux portes de l'inconscience. On l'entourait de soins et d'attention, de calme et de tranquillité, faisant tout pour qu'il soit au mieux. Les jours, les semaines et les mois coulèrent ainsi, l'hiver laissant place au printemps sans que rien ne parvienne seulement à arrêter la dégradation de l'état du prince.



Le premier Mai, ce fut dans une vallée cachée assombrie que Gandalf et Bilbon entrèrent. Ils avaient pris ensemble le chemin du retour vers la Comté. Ils s'étaient arrêtés chez Beorn pour passer l'hiver, reprenant ensuite la route tranquillement. Ils arrivaient maintenant chez les Elfes, Bilbon ravi de revoir cet endroit qui l'avait tant charmé la première fois. Seulement, Imladris semblait étrange alors qu'ils y arrivaient. Tout était très calme, trop calme, l'air empli d'inquiétude et d'angoisse.



- Que se passe-t-il ici ? Demanda Bilbon à Gandalf alors qu'ils avançaient vers l'entrée de la ville. J'ai l'impression que même la magie ici est étrange.



- En effet, acquiesça Gandalf. Il se passe quelque chose, dit-il gravement. La magie protégeant cette vallée vient du Seigneur Elrond et de son anneau. S'il y a tant d'inquiétude, de douleur et de désarrois dans l'air, c'est que le Seigneur Elrond est lui même dans cet état. Et peu de choses peuvent le faire réagir ainsi.



La dernière fois qu'il avait vu et senti Imladris ainsi, c'était après le kidnapping d'Elliel qui avait plongé son père dans un désespoir dont-il avait eu beaucoup de mal à sortir. Ils arrivèrent par le même chemin qu'ils avaient pris avec Thorin et les autres bien des mois plus tôt et ils virent Lindir venir à leur rencontre, pâle et soucieux.



- Bonjour Mithrandir, monsieur Sacquet, salua-t-il.



- Bonjour, salua Bilbon.



- Bonjour Lindir. Bilbon et moi retournons vers la Comté, expliqua-t-il, nous nous sommes dit que nous pourrions peut-être nous arrêter ici quelque jours et rendre visite au Seigneur Elrond et au prince Elliel. Est-il bien rentré ?



- Le prince est en effet rentré à la mi janvier, répondit-il avec tension. Il est alité depuis, lâcha-t-il alors qu'il se détournait en leur faisant signe de le suivre.



- Alité ?! S'exclama Bilbon en courant un peu pour le rejoindre. Pourquoi ?



- Les graves blessures qu'il a reçu en combattant Smaug Le Doré ne guérissent pas, s'aggravent de jour en jour et le font atrocement souffrir, expliqua-t-il.



- Quoi ? Mais... il a été blessé en combattant Smaug ?! S'exclama Bilbon.



- Vous n'en saviez rien ? S'étonna l'Elfe en s'arrêtant et en les regardant tour à tour.



- Non, répondit Gandalf.



- Dans ce cas, venez. Vous pourrez peut-être aider Mithrandir, remarqua-t-il.



Ce fut en marchant d'un bon pas qu'ils allèrent sans attendre vers la maison d'Elrond et vers la partie privée de l'endroit. Tout ceux qu'ils croisèrent avaient la mine sombre et l'air inquiet, cela ne les rassurant guère. Ils arrivèrent devant une belle et grande porte :



- Nous y sommes, annonça Lindir. C'est la chambre du prince, dit-il en toquant doucement.



Ce fut Haldir qui vint leur ouvrir et il les salua pauvrement, s'écartant pour les laisser entrer. Le Magicien et le Hobbit restèrent choqués devant ce qu'ils virent. Dans la chambre, on avait ajouté une grande table où s'étalaient plantes et autres pour fabriquer soins et infusions. Beaucoup de livres étaient aussi éparpillés ça et là avec des parchemins. Elrond était là, l'air plus fatigué que jamais, pâle et soucieux et il en était de même pour Celeborn présent lui aussi. À leur grande surprise, ils trouvèrent Sigrid, la fille de Bard, roulée en boule et dormant dans un fauteuil, l'air épuisée elle aussi. Glorfindel était présent, assis au bord du lit, pâle et tendu mais tenant très précieusement la main d'Elliel installé là. Le mage était allongé sur des draps de soie beige, l'air endormi. Il était atrocement pâle, les joues creusées, le regard cerné, les lèvres un peu bleue, la peau couverte de sueur et les traits crispés par la douleur. Il tremblait doucement, respirant mal et il semblait avoir perdu du poids. Ses cheveux s'étalaient autour de lui, ternes comme jamais. Il ne portait qu'un pantalon de toile fine et blanche. Sa main, son bras, son épaule droits ainsi que son cou son torse et son ventre étaient couvert d'épais bandages. Il se tendit soudain, gémissant douloureusement. Glorfindel serra les dents, comme tout les présents, caressant la main qu'il tenait et attrapant un linge pour éponger le visage du mage.



- Bon sang mais que lui arrive-t-il ? Demanda Bilbon en attirant l'attention des autres sur lui.



Il s'avança vers le lit, son regard ne pouvant quitter Elliel et il sentit que Gandalf le suivait. Il s'arrêta une fois près de son ami, l'observant avec horreur.



- Mithrandir, remarqua Elrond la voix basse. Je suis content de vous voir, peut-être pourrez vous l'aider.



- Que s'est-il passé ? Demanda le magicien. Il ne m'avait rien dit à propos de telles blessures.



- Il n'a rien dit à personne, remarqua Sigrid qui se réveillait. Seul mon père et moi savions.



- Pourquoi n'a-t-il rien dit ? Demanda Bilbon.



- Il ne voulait pas que vous cherchiez à l'éloigner de la Montagne avant que tout soit fini, expliqua-t-elle. Il disait que de toute façon, vous ne pouviez pas l'aider et il ne voulait pas vous inquiéter.



- Qu'a-t-il ? Demanda Bilbon.



Ce fut alors Elrond qui prit la parole pour tout leur expliquer, en venant à la situation présente. Tout deux n'avaient cessé de pâlir en apprenant tout cela, réalisant que cela faisait maintenant plus de six mois que l'Elfe subissait ses blessures.



- Qu'arrivera-t-il si vous n'arrivez pas à le soigner ? Demanda Bilbon anxieux.



- Le feu maudit de Smaug le dévore très lentement. Si nous n'arrivons pas à le stopper, il..., répondit Elrond ne pouvant terminer sa phrase dont la suite était pourtant évidente.



- Mithrandir, pouvez vous l'aider ? Demanda Celeborn.



Sans un mot, le Magicien vint s'asseoir au bord du lit, venant faire planer sa main au dessus des bandages, s'étonnant de sentir une forte chaleur en émaner. Il ferma les yeux, psalmodiant tout bas dans la langue des Magiciens. Longuement, dans un silence tendu, il chercha, cessant finalement en soupirant douloureusement.



- La Malédiction de Smaug en lui est forte et elle s'accroche à lui. Il est une proie de choix pour une magie si noire, soupira-t-il.



- Pouvez vous l'aider Mithrandir ? Demanda Glorfindel en tournant le regard vers lui.



Gandalf le regarda. Il avait l'air exténué et angoissé comme jamais il ne l'avait vu chez lui. Et pourtant, il connaissait Glorfindel depuis longtemps. Son regard rougi comme s'il avait récemment pleuré le suppliait visiblement.



- Je ne peux rien faire, dit-il en désespérant toute la pièce et en faisant monter les larmes aux yeux du blond alors qu'Elliel gémissait doucement. Mais peut-être qu'un autre peut, dit-il en regardant Bilbon dont le visage s'éclaira.



- Thorin, comprit le Hobbit.



- Thorin ? Releva Elrond.



- Oui. Avant de partir d'Erebor, Elliel est venu voir Thorin. Il lui a expliqué que dorénavant, l'Arkenstone ne serait plus une malédiction mais une bénédiction pour lui et son peuple. Il lui a dit que le Joyau et sa magie pourrait nettoyer Erebor et son trésor des malédictions de Smaug. Et il avait entièrement raison. Dans les mains de Thorin, l'Arkenstone a purifié la Montagne en quelques jours. Je l'ai nettement senti. Et si elle a pu si facilement détruire les maléfices du dragon installés là depuis si longtemps, peut-être pourra-t-elle le sauver, avança-t-il.



- Erebor est à un mois et demi de voyage au moins, il faut partir sur le champs ! Lança Haldir l'air d'être prêt à rejoindre la Montagne en courant immédiatement.



- Non, intervint Gandalf. Occupez vous de lui. Je vais appeler les Aigles. Ils viendront pour aider Elliel. Je vais le demander de m'y emmener et je ramènerais la pierre.



- Thorin voudra-t-il seulement la prêter ? S'inquiéta Elrond.



- Il la prêtera, assura le Magicien. Une grande amitié lie désormais Thorin et votre fils, révéla-t-il en surprenant le père et les autres. Il le sauvera s'il le peut.



- Elliel l'a ramené à la vie lui, Kili et Fili à Ravenhill, remarqua Bilbon. Ils avaient été tués tout les trois, apprit-il en choquant une fois de plus toute la pièce qui n'était pas au courant. Elliel les a ramené en invoquant Ilùvatar. Ils ont tout trois une immense dette envers lui et le considèrent comme de la famille maintenant. Thorin ne le laissera pas tomber, affirma-t-il.



- Bilbon, restez donc à son chevet, lança Gandalf en se relevant. Je me charge de l'Arkenstone, dit-il en sortant.



Tous le regardèrent partir avec espoir, Lindir l'accompagnant, puis tous reportèrent leur attention sur Elliel, priant pour que le Joyau du Roi puisse le sauver. Le lendemain, les Aigles arrivaient et Gandalf partait avec eux. Dans les jours qui suivirent, Bilbon resta auprès du mage, très inquiet lui aussi. Il fit la connaissance de Celeborn et Haldir qui se présentèrent. Voir Elliel dans cet état lui brisa le cœur, d'autant plus lorsqu'il assista au changement de ses pansements, découvrant les dégâts atroces. Les cris que poussaient parfois le mage dans sa douleur lui faisait froid dans le dos. Il y avait toujours du monde dans sa chambre mais il remarqua vite que le Seigneur Glorfindel, qu'il connaissait très peu, quittait rarement la pièce et Sigrid lui confirma. Elle lui expliqua comment le Seigneur s'était précipité au secours du prince et comment il ne le quittait plus depuis. Il ne sortait que pour rejoindre une salle de bain quelques minutes par jour. Il dormait peu et dans la chambre d'Elliel, passant tout son temps à s'occuper de lui. Elrond y était aussi beaucoup, comme Celeborn et Haldir. Il dut attendre trois jours avant d'assister à un réveil du mage. Il lui avait parlé doucement, lui assurant que Gandalf reviendrait avec de quoi l'aider. Mais Elliel avait été tellement faible qu'il doutait même qu'il se soit rendu compte qu'il était vraiment là.



À l'angoisse générale, le mage avait l'air de s'affaiblir plus rapidement depuis quelques jours. Ce matin là, un peu plus d'une semaine après le départ de Gandalf, ce fut un peu paniqué que Bilbon quitta en catastrophe la chambre du mage. Il allait mal ce matin, gémissant et criant beaucoup. Elrond, Glorfindel, Haldir, Celeborn et Sigrid s'occupaient de lui, tentant de l'apaiser mais personne n'y parvenait aujourd'hui. Lui avait eu besoin de prendre l'air, supportant difficilement d'assister à un tel spectacle. Il s'appuya sur la rambarde d'un balcon, respirant rapidement alors que des sanglots agitaient ses épaules et que les larmes emplissaient ses yeux. C'était terrible d'assister à la souffrance de son ami sans rien pouvoir faire. Il n'imaginait même pas ce que pouvait ressentir sa famille depuis son retour. S'il ne les avait jamais vu pleurer ou craquer, il en avait parfois vu les traces sur eux. Il tenta de respirer profondément pour se calmer, relevant le visage vers le ciel. Et il se figea lorsqu'après un moment, il vit de grandes silhouettes volantes se détacher. Il regarda, souriant soudain en comprenant que Gandalf était de retour.



Il les regarda approcher, se précipitant vers le lieu de l'atterrissage. Les Aigles atterrirent devant lui et il fut très heureux de non seulement trouver Gandalf mais aussi Thorin, Kili et Fili qui étaient venus avec lui. Les Nains étaient soigneusement vêtus maintenant, Thorin restant pourtant simple malgré les discrets ornements précieux qu'il portait. Il ne portait pas sa couronne ce jour là. Tous sautèrent au sol, le rejoignant.



- Comment va-t-il ? Demanda Gandalf très inquiet en voyant les traces de larmes sur ses joues.



- Très mal, répondit-il avec une certaine panique alors que les trois Nains le regardaient avec anxiété. Thorin, avez-vous amené l'Arkenstone ? Demanda-t-il.



- Bien sûr. Allons-y, poussa le Roi sous la Montagne.



Sans attendre, ils se précipitèrent vers le palais et la chambre d'Elliel. Les quatre récents arrivés se figèrent à quelque pas de la porte lorsqu'un cri de douleur retenti.



- Personne n'arrive à le calmer ce matin, expliqua Bilbon en se tournant vers eux. Il souffre beaucoup.



- Par Durin, je n'imaginais pas que c'était à ce point, soupira Thorin.



Il se remit à avancer, toquant à la porte désignée par Bilbon. Ce fut Elrond qui lui ouvrit, l'air épuisé et très tendu.



- Thorin, s'étonna-t-il. Vous êtes venu, sourit-il.



- Bien sûr. Elliel est mon ami, répondit-il.



Elrond acquiesça, s'écartant et les laissant entrer. Autant dire que les trois Nains furent choqués de découvrir Elliel ainsi. Ce matin là, sa fièvre était particulièrement forte alors qu'il tremblait fortement. Il respirait très mal, gémissant de douleur les yeux clos. Ses épais bandages étaient bien en vu.



- C'est Smaug qui lui a fait ça ? Demanda Fili choqué.



- Oui, acquiesça Sigrid. C'est mon père qui l'a sorti d'Esgaroth et du lac après le combat. Il va mal depuis ce jour là, dit-elle. Il l'a caché à tout le monde parce qu'il voulait rester jusqu'à s'assurer que la Montagne ne tomberait pas en de mauvaises mains.



- Thorin, avez vous l'Arkenstone ? Demanda Glorfindel en coupant cour à toute discussion.



- Oui, approuva le Nain.



Il s'empressa d'avancer quand Elliel cria faiblement. Il s'assit au bord de son lit alors que tous regardaient avec attention. Il plongea la main dans son manteau, en sortant le Joyau du Roi qui brillait de mille feux comme jamais auparavant.



- Puis-je ? Demanda-t-il à Glorfindel en tendant une main pour récupérer celle qu'il tenait.



Il était hors de question de toucher à l'autre qui était blessée. Avec réticence, le blond déposa la main tremblante et fine d'Elliel dans celle du Nain qui avait retiré ses gants. Thorin la récupéra avec délicatesse, largement observé de tous dans la pièce attendant avec impatience de voir si cela marcherait ou non. Le Roi mit la pierre dans la main de l'Elfe, la déposant ensuite sur son cœur sans la lâcher lui même. Tous le virent ensuite fermer les yeux comme se concentrant. Après une petite minute, l'Arkenstone se mit à briller de mille feux, éclairant davantage toute la chambre. Seulement, Elliel se mit à crier, s'agitant un peu et paniquant tout le monde. Glorfindel se redressa comme un tigre bondissant sur une proie, prêt à éjecter le Nain loin de là, mais il stoppa net lorsqu'il vit une brume sombre émaner des bandages, pile au dessus des blessures. Tous virent le phénomène, s'approchant pour observer.



- Je crois que ça fonctionne, remarqua Gandalf. La magie du Joyau est en train de détruire la malédiction de Smaug.



Tous continuèrent à regarder, espérant qu'il avait raison alors qu'Elliel semblait souffrir de ce traitement. Il fallut une heure avant que cela soit terminé. Dans le dernier quart d'heure, la fumée noire s'était faite plus faible jusqu'à disparaître complètement. Et durant tout ce temps, Thorin avait gardé les yeux clos, tenant la main d'Elliel avec l'Arkenstone. Finalement, la lumière baissa d'intensité, jusqu'à revenir à la normal. Le Roi rouvrit alors les yeux, Elliel se calmant enfin.



- Je crois que ça ira maintenant, annonça Thorin en brisant le silence.



- Mithrandir ? Demanda Elrond.



Le Nain récupéra alors doucement son Joyau, posant la main de l'Elfe avec précaution avant de se lever pour lui laisser sa place. Gandalf chercha alors les traces de la Malédiction en lui donnant finalement son verdict :



- Je ne sens plus les maléfices du dragon, dit-il en faisant soupirer tout le monde de soulagement. Il y a encore un peu d'énergie néfaste mais rien dont vous ne pouvez venir à bout Seigneur Elrond. Cela mettra certainement encore du temps à guérir mais cela devrait aller maintenant.



Tous se détendirent, Elrond s'approchant et se penchant sur son fils dont Glorfindel avait repris la main. Il fit planer sa main au dessus des bandages, sentant déjà que la chaleur qui en émanait toujours avait diminué. Il se redressa ensuite se tournant vers les Nains :



- Je vous remercie d'être venu si vite Roi Thorin. Je sais que cela ne devait pas être évident de quitter votre royaume en ce moment avec votre plus grand trésor, dit-il avec une immense reconnaissance.



- Je serais venu bien plus tôt si j'avais su, répondit-il. Je l'aurais même fait à Erebor directement si seulement nous avions été au courant.



- Je pense que même Elliel ne se doutait pas que cela irait si loin, remarqua Celeborn. Je vous remercie également d'être venu si vite au secours de mon petit fils Roi Thorin, remercia-t-il avec un beau signe de tête.



- Je lui dois mille fois ce genre de chose, remarqua Thorin. Il m'a appris beaucoup et il est mon ami. J'ai provoqué la colère de Smaug et c'est de ma faute si Bard et Elliel ont eu à l'affronter. Il était bien normal que je vienne.



- Il nous a sauvé la vie à tout les trois quand nous avions vu la mort, remarqua Kili. Il aurait été impensable de ne pas venir.



- Je ne sais pas si vous souhaitez repartir tout de suite ou non, mais vous êtes les bienvenu à Imladris si vous le souhaitez, invita Elrond.



- J'aimerais rester jusqu'à son réveil au moins, annonça Thorin en regardant Elliel.



- Vous êtes les bienvenu, assura Elrond. Sigrid, m'aiderez vous ? Nous allons refaire tout les soins maintenant.



La jeune fille acquiesça, le rejoignant. Celeborn prit le parti de s'occuper des invités pendant qu'Elrond soignait son fils. Haldir et Glorfindel aideraient aussi dans les soins et il invita les Nains à le suivre. Tout trois acquiescèrent, sortant avec Bilbon et Gandalf. Thorin et ses neveux furent royalement reçu, bien plus détendu qu'à leur dernier passage ici. Ce ne fut qu'au dîner du soir qu'ils furent rejoint par Haldir, Sigrid et Elrond qui avaient passé de longues heures en soins elfiques. Et ce fut avec joie que le Seigneur annonça que ses soins avaient déjà plus d'effet, remerciant une fois encore Thorin. Elliel s'était alors lourdement endormis. Rien n'avait vraiment changé dans son état au premier abord mais Elrond désormais confiant suffisait à rassurer tout le monde. Le lendemain, Elladan et Elrohir, les frères d'Elliel, arrivaient en catastrophe à Fondcombe. Ils débarquèrent au déjeuner, sur la terrasse où leur père prenait le repas avec les trois Nains, le Hobbit, Gandalf, Celeborn, Haldir et Sigrid. Ils saluèrent rapidement tout le monde sans vraiment y prendre garde, sautant sur leur père :



- Ada, nous avons entendu dire que Elliel avait combattu Smaug ? Demanda Elladan.



- Oui, confirma celui-ci. En effet, il l'a combattu avec un Homme du nom de Bard.



Les jumeaux eurent l'air très inquiets et Elrond les invita à s'asseoir, les présentant.



- Je ne savais pas qu'Elliel avait deux frères, remarqua Fili.



- Il a deux grands frères et une grande sœur, expliqua Gandalf. Elladan et Elrohir ici présents passent la plus part de leur temps avec les Rôdeurs du Nord à combattre les Gobelins et les Orques de l'Eriador, de l'Arnor et des Landes d'Etten. Sa sœur, Arwen, vit en Lorien.



- Oui et imaginez la tête que l'on a fait quand on a appris que notre petit bébé avait affronté Smaug, remarqua Elrohir.



- Petit bébé ? Releva Kili amusé. Il n'avait vraiment pas l'air d'un petit bébé lorsqu'il était sur le dos de Smaug, ricana-t-il.



- Nous l'avons vu le combattre, expliqua Fili. Ça coupe l'envie d'être son ennemi. Je n'avais jamais vu un tel courage et une telle force.



- Nous avons entendu assez rapidement ce qu'il s'était passé à Esgaroth et Erebor, expliqua Elladan. Les Rôdeurs sont très bien informés. Nous avions entendu dire qu'un prince Elfe avait combattu la bête. Nous avions d'abord pensé à un Elfe de la Forêt Noire. Nous n'avons entendu que récemment qu'il s'agissait d'Elliel. Nous nous sommes immédiatement mis en route pour rentrer.



- Comment va-t-il Ada ? L'avez vous vu depuis ? A-t-il été blessé dans ce combat ? Demanda Elrohir l'air très inquiet comme son frère.



Tous cessèrent de sourire à la question et cela ne fit qu'inquiéter les jumeaux. Leur père se leva, leur demandant de le suivre et tous comprirent qu'il allait certainement les emmener voir Elliel. Et c'est en effet ce qu'il fit. Lorsqu'ils entrèrent dans la chambre du mage, peu de choses avaient changé dans l'état de celui-ci. Il tremblait moins fort et respirait mieux, dormant profondément le visage redevenu paisible. Mais son état restait tout de même très impressionnant avec ses lourds bandages. Près de lui, le Seigneur Glorfindel lui tenait la main, allongé à ses côtés, dormant lui aussi lourdement alors qu'il avait l'air à bout de force. Les jumeaux restèrent figés un moment, horrifiés. Ils s'approchèrent lentement de leur petit frère, Elladan venant écarter de son visage une mèche de cheveux.



- Il n'est pas ressorti indemne de son combat avec Smaug, dit-il tout bas pour ne pas déranger le repos des endormis. Cela lui a coûté très cher.



- Que s'est-il passé Ada ? Demanda Elrohir.



Parlant bas, Elrond leur raconta tout, jusqu'à l'arrivée de Thorin la veille. Les jumeaux s'étaient mis à pleurer en silence en apprenant quel calvaire avait subi leur perle. Ils furent néanmoins rassurés d'apprendre qu'il était sur le chemin de la guérison désormais. Observant Glorfindel, Elrond leur expliqua à quel point la relation entre eux avait évolué, parlant aussi des visions du blond qui lui avait maintenant tout révélé. Il avait été surpris d'apprendre tout ça, un peu en colère de ne pas avoir été mis au courant de l'effet que les ombres avait sur Elliel plus tôt. Mais il comprenait Glorfindel et son souhait de respecter la volonté du mage. En y réfléchissant, il savait bien que son ami aurait veillé pour lui et il l'avait fait.



- Lorsqu'il l'a vu être lourdement blessé face à Smaug, Glorfindel n'a pas réfléchi, raconta le Seigneur. Il a pris ses meilleurs guerriers et il partit le chercher. Il l'a retrouvé dans la Forêt Noire, il l'a ramené et depuis, il n'a pas quitté son chevet. Il s'est épuisé mais il refuse de s'éloigner de lui. Grâce au secours de Thorin, il ira vite mieux. J'ai déjà pu combattre la douleur en très grande partie, la fièvre tombera vite maintenant que j'ai enfin pu refroidir les brûlures. Elles ne vont plus grandir et j'ai activé leur guérison. Heureusement, il s'est soigné tout de suite après le combat et l'a fait régulièrement ensuite. Alors on a évité des infections ou d'autres aggravations. Ça va prendre un peu de temps, cela reste des brûlures d'un dragon mais je peux le guérir. Et surtout, je peux le soulager beaucoup maintenant. Ces derniers mois ont été atroces, soupira-t-il lourdement. Il a tellement souffert, dit-il les larmes aux yeux.



Elladan et Elrohir allèrent alors poser leurs mains sur ses épaules, les serrant avec affection et l'étreignant un instant pour le soutenir, comprenant à quel point cela avait dû être insupportable pour tout le monde.



- Il va lui falloir beaucoup de repos pour se remettre de ça mais le plus dur est passé, reprit-il. Heureusement que Thorin a accepté de venir avec l'Arkenstone.



Ils restèrent encore un moment dans la chambre, sortant ensuite rejoindre les autres. Les frères remercièrent Thorin, passant ensuite du temps avec les membres présents de la compagnie et Sigrid pour en savoir plus sur leur aventure. Ils décidèrent évidemment de rester à Imladris pour s'occuper de leur petit frère et de leur famille éprouvée. Il fallut encore deux jours avant qu'Elliel ne se réveille. Elrond avait multiplié ses soins sur lui et son état s'était amélioré. La douleur ne marquait plus ses traits, sa fièvre était tombée et il ne tremblait plus. Il respirait normalement maintenant et ne transpirait plus. Il avait dormi profondément depuis que Thorin était passé. Les brûlures prendraient du temps à guérir et nécessiteraient des soins mais il était maintenant certain d'en arriver à bout et de pouvoir soulager son fils de la douleur et du reste. Il lui faudrait juste du repos ensuite mais de toute manière, avec ce qu'il venait de subir, il n'était pas prêt de quitter son lit.



Lorsqu'il commença à se réveiller, seul Glorfindel était là, se réveillant lui même d'une sieste. On avait vidé la chambre pour lui permettre de se reposer alors qu'il ne quittait presque jamais le chevet du mage. Savoir qu'il était enfin sorti d'affaire l'avait infiniment soulagé. Il était épuisé lui aussi alors qu'il n'avait que très peu dormis ces derniers mois. Il avait passé tout son temps à s'occuper d'Elliel, à veiller sur lui. Il pouvait enfin se détendre un peu mais il ne serait vraiment rassuré que lorsqu'il serait complètement remis. Ces derniers mois avaient été atroces. Il se réveilla allongé près du prince, tenant sa main qu'il n'avait que rarement lâché. Il se redressa un peu, s'appuyant dans les oreillers qu'Elrond avaient fait amener pour lui sans remarque après l'avoir vu dormir contre le bois du lit. Et comme à l'habitude, il scruta le mage sous toutes les coutures. Il était paisible et cela le rassurait après l'avoir vu dans de terribles états de souffrances. Il le regarda un moment avant de voir ses traits s'animer doucement. Il redouta un accès de douleur avant de finalement comprendre qu'il se réveillait. Il se pencha sur lui, se mettant à caresser un peu ses cheveux avec tendresse.



Il fallut un moment mais Elliel ouvrit finalement les yeux, dévoilant une fine ligne couleur d'émeraude encore un peu terne. Il cligna plusieurs fois des paupières, les relevant un peu plus chaque fois. Glorfindel suivit avec attention, caressant ses cheveux. Il se penchant au dessus de lui, quelques mèches blondes tombant autour de la tête du mage. Celui-ci commença à regarder autour de lui, ses yeux s'arrêtant sur le visage du Seigneur. Il le regarda un moment, l'aînée lui souriant doucement alors qu'il venait effleurer sa joue de ses doigts.



- Glor...fin...del, bredouilla-t-il la voix rauque et faible.



- Je suis là, assura-t-il. Prenez votre temps. Tout va bien maintenant.



Il continua à le cajoler tendrement, Elliel ne lâchant pas son visage des yeux alors qu'il se réveillait doucement.



- J'ai... senti... l'Ark...en...stone, dit-il laborieusement.



- Oui. Thorin est venu avec le Joyau du Roi pour vous aider, raconta-t-il lentement pour qu'il puisse suivre. Mithrandir est arrivé il y a quelque temps. Il nous a raconté comment l'Arkenstone avait entièrement purifié Erebor des maléfices du Dragon en quelques jours. Alors nous nous sommes dit qu'il pourrait aussi détruire la malédiction de Smaug en vous. Mithrandir a demandé l'aide des Aigles pour aller voir Thorin rapidement. Il est revenu avec lui et Thorin s'est empressé d'essayer de vous aider. Cela a fonctionné. Il y a encore de la magie noire dans vos blessures mais rien que votre père ne puisse combattre. Les maléfices de Smaug ne sont plus désormais. Il vous faudra du temps mais vous allez guérir, assura-t-il.



Il vit Elliel le scruter longuement, comme ayant du mal à assimiler. Et finalement, ses yeux s'emplirent de larmes, le Seigneur comprenant qu'il craquait, envahis par un soulagement visible. Il le laissa pleurer doucement, les perles d'eau glissant sur sa peau pâle alors qu'il avait fermé les yeux. Il ne sanglotait pas, ses traits détendus, seul ses larmes coulant telles des diamants. Glorfindel continua à caresser ses cheveux et ses joues doucement, venant prendre délicatement sa main dans la sienne. Il sentit Elliel la serrer de toutes ses maigres forces et il se pencha pour déposer un baiser sur son front. Le mage entrouvrit de nouveau un peu les yeux en le sentant, remuant légèrement comme pour se rapprocher de lui.



- Ne bougez pas, arrêta doucement le blond.



Il bougea lui même pour s'installer plus près, s'allongeant près de lui. Il passa un bras sous sa nuque, calant sa tête contre son épaule. Il tint aussi précieusement sa main indemne dans la sienne. Il posa son front contre ses cheveux, repliant son bras pour venir effleurer son visage du bout des doigts. Le prince tourna la tête vers lui et ils se retrouvèrent front contre front, Elliel plongeant ses yeux d'émeraudes dans ceux dorés du Seigneur. Et celui-ci le vit alors beaucoup plus lucide que ces derniers mois. Cela faisait longtemps que lorsqu'il était capable de parler, on pouvait voir qu'il ne saisissait pas ce qu'on lui disait réellement alors qu'il avait plutôt l'air de délirer dans sa douleur et sa fièvre. Là, il semblait épuisé mais parfaitement conscient. Cela faisait longtemps qu'il ne l'avait pas vu ainsi et cela le soulagea un peu plus.



- Vous... étiez là tout le temps, souffla Elliel la voix très basse.



- Je ne vous ai pas quitté depuis que je vous ai retrouvé dans la Forêt Noire, expliqua-t-il. Et jamais plus je ne vous laisserais partir loin de moi ainsi, dit-il avec conviction. Jamais plus. Jamais plus je ne vous laisserais partir seul sans moi et jamais plus je ne veux être loin de vous quand vous souffrez.



- Je ne veux plus vous quitter non plus, répondit doucement le mage les larmes aux yeux. Vous m'avez tellement manqué. Il n'y a pas eu un jour ou une heure sans que vous ne soyez dans mon esprit. Et... si vous n'aviez pas été là ces derniers temps... j'aurais lâché prise, avoua-t-il tout bas alors que les larmes débordaient.



- Je serais toujours là pour vous, promit le Seigneur. Toujours et en tout temps. Et jamais plus je ne laisserais quoi que ce soit vous faire souffrir ainsi. Je ferais tout pour que vous soyez heureux à jamais. Jamais je ne vous quitterais.



Il s'avança un peu plus vers lui, posant avec délicatesse ses lèvres sur les siennes. Avec tendresse, il l'embrassa avec la légèreté d'une plume, sentant la main du mage serrer la sienne. Celui-ci lui répondit avec faiblesse et lorsqu'ils se séparèrent, Glofindel vit un magnifique sourire détendu sur son visage, cette vision le rassurant plus que tout autre chose. Elliel plongea ensuite autant qu'il put son nez contre son épaule, atteignant finalement son cou. Il inspira longuement, comme se gorgeant de son odeur avant de ne plus bouger.



- Reposez vous, conseilla Glorfindel en caressant ses cheveux. Vous en avez besoin.



Ils restèrent ainsi longuement en silence, le mage somnolant sous ses attentions douces. Mais il demanda finalement :



- Thorin est-il encore là ? Demanda-t-il la voix basse.



- Oui, il voulait attendre votre réveil avant de repartir. Il est ici avec ses neveux. Vos frères sont aussi revenus récemment. Et le Seigneur Celeborn est aussi venu avec Haldir. Tout le monde a veillé sur vous ces derniers temps.



- Combien de temps ? Questionna-t-il alors.



- Plus de cinq mois sont passés depuis que je vous ai retrouvé, répondit le blond.



- J'ai eu l'impression que cela a duré toute une vie, souffla-t-il.



- Cela est fini maintenant, assura le blond. Ressentez vous une quelconque douleur ? Demanda-t-il avec inquiétude.



- Un peu mais ce n'est presque plus rien, murmura-t-il.



- Voulez vous que j'aille chercher votre père pour qu'il vous soulage ?



- Non, soupira-t-il. Restez juste là s'il vous plaît. Rien ne me soulage plus que votre présence, bredouilla-t-il l'air à moitié endormi.



Glorfindel sourit doucement, se calant un peu mieux contre lui et continuant à le cajoler, le laissant se reposer contre lui, infiniment soulagé d'avoir pu enfin parler vraiment avec lui.



Ce fut avec une joie sans borne qu'Elrond, Elladan et Elrohir trouvèrent Elliel éveillé avec Glorfindel. Il était très visiblement épuisé mais il était lucide et cela les rassura tous. Ils échangèrent quelques mots avec lui, ne faisant aucune remarque sur sa proximité avec le Seigneur alors qu'il avait l'air particulièrement bien et apaisé contre lui. Un peu plus tard, ce furent Haldir et Celeborn qui arrivaient pour lui rendre visite, eux aussi heureux de le voir ainsi. La famille ne resta pourtant pas longtemps. Elrond veilla à ce qu'il soit au plus confortable possible, soulageant tout ce qu'il pouvait. On amena une soupe légère, Glorfindel aidant le prince à manger lentement. Puis tous quittèrent la pièce hormis le blond incapable de s'éloigner, les laissant se reposer pour la nuit. Ce fut cependant dés le matin qu'Elrond revint auprès de son fils. Il trouva le Seigneur éveillé, Elliel dormant profondément. Il fut heureux d'entendre le blond lui dire que la nuit avait été calme et que le mage avait profondément dormis sans problème. Il ne fallut pas très longtemps avant qu'Elliel ne se réveille lourdement, cherchant immédiatement la présence de Glorfindel près de lui. Il la trouva rapidement, apercevant ensuite son père.



La première chose que fit Elrond fut de s'assurer qu'il allait le mieux possible s'empressant de lui donner quelque chose pour la douleur lorsque le mage grimaça un peu. Il s'occupa de lui un moment sous le regard du blond et ils virent bientôt le reste de la famille venir lui rendre visite, Haldir et Sigrid s'y ajoutant. Elliel salua la jeune fille faiblement, celle-ci ravie de le voir conscient ainsi. Après un petit déjeuner léger, il se rendormit. Et lorsqu'il se réveilla, ce fut avec Thorin, Fili, Kili, Bilbon et Gandalf près de lui, Glorfindel toujours à ses côtés lui aussi.



- Bonjour, salua Thorin en lui souriant.



- Bonjour, répondit-il la voix faible et l'air d'avoir du mal à émerger.



Tous lui laissèrent le temps de se réveiller vraiment, soulagés de le voir détendu bien qu'épuisé.



- Vous m'avez sauvé Thorin, remarqua-t-il ensuite la voix basse. Merci.



- C'était bien normal, répondit-il alors qu'il était assis près de lui. Je serais venu bien avant si seulement nous avions su.



- Je ne pensais pas... que ça irait jusque là, bredouilla-t-il.



Un léger silence plana avant que le mage ne demande des nouvelles d'Erebor. Les trois Nains lui expliquèrent alors avec joie comment leur peuple était revenu vivre à la Montagne, travaillant d'arrache pied pour réparer les dégâts provoqués par Smaug. Ils lui apprirent comment Bard et les siens avaient entrepris de rebâtir Esgaroth mais aussi Dale avec l'aide des Nains. Les relations avec les Elfes, si elles restaient tendues, s'étaient apaisées après la restitution sans conditions des Gemmes Blanches de Lasgalen à Thranduil et une longue discussion entre les deux rois. Ils étaient loin d'être amis, mais ils s'entendaient. Un triangle d'alliés s'était formé entre Bard, Thranduil et Thorin, encore fragile mais prometteur alors que la région se remettait doucement de ce qu'il s'était passé. Elliel fut ravi de l'entendre, soulagé. Et il leur promit de revenir à la Montagne lorsqu'il serait guéris afin d'y passer un peu de temps. Après lui avoir parlé et s'être rassurés, tout trois décidèrent de reprendre la route d'Erebor avec les Aigles, leur Royaume ayant besoin de son Roi et de ses Seigneurs. Mais avant leur départ, Elliel demanda à Kili de rester un peu avec lui, lui demandant comment cela allait avec Tauriel. Souriant comme jamais, l'archer lui avait dit qu'ils faisaient plus ample connaissance tranquillement, prenant leur temps. Les Nains n'étant toujours pas les bienvenus chez Thranduil, l'inverse étant aussi valable, ils partaient souvent dans de longues balades entre leurs Royaumes, s'octroyant souvent du temps pour eux loin des autres. Une nouvelle fois, Elliel en fut ravi. Ce fut ensuite avec Bilbon et Gandalf qu'il parla un peu, prenant de leur nouvelles. Puis il poussa Bilbon à rentrer chez lui, sachant que sa maison lui manquait et lui assurant qu'ils se reverraient.



Il fallut encore des mois pour que les brûlures d'Elliel guérissent complètement sous les soins de son père. Il resta alité longtemps, peinant à reprendre des forces après une telle épreuve. On l'entourait de soins et de calme, ses frères, son grand père et son meilleur ami restant à Imladris pour veiller sur lui. Glorfindel était toujours là, veillant, discutant avec lui ou lui tenant simplement compagnie lorsqu'il ne dormait pas. Le mage était à bout de force physiquement, mentalement et magiquement. Ce ne fut qu'un peu plus d'un an après son combat contre Smaug que ses brûlures furent enfin de l'histoire ancienne. Il fallut cependant attendre la fin de l'année avant qu'il ne soit capable de sortir de son lit et une année supplémentaire avant qu'il n'ait enfin retrouvé toutes ses forces. Elladan, Elrohir, Celeborn et Haldir étaient repartis lorsque ses blessures avaient été guéris, Elliel leur assurant qu'il allait bien maintenant. C'était donc entouré des Elfes d'Imladris, de son père, de Glorfindel et de Sigrid qu'il s'était doucement remis. Sigrid avait d'ailleurs complètement trouvé sa place à Foncombe, bien mieux accueilli que chez Thranduil. Elle vivait au palais d'Elrond et celui-ci avait accepté de lui enseigner l'art de la guérison Elfique. Elle apprenait leur langue, ravie par la beauté présente dans tout ce que faisaient les Elfes. Elle s'épanouissait et s'était fait des amis. En particulier Filia avec qui elle avait fait le voyage de retour depuis la Forêt Noire. La dame Elfe lui apprenait beaucoup et avait même commencé à lui apprendre le tir à l'arc et l'épée.



Alors qu'il guérissait, la relation d'Elliel avec Glorfindel suivait aussi son cour, avançant doucement alors qu'il n'était pas dans la nature de leur peuple de se précipiter. Ils avaient le temps. Ils étaient souvent ensemble. Lorsqu'Elliel avait pu sortir de son lit, Glorfindel l'avait emmené prendre l'air sur le dos de Rhîwial, montant derrière lui pour qu'il puisse se reposer contre lui en profitant de la promenade. Ils parlaient beaucoup, de plus en plus proches dans leurs paroles et leurs gestes. Ils échangeaient parfois de chastes baisers, profitant simplement. Ils se faisaient discrets, n'étalant pas leur relation en public bien que tous en furent conscients. Mais tous les laissaient tranquilles, ne cherchant pas à les questionner ou à les déranger.



Le temps coulait tranquillement, le calme revenant en Terre du Milieu malgré les attaques encore régulières mais clairsemées des créatures sombres. Saroumane avait dit qu'il s'occupait de Sauron et ils le laissaient faire pour le moment. Même si les ombres planaient encore au loin, la paix était revenue et avec elle, le temps du repos, du calme et du bonheur. Elliel savait que cela ne durerait pas éternellement cependant, il était pour le moment bien décidé à profiter de cet apaisement. Les temps de malheurs reviendraient sûrement et ce n'était qu'une raison de plus pour chérir ce moment et en profiter pour accumuler des forces. Souvent, son regard se portait vers le Mordor, là bas, loin au sud est et il s'était juré que jamais il ne laisserait ce mal détruire sa terre. Smaug n'avait été qu'un début, le vent lui murmurant mais il savait aussi qu'il y avait en ce monde, toute les forces dont-ils auraient besoin et qu'à travers les ténèbres, la lumière percerait toujours.  




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