Je retrouve mon père de l’autre côté. Il me demande de le suivre et nous traversons une foule compacte de sorciers et sorcières. A part quelques rares Serpentard saluants mon père avec respect, tous les regards jetés sur nous sont mauvais. Que ce soit des parents ou des étudiants, de Gryffondor, de Serdaigle, de Poufsouffle, des vieux ou des enfants, on ne nous aime pas. Mon père croise quelques connaissances à lui qu’il salue poliment, et d’autres connaissances qui parlent à leurs enfants du mal causé par “les Malefoy”. On met en garde les enfants, contre... moi. Je sais déjà qui je devrai éviter pendant cette longue année scolaire. Le gars de Serdaigle à qui on interdit de me parler, la fille Gryffondor à qui on reproche de nous avoir dévisagés trop longtemps, un groupe de deuxièmes années qui lancent déjà des rumeurs sur moi... Mais je sais qui sont mes alliés. La fille aux longs cheveux noirs et bouclés qui vient de me sourire, avant de saluer mon père avec respect, Serpentard, évidemment. Le gars brun, dont le père avait la main posée sur l’épaule et qui semblait être le fils d’un ami à mon père. Le groupe de deuxièmes années entièrement composé de Serpentard qui nous à montrés du doigt en criant de joie comme des fans hystériques... Que des Serpentard, mon destin est scellé.
Nous nous arrêtons au bout de quelques minutes. Les gens présents autour de nous se sont écartés, et je me sens seule et faible, au milieu de toute cette haine. Je les remarque alors. Les Potter. Ils nous observent en discutant. Avec eux, un homme roux, une femme et deux enfants. Ils ont tous un léger mouvement de recul en croisant mon regard, et au bout de trente secondes, seul l’homme me fixe attentivement. Mon père suit mon regard et leur adresse en léger signe de tête. Ils répondent et tous détournent le regard en même temps.
Mon père répond à mon regard interrogateur par une seule phrase.
J’imagine que Ginny Weasley est la sœur de l’homme roux. Je dévisage leurs enfants. Le plus âgé, que je soupçonne être James entre en troisième année. Il a un petit frère, première année, et une sœur qui ne semble pas aller à Poudlard cette année. Du côté Granger-Weasley, il y a une première année et un garçon plus petit.
Je décide de les ignorer. Je ne leur parlerai pas et resterai avec les Serpentard. Du moins, si je suis admise à Serpentard...
Alors que l’angoisse de me retrouver dans une autre maison augmente, la fille aux cheveux noirs s’approche de nous.
D’abord étonnée par ce flux d’informations, je lui souris et commence à me présenter.
Mon père ne lui adresse qu’un bref signe de tête. Elle me répond.
Je la salue de la main quand elle s’en va. Je remarque que les Potter et leurs amis nous dévisagent de nouveau. Je leur lance un regard mauvais, dans l’espoir de les dissuader de nous regarder comme ça. Mon père se dirige vers son ami. Lui et son fils sont toujours au même endroit, et semblent en grande conversation. Ce qui n’empêche pas mon père de héler son pote. Celui-ci stoppe net sa conversation avec son fils et lui lance un regard entendu. Tandis qu’ils entament une conversation, je jette un regard vers le fils. Musclé, sûr de lui et incroyablement beau sont les premiers mots qui me viennent à l’esprit quand je le vois. Il est très différent de son père que je crois avoir reconnu sur une des photos du mien. Il m’adresse la parole.
Est-ce que tous les Serpentard vont se présenter comme ça ? Je les trouve vraiment bizarre... Je réponds donc à Jake.
J’hésite entre lui tourner le dos et rester ici pour faire connaissance avec lui. Il est sublime, mais j’ai encore un peu peur de m’ouvrir au monde. Les seuls amis que je n’ai jamais eus étaient imaginaires, je ne vois pas comment je pourrais lui parler. Le blanc entre nous dure un peu trop longtemps. Il passe sa main dans les cheveux, et je joue avec mon bracelet. Je regrette de ne pas avoir eu l’occasion de rencontrer des gens plus tôt.
Jake se râcle la gorge, prêt à parler, mais un sifflement le coupe. Le Poudlard express entre dans la gare. C’est un très grand train, rouge et manifestement vieux. Il dégage une importante fumée, et il m’est de plus en plus difficile de distinguer précisément es traits du garçon auquel je fais face. Les adultes stoppent leur conversation, se tournent vers nous, et mon père m’emmène à l’écart. Il salue son ami puis prend la parole.
Nous nous disons au revoir, puis je me dirige vers le train, ma grosse valise et mon hibou à la main. Quand j’entre dans le Poudlard express, je suis immédiatement submergée par l’atmosphère du lieu. Il y a certes de la magie dans l’air, mais j’ai aussi l’impression de me trouver enfin à ma place.
Traînant mes affaires derrière moi, je cherche le troisième wagon. Celui des Serpentard. Chaque wagon que je traverse m’accueille avec des chuchotements et des regards en coin. Mais je fais de mon mieux et souris à presque tous les écoliers. Comme me l’a demandé mon père avant que je parte, je garde mon sourire pour moi quand vient le moment de traverser le wagon des Potter.
Quelques minutes plus tard, je retrouve enfin Cécilia et Jake. Ils sont dans le troisième wagon, comme ils me l’avaient indiqué, et m’accueillent d’un sourire chaleureux. Rien à voir avec chez moi. Le wagon est entièrement peuplé de quatrièmes années, et j’en déduis que les autres doivent être dans les deux premiers.
Hormis les deux élèves que j’ai rencontré à la gare, quelques filles me sourient et deux trois garçons m’adressent un signe de la main. Je les gratifie d’un sourire en réponse et quand je tente de me présente, Jake et Cécilia prennent la parole.
Le garçon lui lance un regard mauvais, vexé d’avoir été interrompu. Mais elle continue de me présenter.
Une fille assise un peu plus loin fait la grimace. Je n’ai aucune idée de ce qu’est le projet de groupe, mais j’imagine que je vais le savoir bientôt.
Les autres sont muets et l’écoute avec attention. Vu la réaction de la fille d’avant et l’attitude de l’auditoire de Cécilia, je pense qu’elle est la leadeuse de Serpentard. Ou au moins, des quatrièmes. C'est donc à elle que je vais devoir voler la vedette, ou peut-être la partager.
Je n’ai pas encore prononcé une phrase, et j’ai l’impression que ça lui plaît, car elle semble vouloir tout diriger. Quand elle m’invite à prendre place à côté d’elle, je le fais sans bruit. Avec elle à mes côtés, devenir populaire à Poudlard à l’air bien plus facile.