Chapitre 14 :
Spectres
Leur nouvelle maison créée dans le jardin d’Akome, Glorfindel, Elladan, Elrohir, Cyrnelle, Aerel, Perium, Feliale, et Tilda s’y installèrent, remerciant Smaug de leur accorder ce privilège. La jeune humaine était désormais une jeune femme splendide avide de savoir. Elle était dotée du courage et de la bienveillance de son père, d’une indépendance et d’un caractère qui la rendait digne du respect des dragons qui appréciaient cette femme de feu. Le genre n’ayant pas cour chez eux, hommes et femmes étaient égaux, pas moins vaillants ou forts. Tilda avait donc sa place ici. Elle apprenait avec les dragons, avec les elfes, et avec Nefrea. Cela fait, leur royaume ne fut que plus paisible et la confiance donnée à leurs quelques amis plus grande. Et le temps continua à couler dans la paix au royaume des dragons.
Dans les années qui suivirent, il en fut ainsi. Si ce fut lentement, très lentement, ils virent d’autres elfes et d’autres hommes venir à eux pour faire leur connaissance. Ils venaient d’Esgaroth dans le sillage de la princesse Tilda. La bonne entente avec le roi Bard n’avait jamais été rompue et ne cessait jamais de grandir. Étonnamment, le fait que Esgaroth borde le royaume de la Montagne Solitaire du roi Smaug l’avait grandement servi. On était d’abord venu par curiosité, pour voir s’il était vrai que le dragon était toujours là, que les dragons étaient là, et qu’il n’y avait pas moyen de profiter du trésor. Esgaroth en avait profité pour reprendre un rôle commercial plus grand, Bard reconstruisant et faisant de Lacville un endroit où il faisait bon vivre. Il était un roi très aimé, juste, et bienveillant. Il entretenait une amitié solide avec le roi Thranduil et la Forêt Noire, les liens commerciaux grandissant entre eux avec les ans. Bard avait sécurisé sa ville, s’était assuré de sa prospérité, la protégeait, et veillait sur elle. Il avait renoué avec les hommes du Dorwinion par l’amitié et le commerce là encore, usant de la rivière comme route. Une rivière qui s’était faîte plus généreuse et bonne que jamais depuis que Smaug trônait à sa source.
Avec Thranduil, ils avaient aussi réhabilité la veille route de la forêt dans un but commercial. Cela leur permettait d’atteindre l’ancien guet sur l’Anduin. Là, ils pouvaient descendre par la rivière pour atteindre facilement Caras Galdhon, et en poursuivant vers l’ouest, ils pouvaient traverser les montagnes par les cols jusqu’à Imladris. Avec tout cela, Bard avait réussi à refaire de sa ville une plaque tournante de commerce. Il y avait cela, la rivière riche comme leurs terres plus vivantes que jamais comme si la magie du royaume des dragons débordait sur eux. Si cela était dans l’unique but d’espionner le royaume de Smaug, des nains des Monts de Fer étaient venus, tenant eux aussi à rétablir des liens commerciaux. Bard avait accepté mais avait aussi été très clair sur le fait qu’il était l’allié de Smaug et non le leur, leur en voulant toujours pour ce qu’il s’était passé. Il leur en voulait d’autant plus qu’il s’était fait un ami de Nefrea et qu’il s’entendait avec Smaug et les siens, regrettant les souffrances qu’il leur avait infligé sans le vouloir. Il avait accepté les liens commerciaux mais était intraitable avec les nains, ne leur donnant rien sur les dragons, interdisant que l’on mène autre chose que du commerce pur avec eux. Et il informait Smaug de leurs allées et venues, de ce qu’ils cherchaient. C’était donc malgré eux que les nains contribuaient à la prospérité d’Esgaroth. Et pour couronner le tout, Esgaroth s’était forgée une solide réputation de place juste et sécurisée parce que Bard y veillait, mais aussi parce que personne ne voulait faire du grabuge en vue de la Montagne et risquer la colère des dragons. C’était donc une improbable alliance entre la Forêt Noire, Esgaroth, et la Montagne Solitaire qui grandissait, plus fructueuse et solide que tous l’avaient prédis à son début, les parties se protégeant les unes les autres, s’aidant les unes les autres, faisant de la région l’une des plus riches et des plus sûres de la Terre du Milieu.
En conséquence, c’était d’Esgaroth et de la Forêt Noire que venaient principalement les véritables amis des dragons. D’autres venaient d’Imladris, des Havres Gris, ou de Caras Galadhon. Ils avaient beaucoup moins de succès avec le peuple des Hommes. Si ce n’étaient ceux d’Esgaroth, les Hommes voyaient d’un très mauvais œil les dragons, ne voulant croire aux révélations faîtes peu à peu sur leurs véritables origines, leur véritable histoire. Cela n’avait pourtant aucune importance pour les dragons toujours dans une neutralité hostile avec tous. Ils acceptaient d’apprendre à ceux qui venaient avec sincérité, encouragé par Nefrea, mais ils n’en n’attendaient absolument rien.
Ce fut après bien des années qu’une ombre vint lorsque Bard mourut à l’approche de ses quatre vingt ans. Il se passa alors une chose en laquelle personne n’aurait cru : Smaug était venu avec Nefrea assister à ses funérailles. Il était arrivé en dragon avant de prendre sa forme de dragnir, surprenant tout le monde en la montrant pour la première fois malgré les rumeurs qui avaient commencé à courir depuis un moment sur cette forme humanoïde qu’il avait. Il avait assisté à ses funérailles sans un mot, en silence, sortant pour la première fois de ses terres. Cela avait largement suffit à prouver son respect pour celui qui l’avait autrefois abattu. Bain avait pris la relève de son père, déterminé à continuer dans la même ligne que lui. Avec les ombres grandissantes, les gens du Dorwinion avaient arrêté de venir, les hommes de l’est penchant de plus en plus pour le Mordor, comme autrefois.
Ces ténèbres, Nefrea les gardait à l’œil, discutant télépathiquement régulièrement avec les seigneurs elfes qui surveillaient tout autant. Tous voyaient bien que le Mordor prenait de la force, l’œil de Sauron couronnant Barad-dûr surveillant tout, l’ombre de Dol Guldur prenant de l’ampleur. Il ne pouvait voir le royaume de la Montagne Solitaire protégé par Nefrea, les gardant invisibles pour lui. Encore quelques années et les nains reprenaient et se réinstallaient en Moria. Cela apaisa les craintes de beaucoup en Terre du Milieu, y voyant un signe que les ténèbres perdraient, s’essouffleraient. L’Unique n’avait toujours pas réapparus malgré les recherches de Sauron, confortant ses ennemis dans la certitude qu’il avait été définitivement perdu, assurant la perte du Seigneur des Ténèbres avec le temps. Mais ni Nefrea ni Smaug n’étaient aussi naïfs, restant extrêmement vigilants et attentifs. Il y avait des conflits au Gondor faisant directement face au Mordor. Il y avait des attaques d’orques anarchiques sans logique mais rien qui annonce une guerre ouverte véritable. Beaucoup commencèrent à s’enliser et à s’endormir dans cette période entre ombre et lumière.
C’était pourtant bien la paix qui régnait à la Montagne Solitaire sous la protection de son roi et de son istar. Nefrea s’était fait de très précieux amis des sept elfes toujours présents. Ils leur arrivaient souvent de voyager pour retourner chez eux, faisant le lien entre leurs communautés et celle de Smaug comme des ambassadeurs bien établis. Tilda aussi restait entre Erebor et Esgaroth. Elle avait refusé de se marier et faisait figure de sage pour les siens, amie cher de l’istar et de son compagnon. Ce fut le jour où Nefrea sentit les ténèbres des neuf, des nazgul, se rassembler à Dol Guldur avant de remonter vers eux, qu’il sut de les choses bougeaient. Il savait que comme lui, d’autres étaient restés vigilants. Il savait que Gandalf le Gris ne tarissait pas d’efforts pour découvrir les plans de l’ennemi, aidé d’Aragorn, l’héritier d’Isildur éduqué par Elrond. Nefrea ne l’avait jamais rencontré mais il savait, il sentait que cet homme était important. Elladan et Elrohir, ses frères d’adoptions, lui en avaient dit beaucoup de bien.
Ce ne fut cependant pas de lui qu’il fut question. Nefrea le sentit de loin lorsque les nazguls approchèrent de leur royaume, contournant Esgaroth. Il les avait vu de loin et n’avait pas manqué de prévenir Smaug. S’il se confirmait qu’ils venaient chez eux, certainement dans l’espoir de rallier les dragons au Mordor, ils étaient attendus de pied ferme. Ils furent suivis et surveillés dés qu’ils entrèrent sur leurs terres et les invités, les amis, résidant au palais de chêne avaient été prévenus de rester à l’intérieur, plusieurs dragons venant les garder pour qu’ils n’interviennent en aucune façon ou ne soient attaqués en aucune façon. Pyress et Amlake avaient bien grandi du haut de leurs presque sept décennies. Ils étaient en plein milieu de leur adolescence mais cela n’empêcha pas leurs parents de les confiner avec les autres dragonneaux né de la Terre depuis la naissance du Berceau. Tout les jeunes furent conduits à la nursery, l’un des lieux les plus sûr et blindé de la Montagne, et ils restèrent là avec une très solide garde alors que les nazguls arrivaient.
Comme tout les autres venant ici, les nazguls avaient été reçus au kiosque de Dale par neuf dragons ailés capables de cracher un feu face auquel ils étaient faibles. Et ce furent ces neuf dragons qui les escortèrent jusqu’à la salle du trône. Ils n’eurent pourtant guère le loisir de voir Ornel ou toute autre chose, Nefrea ayant voilé les merveilles de sa maison à leurs yeux, ne voulant donner aucune information aussi petite soit elle. Et Smaug était plus que d’accord. Malgré cela, ce fut la salle du trône dans toute sa splendeur, avec ses immenses statues de dragons et ses murs nimbés de feu éternel qu’il les accueillit. Nefrea était là, au bout de la passerelle qu’ils durent traverser. On les arrêta à bonne distance de l’istar qui, bâton en main, les scrutait de tout ses pouvoirs, confirmant tout ce qu’il savait déjà sur les âmes de ces neuf anciens rois des hommes orgueilleux piégés par les ténèbres. Bientôt, Smaug émergeait du gouffre, faisant son habituelle entrée théâtrale devant eux. Les neuf ne bougèrent pas d’un cheveux, pas plus qu’ils ne s’inclinèrent bien que personne ici ne s’y soit attendu.
- J’espère pour vous que vous avez une bonne raison d’oser poser le pied dans mon royaume spectres, tonna Smaug. Vous n’avez pas été invités et vous n’êtes pas désirés.
Ce fut le chef des neuf, le roi sorcier d’Angmar qui fit un pas en avant pour prendre la parole dans la tension et l’ambiance terriblement lourde qui régnait :
- Nous sommes ici au nom du seigneur Sauron, héritier du seigneur Morgoth, dit-il. Ton maître dragon !
Le feu fusa si vite de la gueule de Smaug qu’il eut à peine le temps de terminer sa phrase. Il força les neuf à s’écraser au sol devant lui pour y échapper et une seconde salve les y maintint lorsqu’ils firent mine de se redresser.
- L’infâme vermine qui vous sert de maître n’est certainement pas le mien ! gronda le roi sous la Montagne. Il ne l’est pas plus que ne l’était ce misérable de Morgoth ! J’ai brûlé ses armées lorsqu’il a prétendu prendre ma Montagne il y a des décennies de cela et je les brûlerais encore si elles osent revenir. Si votre pathétique maître nous fait l’outrage de prétendre à un quelconque pouvoir sur moi, mon peuple, et mon royaume, je me ferais un plaisir d’aller moi même jusqu’en Mordor pour détruire sa tour, ses armés, et lui montrer que ses pitoyables flammèches dont-il se pare ne sont rien face au feu des dragons !
Un silence implacable tomba, le torse de Smaug rougeoyant lorsqu’ils esquissèrent un geste pour se relever. Ils restèrent donc sagement écrasés au sol mais cela n’empêcha pas leur chef de ricaner sombrement :
- Doit-on comprendre que les dragons se sont soumis aux elfes, aux hommes, et aux nains !
Cette fois, le feu les frôla de si près que leurs capes noires s’enflammèrent. Ils bondirent, s’agitant en tout sens, se roulant par terre pour les éteindre en sifflant atrocement. Bloqués par le vide et les neuf dragons qui les avaient escortés, ils ne purent que rester là et ce fut Nefrea qui éteignit finalement les flammes de sa magie. Les nazguls restèrent au sol, ayant bien compris qu’ils risquaient gros ici. Ici où leur maître ne pouvait les voir. Ici où le feu du roi pouvait, si ce n’était les tuer, les affaiblir et les renvoyer dans les limbes pour des décennies voir des siècles. Et cela, ils ne pouvaient se le permettre. Un autre silence s’installa et Smaug leur montra un peu plus qu’il ne les redoutait pas un instant en renvoyant les neuf gardes attendre hors de la salle du trône dont l’immense porte magique se referma derrière eux.
- En ces lieux, je suis le maître absolu, rappela Smaug. Ne l’oubliez pas. Je ne peux guère vous détruire avec mon feu mais cela m’offre le plaisir et la joie de pouvoir vous réduire en cendre encore, et encore, et encore… Autant de fois que vous aurez la stupidité de vous présenter devant moi avec une telle insolence et de telles requêtes ! Nous vous avons vu venir de loin en sachant parfaitement pourquoi vous veniez vous traîner à mes pieds et à ceux de mon istar. Et notre réponse n’a jamais fait aucun doute. Mais je vous ai laissé venir pour une raison très précise. Moi et mon peuple ne nous battrons ni pour les ténèbres ni pour aucun autre peuple que le nôtre. Tous sont plus ou moins proches du statu d’ennemi de ce royaume à cet instant. Mais peu importe. Et peu importe ce qu’il se passera. Si votre maître mène sa guerre et la gagne, il trouvera la défaite s’il ose s’approcher de notre royaume ou menacer sa sécurité et sa prospérité. Même s’il asservit la Terre du Milieu toute entière il trouvera la défaite devant nous sans aucun doute. Qu’il gagne ou non n’y changera rien pour nous. Et surtout, cela ne changera pas son statu d’ennemi à nos yeux, un ennemi que nous viendrons abattre quand bon nous semblera. Qu’il se chamaille avec les autres peuples m’amuse et nous offre un spectacle divertissant. Peu importe l’issue, tous seront affaiblis pendant que nous conservons et ferons grandir nos forces et notre pouvoir. Quand tout sera fini entre votre maître et les autres, il ne nous restera qu’à brûler les vainqueurs et les survivants pour conquérir ce monde. Et nous le ferons soyez en certains.
Il s’arrêta là, ricanant à son tour face au silence des spectres :
- Tout cela n’est qu’un divertissement à nos yeux, continua-t-il. Nous serons vainqueurs au bout d’une façon ou d’une autre. Vous et votre maître n’avez ni voix ni pouvoir ici. Sauron sera vaincu. Que cela soit par ceux qu’il affrontera avant nous ou par nous, il sera anéanti. Et là encore, ce fait ne fait aucun doute pour nous, pour moi. Sachant cela je n’aurai pas perdu mon temps avec vous si nous n’avions pas une bonne raison. Ici, vous êtes isolés de votre maître et de son pouvoir. Si je vous ai laissé venir, c’est pour vous offrir à mon istar, votre maître.
Le couple sentit aisément la perplexité et l’incompréhension des spectres. Ils échangèrent un regard et Nefrea s’avança pour venir se poster face aux neuf devant Smaug. Il frappa le sol de son bâton, le son résonnant fortement alors que sa pierre s’illuminait. Les yeux, les cheveux, et les ornements de mithril de l’istar en firent autant une seconde plus tard. Il irradia de lumière et les spectres se redressèrent sur leurs genoux, sifflant en levant leurs mains devant leurs visages. Un second coup de bâton résonna et une impulsion de magie émanant de l’istar balaya toute la salle. Les murs de flammes passèrent au feu d’argent du dragon de mithril et ce fut comme si les ténèbres des nazguls étaient annihilées, balayées, laissant neuf fantômes à leur place, ceux des hommes qu’ils avaient été autrefois.
- Sauron ne saura rien de ceci, commença l’istar. Et vous ne pourrez vous en souvenir tant que vous serez sous son fouet. Je sais qui vous êtes. Je vois vos âmes jusque dans leur tréfonds. Je sais qui vous êtes réellement, vous qui devriez être sous le seul pouvoir de la Mort à cet instant. Mais ce n’est pas le cas parce que Sauron s’est cru permis d’asservir des âmes qui ne lui appartiennent pas. Vous avez cédé à l’orgueil autrefois, au pouvoir, et à l’avarice. Vous ne contrôlez plus ni vos esprits, ni vos pensées, ni vos actes. Mais cela ne durera pas éternellement. Comme sa majesté vient de le dire, un jour ou l’autre, d’une façon ou d’une autre, Sauron tombera. Ce jour là vous aurez un choix à faire : rejoindre enfin la Mort qui fera de vous ce que bon lui semble après que vous soyez passé sous le jugement de Mandos, ou choisir de me servir si vous estimez que votre existence ne doit pas prendre fin ainsi en ce monde. Si vous décidez de me servir, vous aurez l’occasion d’œuvrer à nouveau pour le bien-être et la prospérité d’Eä, pour sa paix, et pour que ce qui est bon et juste gagne pour tout et tous. Vous ne vous souviendrez pas de ces mots jusqu’à la chute de Sauron et la fin de votre asservissement. Mais votre âme pourra déjà méditer sur ce choix pour que vous puissiez donner votre décision libre et sincère lorsque le moment viendra. Je pense que vous avez assez souffert, que vous avez assez payé vos erreurs et plus encore. Vous trouverez l’apaisement avec moi ou avec la Mort et reprendrez la main sur l’existence de votre âme quelque soit le choix. D’ici là, sachez que nous serons ennemis.
Une seconde de silence frappa dans la puissante lumière d’argent puis la magie de l’istar pulsa une fois encore, grandissant avant de revenir vers lui, son être semblant ravaler toute la lumière et le pouvoir qu’il avait libéré. Dés qu’elle ne fut plus sur eux, les âmes des neuf retrouvèrent leur aspect de spectre, l’air totalement assommés et épuisés. Revenant à la normale, Nefrea reprit sa place de conseiller à droite de Smaug qui tonna à nouveau :
- Hors de ma vue maintenant ! Rapportez donc à votre seigneur notre réponse et revenez prendre un bain de flamme si vous l’osez.
Il cracha un nouveau jet de flamme au raz de leurs têtes, la grande porte s’ouvrant, les neuf gardes dragons revenant pour escorter les spectres dehors sans attendre, les reconduisant jusqu’à la frontière sans perdre un instant. Cela fait, Nefrea et Smaug avaient fait la seule chose qui avait motivé leur décision de laisser les nazguls venir : déclarer à ces âmes la volonté de la seule maîtresse qu’ils devraient avoir à cette heure, la Mort en personne. Nefrea était pleinement d’accord avec elle, voyant ces âmes. Si elles avaient été sombres et avides autrefois, tout ce qu’elles avaient subi depuis leur asservissement les avait changé et ramené à des intentions bien meilleures. Mais cela, personne ne pouvait ne serait-ce que l’entre apercevoir, tout leurs êtres, leurs esprits, et leurs actes commandés par Sauron. Ils n’avaient plus la moindre parcelle de liberté mentale ou physique. Cela changerait quand leurs chaînes tomberaient et ils auraient alors ce choix de partir, ou de rester servir l’enfant de la Mort s’ils souhaitaient que leur existence en ce monde prenne fin de manière différente.
Bien vite, les nazguls furent loin et Smaug ne cacha pas à leurs amis, alliés, et contacts ce qu’ils avaient demandé, comme il ne cacha pas la chaleureuse réponse qui leur avait été faîte, soulageant tout le monde. Beaucoup continueraient à douter de la loyauté du roi sous la Montagne, de son istar, et de son peuple, mais ceux qui avaient décidé de leur faire confiance auraient une confirmation de plus qu’ils avaient fait le bon choix. Bien sûr il n’y eut pas un murmure sur leur petit entretien avec Nefrea mais le reste fut dit, affirmant la volonté de Smaug et sa ligne de conduite. Les nazguls eurent tôt fait d’aller voir leur maître après avoir quitté la Montagne. Nefrea les suivit à distance de ses pouvoirs, allant s’installer au kiosque de Dale pour scruter tout leur royaume et s’assurer qu’il n’y avait aucun problème. Smaug avait décidé d’en faire autant, allant survoler leurs terres, les scruter et se montrer à ses frontières très ouvertement pour prouver qu’il veillait. Très vite, Nefrea avait vu Tilda, Glorfindel, Elladan, Elrohir, et ses deux enfants le rejoindre, les autres partis pour voir leur peuple.
- Akian ? fit Pyress en s’asseyant près de lui. Les spectres sont partis ?
- Oui. Ils ont fuis aussi vite qu’ils l’ont pu, sourit-il en amusant ses enfants.
- Draka leur à fait peur ? demanda Amlake prenant place de l’autre côté.
- Il a bien failli les réduire en cendres, rit-il. Ils ont eu très chaud et j’ai dû les éteindre, dit-il en faisant rire ses deux fils qui avaient des allures d’adolescents d’un peu plus de quatorze ans.
- Smaug peut-il détruire les nazgul ? interrogea Glorfindel plus grave.
- Non. Seule la destruction de l’Unique le pourra, répondit-il. Mais le feu de Smaug pourrait les affaiblir assez pour les forcer à disparaître un moment pour se régénérer.
- Pourquoi il ne l’a pas fait ? demanda Elladan.
- Parce que cela ne servirait pas à grand-chose au final et qu’il voulait que sa réponse soit portée en Mordor au plus vite. Tout cela dure depuis déjà trop longtemps pour la patience de Smaug. Il préférera ne pas retarder le dénouement quel qu’il soit.
- Le dénouement ? releva Elrohir. Sait-on seulement si nous en approchons ? soupira-t-il.
- Nous en approchons, affirma Nefrea. Je le sens. Sauron n’aura pas le choix. Il va devoir bouger, attaquer. L’état dans lequel il est en ce moment ne peut pas durer éternellement. S’il reste ainsi, il finira par décliner. Il doit gagner pour obtenir le pouvoir de la Terre du Milieu, le contrôler, s’en nourrir. Ou il doit retrouver l’Anneau pour revenir complètement. Pour le premier comme le deuxième attaquer, lancer ses armées, sera le meilleur moyen. Je pense qu’il ne va plus tarder à bouger. Cela d’autant plus que Gandalf se fait remarquer à courir partout à la recherche d’informations. Son œil est souvent sur lui à le suivre. Elrond m’a dit qu’il cherchait la trace de l’Unique et je crois que Sauron le sait et le surveille au cas où il trouverait.
- Gandalf n’est pas aussi sûr que Sarouman que l’Anneau se soit perdu en mer, posa Glorfindel.
- Je suis d’accord avec lui sur ce point, approuva l’istar. L’Anneau Unique n’est pas n’importe quel objet maléfique. Il dispose de son propre esprit, de sa volonté, et peut agir bien plus qu’on ne le pense sur tout ce qui l’entoure. Il fera tout pour retourner à son maître et il finira par y arriver. L’Anneau risque d’autant plus de se réveiller, de bouger, d’être plus puissant parce que Sauron étant à nouveau ses ombres aussi loin qu’il le peut. Le renforcement de l’un n’est pas sans impact sur l’autre et les forces grandissantes de Sauron sont peut-être liés à une nouvelle ascension de l’Unique qui se rapprocherait.
- Vous pensez qu’ils peuvent agir l’un sur l’autre ? Se renforcer l’un l’autre et s’attirer ? demanda Elladan.
- C’est une certitude avec ce genre de magie, assura Nefrea. Consciemment et inconsciemment ils agissent l’un sur l’autre et ils finiront par se retrouver. Cela prendra peut-être du temps mais il serait naïf de croire le contraire. Cela arrivera à moins qu’on ne trouve l’Anneau avant et que nous le détruisions. Mais je crains qu’il faille attendre qu’il sorte de lui même et fasse l’erreur de se montrer pour que nous le localisions. Dés lors, tous se jetterons dessus et ce sera la course pour le reprendre ou le détruire. Le destin de la Terre du Milieu dépend de qui gagnera cette course.
- Est-ce que vous savez comment détruire l’Anneau ? questionna Elrohir. Ada dit qu’on ne peut le faire qu’en le jetant dans la Montagne du Destin en Mordor.
- Je pense qu’il a raison et j’ignore s’il existe un autre moyen. Il faudrait que j’ai l’Anneau devant moi et que je puisse l’examiner pour savoir si autre chose pourrait être fait.
En réalité, il était probable qu’il soit lui même capable de détruire le bijou mais il n’était pas certain d’être en mesure de le faire. Détruire l’Anneau c’était détruire, tuer, Sauron comme il avait tué Voldemort. Et il n’avait pas le droit à moins que sa mère l’autorise. Il lui avait demandé la permission mais elle restait silencieuse pour le moment. Seul Mandos et Smaug le savaient. Le Vala dont-il s’était toujours plus rapproché, et qui était devenu comme un grand frère protecteur pour lui, lui avait dit que leur mère restait sans réponse sur cette question avec lui aussi. Nefrea savait que ce sujet était particulier parce qu’il s’agissait d’une âme, d’un être qui, comme Voldemort, aurait dû rejoindre la Mort depuis un bon moment. Il n’était ni vivant ni mort. Il était donc possible que le cas de Sauron relève de son autorité, de celle de la Mort. Mais il devait attendre son feu vert pour s’y attaquer.
Après le passage des nazgul, Nefrea sentit nettement l’hostilité de Sauron se concentrer un peu plus sur eux. Elle était destinée à toute la Terre du Milieu de façon générale mais certains points la concentraient davantage : les domaines elfiques, Gandalf, le Gondor, et maintenant leur royaume. Sauron sembla avoir parfaitement compris le message de Smaug puisqu’il n’envoya plus ses sbires vers eux, tentant de les garder à l’œil même si sa vision ne pouvait atteindre la Montagne, la magie de Nefrea faisant barrage. Les choses semblèrent pourtant accélérer après cela et Nefrea en fut plus que certain lorsque, soudainement, les nazgul filèrent vers le nord ouest directement quand Sauron n’avait presque rien envoyé aussi loin. Qu’il envoie sans prévenir et sans raison apparente les nazgul, ses subalternes les plus directs et les plus puissants, tous ensemble de la sorte ne pouvait vouloir dire qu’une seule chose : l’Unique avait refait surface.
Cette déduction, Nefrea en eu bientôt la confirmation. Il commença par suivre les nazgul jusqu’en Comté, la chose totalement improbable. Il n’y avait vraiment rien en Comté pour Sauron, rien du tout à moins qu’un certain artefact s’y trouve. Puis il y perçu la présence de Gandalf, suivi des nazgul qui semblèrent ensuite chercher quelque chose entre la Comté et Imladris. Cette chose, ils la cherchèrent et la poursuivirent jusqu’à la frontière d’Imladris. Quelques heures plus tard, Elrond prenait contact avec Nefrea, lui annonçant que l’Unique avait été retrouvé et amené à Fondcombe. Il lui expliqua qu’il allait réunir un Conseil pour décider de la marche à suivre et qu’il l’y invitait, même si Gandalf était contre comme d’autres. Il lui demandait s’il pouvait venir avec Glorfindel et ses deux fils, Elladan et Elrohir. Nefrea assura qu’il se mettait en route sur le champs. Sa discussion avec Elrond terminée, Nefrea était allé parler avec Smaug, tout deux sachant qu’il n’y avait pas une seconde à perdre. Si le roi n’était pas très enthousiaste à l’idée de laisser son compagnon partir aussi loin ainsi sans lui, comme aucun dragon, il savait qu’il le fallait. Lui devait rester à la Montagne pour protéger son royaume et saisir les occasions.
Mais avant de partir, Nefrea dû faire une chose qu’il n’avait jamais faîte et qui lui semblait plus difficile que beaucoup d’autres choses qu’il avait eu à vivre : dire à ses deux petits qu’il partait, et les laissait avec leur draka. S’il lui arrivait d’aller en Forêt Noire ou à Esgaroth, ce n’était jamais pour plus de quelques heures et il pouvait transplaner rapidement si besoin. Il n’était jamais allé à Imladris en plus de cent cinquante ans de présence en Terre du Milieu. Il faudrait donc faire le chemin physiquement une première fois et il était certain d’y passer plusieurs jours au minimum. Jamais il n’avait été aussi loin de ses bébés, aussi longtemps. Leur annoncer fut plus que difficile, voir leur visage tristes et anxieux pire encore, et refuser leur demande de venir avec lui lui coûta toutes ses forces. En d’autres circonstances, il aurait peut-être accepté de les emmener avec lui. Mais là, il allait au contact du pire artefact de la Terre du Milieu, avec les nazgul tournant autour, avec beaucoup de personnes qu’il ne connaissait pas… Pour lui cela allait mais c’était bien trop dangereux pour Pyress et Amlake bien plus en sécurité à la Montagne Solitaire avec Smaug et leur peuple. Il dut se battre pour refuser, leur promettant pourtant de les emmener voir le monde quand les choses seraient rentrées dans l’ordre, ce qui serait peut-être bientôt le cas.
Comme demandé par Elrond, il se mit en route avec Glorfindel, Elladan, et Elrohir. Quatre dragons ailés vinrent avec eux, les portant sur leur dos, servant aussi d’escorte à l’istar sur ordre de Smaug. Il y avait Lokyn, Asgaldan, et Irazole avec qui il était allé au Conseil Blanc à Caras Galadhon il y avait déjà longtemps, et Tuarad s’était ajouté, tout les quatre proches de l’istar, l’accompagnant et veillant sur lui quand Smaug n’était pas là et que Nefrea sortait de la Montagne. Et s’il eut bien de la peine à laisser sa famille, Nefrea fut finalement en route avec les trois elfes et les quatre dragons. Ils prirent immédiatement à l’ouest, obliquant très légèrement vers le sud pour rallier Imladris en ligne droite, passant au dessus de la Forêt Noire, de la vallée de l’Anduin, et à travers les monts brumeux avant d’arriver dans la vallée. S’il fallait des semaines voir des mois pour faire ce voyage à pieds ou à cheval suivant la météo, quelques heures suffirent aux dragons grâce au temps clément, à leur vitesse, à l’absence d’obstacle, et à la ligne droite que le ciel offrait. C’était une des choses qui effrayaient le plus ceux qui redoutaient les dragons : ils pouvaient très vite être n’importe où en Terre du Milieu.
Ce fut à la fin de la journée, la nuit d’automne tombée depuis un moment, qu’ils furent en vue d’Imladris. Nefrea contacta Elrond quelques instants avant leur arrivée. Même dans le noir, la vue acérée les vit venir puisque les cors résonnèrent à leur approche, annonçant l’arrivée d’invités. Ils volèrent jusqu’à atteindre une place d’entrée de la ville indiqué par Glorfindel, le seul endroit où quatre dragons ailé pouvaient se poser. Un grand escalier menait de la place au cœur de la ville et Elrond était la avec quelques autres, attendant au bord de la place. Ils se posèrent, l’istar et les trois elfes descendant du dos des dragons, les remerciant de les avoir amené jusqu’ici aussi vite. Les trois elfes rejoignirent Elrond, Nefrea restant avec Asgaldan, Lokyn, Irazole, et Tuarad, s’assurant qu’ils n’étaient pas trop fatigués. Les quatre râlaient déjà sur le fait qu’ils ne pourraient l’accompagner dans les petits couloirs et pièces des elfes. L’istar les rassura, faisant remarquer que la belle vallée ne manqueraient pas d’endroits agréables pour eux. Il rejoignit finalement Elrond :
- Vous avez fait vite, s’amusa le seigneur avec un regard pour les quatre dragons. C’est un plaisir de vous voir ici Nefrea.
- Seigneur Nefrea pour vous, corrigea Asgaldan.
- Nefrea suffit, assura l’istar. Nous n’avons aucun besoin d’un tel protocole, dit-il en posant une main sur le nez du dragon noir. Et tu sais que je n’aime pas ça, remarqua-t-il en le faisant grommeler.
Les elfes sourirent devant cette scène, seul l’istar noir pouvant assurément se permettre d’être ainsi avec dragons.
- Soyez les bienvenus, reprit Elrond avant de présenter les deux conseillers qui l’accompagnaient et qui fixaient les dragons avec une certaine tension.
Nefrea n’y fit pas attention, présentant à son tour les quatre dragons ailés se dressant fièrement.
- Fondcombe n’est pas vraiment configurée pour accueillir des dragons mais faîtes comme chez vous, pria Elrond. Vous avez offert une maison à mes fils et à Glorfindel chez vous, il en sera de même ici à votre égard.
Si les dragons n’en montrèrent rien, ils furent surpris par cet accueil, Nefrea souriant doucement.
- Merci Elrond, répondit-il pour eux. Ceci étant dit : l’Anneau ? demanda-t-il plus gravement.
- Venez, je vais vous expliquer, invita-t-il en se tournant vers les marches.
Nefrea lui emboîta le pas sans hésiter, les jumeaux et Glorfindel venant marcher à ses côtés. Les quatre dragons s’envolèrent pour aller se trouver un endroit tranquille où s’installer dans les falaises et se reposer du voyage. Nefrea ne manqua pas de noter que de nombreux elfes étaient venus les voir arriver, présents sur les coursives et les balcons autour d’eux. Et la grande majorité était très tendue sans grande surprise. Mais cela avait plus de chances d’amuser les dragons qu’autre chose. Ce fut dans une petite bibliothèque que Elrond emmena l’istar, demandant aux autres d’attendre dehors, voulant lui parler seul à seul. Ils s’installèrent à une petite table à côté d’une fenêtre, seule la lumière de la lune les éclairant. Mais cela n’était pas un problème pour eux.
L’ambiance plus sombre, Elrond commença à lui raconter comment Gandalf avait soupçonné Bilbon Sacquet, le hobbit qui était venu attaquer la Montagne avec Thorin, d’avoir trouvé un anneau magique pendant son voyage vers la Montagne. Il n’avait pas vraiment creusé l’affaire jusqu’à récemment. Il avait commencé à se douter de quelque chose et s’était mis à chercher lorsque Bilbon avait, visiblement difficilement, légué l’artefact à son pupille, Frodon Sacquet, quelques années plus tôt. Récemment, il avait confirmé que l’objet était bien l’Anneau Unique, trouvé par Bilbon dans les mines des gobelins. L’Anneau s’était réveillé après que Bilbon l’ait utilisé et les nazgul avaient fini par le localiser. Ils étaient partis à sa recherche et Gandalf avait dit à Frodon de quitter la Comté, d’aller à Bree pendant que lui même allait demander conseil à Sarouman. Ils devaient se retrouver en ville mais Sarouman avait ouvertement trahis et avait fait Gandalf prisonnier. Il semblait que Frodon avait utilisé l’Anneau, aidant les spectres à le trouver. Il s’en était fallu de peu mais Aragorn avait pris le relai de Gandalf pour les sortir de là et les conduire à Fondcombe. L’anneau était entré juste à temps sur les terres d’Imladris pour ne pas être repris mais Frodon avait été blessé par le roi sorcier d’Angmar en chemin. La fille d’Elrond l’avait secouru, maintenu, et amené à son père qui avait pu le soigner. Finalement, Frodon était ici avec l’Anneau. Trois autres hobbits l’accompagnaient et Aragorn veillait sur eux. Quand à Gandalf, il avait réussi à fuir Isengard et à revenir ici lui aussi. Nefrea resta pensif un instant, analysant tout cela alors que Elrond l’observait patiemment.
- Comment Olorin a-t-il pu passer à côté à ce point alors qu’il l’a eu sous les yeux tout ce temps ? soupira-t-il. Enfin, je peux parler mais je ne l’ai pas identifié non plus.
- Comment ça ? demanda Elrond.
- Lorsque Thorin a fait entrer Bilbon dans la Montagne Solitaire par la porte cachée, pour qu’il vienne nous voler l’Arkenstone, j’étais déjà dans la Montagne avec Smaug depuis longtemps. Smaug a tenu à s’en occuper lui même et m’a demandé de rester à l’écart mais même sans l’avoir devant moi, je sentais que Bilbon portait un objet très sombre. Il semblait puissant mais comme… endormis. Comme s’il attendait en rassemblant des forces. Il n’était pas vraiment éveillé. Smaug à chassé Bilbon, puis la compagnie, et je n’ai pas pu m’approcher pour voir de dont-il s’agissait. Smaug a aussi senti cet objet sur lui, très puissant, mais il ne pouvait pas l’identifier non plus juste avec cela. Nous n’avons pas eu de vue directe dessus ni le temps d’analyser. Puis Smaug est allé attaquer Esgaroth, Bilbon et la Compagnie sont sortis de la Montagne, et je l’ai refermé pour qu’ils ne puissent entrer à nouveau. Ensuite… ensuite Smaug est mort et j’ai complètement oublié cet objet pour me concentrer sur la défense de la Montagne. Je savais ce qui allait me tomber dessus et j’étais bien décidé à la défendre.
- Est-ce que… est-ce que vous saviez que Smaug reviendrait ? demanda doucement Elrond.
- Je savais qu’il y avait une possibilité. Lorsque j’ai libéré Smaug des restes de l’emprise de Morgoth, j’ignorai que cela lui ouvrirait les portes des Salles de Mandos. Mandos lui même l’ignorait. En revanche, je savais qu’il y avait une petite possibilité pour que Smaug puisse revenir. Seulement, je ne savais pas si ça arriverait ou quand. Cela aurait pu prendre des siècles. Il est revenu juste à temps pour m’aider. Il a prouvé sa gigantesque volonté en faisant aussi vite son chemin à travers la mort, sourit-il doucement. Mandos m’a dit qu’il était prêt à pulvériser les portes de ses salles pour revenir plus vite, s’amusa-t-il.
- Vous parlez souvent avec Mandos ?
- Oui, très souvent. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas eu l’occasion d’approcher à nouveau Bilbon et de m’intéresser à ce qu’il portait. À ma décharge, je n’en sais que très peu sur l’Unique et les anneaux magiques. Mais Olorin aurait dû s’en rendre compte plus vite.
- Il regrette profondément son manque de clairvoyance sur le sujet. Heureusement, et si cela ne s’est pas fait sans mal, nous avons pu empêcher les nazgul de le récupérer pour l’instant. Mais désormais, Sauron a retrouvé son Anneau et il fera tout pour le récupérer. Nous devons décider quoi en faire. Le Conseil se tiendra dans quelques jours. Le destin a voulu que plusieurs représentant de la Terre du Milieu étaient déjà en route pour Imladris, nous les attendrons pour qu’ils puissent donner leur avis mais nous ne pouvons trop tarder. J’ai jugé que vous deviez être présent.
- Et je vous remercie pour votre confiance. Je doute que tous soient de cet avis, même votre propre peuple.
- C’est vrai mais ce n’est pas une raison. J’ai confiance en vous, en Glorfindel, et en mes fils que vous avez su convaincre. Moi comme Galadriel, Celeborn, Cirdan, et Thranduil, sommes convaincus.
- Qu’avez-vous pensé de ce que Glorfindel vous a appris sur l’histoire véritable des dragons ? Nous n’en n’avons jamais réellement discuté.
- Je dois avouer que cela m’a choqué mais je sais qu’il n’a pas menti, comme vous ou Smaug. Si beaucoup pensent à une tromperie de sa part, je dois bien avouer que jamais nous n’avons vu un dragon user de ce genre de ruse, de mensonge aussi flagrant. Ils ont toujours été d’une franchise exacerbée dans leurs actes comme dans leurs mots, si sûr de leur force qu’ils ne voulaient guère s’abaisser à ce genre de stratégie, s’amusa-t-il en le faisant sourire. Et je ne vois pas ce qu’ils auraient à gagner à inventer ce genre de chose. Et cette histoire est des plus possible lorsqu’on y réfléchit. Cela expliquerait énormément de choses. Je n’aurais jamais pensé qu’il ait pu en être ainsi mais la vérité n’est pas toujours celle que l’on souhaiterait. Elle explique aussi la position de Smaug et des dragons, ce pourquoi ils se battent.
- Peu l’accepteront, remarqua Nefrea. Il est tellement plus facile de renier ce qui ne nous convient pas. Mais cela ne changera pas les faits. Et ce ne sont pas les dragons qui se laisseront marcher dessus, releva-t-il légèrement. Mais ce n’est pas l’affaire la plus urgente. Nous avons donc quelques jours avant le Conseil. Puis-je voir l’Anneau avant ?
- Pourquoi faire ?
- Ne me dîtes pas que vous pensez encore que je suis une sorte de sorcier des ténèbres qui veut récupérer l’Anneau pour Sauron ? soupira-t-il.
- Moi non mais je crains que Mithrandir monte la garde près de monsieur Sacquet.
- Je vois. Des deux ?
- Des deux ? releva-t-il.
- Oui. Vous avez dit que Bilbon était ici et qu’il avait eu l’objet en question très longtemps en sa possession. Gandalf le garde-t-il aussi ?
- Non. Je pourrais lui demander de vous voir demain matin. À quoi cela servira-t-il ?
- Un tel artefact ne peut que laisser de très lourdes traces sur ceux qui l’ont en leur possession et qui ne sont pas son maître. Un pouvoir d’une telle malveillance fait de gros dégâts qui font souffrir sa cible mais qui peut aussi donner énormément d’informations sur lui. Je peux commencer par ça jusqu’à avoir accès à l’Anneau. Cela arrivera que Olorin le veuille ou non, même si je dois le forcer à libérer le passage pour le faire.
- Le forcer ? releva Elrond avec légèreté.
- J’ai plus de patience que Smaug mais il ne faudrait pas exagérer non plus, remarqua-t-il en le faisant doucement rire. Surtout lorsqu’il s’agit de ce genre d’affaire qui ne tolérera pas longtemps les caprices d’Olorin.
- Pensez-vous pouvoir faire quelque chose contre l’Anneau ?
- La question n’est pas vraiment de savoir si je pourrais faire quelque chose mais si on me laissera faire, répondit-il énigmatiquement. Pour le moment, je peux qu’attendre que monsieur Sacquet accepte de me voir ou que j’ai l’Anneau à portée de main. Au pire, vous aurez une réponse à votre question à la fin du Conseil au plus tard. Je vous le promet.
- Je n’en doute pas. Vous devez être fatigué. Je vous ai fait préparer une chambre et un repas vous y attend.
- Merci.
- Est-ce cela ira pour vos amis dragons ?
- Oui ne vous en faîtes pas. Même si vous pouviez leur offrir une chambre ou autre chose ils refuseraient ne serait-ce que par principe de ne pas vouloir de lien avec les autres peuples. Il faut s’attendre à ce qu’ils soient désagréables et qu’ils râlent sur le temps que nous passerons ici mais ils ne causeront pas le moindre problème ne vous en faîte pas. Leur seul soucis sera de veiller sur moi.
- Thranduil dit que Smaug a rappelé à tous que les dragons protégeaient leur trésor et que vous étiez son sommet, remarqua-t-il.
- Et ils sont le sommet du mien, répondit Nefrea en se levant.
Elrond suivit le mouvement, sortant avec lui pour l’emmener vers sa chambre, le laissant là pour la nuit. Nefrea regarda l’endroit dans la pénombre, réalisant que cela faisait très, très longtemps qu’il n’avait pas dormi dans chambre comme celle-ci. Plus depuis son arrivée en Eä. Il avait bien un espace pour dormir sous forme humanoïde avec Smaug dans leur nid mais il s’agissait plus d’un grand amas de coussins et de couvertures, pas d’une chambre comme celle-ci. L’endroit était très beau et raffiné mais ce n’était pas à la hauteur de son nid et il ne savait pas s’il arriverait à dormir là, sans Smaug. Depuis qu’il avait commencé à dormir avec son compagnon, il n’en n’avait plus jamais été autrement. Soupirant, il se dirigea vers l’immense balcon dont-il disposait. Il avait une magnifique vue sur la ville elfique qu’il voyait pour la première fois. Elle était très belle et avait une allure quelque peu irréelle sous les lumières nocturnes. Très vite, il sentit Asgaldan, Lokyn, Irazole, et Tuarad venir s’installer dans les alentours, s’appropriant corniches, toits, et autres perchoirs. Asgaldan se posa juste derrière lui sur son balcon tout juste assez grand pour l’accueillir.
- Ces insectes nous surveillent de partout sans oser se montrer vraiment, gronda-t-il.
- Ignorez les, sourit Nefrea. S’ils ne sont même pas capables de venir nous faire face ils n’en valent pas la peine, soupira-t-il lourdement.
- Un problème seigneur Nefrea ?
- Je n’arriverai probablement pas à dormir sans Smaug. Je vais méditer à la place. Cela me permettra au moins de ne pas me fatiguer.
Il s’assit au sol et Asgaldan s’allongea sur le balcon, s’arquant autour de lui, s’attirant un regard perplexe.
- Je veille sur vous maître Nefrea. Vous pouvez vous détendre tranquillement.
- Merci mon ami, sourit-il. Je vais contacter Smaug pour lui dire que nous sommes bien arrivés. Nous verrons le reste demain. Avec un peu de chance, l’Anneau est vraiment ici et nous tenons ce qu’il faut pour mettre fin aux dessins de Sauron. Reste à savoir comment nous allons le faire.