Chapitre 13 :
Maison
Le temps qui suivis l’éclosion de leurs petits fut un véritable paradis pour Nefrea et Smaug. Les seuls instants d’ombres furent les séparations forcées entre le médian et ses bébés pour qu’il puisse rejoindre le promontoire de la lune et se gorger de magie astrale. Cela mis à part, ils nageaient littéralement dans le bonheur, l’istar rayonnant de bien-être et de plénitude, s’épanouissant en élevant ses enfants et en vivant avec son compagnon. Pyress et Amlake étaient plein de vie et d’énergie, de magie, manifestant à la fois les capacités des dragons de feu et la magie d’origine de Nefrea, le tout réunis dans ce nouveau peuple naissant qu’étaient les dragnir. Cela rendait leurs parents plus que fiers, heureux que leurs enfants aient hérité de tout ce qu’ils pouvaient leur offrir.
La première année de la vie de ses enfants, Nefrea la passa près d’eux à ne se soucier que de leur bien-être. Smaug sortait chasser pour eux assez souvent. Si leur petits réclamaient un peu plus que des dragonneaux ordinaires, ils n’avaient certainement pas besoin de tant de viande. C’était pour son médian que Smaug faisait cela. S’il était bien nourris dans sa forme de dragon, il pouvait y passer plus de temps avant d’être forcé d’aller absorber de la magie astrale, de se séparer de ses enfants. Il le faisait donc pour assurer au maximum la paix à son compagnon et à ses petits. Dés leur venue au monde, leurs parents n’avaient pas manqué de surveiller avec grande attention leur évolution et chacun de leurs besoins, guettant tout ce qu’il pouvait y avoir de particulier chez eux qui étaient les premiers enfants d’un tout nouveau peuple. Un peuple né de l’union du fils de la Mort et du fils de la Terre d’Arda, protégé par elles, veillé par Mandos et Vaïre, béni par Ilùvatar.
Nefrea passait beaucoup de temps à scruter ses petits de sa magie pour s’assurer de ne rien manquer et il regroupait toutes les informations, toutes les questions qu’ils avaient dans un livre qu’il comptait bien tenir et mettre au propre. Ainsi, ses enfants et leurs enfants après eux auraient les réponses à leurs questions. C’était assez rapidement qu’ils avaient pu commencer à trouver les grandes lignes des besoins et particularités de leurs dragonneaux. Ils cumulaient les pouvoirs des grands dragons de feu et la magie natale de Nefrea. Mais ils cumulaient aussi leurs impératifs. Très vite, en scrutant leur état physique en quasi continu, Nefrea avait compris que, comme lui, ils avaient besoin de passer du temps dans leur forme de dragon comme dans leur forme humanoïde. Et comme lui, ils avaient besoin de manger et boire davantage pour alimenter leur magie particulière. Heureusement, ils pouvaient le faire dans leur forme humanoïde avec des quantités correspondant à ce corps, comme Nefrea. Cela les empêcherait de décimer les troupeaux de gibiers en une année une fois adultes.
Ils avaient instinctivement appris à maîtriser leur changement de forme même s’ils suivaient leurs parents pour le faire, semblant à l’aise dans l’une et l’autre. La magie accidentelle autour d’eux s’était très vite confirmée. Le haut fourchelang leur était aussi naturel qu’aux autres dragons même s’ils ne sifflaient que des vocalises simples au début. Nefrea et Smaug étaient certains qu’ils apprendraient à le parler comme ils apprendraient à parler la langue commune, ils veilleraient à ce qu’ils l’apprennent. De sa magie, Nefrea continuait à les abreuver de son lait magique dans leur forme humanoïde et il guettait les changements dans leurs corps qui pouvaient indiquer qu’il était temps de penser au sevrage. Mais ce temps semblait encore loin, les deux petits grandissant lentement. Lentement à l’image des hommes, normalement à l’image des dragons de feu. Smaug avait expliqué que les dragons de feu étaient considérés comme des enfants jusqu’à environ cinquante ans. Puis la puberté arrivait avec l’adolescence. Ils atteignaient leur maturité et terminaient leur croissance, considérés comme des adultes vers leurs cent ans. On disait fin de croissance mais il ne s’agissait en réalité que de la première phase de cette croissance puisque, comme tout les dragons de feu, ils continueraient à croître toute leur vie bien plus lentement.
Si cette logique se vérifiait pour les dragnir, Nefrea savait que ses petits resteraient ses bébés un bon moment et ce n’était pas pour lui déplaire, très loin de là. Dans une vie qui s’annonçait très longue, pouvoir profiter plus longtemps de la petite enfance de ses dragonneaux était un cadeau. Si on continuait sur cette ligne, ils apprendraient tout de même très rapidement à parler, la chose arrivant vite dans la vie d’un dragon dont l’évolution cognitive et sensorielle était rapide. Leur développement mental devait quand à lui suivre leur croissance physique. Tout cela se confirma au fil des mois pour Nefrea et Smaug concentrés sur leur progéniture. Un peu plus loin dans la nursery, Skarniss évoluait lui aussi en suivant parfaitement le développement d’un dragon de feu, choyé et éduqué par son peuple. Les deux nouveaux œufs qui étaient apparus peu après l’éclosion de Skarniss suivaient le même chemin et, quelques temps après qu’ils furent arrivés à la couveuse, d’autres œufs avaient commencé à se former dans le berceau. Il y en avait eu quatre : un de dragon froid, un de dragon ailé, un de dragon terrestre, et un de dragon serpent. Avec eux, cela donnait de nouveaux petits à chaque sorte de dragon créé autrefois par la Terre, terminant de parfaire le bonheur de ses enfants. Tous au royaume de Smaug le doré étaient concentrés sur cela : sur les petits symboles de renouveau de leur peuple et le bonheur que cela leur apportait.
Lorsqu’ils eurent un an, Amlake et Pyress maîtrisaient un langage d’enfant en langue commune, en haut fourchelang, et dans le langage vocal animal des dragons. Ce fut aussi à peu près à ce moment qu’eux comme Skarniss se mirent à l’apprentissage du vol. Les deux petits dragnir dans le vaste nid de leurs parents et Skarniss dans l’immense nursery, guidés par leurs aînés. Et ce fut aussi à cette même période que Smaug alla assister à l’éclosion de deux nouveaux petits dragons de feu qu’il nomma Irial et Cathelm. L’âge du vol étant arrivé, Nefrea et Smaug avaient été plus à l’aise à l’idée de faire sortir leurs petits de leur nid pour la première fois. Pyress et Amlake avaient bien grandis, ayant presque doublé de taille depuis leur éclosion. Pourtant, protecteur, le couple ne voulait pas les faire sortir de la Montagne. Le choix de la première sortie s’était faîte naturellement en faveur de la nursery. Smaug s’y était rendu le premier pour prendre la garde de ceux qui étaient là pour s’occuper de Skarniss, Irial, et Cathelm, les faisant sortir. Ni lui ni Nefrea n’étaient encore prêt à montrer leurs petits à d’autres adultes mais ils avaient décidé de leur faire rencontrer les autres dragonneaux.
Le chemin libre d’inconnus, Nefrea avait patiemment guidé ses petits dans les galeries jusqu’à la nursery, doublement heureux de par le fait qu’il allait rencontrer physiquement les trois petits pour la première fois. Il avait fait leur rencontre de loin avec sa magie mais il n’avait pu quitté ses enfants pour venir les voir en personne. Smaug s’était chargé de les visiter. C’était avec une certaine inquiétude, cachés dans ses pattes, que Amlake et Pyress l’avaient suivis, demandant où ils allaient. Nefrea avait répondu que c’était une surprise, les menant avec calme. Lorsqu’ils étaient arrivés, ils avaient trouvé Skarniss, Irial, et Cathelm dans les pattes de Smaug. Pourtant, les trois n’avaient eu aucune hésitation face à Nefrea, fusant vers lui avec joie sans la moindre peur malgré que cela soit la première fois qu’ils le voyaient. Ils étaient venus réclamer un câlin au médian du roi, un câlin qu’ils avaient eu sur le champs, roucoulant gaiement. Et très vite, ils avaient déniché les deux petits dragnirs dans ses pattes. Il n’avait pas fallu longtemps pour que la glace soit brisée entre les petits qui se mirent bien volontiers à jouer ensemble, ravis de trouver des camarades. Nefrea et Smaug s’allongèrent l’un contre l’autre pour les laisser faire, les laisser jouer sous leur garde pendant qu’ils profitaient eux même de cet instant de joie et de paix. Il n’avait pas fallu longtemps pour que les deux plus jeunes Irial et Cathelm, nés depuis peu, fatiguent et viennent se blottir entre les pattes de Nefrea, contre sa poitrine pour dormir. Il les accueillit avec douceur, les cajolant jusqu’à les plonger dans le sommeil. Et il avait été amusant de voir Pyress et Amlake rappliquer, jaloux de l’attention qu’il donnait à d’autres.
Cela avait convaincu Nefrea de les emmener voir les autres petits régulièrement, pour jouer, pour expérimenter avec eux, pour apprendre le partage qu’il s’agisse de lui ou des petits jouets qu’il faisait apparaître pour eux. Après cela, le couple royal s’était donc mis à s’isoler régulièrement dans la nursery avec les petits, Smaug en profitait pour donner des leçons de vol aux trois plus âgés dans ce vaste espace protégé, Nefrea y faisant naître de faibles vents pour aider. Le roi faisait cela quand les deux plus petits rendaient les armes de fatigue aux jeux, allant se blottir contre le médian pour dormir et être câlinés.
Après un moment de cela, Nefrea avait voulu montrer d’autres choses à ses petits. Restant au sein de la Montagne où aucun n’entrait sans permission, il les avait emmené visiter leur maison, prenant souvent Skarniss avec eux, lui aussi désormais en âge d’apprendre plus, de voir plus, de sortir de son nid progressivement. Lorsqu’il sortait avec eux soit Smaug allait chercher Skarniss lui même, soit Nefrea envoyait un message télépathique à son gardien du moment pour qu’il le conduise à lui. Ainsi, pendant que Smaug sortait chasser ou s’occuper de son royaume, Nefrea faisait l’éducation des trois dragonneaux en âge de commencer cela. Il les avait emmené voir Ornel, voir le Berceau, la Couveuse, expliquant ce dont-il s’agissait, parlant de leur Terre Mère. Il leur avait montré la galerie des tapisseries même s’il n’abordait pas encore le plus sombre et le plus dur de l’histoire de leur peuple. Il parlait d’abord de l’établissement de ce nouveau royaume et de son devoir.
Il leur avait montré son jardin intérieur, leur faisant leçon sur la nature précieuse et fragile. Ils avaient visité la salle du trône pour parler du rôle de Smaug et de cet endroit. Lorsqu’ils étaient allés au lac intérieur, Nefrea s’était jeté à l’eau lui même pour leur donner le courage de le faire, étendant ses ailes sous l’eau pour les assurer, leur donner pied. Et il leur apprit à nager. Cela fait, ils n’avaient plus eu besoin d’assurance pour jouer dans l’eau, très vite à l’aise une fois le principe de la nage comprit. Leur toute première sortie à l’extérieur se fit sur le promontoire de la lune au crépuscule avec Nefrea. C’était à cette occasion que l’istar avait découvert que ses petits aussi absorbaient la lumière des astres. Mais à sa différence, ils pouvaient le faire autant avec la lune et les étoiles que le soleil. Et après cette première exposition, le besoin régulier d’obtenir cela, comme lui, se fit sentir pour eux. Il avait été amusant de voir Skarniss bouder quand ses deux camarades s’étaient mis à briller à la lumière des astres. Nefrea avait expliqué pourquoi cela arrivait et pourquoi cela n’arrivait pas avec lui mais le petit avait été un peu jaloux.
En revanche, il y avait des occasions où Nefrea ne prenait que ses enfants avec lui. Lorsqu’il fallait prendre leur forme humanoïde. Il les emmenait à la grande bibliothèque, voulant leur donner le goût des livres, du savoir, attiser leur curiosité pour tout, pour le monde entier et non juste pour leur maison et leur peuple. Il leur parlait aussi magie, beaucoup. Il parlait de la magie des dragons et de la sienne, de son âme, de son importance. Il avait également conduit ses deux enfants devant l’Arkenstone, leur expliquant ce qu’était la pierre, leur devoir qu’elle représentait, l’importance de protéger cela partout.
En bref, Nefrea avait naturellement pris en charge l’éducation de ses petits et celle de Skarniss qui avait à peu près le même âge. Pendant ce temps, Smaug s’occupait de son pays et des siens. Ceux qui étaient partis depuis près de deux ans à la rechercher de leurs derniers congénères éparpillés de part le monde revinrent avec tout ceux qu’ils avaient pu trouver et à qui ils avaient parlé du renouveau de leur peuple. Sans hésiter, ils prêtèrent allégeance devant Smaug dans la salle du trône. Ne pouvant se séparer de ses enfants à l’abri dans leur nid, Nefrea avait choisi une projection astrale pour envoyer son image et sa magie dans la salle du trône, présenté par le roi avant qu’il ne purifie les nouveaux arrivant de l’emprise sombre de Morgoth. Que tout ce que leurs congénères étant venus les chercher se réalise ainsi les avait bouleversé. Smaug les avaient conduis dans les galeries sous la vallée pour leur donner une maison, assurant que l’istar s’occuperait de mettre une porte enchantée pour qu’eux seuls puissent ouvrir leur espace personnel.
Allégeance, purification, et installation faîte, on leur avait montré les tapisseries de leur peuple pour tout leur raconter, tout leur expliquer, leur fait découvrir leur nouvelle demeure. L’émotion avait été extrêmement puissante lorsqu’ils avaient appris que leur Mère avait un nouveau berceau ici et avait commencé à donner naissance à de nouveaux frères. Nefrea avait été ému lorsque les nouveaux avaient demandé la permission d’entrer dans la Montagne à leur roi pour aller devant la galerie d’or et Ornel. C’était à l’arbre de l’istar, à défaut de pouvoir le voir en personne, qu’ils avaient adressé leurs remerciements et leur reconnaissance. Nefrea les avait parfaitement entendu, demandant à Smaug de leur dire qu’il serait ravi de les rencontrer quand ses petits seraient prêt à sortir et à rencontrer leur peuple.
Glorfindel aussi était revenu après presque deux ans d’absence. Et il revenait avec un petit groupe d’elfes désireux, réellement, d’apprendre à connaître les dragons et leur culture. Smaug les avait reçu dans la salle du trône, demandant à Glorfindel de lui dire comment les siens avaient réagis à ce qu’il avait pu leur dire de la véritable histoire des dragons. Sachant désormais parfaitement comment parler avec Smaug et les siens, Glorfindel avait répondu sans détour qu’il avait eu raison lorsqu’il avait prédis qu’on ne le croirait pas. Mais il avait aussi dit que certains, malgré un très grand scepticisme, avaient accepté d’y réfléchir, de lui faire confiance en admettant que cela était possible. Et certains, encore plus rares, avaient accepté que cela puisse être la vérité et voulaient venir apprendre eux même ce qu’il en était réellement. Ceux là étaient venus avec lui, priant humblement le Roi Sous la Montagne de leur permettre de faire la connaissance de son peuple. Et ils devaient être sincères puisqu’ils convainquirent Smaug qui leur donna cette permission avec pour mise en garde de bien respecter les lois de son royaume, les règles qui leur étaient posés sans quoi ils risquaient leurs vies. Tous avaient accepté et Nefrea avait projeté sa magie à l’emplacement de la tente de Glorfindel qui n’avait pas bougé, en faisant apparaître une de plus pour chaque nouveau visiteur. Six étaient venus avec Glorfindel en provenance des quatre grandes places elfes.
C’était avec une projection astrale que, un peu plus tard, Nefrea leur avait rendu visite, se présentant à ceux qu’il n’avait pas encore rencontré. Il fut très agréablement surpris de faire la connaissance de deux jumeaux, les fils d’Elrond, Elladan et Elrohir d’Imladris. Ils étaient accompagné de Cyrnelle des Havres Gris, de Aerel de Caras Galdhon, ainsi que de Perium et Feliale de la Forêt Noire. Tous importants, tous érudits ou expérimentés face au monde, et tous sincères et curieux. Et s’il était toujours décidé à les laisser se débrouiller avec les dragons, il était aussi heureux de pouvoir faire leur connaissance. Sa principale préoccupation resta pourtant ses petits et son compagnon, les petits de la Terre juste derrière. Il s’occupait en quasi permanence de Pyress et Amlake. Il fallut moins de temps qu’il ne l’avait imaginé pour qu’eux comme Skarniss apprennent à voler à l’intérieur, moins d’une demi année. Il avait alors utilisé sa magie pour créer une nouvelle salle souterraine enchantée, plus vaste, sa magie y créant des vents bien plus forts pour les entraîner.
Ce ne fut que lorsqu’ils eurent deux ans que les deux petits dragnirs furent présentés à leur peuple, accueilli avec bienveillance, joie, et protection par tous. Il fallut pourtant encore attendre avant que l’on fasse sortir les petits de la Montagne et des galeries. Mais le temps passant n’avait pas la même dimension pour les dragons potentiellement aussi immortel que les elfes. Cependant, il y eut un moment où Nefrea fut forcé de commencer à partager son attention avec autre chose. Une chose qui n’avait rien à voir avec sa famille, son peuple, ou son pays, mais bien plus avec son devoir d’istar. Il reporta son attention sur la Terre du Milieu lorsqu’il sentit que les ténèbres grandissaient à nouveau. Elles n’avaient pas cessé depuis la Bataille de la Montagne une décennie plus tôt. Ni lui ni Smaug ne l’avaient ignoré mais ils avaient préféré porter leur attention sur leur famille, leur peuple, et leur royaume qui en avaient plus besoin.
Seulement, cette année là, quatre ans après la naissance de ses fils, Nefrea fut forcé de porter son regard ailleurs. Pyress et Amlake avaient doublé de taille depuis leur premier anniversaire, leur croissance ralentissant désormais beaucoup pour s’étaler sur un siècle. Ils étaient pourtant déjà aussi grand que quatre pansedefer ukrainiens de son passé. Ce début rapide était fait pour les mettre à l’abri de tout prédateur, de toute attaque. Mais maintenant, cela ralentissait beaucoup. Dans leur forme humanoïde, ils avaient à peine l’apparence d’enfant de un an, apprenant tout juste à marcher. Il était pourtant bien plus à l’aise à l’idée de les quitter un petit moment désormais et eux aussi. Enfin, tant que Smaug restait avec eux et qu’il n’allait pas loin. Il prenait donc des moments au kiosque de Dale pour se concentrer sur la Terre du Milieu, y lançant son esprit pour voir ce qu’il se passait. Les ténèbres du Mordor explosaient à nouveau, le faisant plus modestement et discrètement un peu partout. Les prémices de la guerre avaient définitivement commencé à se montrer.
Ce fut à la fin l’automne qu’un groupe de cavaliers elfiques entra dans leur royaume avec l’insigne de Thranduil sur eux. Leur allure très officielle et leurs visages graves donnèrent le ton. Ils allèrent au kiosque de Dale comme les consignes l’exigeaient et leurs semblables ayant élu domicile ici avec Glorfindel les avaient vite remarqué. Ils les rejoignirent un instant avant que Nefrea apparaisse, les messagers le saluant avec respect avant de demander une audience avec lui et avec Smaug. L’istar avait approuvé, sachant déjà de quoi on venait leur parler, et il invita les sept elfes vivant avec eux à y assister, conduisant tout le monde à la salle du trône où Smaug les attendait. Toujours dans sa forme astrale, Nefrea rejoignit son compagnon, son corps resté avec ses petits dans leur nid. Ils commencèrent par de respectueuses mais courtes salutations pour le Roi Sous la Montagne, comme il les préférait, avant d’en arriver aux faits :
- Le roi Thranduil nous envois en son nom, celui du seigneur Elrond, et de dame Galadriel, pour vous porter, à vous et au seigneur Nefrea, un message, des nouvelles de la Terre du Milieu.
- Je vous écoute, répondit le roi.
- Les ténèbres grandissent à nouveau, commença l’envoyé. De manière inquiétante.
- Tu peux t’arrêter là elfe, coupa Smaug.
- Votre majesté ? releva celui-ci.
- Vous et vos seigneurs, votre Conseil Blanc, n’êtes pas les seuls et pas les meilleurs à veiller sur la Terre du Milieu. Je sais déjà sans aucun doute tout ce que vous pourriez me dire.
Il y eut un moment de silence confus pour les elfes qui notèrent pourtant que Smaug était plus sérieux et calme qu’à l’accoutumé.
- Je suis istar, intervint Nefrea en attirant leur attention. Par conséquent mon devoir est aussi de veiller sur la Terre du Milieu et j’en informe bien sûr le roi du peuple que j’accompagne, posa-t-il simplement. Mais pour être sûr que rien ne m’a échappé, nous vous écoutons.
- Merci, répondit le messager. On nous a envoyé vous dire que le mal gronde à nouveau en Mordor. Après son bannissement de Dol Guldur, Sauron s’y est réfugié et il se déclare à nouveau ouvertement. Il rassemble ses forces. Les orques et les gobelins s’animent de plus en plus un peu partout, comme toutes les créatures des ténèbres. Et nous avons récemment appris que Dol Guldur était à nouveau occupé.
- Est-ce tout ? demanda Smaug.
- Oui majesté.
- Alors c’était une visite inutile, soupira-t-il.
- Je remercie vos seigneurs d’avoir pensé à nous tenir informé, répondit plus aimablement Nefrea. Je vais donc leur rendre cela. Vous pourrez leur dire que Sauron a commencé à reconstruire Barad-dûr et que cela avance très vite. Bientôt, de son sommet, il pourra scruter la Terre du Milieu tout entière si ce ne sont les royaumes puissamment protégés. Son armée grossit chaque jour au sein du Mordor et son pouvoir s’éveillant partout agite les ténèbres. Dol Guldur a bien été reprise et c’est Khamûl qui s’est chargé de cette tache il y a trois lunes de cela. Il l’occupe avec deux autres nazgul à présent. Sauron envoie déjà des messagers vers tout ceux qui ont été et sont restés des alliés, vers les Orientaux et les Haradrim notamment. Les neuf nazgul s’éveillent de plus en plus à mesure que leur maître reprend des forces. Les rangs des orques et des trolls ne cessent de grossir. Déjà, Sauron murmures un peu partout en Terre du Milieu même s’il faudra assurément encore quelques décennies avant qu’il ne puisse tenter un vaste assaut. Il n’en demeure pas moins qu’il va harceler le Gondor, Minas Tirith la première. Je ne doute pas non plus qu’il tente d’affaiblir d’autres royaumes en passant par les ombres, par des manipulations en tout genre. Son désir de guerre et de victoire est très clair mais il patientera jusqu’à être certain d’être prêt pour une victoire implacable. Aussi, son attention va très assurément se porter sur la seule pièce qui, hormis le temps de préparation de ses armées, manque à son plan : l’Anneau Unique.
- Comment savez-vous tout cela ? demanda le messager stupéfié.
- À qui penses tu parler ?! s’énerva Smaug. Nefrea n’est en rien comme vos seigneurs qui regardent de loin et parlent pendant que les autres agissent. Il n’est en rien comme les cinq autres istari qui se prétendent magicien.
Nefrea vint poser une main sur lui pour l’apaiser, souriant aux elfes avant de reprendre plus calmement :
- Je sais que beaucoup en doutent mais je n’oublie jamais mon devoir de gardien en vers la Terre du Milieu, dit-il. Aussi une part de mon regard est toujours sur elle et je peux voir aussi loin qu’il me plaît de voir. Je surveille tout ce que je peux surveiller. Le Conseil Blanc m’ayant fait savoir qu’il en faisait autant et m’ayant assuré qu’il le faisait mieux que moi je me suis dit qu’ils en savaient certainement plus. Mais il semble que cela soit l’inverse. Le Conseil Blanc, et Saroumane en particulier, était censé se charger de Sauron et de l’Unique. Il n’y a aucune nouvelle à ce sujet.
- Non mon seigneur, répondit le messager. Nous leur porterons ces informations et leur ferons savoir vos questions.
- Seigneur Nefrea ? intervint Glorfindel.
- Je vous écoute, sourit-il pour lui.
- Êtes-vous en mesure de localiser l’Unique ? demanda-t-il avec espoir.
- Je l’aimerai bien mais non, répondit-il. L’Anneau Unique est un artefact de magie noire extrêmement puissant, doté d’une partie de l’âme de Sauron assurément. C’est cette partie d’âme survivant en l’Anneau qui lui a permis de subsister jusqu’ici, qui lui permettra de revenir s’il le retrouve. L’Anneau est capable de se cacher de tout ceux par qui il ne veut être vu, moi compris. Si j’avais pu y avoir accès, il m’aurait été possible de le tracer mais ce n’est pas le cas. Je sens les ténèbres partout en Terre du Milieu mais je ne saurais dire sous lesquelles se trouvent l’Anneau.
- Je vois, acquiesça le seigneur elfe.
- Maintenant posez votre question, poussa froidement Smaug pour les messagers, parce que je sais qu’il y en a une. En faîte non, je vais nous épargner une perte de temps : non je ne céderai pas à Sauron, mon royaume ne cédera pas à Sauron et nous le réduirons volontiers nous même en cendres si l’occasion se présente, cingla-t-il alors que les messagers se ratatinaient un peu sur eux mêmes. Est-ce clair ?
- Oui votre majesté, répondit-on.
- Bien. Tu peux jouer avec eux autant qu’il te plaira avant de les renvoyer, dit-il en effleurant doucement Nefrea du bout du nez.
Il s’en alla ensuite, plongeant dans le puits de vide autour de son trône.
- Sachez que Smaug est extrêmement sérieux sur sa position, assura-t-il à son tour. Nous savons que beaucoup en Terre du Milieu se posent la question de l’allégeance des dragons. Elle n’ira pas aux ténèbres mais elle ne s’alliera pas aux autres pour autant. Il n’est pas exclu qu’ils prennent une part ou une autre dans la guerre qui se profile mais ils le feront de leur côté et à leur façon.
- Nous le ferons savoir.
- Je vous remercie, sourit-il en se remettant en marche avec eux.
Ils quittèrent la salle du trône pour repasser un moment devant Ornel qui avait encore beaucoup grandit, ses branches emplissant toutes les voûtes de la salle et s’introduisant dans la pierre qui les accueillait volontiers. Nefrea laissa les elfes le voir un peu avant de rejoindre le kiosque de Dale avec eux, retrouvant les chevaux des messagers. Nefrea leur fit à nouveau face, faisant apparaître, cinq petites boules de cristal grosses comme un poing dans un coffret.
- Veuillez transmettre ceci à vos seigneurs, pria-t-il. Il y en a une pour le roi Thranduil de la Forêt Noire, une pour dame Galadriel et une pour le seigneur Celeborn de Caras Galadhon, une pour le seigneur Elrond d’Imladris, et une pour le seigneur Cirdan des Havres Gris. Si ce n’est le roi Thranduil, tous ont manifesté des réticences et des appréhensions à mon égard. Je le comprend. Mais avec les ténèbres qui reviennent, nous aurons besoin les uns des autres. Alors dîtes leur que s’ils acceptent d’œuvrer avec moi, ils peuvent utiliser ceci. Une intention sincère suffira à les activer pour établir un lien télépathique avec moi et nous pourrons échanger. Ce n’est pas une obligation mais je veux qu’ils sachent que ma porte est ouverte. Elle est ouverte à tout ceux dont la cause est juste.
- Nous transmettrons fidèlement, assura le chef du groupe en réceptionnant le coffret.
Les messagers se remirent en selle et s’en allèrent, Nefrea se tournant vers les sept qui restaient ici.
- Vous ne cessez jamais de veiller n’est-ce pas ? sourit Glorfindel.
- Jamais, approuva-t-il. Parfois d’autres choses m’occupent mais je n’oublie jamais mon devoir et si ce n’est mon devoir, la défense de la paix de ma maison. Et cela passe par la paix du royaume et de la terre où elle se trouve. Les êtres de l’espèce de Sauron me répugnent au plus haut point, comme le mal, la destruction, et la souffrance qu’ils répandent.
- Vous avez pu libérer les dragons de l’emprise de Melkor, remarqua Elladan. Pouvez-vous affronter Sauron ? questionna-t-il gravement.
- Je le pourrais si j’en avais le droit.
- Comment-ça ? fit son frère aussi perdu que les autres.
- J’ai été doté de grands pouvoirs mais ce pouvoir n’est pas sans condition. Je peux combattre, je peux protéger, je peux guider, je peux conseiller… Mais il m’est interdit d’attenter à une vie, peu importe à qui elle appartient que ce soit celle de Sauron, d’un orque, d’un troll, d’un gobelin, d’un elfe, d’un homme, d’un nain, ou même d’un animal ou d’un insecte. Aucune, jamais, pas sans l’autorisation de l’autorité qui m’est supérieure. Et si je ne peux le tuer, si je ne peux en avoir l’intention, je ne peux me lancer dans un affrontement contre Sauron ou ses sbires.
- Les Valar nous ont béni en vous menant à nous mais ils laisseront notre destin entre nos mains, comprit Glorfindel. C’est pourquoi il en est ainsi n’est-ce pas ?
- En effet, approuva-t-il.
Ce n’était pas tout à fait exact dans le sens que ce n’étaient pas les Valar mais la Mort qui le gouvernait. Seulement, le principe était le même.
- C’est aussi pour cette raison que les dragons, que Smaug, vous protègent autant, sourit Cyrnelle. Ils savent que vous êtes limité dans votre propre défense.
- Ce n’est pas tout à fait exact, s’amusa-t-il. Smaug me protégerait de la même façon même si je pouvait écraser ce monde tout entier du bout de mon doigt. Il le fait parce qu’il le veut et cette seule raison lui suffit, dit-il en les faisant sourire.
- Merci de nous avoir dit ceci, reprit Elrohir. Merci pour votre confiance. Ce n’est pas le genre de chose que l’on peut dire à n’importe qui à la légère. Ne croyez pas que nous l’ignorons.
- J’ai confiance en vous. Je sens votre sincérité et votre bienveillance. Pour ce qui est de la Terre du Milieu et de son sort, soignez assurés que je me sens aussi concerné que vous et que tout les autres.
- Nous savons, sourit Glorfindel. Et je suis certain que nos seigneurs répondront favorablement à votre message.
Il approuva et disparu, chacun repartant à ses activités. Mais avec cela, les sept elfes avaient bien compris qu’il se souciait de la situation. Régulièrement, ils retrouvaient l’istar pour parler de cela avec lui. Comme Glorfindel l’avait prédis, les cinq seigneurs elfes avaient répondu favorablement. Thranduil l’avait fait très vite, activant sa sphère et son lien télépathique avec lui. Puis cela avait été Galadriel et Celeborn, Elrond, et enfin Cirdan. Tous l’avaient fait peu après avoir reçu leur sphère. Aussi, ils se mirent à se rencontrer dans un puissant lien télépathique, faisant circuler les informations sur les ténèbres et Sauron, Nefrea surprenant les autres par tout ce qu’il savait.
Le temps coula et deux ans plus tard, le Conseil Blanc se réunissait à nouveau pour débattre de la situation. Si les seigneurs elfes demandèrent à ce que Nefrea soit présent, le défendant, cela fut refusé. Les autres doutaient toujours très fortement de lui, de ce qu’il était, du bien fondé de ses actes… Sarouman en tête. Même si un personnage comme Glorfindel était venu leur expliquer en personne la vérité sur les dragons, beaucoup ne voulaient pas y croire. Ils pensaient que c’était une manipulation, que les dragons étaient le mal et qu’ils rejoindraient Sauron à la première occasion. Il ne put donc y assister mais cela n’empêcha pas les cinq seigneurs elfes de le contacter pour en parler. Il apprit alors que tous étaient bien conscients de ce qu’ils se passaient mais que l’échelle de gravité des choses variaient énormément entre simple menace, derniers soubresaut des ténèbres, et véritable menace de guerre totale. Cela l’était d’autant plus que Sarouman affirmait avoir retrouvé la piste de l’Unique, qu’il l’avait suivit au fil des rivières dans lesquelles il était tombé jusque dans la mer. D’après lui, l’Anneau était à jamais perdu dans les flots, Sauron ne pourrait jamais revenir, et il finirait par disparaître après ses dernières vaines tentatives. Nefrea, comme Smaug et comme les elfes, n’était pas du tout d’accord. Ils continuèrent donc à surveiller, à veiller. Peu après ce conseil, Sarouman se retirait en Isengard, revendiquant ce domaine comme le sien. Nefrea ignorait ce que faisait le Blanc mais il ne l’aimait pas du tout, son aura lui donnant la nausée.
Nefrea et Smaug continuèrent à se concentrer en majorité sur leurs enfants et leur peuple. Lorsqu’ils atteignirent leur huit ans, le moment de sevrer Amlake et Pyress arriva, Nefrea le sentant dans l’évolution qu’il suivait toujours avec attention. Cela se fit assez naturellement alors qu’il commençait à leur faire manger les fruits magiques de son jardin. Et il sembla que ce cap en marquait un autre pour eux puisqu’ils purent se mettre à la magie, la chose excitant Nefrea comme jamais, amusant son compagnon. Et Smaug l’avait bien vite suivi dans cet enthousiasme lorsque leurs petits démontrèrent aussi qu’ils pouvaient contrôler leur feu bien plus tôt que les dragonneaux de feu ordinaire. En réalité, il n’y eut pas que le feu. Pyress et Amlake démontrèrent une puissante prédisposition pour la maîtrise des éléments et Nefrea s’appliqua à leur enseigner au mieux comment s’y prendre, comment dialoguer avec la magie, les éléments, la nature…
Leur sevrage passé, Smaug et Nefrea les firent sortir de la Montagne pour la première fois, dans leur forme humanoïde, seul le roi restant en dragon, protecteur. Ils avaient alors l’apparence d’enfants d’un peu plus d’un an et demi avec tout les traits des dragnirs : une peau noire saupoudrée d’or clair pour Amlake, ambrée saupoudrée de noir pour Pyress. Ils avaient aussi leurs oreilles pointues mobiles, leurs crocs, leurs dents couleur de leurs eux, les incrustations typiques que leurs fronts et entre leurs clavicules. Ils avaient les cheveux longs comme leurs parents. Sautillant autour de Nefrea, ils venaient voir la vallée, très curieux. Quelle ne fut pas la surprise des sept elfes vivant avec eux depuis des années maintenant en voyant les deux bambins avec lui, partageant ses traits physiques si particuliers. Tout deux se cachèrent derrière l’istar en voyant les elfes, Nefrea souriant doucement à cela. Il salua les sept qui lui rendirent à lui et Smaug. Il leur présenta ses enfants et il les présenta à ses enfants.
Il sut en regardant les sept qu’ils comprenaient ce qu’il en était. Tous avaient vu le dragon de mithril sur la Montagne. Glorfindel avait été le premier à saisir et il n’avait rien dit à personne, mais ses six camarades n’étaient pas stupides. Ils avaient deviné que le dragon et l’istar ne faisaient qu’un. Ils l’avaient gardé pour eux et cela ne leur avait visiblement posé aucun problème. Ils ne s’étaient certainement pas attendus à lui trouver des enfants mais le choc ne dura pas longtemps. Ils firent le lien avec sa relation très étroite avec Smaug qui le protégeait plus que tout, ne manquant pas sa protection aussi titanesque pour les deux petits. Il ne leur fallut pas longtemps pour saisir. Pourtant, aucun ne posa de regard négatif sur eux. Tout au contraire, ils se firent doux pour les deux petits restant à moitié caché derrière Nefrea, leur souriant pour se présenter, se baissant à leur hauteur. Lorsque Smaug était reparti, ramenant leurs petits à leur nid, Nefrea était resté avec les elfes, s’installant avec eux, prêt à leur expliquer.
Glorfindel, et les six qui l’avaient suivis, avaient fait preuve d’une grande ouverture, d’une grande patience, d’un grand respect, une grande bienveillance. Ils avaient appris, acceptés, s’étaient adaptés. Ils s’étaient fait de vrais amis de beaucoup de dragons, continuant à apprendre avec eux sans jamais les presser. Nefrea savait qu’ils étaient des amis très fidèles désormais et c’était aussi cela qui avait convaincu les seigneurs d’Imladris, de la Forêt Noire, de Caras Galadhon, et des Havres Gris de s’ouvrir à eux. S’ils étaient les seuls à rester vivre ici en permanence depuis plusieurs années, d’autres elfes venaient parfois et ils servaient de pont entre les dragons et leur congénères. Eux mis à part, il n’y avait que quelques humains d’Esgaroth qui venaient occasionnellement. Bard leur rendait visite régulièrement avec les siens, pour entretenir les relations entre sa ville et leur royaume. Comme Nefrea l’avait prédit, Smaug avait fini par accepter et respecter cet humain qui se dressait devant lui sans arrogance mais sans peur non plus. Il ne le disait pas, jamais, mais la détente qui s’était installée dans leurs échanges était une preuve en soit. Les trois enfants de Bard venaient et sa plus jeune fille semblait avide d’apprendre sur les dragons dont-elle n’avait plus peur. Les elfes l’accueillaient avec eux lorsqu’elle venait lui ouvrant un peu plus le monde. On pouvait dire que leur peuple n’avait que peu de vrais amis mais ils étaient sûr et les choses s’amélioraient très lentement.
- Comment ? demanda Glorfindel après un instant de silence. Vous êtes le dragon de mithril qui brille souvent sur la Montagne n’est-ce pas ?
- Oui, acquiesça-t-il. Si je suis ce que je suis, c’est parce que ma vie n’a pas commencé ici, en Eä, dit-il en les stupéfiants. Savez-vous où vont les âmes des Hommes après avoir été jugées dans les Salles de Mandos ?
- Ailleurs, répondit Elrohir, c’est le seul mot que nous avons pour le dire.
- Ailleurs qu’en Eä, précisa Nefrea. Et comme les âmes des Hommes partent vers d’autres univers, le chemin peut être fait en sens inverse. Cela arrive tout le temps mais aucune âme renaissant ici en Homme, en Nain ou en autre peuple, ne peut se souvenir de vies antérieures. Pour eux, c’est comme si c’était la première à chaque fois.
- Mais pas pour vous, comprit Aerel. Vous avez vécu une autre vie dans un autre univers que l’Eä, dit-il avec émerveillement.
- Oui. Seulement, il ne m’est pas permis de trop en dire là dessus. Les mondes ne doivent pas entrer en confrontation en aucune façon. La magie existait là bas, c’est tout ce que je dirais. Une magie puissante, très différente, mais aussi grande que celle qui existe ici. Dans cette ancienne vie, j’ai été béni du don de la magie et l’existence que j’y ai vécu m’a appris énormément de choses. Tout monde a ses créateurs et ses dieux. Quand je suis mort là bas, j’ai été guidé en Eä et confié à Mandos avec la bénédiction d’Ilùvatar. Ce corps n’était pas celui que j’avais dans mon ancienne vie. Il a été forgé pour me convenir à la perfection, à moi et à ma magie que j’ai pu conserver. La magie imprègne mon âme, je ne pouvais en être défait en passant d’un univers à l’autre mais j’ai aussi gagné celle d’Eä. Quand je me suis incarné ici, je ne savais rien de ce monde, rien du tout. Mandos m’a amené en Terre du Milieu avec pour seule consigne de faire ce qui me plairait. Alors j’ai regardé autour de moi, loin, et j’ai vu, j’ai aperçu cette flamme splendide à l’horizon. J’ai décidé de la suivre pour voir ce que c’était et c’est ainsi que je suis arrivé ici et que je suis tombé sur Smaug.
- Vous ignoriez totalement ce qu’il était ? Dragon ? Bon ou mauvais ? demanda Elladan.
- Je ne savais rien mais son aura, sa magie, me plaisaient énormément. Il y avait des dragons dans mon ancien monde mais ils étaient très petits et avaient l’intelligence d’animaux, pas de parole. Bref, ils étaient très différents des dragons d’Eä. Il a eu beau essayer, Smaug n’a pas réussi à me faire peur et je me suis obstiné jusqu’à ce qu’il m’ouvre ses portes et que l’on puisse faire connaissance. Je suis resté ici parce qu’il m’a fait me sentir chez moi dans cette montagne, parce que dans cette vie ou la précédente, jamais une âme n’avait correspondu à ce point à la mienne, sourit-il.
- Comment avez-vous pu déterminer ce qui était bon ou mauvais ici sans rien savoir ? questionna Perium.
- Ne pas avoir de connaissance n’est pas ne pas savoir, répondit-il. S’il y avait bien une chose que mon existence m’avait apprise, c’était faire la différence entre le bien et le mal. Mais surtout, à voir la vérité cachée par les apparences, à voir au-delà des croyances, au-delà des faux semblants, et au-delà de ce que les faits semblent prouver. J’ai appris durement autrefois que le mal n’était pas toujours où on le pensait, que le bien n’était pas toujours aussi évident à identifier qu’on le pensait. J’ai donc abordé les choses avec ouverture d’esprit, avec patience, en cherchant, et surtout en acceptant la vérité qu’elle me plaise ou non. Il n’est pas nécessaire d’être un érudit pour dire où est le bien et où est le mal. Au début de mon existence, j’avais fais l’erreur de croire les autres quand ils me désignaient le bien et le mal. Cela n’a rien apporté de bon mais beaucoup de souffrance, alors je recherche toujours moi même la nature des choses pour savoir si elles sont bonnes ou mauvaises à mes yeux.
- Vous transformiez vous en dragon aussi dans votre première vie ? interrogea Feliale.
- Oui, sourit-il. Ma forme a un peu changé lorsque je suis arrivée en Eä. J’ai grandi et le mithril s’est mêlé à mon corps mais j’étais déjà un dragon. Dans ma première vie, cette magie de métamorphe permettait le révéler notre forme animale et je l’ai gardé ici. Mieux que cela, Mandos m’a créé de façon à ce que je puisse avoir mes deux formes dans une seule nature harmonisée. Ce que je suis fut nommé dragnir.
- Et Smaug ?
- Smaug et moi sommes devenus très très proches au fil du temps, dit-il en les faisant sourire. Et ma forme de dragon correspondait à ce qu’il était alors nous avons pu vivre cela pleinement. Lorsque… lorsque Smaug est mort, dit-il plus sombrement, Mandos l’a vu arriver dans ses salles et lui a dit ce qui était possible pour lui. Smaug a opté pour la réincarnation. Parce que Mandos savait ce qu’il était pour moi, et avec la bénédiction des Valar et d’Ilùvatar, il lui a proposé de littéralement lier son âme à la mienne et de devenir comme moi. Ainsi il pourrait marcher à mes côtés. Lorsqu’il est revenu, il est revenu en dragnir même s’il n’a pas acquis de nouveau pouvoir autre en terme de capacité magique, sauf changer d’apparence pour une qui ressemble à celle-ci, expliqua-t-il en se désignant lui même.
- Les dragons ne cesseront pas de nous surprendre, s’attendrit Glorfindel. Jamais aucun d’entre nous n’aurait pu croire qu’ils étaient capables de tels actes d’amour. Nous avons été stupides.
- Pas stupide, rectifia Nefrea, aveuglé par les ténèbres véritables et par les limites que vous aviez posés à vos croyances. Quoi qu’il en soit, après cela, Smaug et moi n’avons été que plus proches. Nous passerons nos vies d’immortels ensemble c’est certain. Et nous avons notre famille désormais.
- C’est pour cela que vous avez disparu si longtemps n’est-ce pas ? fit Glorfindel.
- En effet. Mes enfants sont ma priorité. Smaug et nos petits sont la première vrai famille que j’ai toute existence confondue. Ils sont inestimables pour moi. Et avec eux, les dragnir sont nés ici, destinés très certainement à être un pont entre les dragons et les autres.
- Vous êtes vraiment quelqu’un d’extraordinaire, remarqua le seigneur de la maison de la fleur d’or. J’ai appris tellement depuis que nous nous connaissons. Une merveille après l’autre vous nous montrez les perles cachées de notre propre monde. Je craignais que votre unicité vous prive de ce genre de chose. Je suis heureux de savoir que vous pouvez obtenir toutes les joies. Félicitation et sachez que nous garderons ce secret tant que vous n’aurez pas autorisé qu’il soit dit.
Les autres suivirent pareillement immédiatement, sans hésiter, et il sut qu’ils acceptaient totalement comme ils avaient si bien appris à le faire en ce royaume. Peu après, ils rencontraient Skarniss qui fut lui aussi présenté par Nefrea. Tilda aussi ne tarda pas à rencontrer les trois nouveaux venus chez les dragons, émerveillée. Puis il devint de plus en plus courant que les petits sortent pour découvrir la vallée, apprendre à voler en extérieur, et rencontrer les elfes. Si au début ils n’osaient pas parler ou s’approcher de ces êtres bizarres qui ne leur ressemblaient pas, la curiosité l’avait emportée, comme la patience et la bienveillance des sept elfes. Les entendant parler elfique, les trois petits avaient demandé ce que c’était et s’ils pouvaient apprendre. Les elfes avaient été surpris par la soif de savoir des tout jeunes dragnirs et dragon de feu, Nefrea expliquant qu’il s’assurait de leur donner une éducation aussi complète qu’il le pouvait, que la Montagne disposait aussi d’une immense bibliothèque qu’il entretenait avec soin.
Devant la réaction des elfes et de Tilda face à leurs précieux enfants, les dragons s’étaient un peu plus détendus avec eux. Et cela avait aussi eu pour effet que Smaug passait plus de temps avec leurs amis. Mine de rien, Nefrea lui demandait d’aller les voir avec leurs enfants lorsqu’ils le demandaient, pour veiller sur eux alors qu’il était toujours hors de question que l’un ou l’autre ne soit pas avec eux. Si Nefrea devait se forcer pour céder sa place à Smaug, il le faisait pour que son compagnon soit en contact avec eux alors qu’il limitait au strict minimum. En faisant comme ça, Smaug avait passé plus de temps avec eux et, de fil en aiguille, s’était mis à discuter avec eux, à mieux les connaître, à créer une relation paisible avec eux. Et cela permit d’encore faire avancer les choses pour les dragons, un petit pas après l’autre.
À ce stade, Nefrea avait proposé à Smaug puis à leur peuple de créer une demeure en dur pour leur véritables amis vivant avec eux depuis un bon moment. Ils se contentaient de simples tentes jusque là, sans jamais s’en plaindre. Ils méritaient d’avoir une vraie maison où rester. Smaug avait accepté et Nefrea s’était mis au travail. Il avait pris ses enfants avec lui, voulant leur montrer. Pour la première fois, Smaug avait pris sa forme humanoïde devant les elfes et la jeune femme, tenant un de ses petits dans chacun de ses bras en accompagnant sa moitié. Autant dire que tous avaient été stupéfiés de voir le roi ainsi, tenant précieusement ses enfants dans ses bras, férocement protecteur pour eux. Ils étaient adorables à se réfugier contre lui, détendus et sereins comme s’ils étaient au paradis.
- Comment on fait pour construire une maison akian ? demanda Amlake.
Nefrea sourit à ce nom qui remplaçait le «maman » chez les dragons, draka prenant la place du « papa ». Mais pour eux, il était question de médian et de dominant.
- Construire une maison ? releva Tilda.
- Oui, approuva-t-il en marchant dans la vallée. Nous avons décidé qu’il était temps de vous offrir un logement plus confortable que vos tentes, sourit-il.
- Vraiment ? s’étonna Elladan en regardant Smaug.
- Ce n’est pas mon idée, maugréa celui-ci avec mauvaise foi.
- Merci pour cette attention votre majesté, dit Glorfindel usant toujours du protocole et de déférence avec lui.
Autant dire que cela plaisait à Smaug et la sincérité de Glorfindel prouvait qu’il le considérait vraiment comme un roi légitime de la Terre du Milieu. Ce n’était donc pas sans signification.
- Comment on fait akian ? redemanda Pyress. Ce sera une maison comme notre maison ? demanda-t-il innocemment.
- Non. Une maison comme la nôtre ne conviendrait pas à des elfes et à une humaine, répondit-il.
- Alors c’est une maison comment ? questionna Amlake alors que les deux petits ne tarissaient jamais de questions depuis qu’ils parlaient.
- Une maison à leur taille, répondit Smaug en amusant tout le monde.
- Les choses les plus importantes pour faire une maison, reprit Nefrea, sont l’amour, la chaleur, la famille, la sécurité, le bien-être…, énuméra-t-il. Tout ce qui nous fait nous sentir bien, dit-il en touchant ses auditeurs.
- Comme ici ! s’exclama Pyress. Parce que mère terre nous tient dans ses bras ici et veille sur nous, sourit-il fier de lui.
- Tout à fait, approuva Nefrea. Et donc, une maison c’est un endroit, un lieu. Alors il faut d’abord trouver le bon lieu.
- Comment on sait ? demanda Amlake.
- En cherchant, en regardant bien autour de soi, en ouvrant les yeux et le cœur. Il faut le bon endroit, mais il faut aussi que cet endroit soit prêt à nous accueillir, expliqua-t-il à ses enfants. Il ne faut pas forcer et s’imposer, imposer sa présence à la terre, à la nature, à tout ce qui existe autour de nous, leur dit-il. Une bonne maison est une maison qui est en harmonie avec tout ce qui l’entoure.
- Comme notre maison ! s’exclama Pyress. Les petits nains s’étaient imposés et avaient fait mal à la terre. C’est pour ça que akian et draka ont dû la guérir pour qu’elle soit de nouveau heureuse et qu’on ait la plus belle maison.
- C’est ça, sourit Nefrea très fier d’eux. La première chose à faire est de savoir quel endroit nous pouvons emprunter pour faire une maison sans déranger la terre et la nature. Et pour ça, il faut leur demander.
Attentivement observé par ses enfants et par tout les autres, Nefrea ferma les yeux, son bâton en main. La pierre de celui-ci s’illumina et tous sentirent sa puissante magie irradier de lui par vague, allant à la rencontre de tour autour d’eux, caressant leur peau comme une douce salutation. Après un instant, un petit moineau fit irruption, venant voler devant le visage de l’istar. Il irradiait de lumière, magnifique à voir. Nefrea releva les paupières et leva sa main. L’oiseau se posa sur son doigt piaillant gaiement.
- Montre moi, pria le magicien.
L’oiseau s’envola à nouveau, les emmenant à travers l’imposante forêt magique pleine de vie de la vallée. Ici, les plantes, la nature, et les animaux n’avaient cessé de s’épanouir, prenant des tailles très impressionnantes. Le moineau les mena à un grand chêne majestueux, se posant sur le bâton de l’istar lorsqu’il fut devant lui. Nefrea remercia le volatile qui disparu dans les branches. Il alla poser une main sur l’écorce de l’arbre, se concentrant sur lui, sa magie l’entourant.
- Il semblerait que notre ami ici présent aimerait offrir une maison et veiller sur vous, dit-il en regardant les elfes et la jeune fille.
- Vraiment ? demanda Tilda.
- Oui. Tout ce qui nous entoure vit et est doté d’âme. La terre, l’eau, l’air, chaque plante, chaque brin d’herbe, et chaque insecte. Tout. Et lorsque l’on sait les écouter, on sait que tous ont une âme et une conscience qui mérite d’être reconnue et prise en compte. Trop de peuples, même ceux qui se disent respectueux de la nature, la tordent pour satisfaire leur besoin. Lorsqu’ils cherchent une maison, les dragons demandent à la terre de leur offrir un endroit. Et s’il faut modifier cet endroit, creuser ou autre chose de ce genre, ils le font en veillant à ne pas blesser la terre. Là où les autres peuples gravent la terre jusqu’au sang avec leurs maisons et leurs routes, les dragons la maquillent avec délicatesse, remettent des mèches de cheveux en place, et la parent des plus beaux atours. Cela parce qu’ils l’écoutent, la regardent, et prennent soin d’elle, le font en accord avec elle. C’est aussi ce que je fais. Vous n’aurez pas de maison de pierre, en ce royaume, les maisons de pierre sont réservées aux dragons qui en sont les enfants. Mais ce chêne qui se propose de vous héberger accepte de vous donner une maison de bois. Je vais l’aider à le faire et je compte sur vous pour prendre plus grand soin de lui ensuite.
Tous approuvèrent et Nefrea sourit avant de s’installer assit le dos collé à l’arbre.
- Comment tu vas faire akian ? questionna Amlake.
- Je vais partager ma magie avec l’arbre et lui et moi, nous allons l’utiliser pour le faire changer. Le faire changer pour qu’il puisse être une maison tout en restant heureux et en pleine santé.
Ce fut exactement ce qu’il fit. Ce fut avec une fascination et un émerveillement sans fin que, pendant les heures suivantes, ils regardèrent l’istar user de sa magie en une puissante énergie d’une beauté inégalable. Le chêne se mit à grandir et grossir, une porte apparaissant dans son tronc, suivi de fenêtres, de balcons, de grands espaces intérieurs se formant visiblement. C’était incroyable. Lorsque ce fut fini, ce fut comme si le chêne était devenu un château sylvestre naturel unique, absolument magnifique. Lorsque Nefrea se releva, Glorfindel vint l’aider alors que Smaug tenait leurs enfants et qu’il était visiblement fatigué. Ils allèrent découvrir cela ensemble, l’istar répondant aux questions de ses petits sur ce qu’il venait de faire alors que les invités restaient ébahis devant l’incroyable maison que l’on acceptait de leur offrir ici, jurant à Nefrea de prendre soin d’elle, de l’arbre, et de le respecter.