Ce ne fut qu'au petit matin que Beorn atteignit sa maison, guidant le cerf blanc et son précieux chargement. Il avait gardé sa main dans le dos du prince elfe presque inconscient, très inquiet pour lui. Il l'appréciait beaucoup, lui dont la présence apaisait son côté sauvage. Les animaux et la nature adoraient l'elfe qui en prenait grand soin. Ils étaient rapidement devenus amis à leur rencontre alors qu'il l'avait tout de suite senti puissant et particulier. Il avait senti qu'il n'était pas comme les autres et le jeune mage lui avait confirmé en expliquant ce qu'il était. Il était pour lui un trésor de ce monde qu'il était honoré de connaître et encore plus fier d'être de ceux qu'il appelait ami. À ses yeux, il était certain que la troupe qu'il hébergeait un peu à contre cœur ne méritait pas son aide et il fut contrarié de se rendre compte que le magicien ne lui avait rien dit pour l'elfe. Il l'aurait cherché tout de suite s'il avait su qu'il devait les rejoindre. Il n'avait pas confiance en cette compagnie dont tout les membres lui étaient inconnus, mais il avait confiance en Elliel et l'aiderait s'il le demandait. Il regarda le mage qui luttait contre l'inconscience, grimaçant parfois.
- Nous sommes arrivé mon ami, annonça-t-il. Vous allez pouvoir vous reposer.
L'elfe lui sourit faiblement, tentant visiblement de se reprendre un peu. Quelques minutes encore et ils étaient devant sa maison, à l'abri dans les murs d'enceintes. Il fit arrêter le cerf, s'avançant vers son cavalier avec l'intention de l'aider. Il se figea en entendant la porte s'ouvrir, voyant la troupe qu'il abritait en sortir.
- Prince Elliel ! s'écrièrent Fili et Kili en accourant avec Gandalf et Bilbon.
Ils furent suivis des autres mais ils se figèrent tous à un grognement menaçant de Beorn.
- N'approchez pas de lui, ordonna-t-il. Magicien, vous auriez dû me dire immédiatement que le prince était sur vos traces. Je me serais immédiatement porté à son aide, dit-il en prenant délicatement l'Elfe dans ses bras sans que le cerf ne rechigne.
Celui-ci tenait plutôt la Compagnie à l’œil. Elliel se laissa faire par le Changeur, l'air épuisé alors qu'il passait lourdement un bras autour du cou du grand homme. Gandalf et les autres voulurent avancer une fois de plus mais le cerf les stoppa en baissant les bois avec menace.
- N'approchez pas de lui, ordonna de nouveau Beorn. Vous ne méritez ni l'aide ni la présence d'un tel Seigneur de ce monde.
- Vous vous connaissez ? demanda Gandalf curieux.
- Nous sommes amis depuis de nombreuses années déjà, renseigna l'ours en avançant vers sa maison. Venez mon ami, dit-il en regardant le cerf qui le suivit.
Il entra, la Compagnie suivant au grand complet, l'observant déployer des trésors de délicatesse pour aller déposer le mage sur son grand lit. Il cala sa tête d'un oreiller, se penchant sur lui :
- Reposez vous Elliel, vous êtes en sécurité, assura-t-il. Je veille et je m'occupe de Rhîwial.
Elliel acquiesça faiblement, fermant les yeux et se laissant enfin glisser dans le sommeil. L'ours se releva alors, observé de tous. Il commença à retirer son équipement au cerf blanc, celui-ci se laissant faire et surprenant Gandalf qui le savait bien farouche devant tout autre que son maître. Il ne bougea pourtant pas alors que le Changeur s'occupait de lui, venant même lui réclamer quelques caresses qui lui furent offertes avec le sourire. Une fois soigneusement brossé, Beorn lui apporta eau et nourriture, le remerciant pour ses efforts. L'animal imposant se coucha alors sur le plancher le long du lit de son maître, comme veillant en surveillant toute chose autour de lui.
- Comment va-t-il ? demanda finalement Bilbon en regardant l'elfe.
- Il est épuisé, répondit Beorn. Il a semé vos poursuivants pour vous. Il n'y a guère trace d'eux dans les parages. Il a besoin de se reposer.
L'ours entreprit alors de servir un petit déjeuner qu'ils entamèrent en silence, discutant bientôt un peu de la situation alors que tous gardaient un œil sur le prince Elfe dormant lourdement, grimaçant parfois en les inquiétant. Il avait l'air bien mal en point. Ils profitèrent de cette journée pour dormir et se reposer après la course effrénée dans les mines des Gobelins. Ce ne fut qu'aux alentours des midi que l'Elfe commença à remuer un peu, donnant des signes d'éveil. Son cerf n'avait pas bougé une seconde, surveillant tout et baissant les bois avec menace vers ceux qui s'approchaient trop près à son goût. Et après l'avoir entraperçus entrain de se jeter sur le Warg d'Azog, aucun n'avait envie de vivre l'expérience. Seul Beorn était autorisé à venir alors qu'il gardait un œil sur le repos du prince. Lorsqu'il commença à se réveiller, tous s'étaient rassemblés en vu du déjeuner et tous le remarquèrent rapidement, se tournant vers lui. Il fallut un moment pour qu'il émerge vraiment, son cerf redoublant visiblement de vigilance. Tous le virent grimacer et porter une main à sa poitrine toujours couverte de son armure. Il se redressa lourdement, Rhîwial lui tendant ses bois en guise d'appuis.
- Merci mon beau, murmura-t-il dans sa langue.
Il resta appuyé sur la ramure de son cerf le supportant, pile à la bonne hauteur alors qu'il était allongé le long du lit. Elliel lui, se concentra sur la respiration qu'il voulut profonde et longue. La douleur était toujours là comme le reste et il était désormais certain que cela n'avait rien à voir avec les Gobelins. Sinon, le phénomène se serait déjà grandement apaisé maintenant qu'il s'était éloigné des mines. Il ne savait pas d'où cela provenait alors qu'il n'était jamais parvenu à localiser la source des ombres. Il n'avait toujours pu que le deviner et aujourd'hui, il ne voyait vraiment pas d'où elles venaient. Et cela l'inquiétait beaucoup. Il fit tout son possible pour contenir ses sensations et la douleur, se reprenant alors que le sommeil lui avait fait du bien. Il s'assit, ouvrant enfin les yeux pour regarder autour de lui. Il trouva immédiatement Beorn, se souvenant alors qu'il l'avait rencontré et que le Changeur l'avait amené chez lui.
- Bonjour Beorn, salua-t-il la voix pâteuse. Merci pour votre aide mon ami.
- Ce n'est rien prince Elliel. Comment vous sentez vous ? demanda-t-il avec sollicitude.
- Bien mieux merci, répondit-il en se redressant complètement.
Il effaça toute trace de malaise de son visage, posant une main entre les bois de son compagnon qu'il grattouilla un peu, lui tirant un soupir. Il tourna ensuite le regard vers le reste de la maison, trouvant les autres qui le regardaient. Il leur adressa un sourire, basculant ses jambes hors du lit :
- Bonjour, salua-t-il. Heureux de voir que vous vous en êtes tous sortis, dit-il légèrement.
- Heureux de vous revoir parmi nous, répondit Gandalf. Que vous est-il arrivé ? demanda-t-il alors que l'Elfe se relevait doucement.
- Rien de particulier. J'ai semé les Orques dans les collines et effacé nos traces, dit-il en acceptant une chaise tirée par Beorn qui lui donna un grand verre d'eau une fois à table. Ils ne nous retrouveront pas de sitôt.
Ce fut avec joie qu'il avala de longues gorgées d'eau fraîche, remerciant le Changeur lorsqu'il lui amena un bon repas de fruits, de légumes et de bon pain qu'il entama tout de suite. Le repas fut d'ailleurs servit pour tous, Beorn prenant place près de l'Elfe et tous s'attablèrent. Rhîwial vint chercher une caresse auprès de son maître qui lui murmura quelques mots elfiques, le regardant ensuite sortir de la maison pour aller brouter un peu d'herbe.
- Qu'est-ce qui vous a mis dans un tel état de faiblesse ? redemanda finalement Gandalf inquiet.
Ce n'était pas normal que l'Elfe se retrouve dans cette condition alors qu'il aurait parié tout ce qu'il avait qu'il était le plus résistant d'entre eux. Il vit le prince soupirer lourdement, l'air fatigué. Il se redressa, essuyant élégamment sa bouche avant de reporter son regard sur le magicien.
- Je suis le mage d'Ilùvatar Mithrandir, rappela-t-il. Il y a bien des choses différentes de vous chez moi, dit-il en attisant la curiosité générale. Eä et la Terre du Milieu sont la création et le domaine de mon protecteur. À travers lui, je ressens les battements de cœur de notre terre et les ombres qui la ronge, dit-il plus bas.
Il ne fallut qu'un instant pour que le magicien ne comprenne, comme Thorin qui se pencha vers lui :
- Voulez vous dire que les forces malveillantes empoisonnant nos terres vous empoissonnent aussi ? demanda-t-il en alarmant la petite troupe.
- C'est exactement cela Thorin, acquiesça calmement. Je ressens physiquement les pouvoirs obscures qui s'éveillent de nouveau. J'ai découvert cela durant mon premier voyage à travers la Terre du Milieu. Passer au dessus des mines des Gobelins m'engourdissait un peu. Une proximité trop grande avec Dol Guldur m'avait donné des malaises. Et cela fut pire en Ithilien, près du Mordor, ainsi que sur les Terre d'Angmar et près d'Erebor. De part mon lien avec Ilùvatar et celui qu'il a tissé entre moi et sa création, je ressens et perçois beaucoup de choses. Cela peut-être un grand avantage mais tout ce qui nuis à la Terre du Milieu me nuit également, révéla-t-il. J'ai appris à protéger mon esprit des influences néfastes mais je n'y suis peut-être pas parvenu autant que je le pensais. J'espère que ce n'est que cela, murmura-t-il.
- Comment ça ? Demanda le Magicien Gris qui avait entendu.
- J'espère que ce n'est qu'une arrogance de ma part d'avoir pensé avoir un esprit suffisamment fort mais j'en doute cette fois, dit-il dans un silence lourd. Et si ce n'est pas cela, alors c'est une chose pire encore. Depuis mon entrée dans les mines, un pouvoir puissant m'écrase les épaules. Cela était trop fort pour être dû aux Gobelins. Ils n'ont jamais eu un effet si intense sur moi. Ça n'a fait qu'empirer. J'ai réussi à juguler un peu la chose mais cela reste présent malgré tout, dit-il en posant une main sur sa poitrine.
- C'est cela qui vous affaibli, compris Gandalf.
- Oui. Cela me prend des forces et affaiblis mes pouvoirs. J'avais réussi à protéger mon esprit. Sans quoi je ne me serais pas lancé à l'assaut d'Erebor avec vous. Alors soit j'ai présumé de mes dons de l'esprit soit une chose terriblement puissante et néfaste s'est éveillée quelque part Mithrandir, dit-il sérieusement. Je ne saurais dire d'où cela provient, mes perceptions sont troublées. Je ne peux en déterminer la source. Cela pourrait être tout près ou à l'autre bout de la terre. Je sais seulement qu'un pouvoir néfaste s'est éveillé et que j'en ressens les effets.
- Peut-être est-ce le sorcier de Dol Guldur, proposa Beorn. Il existe une alliance entre lui et les Orques de la Moria qui vous poursuivent, renseigna-t-il.
- Que savez vous de ce sorcier ? demanda Elliel très attentif.
- Je sais qu'il n'est pas celui que l'on pense, dit-il en le regardant. Des créatures malfaisantes sont appelées pour le servir. Azog lui rend hommage, dit-il en inquiétant tout le monde. Des hordes d'Orques se rassemblent à Dol Guldur et ils sont chaque jour plus nombreux. Et il y a autre chose, dit-il en regardant l'Elfe qui seul semblait vraiment l'intéresser. Récemment le bruit a couru qu'on avait vu des morts en train de marcher du côté des Monts du Rhudaur.
- Des morts ? releva Gandalf inquiet.
- Est-ce vrai ? demanda-t-il au prince. Y-a-t-il des tombes dans ces Montagnes ?
- Oui, il y a des tombes là bas, acquiesça-t-il en fixant Mithrandir dans les yeux.
Il avait l'air très inquiet alors que comme lui, il commençait à percevoir ce qu'il se passait.
- Je me souviens d'un temps où un être maléfique régnait sur ces terres, reprit le Changeur, un être aux pouvoirs suffisamment puissants pour ressusciter les morts. Croyez vous que cet ennemi soit revenu en Terre du Milieu ? demanda-t-il à l'elfe.
- Saroumane le Blanc dit que ce n'est pas possible, répondit aussitôt Gandalf. Notre ennemi a été éliminé et ne reviendra jamais.
- Saroumane le Blanc est un imbécile qui refuse de voir la vérité parce qu'il a peur qu'elle soit réelle, rétorqua Elliel.
- Il est le plus puissant des Istari, rappela le Gris.
- Et il ne m'inspire aucune confiance, révéla Elliel. Il nous faut voir les choses en face Mithrandir. Vous et moi savons qu'il se passe des choses et c'est pourquoi vous avez encouragé cette quête. Il nous faut nous occuper de ce que nous pouvons avant que pire n'arrive, remarqua-t-il.
- Que voulez vous dire ? demanda Thorin.
- Nous soupçonnons un regain de force de nos anciens ennemis et peut-être une tentative de leur part de revenir, expliqua le mage.
Un silence pensif tomba dans la maison, tous mangeant en réfléchissant.
- Est ce que vous supporterez ? demanda finalement Bilbon en regardant le prince.
- Je supporterais Bilbon, rassura-t-il en souriant. Il en faut bien plus pour me déstabiliser. Je vais renforcer mes barrières mentales et tout ira bien.
Et ce fut ce qu'il fit toute l'après midi durant. Il alla s'asseoir au soleil dans le jardin de Beorn, Rhîwial revenant bientôt s'allonger derrière lui pour faire une bonne sieste. Elliel quant à lui, se plongea dans la méditation, tentant de se protéger davantage des influences néfastes. Il n'y parvint que peu à son grand désespoir, la douleur et la pression refusant de le quitter. Mais il parvint tout de même à reprendre entièrement contenance, se ressaisissant pour ne rien laisser paraître. Réfléchissant, il se souvint des visions que Glorfindel avait eu à chaque fois qu'il avait été trop assaillis par les ténèbres. Il se demandait s'il avait vu sa présente mésaventure. Il espérait que non, ne voulant pas inquiéter davantage son Seigneur déjà trop angoissé pour lui. Il lui manquait, plus encore que son père et sa maison. Il pensa à lui un moment, puissant de la force dans l'image de celui qu'il aimait, se reposant ensuite tranquillement. En fin d'après midi, il eut la surprise de voir Thorin venir s'asseoir devant lui. Il le regarda simplement attendant qu'il lui dise ce qu'il lui voulait. Le Nain semblait bien plus calme à son égard aujourd'hui.
- Pourquoi ? demanda-t-il finalement.
- Pourquoi quoi ? demanda-t-il.
- Pourquoi vous être interposé pour moi avec Bilbon ? demanda-t-il. Vous êtes un Elfe et je suis...
- Un Nain, termina-t-il. Je sais. Mais je ne pense pas que nos races doivent être ennemies. Je ne considère pas que votre différent avec Thranduil concerne les miens. Les Elfes de Vert Bois sont très différents de ma propre communauté. Si cela avait été mon père ou moi, nous vous aurions pas laissé tomber Thorin, soyez en certain. Je comprend votre colère à son égard comme je sais pourquoi il a fait ce qu'il a fait. Cependant, cela ne me concerne en rien et je ne vous ai jamais considéré comme un ennemi. Je suis sûr que vous pouvez être quelqu'un de bien et un grand roi, Thorin. Je vous apprécie même si vous êtes un entêté notoire et que vous avez un caractère terrible, dit-il en le faisant sourire. Alors je me suis interposé et je le ferais encore si cela est nécessaire.
Le Nain le regarda l'air pensif, le remerciant ensuite très simplement avant de se relever et de s'éloigner sans plus de manière, le laissant à sa méditation. Le lendemain, Beorn décidait de les aider, leur donnant montures et vivres pour poursuivre leur route. Il proposa au prince Elfe de rester se reposer chez lui mais il refusa, disant qu'il allait mieux. Ce n'était pas le cas mais il avait repris un peu de force pour parvenir à le cacher, décidé à poursuivre avec la compagnie. Ils reprirent la route dans la journée, le mage montant son cerf. Il fallut presque quatre jours de voyage pour gagner les abords de Vert Bois mais la route se fit sans incident. Et pendant le trajet, les deux magiciens discutèrent longuement en langue elfique, s'inquiétant de tout ce qu'ils avaient vu. Aussi, Elliel ne fut pas surpris lorsque le Magicien Gris décida de les quitter pour traiter cette affaire lorsqu'ils arrivèrent en lisière. Il approuva, ayant confiance en Gandalf pour tirer tout cela au clair. Lui, il suivrait les Nains. Les montures furent libérées et Elliel somma Rhîwial de contourner la forêt par le nord. Malgré ses sens magiques embrouillés, il sentait parfaitement que Vert bois n'était plus la forêt qu'il avait connu. Le mal la rongeait. Radagast avait bien raison. Dol Guldur avait répandue son poison depuis le sud. Cette forêt était devenue dangereuse, cela se voyait d'un coup d’œil. Avec Rhîwial, il aurait pu contourner la forêt sans perdre trop de temps mais les Nains ne pouvaient pas eux et le temps leur était précieux. Il les accompagnerait mais il refusait que son ami si cher entre là dedans. Le Cerf rechigna longuement mais il s'éloigna finalement, bondissant à toute jambe. Elliel le regarda partir, rassuré, puis il s'engouffra dans la forêt avec les autres.
Les jours qui suivirent furent aussi insaisissables que le brouillard pour lui. Les ombres qui le tourmentaient semblèrent gagner en force, annihilant sa concentration et lui causant des souffrances qu'il eut bien du mal à cacher à la compagnie. Les illusions perverties de la forêt l'embrouillaient alors qu'autrefois elles travaillaient pour lui lorsqu'il marchait entre ces arbres. Mais elles étaient viciées maintenant, empoisonnées par l'obscurité, se retournant contre ce qu'elles devaient ordinairement protéger. Il lutta autant qu'il pouvait, ses forces l'abandonnant alors qu'il ne pouvait que suivre la Compagnie. Sa magie lui semblait lointaine, le déstabilisant un peu plus. Ses sens étaient flous, ses forces fuyantes alors qu'il se sentait désorienté et étouffé. Il ne parvint plus à mesurer le temps ou à se repérer, aussi perdu que ses compagnons dans la forêt magique. Au plus ils avançaient et au plus il faiblissait. Il voyait souvent Bilbon à ses côtés, le couvant d'un regard inquiet et il tentait de le rassurer comme il pouvait sans vraiment y parvenir.
Les jours coulèrent sans qu'il puisse les compter, à la fois instant et éternité. Mais le mal en lui grandissait à tel point qu'il s'en retrouva à perdre son souffle de plus en plus. La douleur parcourant son corps le tiraillait, le faisant trembler de plus en plus. Malgré la confusion lourde régnant sur leur groupe, Bilbon, Fili, Kili, Balin et Thorin le remarquèrent, les quatre premiers souvent autour de lui et le veillant. Il en était touché et il tentait de leur cacher au maximum sa faiblesse. Et puis un jour, ils perdirent le sentier sans pouvoir le retrouver. Ce jour là, Elliel était des plus mal en point, grimaçant de douleur, le regard trouble, terriblement pâle et sans plus de force. Il n'avait pas dit un mot depuis bien des jours, essoufflé qu'il était. Il n'avait plus d'appétit et ne se souvenait que rarement qu'il avait besoin de boire. Il n'avait que vaguement conscience du fait que Thorin lui avait fait poser une main sur son épaule, lui servant ainsi de guide. Il était faible et ne pouvait que suivre.
Il se cogna soudain contre Thorin lorsque celui-ci s'arrêta brusquement, respirant lourdement. Et il se réveilla un peu lorsque celui-ci lui fit remarquer qu'ils avaient perdus les autres. Il regarda autour de lui, sa vue brouillée mais rien ne bougeait, confirmant qu'il était seul avec Thorin. Dans les heures qui suivirent, ils cherchèrent les autres, sans succès. Ils s'arrêtèrent finalement dans un petit espace libre entre les arbres, Elliel se laissant glisser sur ses genoux, épuisé et perclus de douleur.
- Pourquoi... ne... m'abandonnez vous... pas... Thorin ? demanda-t-il laborieusement alors qu'il était surpris par le comportement du Nain à son égard ces derniers jours.
- Peut-être parce que j'ai déjà trop de dettes envers vous, répondit le prince Nain.
Elliel sourit, grimaçant visiblement sous un assaut de douleur plus forte. Thorin se tint près de lui, attentif à leur environnement.
- Que sentez vous ? demanda Thorin.
- Les ténèbres qui ont perverties... cette forêt... renforcent celles qui m'agressaient déjà. Ce n'est... plus le... Vert Bois que j'ai connu par... le passé, dit-il la voix hachée.
- Reposez vous quelques minutes et nous repartons, lança le Nains.
Il acquiesça, tentant de se reprendre sans y parvenir. Par le passé, seul Rhîwial l'éloignant de ce qui le torturait avait pu le sauver de tels phénomènes. Et là, il ne savait pas de quoi il devait s'éloigner au juste. Il allait tenter de se relever lorsqu'une autre vague de douleur lui arracha un cri, alarmant Thorin qui se rapprocha. Il retourna pourtant son attention au dessus d'eux lorsqu'un craquement retentit, lui faisant repérer d'immenses araignées descendant vers eux. Il dégaina son épée elfique, se tenant près du prince qui tentait encore de se relever sans succès. Celui-ci eut d'ailleurs un cri de douleur plus fort, perdant connaissance et s'effondrant contre le Nain qui jura, se demandant que faire. Alerte, il ne s'éloigna pas de l'Elfe, se refusant à l'abandonner. Il ne savait pas ce qu'il lui prenait de vouloir protéger un Elfe et il s'insultait lui même pour cela mais il ne pouvait abandonner le mage. Une première araignée se jeta sur eux et il l'abattit d'un coup précis sans bouger de sa position alors qu'Elliel était affalé contre lui. Il se tourna un peu vers une deuxième qui subit le même sort, se recroquevillant sur elle même avec un cri aiguë. Il sortit ensuite son arc pour en abattre deux autres plus loin, se demandant ensuite comment il allait gérer les trois suivantes qui lui fonçaient présentement dessus.
Mais il n'eut pas le temps d'y penser qu'il abattait la première. Il voulut tenter de s'occuper des deux autres mais cela ne fut finalement pas nécessaire. Alors qu'il tournait le regard vers elles, il les trouva déjà mortes, deux flèches elfiques dans leurs têtes. Et lorsqu'il se tourna de nouveau, ce fut pour se retrouver face à une troisième flèche armée sur son arc et prête à être tirée à quelques centimètres de son visage. Une elfe rousse habillée de vert tenait l'arme, le fusillant du regard tandis que plusieurs de ses comparses tuaient les araignées autour d'eux. Lorsque la dernière tomba des arbres, un elfe blond sauta de son cadavre s'avançant rapidement vers lui l'air froid. Thorin ne bougea pas Elliel inconscient contre lui caché par son corps, la cape qu'il portait et ses cheveux. Ils étaient cernés, de nombreux arcs pointés sur eux. Le blond s'avança vers lui, hautain :
- Et bien, qu'est-ce qu'un Nain peut bien faire si loin dans nos forêts ? demanda-t-il.
- Cela ne vous regarde en rien, rétorqua-t-il avec hargne alors que le blond lui arrachait son épée pour l'observer avec déférence.
- Une épée forgée à Gondolin, remarqua-t-il dans sa langue natale inconnu du Nain. Par nos ancêtres. Où l'as tu eu ? demanda-t-il durement.
- Elle m'a été offerte, répondit-il.
- Voleur et menteur, accusa l'Elfe.
Son regard se détourna soudain vers Elliel qui venait de gémir faiblement contre le Nain.
- Qui est-ce ? demanda-t-il en fixant Thorin.
Celui-ci allait répondre, se disant que ces Elfes, aussi détestables soient-ils, pourraient peut-être soulager Elliel, l'emmener à l'abri et le soigner. Il était un prince de leur peuple après tout. Il n'eut cependant pas l'occasion d'ouvrir la bouche qu'un archer derrière lui prenait la parole.
- Prince Legolas, interpella-t-il l'air choqué, c'est l'un des nôtres, remarqua-t-il alors qu'il voyait une oreille pointue.
Immédiatement, Legolas éjecta Thorin plus loin, le poussant sans douceur et se baissant pour rattraper Elliel qui chutait ainsi privé de son appuis. Il le prit dans ses bras, s'accroupissant avec lui. Tous purent alors voir le visage maladivement pâle du mage, ses traits crispés par la douleur alors qu'il semblait inconscient, respirant difficilement. Le blond l'observa alors l'air inquiet, dégageant ses cheveux de son visage et découvrant son diadème elfique. Il afficha alors une mine effarée et choquée, lisant sans mal l'identité de celui qu'il tenait grâce à cet ornement.
- Fils d'Elrond et prince d'Imladris, dit-il alors que les autres Elfes le regardaient avec choc. La signature des magiciens, remarqua-t-il ensuite. Il s'agit du fils cadet du Seigneur Elrond, Elliel. Que lui as-tu fait Nain ?! ragea-t-il ensuite en se tournant vers Thorin qu'il ne pouvait qu'observer.
- Je ne lui ai rien fait, répondit-il. Ce sont les maléfices de cette forêt qui le rongent.
Le blond retourna son attention sur l'inconscient, le scrutant sous toutes les coutures. Il le tint précautionneusement, le soulevant ensuite dans ses bras comme une princesse, la tête du mage se retrouvant dans son épaule.
- Fouillez le ! ordonna-t-il sèchement. Puis menez le aux geôles. Nous le questionnerons plus tard, il a besoin de soins, remarqua-t-il en regardant sa charge.
Ils me mirent alors en route et il ne fallut pas longtemps avant que Thorin ne se retrouve enfermé dans les cellules des Elfes, rageur, espérant que les autres allaient bien et qu'ils pourraient le sortir de là. La seule bonne chose était qu'Elliel allait pouvoir se reposer. Legolas lui, s'était empressé de ramener Elliel vers le palais de son père, très inquiet. Mettre un Elfe dans un tel état n'était pas simple et il s'agissait en plus d'un prince des Elfes. Le fils cadet du Seigneur Elrond. Il ne le connaissait que de nom et de réputation. Peu connaissaient Elliel d'Imladris même dans leur peuple. Mais entre Seigneur, tout se savait. Et puis lorsque le jeune prince avait disparu il y avait longtemps, tout les chefs Elfes avaient reçu la demande d'Elrond de chercher son enfant et d'être attentif aux indices de sa présence. Thranduil et lui même avaient cherché le jeune sans le trouver. Cela jusqu'à apprendre qu'il avait été retrouvé et béni par Ilùvatar. Il n'en savait pas beaucoup plus mais il savait qu'il était le protégé du roi des Valars et un très grand magicien. Il avait été choqué de le trouver avec le Nain, persuadé que celui-ci avait menti et était responsable de son état. Il paierait pour avoir osé touché à un prince Elfe mais pour le moment, il devait s'occuper du mage.
Il fit appeler les meilleurs guérisseurs de la ville alors qu'il avait envoyé Toriel prévenir son père en avance pendant qu'ils rentraient. Elle devait déjà l'avoir mis au courant maintenant. Il alla installer sa charge dans une belle chambre destinée aux invités de marque, le déposant précautionneusement sur le grand lit qu'il y avait là. Il entreprit ensuite de lui retirer son équipement et son armure, craignant des blessures. Il allait retirer son bâton lorsque la voix de son père l'arrêta :
- N'y touche pas, dit-il en le faisant se retourner vers lui. On ne touche pas au bâton d'un magicien sans son accord. Cela risquerait de t'être très désagréable, remarqua-t-il alors qu'il entrait avec les guérisseurs. Détache simplement le support du bâton et laisse le près de lui sur l'armoire, commanda le roi se tenant près du lit.
Legolas s'exécuta, veillant à ne pas toucher le bâton qu'il déposa non loin alors que son père regardait le diadème du mage.
- Elliel fils d'Elrond et prince d'Imladris, confirma-t-il. Qu'est-ce que ce maudit Nain lui a fait? demanda-t-il sans attendre de réponse.
- Il est très faible, remarqua Legolas, je ne sais pas ce qu'il a mais sa peau est trop froide et il souffre visiblement.
- Faites tout ce qu'il faut pour le soigner, ordonna le roi aux guérisseurs qui s'affairaient déjà pour terminer de retirer l'équipement du prince de Fondcombe. Et tenez moi au courant. Je veux savoir ce que ce Nain lui a fait pour lui rendre au centuple, dit-il la voix dangereuse. Legolas, ce Nain n'était probablement pas seul. Il a dû se perdre en forêt. Va et cherche les autres.
Le prince acquiesça, jetant un dernier regard à l'inconscient désormais entre de bonnes mains avant de partir. Thranduil resta encore un moment, observant le jeune mage qu'il savait protégé par Ilùvatar. Son enlèvement l'avait révolté. On pouvait dire ce que l'on voulait mais il n'y avait rien qu'il n'aurait fait pour son fils, le trésor de sa vie. Il savait qu'il en était de même pour Elrond et il savait que la famille du Seigneur d'Imladris avait beaucoup souffert de ce kidnapping. Il avait sincèrement compati à leur douleur et il avait lui aussi cherché le jeune prince. Il était intolérable qu'un si jeune prince Elfe soit enlevé de la sorte. Il s'était réjouit lorsqu'un messager d'Imladris était venu annoncer qu'il avait été retrouvé et que le jeune prince avait été béni par Ilùvatar pour le protéger. Le trouver dans un tel état éveillait sa colère. Le mage du dieu créateur était un trésor précieux des Elfes et cela, chacun d'entre eux le savait.
- Comment va-t-il ? demanda-t-il finalement alors que le jeune grimaçait de douleur dans son inconscience.
- Il est très faible Majesté, répondit l'un des trois guérisseurs s'affairant autour de lui. Il n'est pas blessé à première vu mais il est déshydraté et il n'a rien mangé depuis un moment. Il nous faudra plus de temps pour comprendre ce qu'il lui arrive.
- Bien, faîte au plus vite et usez de tout les moyens nécessaires pour le soigner et le soulager, ordonna-t-il. Je veux que l'on veille sur lui à tout instant, que rien ne dérange son repos et que l'un de vous soit toujours là pour intervenir au besoin. S'il se réveille, je veux être prévenu sur le champs et que l'on réponde à toutes ses demandes.
Les guérisseurs acquiescèrent et le saluèrent alors qu'il partait, se concentrant ensuite sur le jeune elfe. Finalement, alors qu'il était resté sans nouvelles, le roi revint lui même dans la soirée. Entrant dans la grande chambre magnifique alors que les guérisseurs semblaient avoir tout juste terminé, l'un d'entre eux couvrant le prince d'Imladris de belles couvertures beiges brodée d'or. On lui avait visiblement retiré tout son équipement, celui-ci soigneusement plié et rangé dans l'armoire près du lit. On lui avait passé un pantalon et une tunique tout deux bruns et brodés d'or. La tenue était légère, un peu ample et confortable pour que le mage soit à l'aise. On l'avait aussi visiblement lavé alors qu'il avait maintenant la peau parfaitement propre, débarrassée de la saleté de la forêt. Ses cheveux bruns ébènes presque noirs étaient éparpillés autour de lui, ses bras passés au dessus des draps alors que ses mains reposaient sur son ventre. Il restait cependant très pâle, visiblement inconscient alors qu'il transpirait. Son visage était tendu par la douleur, sa respiration difficile et saccadée. Le roi s'approcha, inquiet. Voir un Elfe dans un tel état était extrêmement rare et cela ne le rassurait guère sur l'état du prince. S’apercevant de sa présence, les guérisseurs se levèrent et le saluèrent en s'inclinant. Il les autorisa à se redresser, venant s'asseoir au bord du lit avec grâce, observant le mage.
- Comment va-t-il ? Questionna-t-il après un long moment de silence.
- Il ne va pas bien, répondit l'un des guérisseurs. Et nous ne savons pas ce qu'il a.
- Quoi ?! Demanda-t-il la voix dangereusement basse en faisant se tendre les trois Elfes. Comment ça vous ne savez pas ?
- Nous ne comprenons pas ce qu'il lui arrive, reprit celui qui avait parlé. Il n'est pas blessé et nous n'avons détecté aucune maladie en lui, ni aucun poison. Pourtant, c'est comme s'il était empoisonné par quelque chose, un mal que nous n'arrivons pas à définir. Cela le ronge lentement et lui vole ses forces en plus d'être douloureux.
- Et vous ne savez pas ce que cela est ? Le Nain aurait-il pu lui donner une quelconque substance ou utiliser je ne sais quelle magie ?
- Rien que nous connaissions venant des Nains ou de tout autre, répondit le guérisseur.
Agacé et inquiet, Thranduil se concentra sur le jeune prince. Il n'était pas guérisseur mais son savoir et ses perceptions étaient grandes et il pouvait peut-être trouver. Longuement, il chercha, usant de vieilles incantations Elfiques murmurées alors que les guérisseurs patientaient plus loin. L'opération lui demanda un bon moment mais il ouvrit finalement les yeux qu'il ne s'était pas vu fermer. Il avait senti. Senti les ombres s'attaquant à l'esprit et la magie du mage. Elles s'infiltraient sournoisement en lui, lentement, grandissantes et vicieuses. Elles semblaient venir de nul part et de partout à la fois et cela le laissa perplexe. Cela lui donnait la même impression que lorsqu'il se concentrait sur la Terre du Milieu et qu'il sentait les ténèbres l'envahir et l'empoisonner de nouveau doucement depuis un moment. Alors qu'il y pensait, il réalisa que c'était le même phénomène mais à l'échelle d'une seule personne et non de la contrée toute entière.
- Mage d'Ilùvatar, murmura-t-il pour lui même. Le mage d'Eä, déduit-il pour lui même en réfléchissant. Certainement puissamment lié à la création de son protecteur. Je vois, dit-il plus fort en se redressant. Ce sont les ombres se manifestant de nouveau en Terre du Milieu qui l'empoisonnent. Les Royaumes Elfiques sont bien plus protégés des ténèbres que le reste de la Terre du Milieu. Se reposer ici à l'abri devrait l'aider. Purifiez au maximum son corps et tout ce qui l'entoure des énergies néfastes. Qu'il se repose au calme et que l'on veille sur lui. Toute évolution dans son état devra m'être rapporté, ordonna-t-il tranquillement en espérant qu'il ne se trompait pas.
Les guérisseurs acquiescèrent, discutant entre eux de ce qu'ils pouvaient faire pour le jeune elfe. Thranduil resta encore un moment à observer le mage avant de s'en aller. Le surlendemain, le reste de la Compagnie, Bilbon exclu, était à son tour capturée par la garde de Thranduil menée par Toriel et Legolas. Comme pour Thorin et Elliel, les Elfes des bois sauvèrent les Nains des araignées pour ensuite les faire prisonniers. Et tous furent soulagés de retrouver Thorin dans la ville Elfique, rageant néanmoins de leur position précaire. La question se posa évidemment de savoir où était Elliel mais aucun ne fut surpris d'apprendre qu'il avait été emmené par ses semblables pour être soigné, Thorin n'ayant aucune nouvelle à donner. Le jour même, ils furent tous amenés devant Thranduil qui joua d'abord la stratégie, promettant son aide dans la quête de la Compagnie en échange des gemmes qu'il convoitait. Seulement, Thorin le rejeta violemment, gagnant un enfermement de sa Compagnie pour un moment.
Après cela, les jours se mirent à couler, Elliel restant inconscient au désespoir de Thranduil et de son fils qui venaient le voir quotidiennement. Les guérisseurs prenaient soin de lui mais il ne se réveillait pourtant pas. Son visage restait marqué par la douleur, sa respiration lourde. Quelques jours après, Legolas fut attiré un peu en catastrophe vers les portes closes de la ville. Quelque chose semblait vouloir les forcer, les frappant comme un bélier faisant raisonner un fort bruit sourd et réguliers aux alentours. Interpellé, il s'y était donc précipité pour voir ce qu'il se passait, y trouvant les gardes qui entouraient là porte en la regardant. Alors qu'il s'arrêtait près d'eux, une charge plus forte accompagnée d'une vague de magie blanche parvint à entrouvrir les portes un instant. Le prince resta ahuris alors que la magie se matérialisait sous la forme d'une onde de brume blanche les balayant avant de s'évaporer. Les portes commençaient à faiblir alors qu'une puissante magie les protégeait pourtant. Elles n'auraient pas dû pouvoir être forcées de la sorte à moins que l'assaillant soit exceptionnellement puissant. Il n'avait pu qu'entre apercevoir une masse blanche par delà l'entrée s'étant légèrement ouverte un instant.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il aux gardes tendus.
- Un cerf mon prince, répondit le chef en le surprenant. Un immense cerf blanc, précisa-t-il alors qu'une nouvelle charge ouvrait un peu plus la porte qui se referma encore une fois.
- Un cerf ? s'étonna-t-il.
Sans attendre, il gagna un poste d'observation au dessus de la porte et donnant sur l'extérieur, se penchant pour regarder ce qui tentait d'entrer. Il s'agissait effectivement d'un immense cerf blanc. L'animal était magnifique, plus grand qu'il ne l'avait jamais vu n'importe où ailleurs. Il était majestueux, impressionnant avec une ramure développée et solide. Il avait de saisissants yeux d'ors et il irradiait d'une très belle magie pure. Il semblait bien décidé à entrer, chargeant la porte les bois en avant, soufflant avec colère contre elle et y mettant visiblement toute sa force. Chaque choc était accompagné d'une onde de magie de plus en plus puissante. Mais il n'y avait pas que cela. Le cerf portait un équipement splendide, de facture elfique à n'en pas douter, fin et d'une très grande beauté qui le mettait davantage en valeur. Une armure le protégeait avec grand soin sans jamais gêner ses mouvements et de beaux bijoux ornaient sa couronne naturelle. Il l'observa un peu plus et écarquilla les yeux lorsqu'il vit les armoiries du prince d'Imladris sur plusieurs des pièces et sac qu'il portait. Une petite plaque de métal luisant descendait d'ailleurs entre ses bois sur son front. En losange, elle était plus que visiblement ornée du symbole du mage, un dessin de son diadème taillé dans un beau diamant. Il n'y avait pas de doute, cet animal appartenait au mage et il semblait bien décidé à rejoindre son maître.
Alors qu'il réalisait cela, il vit le cerf reculer de quelques pas, grattant furieusement le sol. Il baissa la tête, soufflant avec force en fixant la porte. Ses yeux brillèrent un moment, comme son pelage alors qu'une légère lumière irradiait de lui. Il se cabra avant de charger de toute sa force et cette fois, la porte s'ouvrit largement et violemment, une onde d'énergie envoyant les gardes au sol. Le cerf se figea une fois entré, regardant autour de lui comme cherchant quelque chose, ses oreilles pivotant dans tout les sens. Il ne porta aucune attention aux Elfes qui se relevaient et bandaient leurs arcs.
- Ne tirez pas ! ordonna Legolas. Il appartient au prince Elliel !
Les Elfes baissèrent alors leurs armes et sursautèrent lorsque l'animal s'élança soudain à toute allure dans la ville, filant en semblant savoir parfaitement où il allait. Legolas sauta de son poste, partant à sa poursuite avec quelques autres. Les larges et majestueuses allées de la ville m'empêchèrent pas le moins du monde l'imposant cerf d'avancer. Très vite Legolas devina qu'il devait avoir l'habitude d'évoluer dans des endroits qui n'étaient pas fait pour lui puisque pas un instant il ne ralentit. Et il fut rapidement certain que l'animal était coutumier des villes alors qu'il avait une technique parfaite pour tourner la tête et engager parfaitement ses bois pour passer les arches qu'il ne pouvait franchir frontalement. La créature semblait parfaitement savoir où elle allait, n'hésitant jamais et bousculant sans douceur les Elfes qu'elle croisait, défonçant les portes. Elle allait directement vers les appartements du mage et Legolas le comprit aisément. Cette intrusion mit un peu la pagaille dans les allées mais le blond ordonna que l'on ne blesse pas l'animal irradiant de belle magie. Seulement, personne ne parvint à l'arrêter et après un moment de course folle, le prince de la Forêt Noire se retrouva dans l'encadrement de la grande porte de la chambre du mage à regarder le cerf menacer de ses bois les guérisseurs entourant Elliel toujours inconscient dans son lit. Ceux-ci s'étaient figés, regardant l'animal avec effarement.
- Reculez, ordonna Legolas calmement.
Ils obéirent et la créature se redressa un peu, s'approchant du lit en fixant son occupant. Il s'arrêta près de lui et vint lui renifler le visage un moment avec une très grande délicatesse, lâchant une plainte inquiète. Il vint ensuite poser son nez sur le cœur du mage, l'encadrant de son imposante ramure semblable alors à une cage protectrice. Il resta ainsi, regardant le mage alors qu'il irradiait toujours d'une magie magnifique. Thranduil arriva sur cette image, un peu en catastrophe et il se figea devant la scène, observant la créature avec étonnement. Il repéra finalement les symboles d'appartenance qu'il portait, comprenant comme son fils.
- Il appartient au prince Elliel, comprit-il.
- Oui et il déborde d'une magie puissante, compléta Legolas.
Ils regardèrent la scène et après un long moment sans que rien ne bouge, ils eurent l'impression de voir le mage se détendre un peu, respirant un peu mieux et ses traits s'apaisant légèrement. La différence était subtile mais visible pour les fins observateurs qu'ils étaient.
- La présence de cette créature le soulage, constata un guérisseur avec émerveillement.
L'animal ne bougea pas pendant un moment mais il recula finalement pour s'allonger le long du lit et poser sa grande tête sur le matelas, ne quittant pas son maître des yeux. Thranduil ordonna alors que l'on nourrisse, abreuve le cerf et qu'on le laisse rester là. Seulement, l'arrivée de la monture ne facilita pas la tâche aux guérisseurs qui se retrouvèrent incapables d'approcher le mage sans avoir une paire de bois menaçant dirigée vers eux. L'animal ne laissa personne approcher son maître et il fallut alors l'intervention du roi. Thranduil connaissait et aimait ces animaux depuis des siècles, en chevauchant et en dressant depuis bien longtemps. Et il avait dû admettre que le grand mâle blanc l'avait impressionné et émerveillé. Jamais il n'avait eu tel spécimen et il se demanda un moment où Elliel avait pu le trouver. Il revint donc quand la créature posa problème dans les soins du mage. Et très vite, il comprit qu'il était doté d'une immense intelligence et d'une puissante magie dont il était visiblement prêt à se servir pour protéger le prince d'Imladris. Lorsqu'il était tranquille, rien n'émanait de lui mais lorsqu'il se faisait menaçant, ses yeux brillaient un peu comme son pelage et l'on sentait l'énergie blanche s'échapper un peu de lui, prête à servir. Il fallut donc se montrer délicat et patient pour lui faire comprendre que personne ne ferait de mal au mage et qu'ils voulaient seulement l'aider. Finalement, le cerf sembla comprendre, les laissant faire mais ce fut avec une très grande vigilance qu'il ne mit à surveiller tout ce qu'il se passait autour de l'inconscient, admirable par son esprit visiblement bien supérieur à un cerf ordinaire.
Lors de chacune de ses visites dans les jours qui suivirent, Thranduil s'attela à amadouer la créature qui, après de gros efforts, le laissa le débarrasser de son équipement qui resta dans la pièce. Il n'accepta pourtant rien de plus, refusant qu'on le touche et tenant les autres à distance. L'arrivée du cerf soulagea pourtant l'inquiétude générale à l'égard du mage lorsque les guérisseurs se mirent à constater que son état s'améliorait doucement en présence de sa monture, se doutant que sa magie ne devait pas y être pour rien. Il fallut pourtant encore patienter bien des jours avant que le mage ne donne enfin des signes d'éveil. On était en fin de journée et seul l'un des guérisseurs étaient présents dans la chambre. Le cerf blanc était tranquillement allongé près du lit comme la plus grande partie du temps, veillant étroitement sur le mage qu'il ne quittait des yeux que pour surveiller les étrangers. Et il fut le premier à percevoir la chose, se relevant précipitamment en attirant l'attention du guérisseur lisant dans un fauteuil. Seulement, lorsqu'il voulut s'approcher du prince qui commençait à remuer légèrement, il fut brutalement bloqué par le cerf menaçant. S'étant fait au caractère de la créature, il s'éloigna simplement, se tenant plus loin pour suivre attentivement la reprise de conscience du jeune Elfe. Voyant qu'il ne faisait plus mine d'approcher, l'animal reporta son attention sur son maître, approchant son nez de son visage qu'il effleura délicatement.
- Rhîwial, murmura faiblement celui-ci après un moment.
Le cerf redressa vivement les oreilles en entendant son nom, lâchant un petit bruit plaintif. Lourdement, tremblant un peu, Elliel leva alors une main pour caresser le pelage doux de son compagnon, souriant un peu. Et alors qu'il reprenait conscience, le mage se sentit littéralement épuisé, sa poitrine douloureuse comme tout son corps. L'esprit embrumé, il ne parvint pas à se souvenir de ce qu'il s'était passé et il ne s'en préoccupa pas tout de suite. Il avait du mal à respirer, sa magie terriblement faible. Il se sentait pourtant très bien installé. Il faisait agréablement chaud autour de lui, l'air portant une bonne odeur de forêt d'automne. Une odeur d'humus et de feuilles mortes. Péniblement, il entreprit d'ouvrir les yeux, encouragé par Rhîwial dont le souffle chaud balayait son visage, chatouillant un peu ses oreilles alors que son nez l'effleurait parfois. Il dut cligner plusieurs fois des paupières pour éclaircir sa vision trouble et il tomba immédiatement sur la grande tête de son cerf au dessus de lui, le regardant. Il sourit doucement, le caressant encore alors que sa présence calme le rassurait. Si Rhîwial se montrait serein ainsi, il était en sécurité.
Après un moment à reprendre ses esprits, il regarda autour de lui, découvrant un lieu qui lui était inconnu. Pourtant, il portait indéniablement la signature des Elfes alors qu'il sentait la magie des siens imprégner l'endroit.
- Où sommes nous mon grand ? demanda-t-il la voix rauque.
- Vous êtes dans le palais du roi Thranduil prince Elliel, renseigna alors le guérisseur en le faisant sursauter.
Le mage tourna alors le regard dans sa direction, découvrant enfin sa présence. Il s'agissait d'un grand Elfe blond, aux longs cheveux tressés et au visage souriant. Celui-ci voulut approcher, hésitant visiblement en regardant le cerf qui se tourna aussitôt vers lui l'air méfiant. Et Elliel comprit sur le champs.
- Rhîwial, c'est bon mon grand, murmura-t-il.
Le cerf accepta alors de reculer un peu, se détendant et ne réagissant plus lorsque l'Elfe s'avança. Il vint s'asseoir au bord du lit près de lui, se présentant tout d'abord :
- Je me nomme Bemos prince Elliel. Je suis un guérisseur au service du Roi Thranduil. Le prince Legolas et la garde vous ont secouru alors que vous étiez avec un Nain attaqué par des araignées géantes, expliqua-t-il. Il vous a ramené en ville pour vous soigner, vous étiez inconscient, très faible et mal en point. Cela fait trois semaines que nous nous occupons de vous.
Elliel resta figé un instant, se souvenant soudain de tout. Il fut choqué. Trois semaines ! Comment avait-il pu rester inconscient trois semaines ?! De toute évidence, ce qui l'affaiblissait depuis un moment avait un effet beaucoup plus puissant qu'il ne l'imaginait sur lui. Et malgré ces trois semaines, il se sentait aussi mal en point qu'avant de perdre connaissance. Cela ne pouvait que vouloir dire qu'il revenait de loin et c'était terriblement inquiétant. Il pensa aussi immédiatement à la Compagnie, se demandant ce qu'il était advenu d'eux.
- Qu'est-il advenu de Thorin écu de chêne ? demanda-t-il faiblement.
- Le Roi Thranduil le tient enfermé dans ses geôles, lui et les douze Nains qui l'accompagnaient, renseigna le guérisseur.
Le prince ne put s'empêcher de soupirer. Évidemment, une rencontre entre Thorin et Thranduil n'avait qu'une maigre chance de finir autrement.
- Quel date sommes nous ? demanda-t-il la voix râpeuse et faiblarde.
- Le trois septembre, nous sommes en fin d'après midi Seigneur, renseigna le guérisseur en lui servant un verre d'eau venu d'une cruche posée sur la table de chevet.
Il l'aida à boire un peu doucement, Elliel le remerciant d'une voix un peu plus claire maintenant. Il soupira au liquide frais qui lui avait fait du bien. Pourtant, le simple mouvement d'avoir un peu relever la tête pour boire, avec l'aide de Bemos, lui avait donné le tournis. Le trois Septembre. Il y avait encore du temps avant le jour de Durin et seulement quelques jours de voyages jusqu'à la Montagne Solitaire. La quête de Thorin était encore réalisable
- Vous devez vous reposer, conseilla le blond. Vous étiez à bout de force en arrivant ici et vous l'êtes toujours. L'arrivée de votre cerf vous a aidé, remarqua-t-il. Mais il vous faut encore du repos.
Elliel acquiesça, ressentant parfaitement ce fait. Il devait déterminer à tout prix ce qui l'avait mis dans un tel état. Quoi que cela fut, c'était terriblement dangereux. Il penchait pour ce fameux Nécromancien à Dol Guldur. Maintenant qu'il était dans un domaine Elfique, le phénomène devrait s'apaiser. Avec du repos et le renfort de ses barrières mentales, il devrait vite aller mieux. Une fois ses forces retrouvées, il se concentrerait sur ce sujet trop inquiétant pour être ignoré. Peut-être arriverait-il a contacter Mithrandir par télépathie pour savoir où en était son enquête.
- Je vais faire prévenir le Roi de votre réveil. Il est venu vous rendre visite chaque jour et il était très inquiet pour vous, renseigna-t-il.
Le mage approuva d'un petit signe de tête, le regardant se lever et sortir pour ensuite reporter son attention sur Rhîwial qui l'observait. Il lui tendit difficilement une main et le cerf s'empressa d'approcher pour lui permettre de le caresser. Ce ne fut qu'un moment plus tard que leur instant de paix fut brisé par une voix tranquille.
- Il n'a cessé de veiller sur vous depuis son arrivé, remarqua-t-elle.
Elliel regarda vers la porte, y trouvant celui qui devait être le Roi Thranduil. Il ne l'avait jamais rencontré mais il avait beaucoup entendu parler de lui et en avait vu des portraits dans les livres d'Imladris. Le Roi s'approcha, venant s'asseoir au bord de son lit.
- Je suis heureux de vous voir enfin éveillé Elliel. Je commençais à sérieusement craindre pour vous, dit-il.
- Je vous remercie pour votre aide, vos soins et votre hospitalité Seigneur Thranduil, répondit-il un peu faiblement.
- Cela est bien normal, assura-t-il avec un léger sourire. Bien que cela soit dans ces regrettables conditions, je suis heureux de vous rencontrer. J'ai beaucoup entendu parler de vous.
- C'est un plaisir partagé. Mon père m'a dit que vous aviez participé aux recherches lors de ma disparition. Je vous en suis extrêmement reconnaissant. Apprendre cela m'a beaucoup touché et je regrette de n'avoir pu vous remercier avant.
- Encore une fois, cela était bien normal, dit-il doucement. Il nous faut protéger les nôtres et chérir notre peuple. Vous n'avez guère besoin de me remercier. Je suis sûr que votre père et vous même en auriez fait autant.
Elliel sourit, acquiesçant alors que cela était bien vrai. Il ferma les yeux un instant, épuisé par cette simple discussion.
- Vous avez grand besoin de repos, remarqua le Roi. Votre retour sur un domaine elfique devrait vous aider.
- Vous savez parfaitement ce qui m'arrive n'est-ce pas? s'amusa faussement le mage.
- Quelqu'un comme moi peut aisément le comprendre et le sentir. Votre père a dû rapidement le deviner lui aussi.
- Mon père n'est pas au courant de ce problème, révéla-t-il. Il est bien trop inquiet pour moi depuis mon retour. Je ne lui ai pas parlé de cette faiblesse face aux ombres.
- Vous devriez peut-être lui dire. Si mon fils était atteint d'un tel mal, je voudrais le savoir. Surtout en ce moment. Quoi qu'il en soit. Vous devez vous reposer. Mes guérisseurs sont à votre service si vous en avez besoin. Et si vous souhaitez quoi que ce soit, vous n'avez qu'à demander. Un repas va vous être amené. Mangez et dormez. Il est déjà tard. Nous parlerons demain, dit-il.
Elliel approuva, peu enclin à s'engager dans un échange plus complexe avec le Roi dans son état de fatigue. Celui-ci lui sourit et le salua, repartant ensuite. Le jeune mage se reposa alors seulement dérangé par Bemos revenant avec un repas. Le guérisseur l'aida à s'asseoir un peu, la manœuvre lui donnant un malaise violent qui le surpris. Il mangea ensuite lentement, vite réinstallé pour dormir. Dans les jours qui suivirent, Elliel passa le plus clair de son temps à dormir. Thranduil vint chaque jour échanger quelques mots avec lui, les discussions sérieuses soigneusement évitées pour le moment. Ils parlèrent plutôt de Rhîwial qui attisait le plus grand intérêt du Roi. Le jeune Elfe lui avait alors expliqué comment il l'avait trouvé et sauvé, comment il s'était imprégné de sa magie pour devenir l'extraordinaire créature qu'il était aujourd'hui. Et avec cette explication, Thranduil compris bien mieux l'intelligence et la force qu'il avait observé chez le cerf, impressionné par son grand âge. Mais il fut aussi déçu en comprenant qu'il n'aurait probablement aucune chance d'avoir un jour une telle monture. Dés le lendemain de son éveil, Elliel eut aussi l'occasion de rencontrer Legolas qui vint le voir avec son père. Ils firent connaissance tranquillement, s'entendant plutôt bien.
Il fallut plus d'une semaine au jeune mage pour retrouver un état un peu plus stable et plus d'énergie. La douleur dans sa poitrine avait légèrement diminué, comme l'oppression qu'il ressentait. Mais surtout, il avait repris des forces alors qu'un peu de méditation l'avait aidé à se maîtriser de nouveau et à mieux gérer ses malaises, lui permettant de redonner une image plus forte de lui. Aussi ce matin là, il décida de se lever et d'aller marcher un peu, voulant retrouver une meilleure forme alors que le temps filait. Il bascula prudemment ses jambes hors du lit, attentivement observé par Rhîwial qui ne l'avait pas quitté, veillant alors que sa présence le soulageait. Il se leva lentement, un instant étourdi alors que son cerf lui tendait ses bois en appuis. Il lui sourit, acceptant son aide le temps de retrouver son équilibre. Il fallut un petit moment mais il retrouva finalement ses moyens. Il gagna d'abord la salle d'eau qu'il y avait, se lavant soigneusement. Réintégrant ensuite la chambre, il s'avança vers les armoires où ses affaires avaient été soigneusement rangées. Avec son accord, Thranduil avait fait nettoyer son armure, ses armes, ses vêtements et l'équipement de son cerf. Le tout avait été déposé sur de beau présentoirs, attendant de servir de nouveau. Il laissa cependant son attirail de voyage et de combat, retirant plutôt une belle tenue de ses sacs. Il s'habilla patiemment, démêlant ensuite ses cheveux. Il profita du moment pour tester un peu sa magie, s'en servant pour tresser ses mèches. C'était laborieux et difficile, l'attristant beaucoup et le stressant. Sa magie, c'était sa vie. En temps normal, elle lui était aussi naturelle que de mouvoir son corps ou de respirer alors cette difficulté était horrible pour lui.
Une fois prêt, il récupéra un beau diadème dans ses sacoches, le posant sur sa tête. Lorsqu'il voyageait, il avait toujours une ou deux tenues appropriées pour les séjours en ville au contact des autres et hors des combats. Il s'arrêta un instant devant un miroir, s'assurant qu'il avait une allure impeccable. Il passa ensuite la large ceinture supportant son bâton en travers de sa poitrine et de son dos, son outils trônant fièrement derrière lui et lui donnant une allure qu'il aimait. Ainsi, il avait clairement l'air de ce qu'il était véritablement : un prince Elfe Magicien. Il en était très fier et après en avoir été privé un moment, il l'arborait maintenant avec joie. Satisfait, il sortit, Rhîwial le suivant de près. Sans se presser, il se mit à déambuler dans le palais, en profitant pour réveiller doucement ses sens magiques engourdis par l'inconscience et les malaises. Ils étaient encore limités et embrouillés mais il était bien décidé à les réveiller et à se reprendre au plus vite. Il ne savait pas comment mais il savait que les Nains entreraient dans la Montagne et que Smaug serait réveillé. Il le sentait, il n'en n'avait jamais douté et son instinct lui criait que ça se produirait peu importe ce qu'il se passerait. La voix d'Ilùvatar lui murmurait. Il n'était donc pas inquiet quand à l'enfermement des Nains. Et puis, jusque là, on lui avait parlé de treize Nains, mais pas d'un seul Hobbit et Bilbon n'était pas du genre à abandonner ses amis. Il pouvait donc imaginer ce qu'il risquait de se passer. Thranduil ne libérerait jamais la Compagnie de plein grès. Il était plus inquiet pour sa propre forme. Lorsque Thorin réveillerait Smaug, il devait être prêt et il devait donc remettre ses pouvoirs en état le plus vite possible.
Il se promena lentement, découvrant la majestueuse demeure de Thranduil. Il salua les Elfes qu'il croisa avec attention et on lui rendit comme il se devait devant son rang. Il trouva finalement une belle terrasse, prenant place sur un banc s'y trouvant pour faire une pause. Il regarda Rhîwial s'avancer vers une fontaine trônant là pour boire un peu. Il revint ensuite vers son maître, se baissant vers lui pour avoir une caresse qui reçut avec douceur.
- Nous avons fort à faire en peu de temps mon grand, remarqua-t-il alors que le cerf le regardait sérieusement. Nous allons nous reposer un peu ici. Tu n'es pas obligé de rester constamment avec moi. Je vais mieux maintenant.
Pour toute réponse, Rhîwial plaqua son front contre sa poitrine, émettant un bruit semblable à un grognement qui fit rire son maître.
- Je crois qu'il n'est pas d'accord, s'amusa une voix.
Il tourna un peu la tête pour voir Legolas derrière lui.
- Il est très protecteur avec moi, sourit-il. Bonjour prince Legolas.
- Bonjour prince Elliel, sourit en le rejoignant. Cela me paraît un peu étrange. Pouvons nous oublier notre titre entre nous ? Demanda-t-il.
- Avec plaisir, acquiesça Elliel.
- Avez vous bien dormi ?
- Très bien merci. Mais il était temps que je quitte enfin ce lit.
- Cela vous fera certainement du bien mais ne forcez pas. Prenez tout le temps qu'il vous faudra pour vous reposer, vous êtes le bienvenu ici. Si vous en avez la force, accepteriez vous de rejoindre notre table pour le petit déjeuner ? demanda-t-il.
Elliel approuva, se relevant souplement en se tenant parfaitement, cachant tout signe de faiblesse. Legolas ne fit aucune remarque et le conduisit jusqu'à une belle salle du palais. Il y avait là une table ronde pour quatre personnes et une décoration simple. Il s'agissait visiblement d'un espace privé et tranquille. Le petit déjeuner était déjà servi et Thranduil installé. Il se leva d'ailleurs à leur entrée, les saluant.
- Êtes vous sûr d'être assez fort pour vous lever ? demanda le Roi au mage alors qu'ils s'asseyaient.
- Ça ira je vous remercie. Je me suis assez reposé comme ça. Il est grand temps que je me reprenne. Je vais bien grâce à vous désormais.
- Fort bien, répondit le Roi. N'hésitez pas si vous avez besoin de quoi que ce soit.
Ils entamèrent leur repas dans un silence serein et lorsqu'ils eurent terminé, Elliel entreprit une discussion plus sérieuse avec le Roi, estimant qu'il était temps.
- Puis-je vous poser une question Seigneur Thranduil ? demanda-t-il sereinement.
- Bien sûr, répondit-il en reportant son attention sur lui.
- Combien de temps comptez vous garder Thorin écu de chêne et sa Compagnie ainsi enfermée ? questionna-t-il de but en blanc et tendant les deux autres.
- En quoi le sort de ces Nains vous intéresse-t-il ? Demanda le Roi.
- Je voyage avec eux depuis Imladris et je me demandais quand nous pourrions reprendre la route ?
- Vous voyagez avec eux ? s'étonna Legolas.
- Et bien vous m'avez trouvé avec Thorin il me semble. Ce n'était pas une coïncidence. Je voyageais avec eux pour les aider dans leur quête.
- La reprise de l'Arkenstone, remarqua l'aîné avec gravité.
- Cela n'était pas très difficile à deviner, s'amusa Elliel.
- En quoi cela vous concerne ? questionna Thranduil.
- La sécurité de la Terre du Milieu nous concerne tous à mes yeux. Si vous avez pu deviner pourquoi j'étais dans un tel état, vous devriez pouvoir comprendre pourquoi cette affaire attire mon intention.
- Entrer dans cette Montagne serait une folie, intervint Legolas.
- Ne rien faire serait une folie aussi, répondit-il avec sérieux. Les ombres refont une tentative d’incursion en Terre du Milieu. Vous avez certainement dû vous en rendre compte. Votre forêt s'est retrouvée corrompues ces dernières années. Ce n'est plus le Vert bois d'antan. Et cela commence à se produire un peu partout. À Dol Guldur, au sud en Mordor où les choses s'agitent de nouveau, au Nord... Tout cela est inquiétant. Il nous faut renforcer défenses et position, reconstruire les peuples forts et nous occuper de ce que nous pouvons. Smaug est de cette catégorie.
- Cela ne nous concerne pas. Nos royaumes sont forts et puissants, remarqua Thranduil.
- Cela nous concerne. Nous ne sommes pas invincibles. Autant ne pas laisser les choses déborder ou nous le regretterons. Et voir d'autres contrées être ravagées me désolerais. Je ne peux permettre une telle chose en mon âme et conscience.
- Les Nains ne pourront vaincre le dragon, posa Legolas. Ils seront brûlés vifs avant de toucher la pierre.
- Je n'en suis pas si sûr. Quand au dragon, je les accompagne pour les aider avec ce problème, annonça-t-il en les surprenant.
- Vous comptez affronter cette bête ?! releva Thranduil.
- S'il le faut, oui. Smaug ne se laissera pas faire, ne cédera rien et s'ils parviennent à reprendre le Joyaux, il cherchera vengeance. J'aimerais éviter une catastrophe.
- Il serait plus simple d'empêcher cette quête, remarqua Thranduil.
- Certes non, nous ne ferions que repousser le problème. Smaug sortira et rependra ses ravages un jour ou l'autre. Et il gagne en puissance chaque jour. Je préfère l'affronter quand nous n'avons que lui en face de nous. Vous savez que l'ombre grandit.
- Cela a toujours été et sera toujours, répondit le Roi.
- Et cela doit changer. J'ai moi même anéanti une horde d'Orque organisée et entraîné de façon militaire, dit-il en les interpellant. Les Orques se rassemblant de la sorte n'augure rien de bon.
- Nos Royaumes ont toujours résisté et résisteront encore. Nous avons mené et gagné plus de guerres que n'importe quel Orque. Pour ce qui est de Thorin et sa compagnie. Ils resteront enfermé tant qu'il me plaira. J'ai soumis un marché à ce maudit Nain. Je ne le libérerais que lorsque j'obtiendrais ce que veux.
Soupirant, Elliel se leva élégamment, remerciant pour le repas.
- Je sais parfaitement ce que vous souhaitez récupérer dans la Montagne Seigneur Thranduil, dit-il en le surprenant, et je sais pourquoi. Je connais aussi votre conflit avec les Nains et si je déplore l'obstination de Thorin, je la comprend également. Comme je comprend vos motivations même si je déplore là encore certaines de vos décisions. Avec tout mon respect, jamais nous n'avancerons si vous campez ainsi sur vos positions. Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons ignorer ce qu'il se passe en ce moment. Faite comme bon vous semble au sujet des Nains. Cela m'importe peu. Ce qui doit arriver arrivera de toute façon. Je vous demanderais simplement d'y réfléchir. Thorin n'est pas son grand père ni son père, il ignore tout de ce qui vous a réellement poussé à agir de la sorte et il vous voue une haine sans pareil. Vous vous savez, et je suis sûr que vous êtes assez éclairé pour voir que la perte d'Erebor par les Nains, son occupation par Smaug, n'est en rien un avantage pour vous comme pour le reste de la Terre du Milieu. Il serait peut-être temps de mettre vos griefs de côté pour penser à l'intérêt général.
Il se tut ensuite, les saluant sobrement avant de quitter la pièce, Rhîwial sur les talons.