Il faut que je parte. Je ne peux pas rester devant cette porte. Ce qui se passe à l’intérieur de la pièce est important, je le sais. C'est flippant, terrorisant, affolant... Et causé par ma simple existence. Lentement, je me décale de la porte, encore sonnée par les récents évènements. Les paroles de mon grand-père résonnent dans ma tête, se fichant dans ma tête comme une flèche sur une cible. “Cette sale sang-de-bourbe". Cette fois, l’insulte ne visait pas n’importe qui.
Elle était destinée à ma mère.
Tandis que je marche dans les couloirs sombres qui m’ont vu grandir, je comprends la situation. Le sang des Malefoy, réputé si pur, a été souillé. Et mon père en est le seul responsable.
Je pensais que l’ambiance froide n’était due qu’au passé douteux de ma famille, mais je me suis trompée. Mon père a déshonoré sa famille, en brisant son bien le plus précieux. Le sang. Les phrases horribles que mon père a écrites me reviennent en tête. Lui qui détestait tant les nés-moldus a radicalement changé d’avis...
Au point de défendre ma mère.
J’atteins ma chambre en silence, et avise le journal de mon père. Comment Drago Malefoy a pu changer à ce point ? La réponse se trouve peut-être devant mes yeux. J'ouvre une page au hasard, espérant trouver quelque chose qui pourrait m’aider, mais je tombe sur une page vierge. Les précédentes ont été arrachées.
Les larmes aux yeux, j’essaie de canaliser la frustration que j’éprouve. Il a arraché des pages. Mon seul espoir de connaître mon père se trouve soit dans les quelques pages écrites, soit dans celles qui ne sont plus là. Et elles peuvent être n’importe où. Je lance le cahier sur mon bureau, et tombe mollement sur mon matelas. En bas, les cris ont repris, mais je ne veux plus me risquer à les écouter.
Les jours suivants passent dans une tornade d’ignorance et de regards froids, jusqu’au premier septembre. Pour l’occasion, j’ai revêtu une robe choisie par ma grand-mère. Noire, coupe patineuse, agrémentée d’une ceinture sertie d’une émeraude. Mes cheveux sont rassemblés en un chignon de danseuse, et je porte un collier ras-de-cou argenté. Je me suis maquillée, ordre de ma grand-mère. Eye liner noir et argent, fard à paupière foncé, rouge à lèvre pâle... Elle veut que je m’impose dès le premier instant. Surtout que j’entre tard à Poudlard. Les autres se connaissent depuis plusieurs années, et je devrai m’intégrer. J'ajoute le journal de mon père à ma valise. J’ai bien l’intention de le décoder, une fois à Poudlard. Quand, je suis enfin prête, je lace mes bottines noires, et jette un coup d’œil au miroir. Mes yeux, d’un gris triste depuis la dispute, ont viré au brun noisette, à cause de la joie que me procure mon départ. Je me concentre pour cacher mes émotions, et retrouve le vert. À présent, j’ai devant moi une jeune fille sûre d’elle et prête à conquérir Poudlard.
Au moins, c’est ce que ma famille verra. Je ne vois qu’une fille perdue, qui paraît sûre d’elle grâce à une habile mise en scène. Elle regarde le miroir, apeurée, mais heureuse de pouvoir partir.
Je descends ma lourde valise, puis retrouve mon père et sa mère. Évidemment, Lucius Malefoy est trop important pour se rendre au départ de la fille d’une “sang-de-bourbe". Mon père, manteau boutonné jusqu’en haut, un air grave attend près de la cheminée. Je remarque avec regret que ma grand-mère ne m’accompagnera pas. Les deux m’accueillent d’un sourire, et ma grand-mère sort de la pièce. Je suis de nouveau seule avec mon père. Aucun de nous ne parle, et honnêtement, je préfèrerais compter les différentes nuances de gris du manoir, plutôt que de lui adresser la parole.
Quand ma grand-mère revient, une cage à la main, je me rends compte que j’ai failli oublier mon hibou. J’attrape Drake, et me tourne vers mon père. J’attends qu’il parle, qu’il m’informe de l’heure où on partira, qu’il dise quelque chose... Mais il garde son regard posé sur sa mère, m’ignorant totalement. Sa main droite pianote sur son pantalon, il est nerveux. Cet instant de flottement dure quelques minutes, et est interrompu par l’arrivée de mon grand-père. Il me serre la main, puis prononce deux trois mises en garde.
Puis, il part. Sans un mot ni pour son fils, ni pour sa femme. Elle prend alors la parole.
Il ne répond pas, mais sort de la pièce la tête basse. Ma grand-mère se tourne vers moi.
Je m’attends à des ordres, comme ceux que je viens de recevoir, mais elle me dit tout autre chose.
Alors, on t’a élevée. Tu es très importante aux yeux de ton père, et ça lui fait mal de te voir partir. J’aimerai vraiment que tu te réconcilie avec lui avant de partir. S’il te plaît.
L’aveu que vient de me faire ma grand-mère résonne au fond de moi. Ma mère ne m’a jamais aimée. C’est très clairement ce qu’elle voulait dire. Elle a rejeté des gens qui ont oublié leurs principes pour la protégée. Elle est sûrement quelqu'un de mauvais, et je ne veux jamais avoir affaire à elle. S’il faut que je pardonne à mon père, je le ferai. Surtout qu’i n’a absolument plus rien à voir avec la personne horrible qui a écrit le journal.
J’acquiesce et ma grand-mère me prend dans ses bras. Notre étreinte dure quelques instants, puis je comprends qu’il est temps de partir. Mon père arrive, puis dans une flamme verte, je quitte le manoir familial. Une seconde plus tard, je suis à Londres. Nous sortons du bâtiment qui nous a accueillis, et nous nous dirigeons vers la gare. Elle est immense.
Nous entrons à l’intérieur, et nous allons sur le quai. Il y a des moldus, bien sûre, mais aussi beaucoup de sorciers. Tous nous regardent avec méfiance. Les moldus ont peur car pour eux, nous sommes d’étranges personnages trimballant des hiboux. Et les sorciers nous craignent car nous sommes les Malefoy.
Il y a beaucoup de bruits dans la gare. Moi qui suis habituée à un silence de mort... Malgré tout, j’entends la voix de mon père.
J’ai envie de lui répondre que ce ne sont pas ses affaires, mais je me rappelle justement les paroles de ma grand-mère. “J’aimerais vraiment que tu te réconcilie avec lui avant de partir”. Je suis donc obligée de lui répondre.
Le visage de mon père perd le peu de couleur qu’il possédait. Il me jette un regard effrayé.
Je réfléchis à quoi lui dire. Je ne peux clairement pas dire à mon père ce que j’ai déduit de cette conversation, car ça se retournerai contre ma grand-mère. Alors je choisi une phrase plus neutre.
Bien sûre, je savais déjà pourquoi ma mère était partie. On me le disait depuis mon enfance. Mais je ne savais pas ce qu’ils avaient fait pour elle.
Il est satisfait de cette réponse, tant mieux. J’hésite à m’excuser auprès de mon père pour ce que j’ai dit, mais le moment me semble mal choisi. Il prend d’ailleurs la parole.
J’y crois pas. Il croit peut-être que j’ai deux ans ? Que je ne suis pas capable de comprendre quoi, au fait ? Je crois que ma colère se voit. Mon père a l’air de flipper.
Comme s’il ne m’en voulait déjà pas assez... ajoute-t-il pour lui-même.
Je comprends rapidement. Si mes yeux ne sont pas de la bonne couleur, tous les espoirs qu’ils avaient placé en ce dons seront réduits à néant. Je me concentre pour masquer mes émotions, choses que j’arrive de mieux en mieux...
Il m’annonce que mes yeux ont repris la bonne couleur, et lance un regard à la barrière qui sépare les moldus des sorciers. Il veut qu’on traverse. Mais j’ai encore quelque chose à faire.
Il est étonné que je m’excuse. Il me sourit enfin et me répond.
Il me prend dans ses bras, un geste rare chez les Malefoy qui s’est pourtant réalisé deux fois en une heure.
Les sorciers nous regardent, étonnés que Drago Malefoy soit capable d’aimer quelqu’un. Je les comprends, j’ai longtemps cru que c’était impossible.
Quand il me relâche, nous nous tournons vers la barrière et je traverse. À moi la liberté.