LE CORBEAU
LIVRE VII
Les Flammes du Phénix
La peur du noir est viscéralement ancrée dans chaque individu, comme un avertissement préhistorique à se méfier de ce qui y est tapi.
Ou de ne pas devenir une créature de ce milieu…
Naubert Oriage était un de ces hommes des ténèbres. Depuis des années, il arpentait les ombres, attendant son heure. Comme beaucoup d’autres, il avait fait profil bas durant longtemps, n’agissant qu’avec prudence pour faire avancer sa cause. Il avait survécu à la fin de Malgéus treize ans auparavant, alors qu’un véritable démon les avait attaqués. Du moins, c’était ce qu’il avait ressenti sur le moment, lors de la bataille où plusieurs de ses camarades avaient péri de la main de Pierrick Chaldo.
Pierrick Chaldo, ce nom faisait trembler tous les mages noirs de France et au-delà depuis une quinzaine d’années. Il faisait partie des Chasseurs, l’unité anti-mage noir du ministère des Affaires Magiques[1], il en était le meilleur élément. Surnommé le Corbeau, aucune de ses proies ne lui avait échappé.
Et à l’instant, la proie, c’était lui…
Il aurait pu se poser beaucoup de questions sur le pourquoi et le comment il s’était retrouvé avec le Corbeau à ses trousses, mais la peur que lui instillait cet individu, ce personnage digne d’un croque-mitaine pour démon, ne le lui permettait pas. Il ne pensait qu’à fuir.
Il finit par atteindre le parc des Buttes Chaumont, fermé à cette heure tardive. D’un éclair, il fit sauter la clenche d’un portillon et s’y engouffra. Il courut encore au hasard, se donnant la sensation de brouiller les pistes, puis il s’accroupit derrière une haie.
Sa baguette à la main, prête à servir, il scruta les ténèbres, à l’affût de tout signe de son poursuivant. Il tenta de calmer sa respiration haletante et son cœur qui tambourinait dans sa poitrine. Il crut que celui-ci s’arrêtait quand un Expelliarmus le désarma. Il se retourna pour faire face à son adversaire, mais un coup savamment placé à la pointe de son menton l’envoya au sol.
Il grommela quand il voulut se relever. Il s’arrêta dans son mouvement en devinant la baguette tendue vers son visage et la silhouette sombre dressée devant lui. Il ne voyait pas son visage, mais il ne pouvait s’agir que de lui.
— Corbeau… Pourquoi toi ? Je ne suis pourtant pas un ennemi à ta mesure !
— Tu es un mage noir et un trafiquant, c’est mon rôle de t’arrêter. Le commerce de cervelle de centaure est un crime.
— Quel mal y a-t-il à se servir des créatures inférieures ?
— Je ne suis pas là pour débattre, coupa le chasseur.
Naubert Oriage se sentit ligoté par des cordes invisibles, il n’avait pourtant pas entendu d’incantation. Ce Pierrick Chaldo était à la hauteur de sa réputation, sa maîtrise de l’informulation le démontrait.
— Il va revenir ! s’écria Oriage. Tous les signes le montrent, notre maître va revenir ! Et alors nous deviendrons les seigneurs des créatures inférieures, des Moldus et de leurs défenseurs. Tu n’y pourras rien ! Tu te plieras à sa volonté ou tu mourras !
Pierrick ne répondit pas, se contentant de le réduire au silence d’un geste de sa baguette. Il transplana avec lui au ministère des Affaires Magiques et le confia à deux de ses collègues pour qu’ils le mettent en cellule.
Il fut hélé par une voix amicale :
— Pierrick !
Il se tourna vers l’homme roux avec des lunettes approchant la quarantaine qui le rejoignit.
— Bonjour, Franck, tu vas bien ? salua-t-il.
— Oui, tout va bien, répondit-il. Tu nous as ramené qui ?
— Naubert Oriage, je pensais trouver quelqu’un de plus important, mais c’était une fausse piste. On verra ce que donnera l’interrogatoire. Je vais le laisser mûrir un peu, avant.
— Si tu veux, je peux étudier son dossier pour t’assister.
Franck Vinol était considéré comme le meilleur élément de la section Investigations Recherche Interrogatoire et Analyse des Chasseurs, ou IRIA, une sorte de police scientifique version sorcier. Pierrick connaissait parfaitement les capacités de son ami et accepta.
— Je dois aller écrire mon rapport d’arrestation, s’excusa Pierrick.
— À plus tard. Au fait, il doit se passer quelque chose en haut lieu, Janis a été convoquée chez le ministre, informa Franck en partant de son côté.
Pierrick entra dans la salle où étaient réunis les bureaux de la section Spéciale, ou section S, les enquêteurs de terrain des Chasseurs. Seuls les meilleurs pouvaient espérer en faire partie, après des tests de sélection extrêmement poussés sur le plan physique, magique et mental.
Pierrick en fut le plus jeune membre de toute l’Histoire du département, l’intégrant à vingt ans. Avant cela, il avait fait ses armes à la section Action Intervention, ou AI.
Ces trois sections étaient symbolisées sur le blason du Département des Chasseurs : une épée et une baguette croisées, entourées de trois dragons, un bleu pour l’AI, un rouge pour l’IRIA et un noir pour la S. Le tout agrémenté en dessous par la devise des Chasseurs : Lux in Tenebris, la Lumière dans les Ténèbres, rappelant la volonté de ces hommes et femmes de susciter l’espoir dans les moments les plus sombres.
Il s’assit à son bureau et se saisit d’une plume et d’un parchemin. Il jeta un coup d’œil aux photos trônant devant lui, il s’y tenait avec son épouse Chun et leurs deux enfants : Su et Olivier. L’adolescente allait prochainement revenir de sa première année à l’académie Beauxbâtons.
Suzanne Janis, la directrice du Département des Chasseurs, entra dans l’antichambre du bureau du ministre des Affaires Magiques. Le secrétaire se leva immédiatement pour l’accueillir, visiblement impressionné par sa présence.
— Madame Janis, je vais prévenir monsieur le ministre de votre arrivée, veuillez patienter, s’il vous plaît, dit-il.
Le jeune homme toqua à la porte donnant sur le bureau du ministre et entra. Il ressortit quelques secondes après, tenant la porte ouverte.
— Si vous voulez vous donner la peine, madame, invita-t-il en s’effaçant.
— Merci, sourit Janis.
Bien que grand, ce n’était pas par sa taille que le bureau de la plus haute autorité magique française impressionnait le plus. De chaque côté, Janis pouvait voir deux grandes peintures représentant d’anciens dirigeants du ministère, alors qu’il ne portait pas encore ce nom pour certains.
Sur le tableau de gauche, ils étaient rassemblés autour d’une grande table rectangulaire dans une pièce de style moyenâgeuse, étudiant inlassablement des parchemins interminables. Dans celui de droite, le cadre était plus bucolique, parsemé d’éléments architecturaux rappelant l’antiquité, les personnages étaient vêtus comme à la Renaissance. Là aussi, ils tenaient et se montraient des rouleaux manuscrits.
S’ils faisaient silence dans la journée, ne parlant que si le ministre en fonction leur adressait la parole, la rumeur disait qu’ils passaient la nuit à débattre, comparant les différentes lois et mesures qu’ils avaient prises de leur vivant en d’éternelles et stériles joutes verbales.
Un petit salon composé d’une table basse, de deux canapés se faisant face et d’un fauteuil se trouvait dans la première moitié de la pièce. Le bureau en bois massif était juché sur une estrade au fond. Derrière lui se dressait une grande bibliothèque, occupant le mur sur toute sa surface.
Le ministre des Affaires Magiques, Égérias Sauveur, était assis à sa place, sa plume grattant sur un document. Il avait visuellement la soixantaine, les cheveux gris, portant des lunettes rondes à monture fine.
— Bonjour, monsieur, salua Janis.
— Bonjour, Suzanne, répondit-il. Prenez place sur un canapé, j’arrive tout de suite.
La directrice des Chasseurs s’exécuta. Le secrétaire entra, portant au bout de sa baguette un plateau avec deux tasses fumantes et quelques biscuits.
— Votre café, madame, fit-il en posant une des tasses devant Janis.
— Merci.
Il posa la seconde tasse devant le fauteuil vide et sortit sans attendre.
Égérias Sauveur posa sa plume et rejoignit Janis. Celle-ci se leva respectueusement à son approche.
— Restez assise, invita-t-il en prenant place dans le fauteuil. Je sais que vous n’aimez pas les chemins détournés, j’en viendrais donc directement au fait : j’ai reçu deux lettres ce matin. La première, de mon homologue britannique, Cornelius Fudge. La seconde, du professeur Albus Dumbledore.
— S’est-il passé quelque chose durant la dernière épreuve du Tournoi des Trois Sorciers ? questionna Janis.
Ce tournoi mettait en compétition les trois plus prestigieuses écoles de sorcellerie d’Europe : Hogwarts, Beauxbâtons et Durmstrang. Il avait été ressuscité cette année après une longue période d’interruption en raison du nombre de morts survenus durant ses épreuves. Tout avait été mis en œuvre pour que cette nouvelle édition soit sans risque.
Mais le risque zéro n’existait pas… Et le regain d’agitation dans les milieux de la Magie Noire que Janis et ses hommes avaient constaté ces derniers mois – depuis les évènements de la Coupe du Monde de Quidditch – incitait à s’attendre à tout. De plus, au lieu de trois participants, un évènement inexpliqué avait fait qu’un quatrième s’y était retrouvé embarqué en la personne du célèbre Harry Potter.
— En effet, un des participants est mort, annonça Égérias Sauveur, le jeune Cédric Diggory…
— Connaît-on les circonstances de son décès ? questionna Janis, professionnelle.
— En partie, par la lettre du professeur Dumbledore, et aussi par le professeur Maxime qui m’a cheminé. Ce jeune homme et Harry Potter ont mystérieusement disparu durant l’épreuve. Et quand ils sont réapparus, Cédric Diggory était mort. Il ne rentre pas dans les détails, toujours est-il que Fudge se doutait que le professeur Dumbledore enverrait une telle lettre aux divers ministères de la Magie dans le monde, et il demande de ne pas la prendre en compte, parlant de sédition de la part du directeur de Hogwarts et d’allégations ridicules visant à saper son autorité, voire à l’émincer de son poste. Il ordonne même que cette lettre soit brûlée sans être ouverte et lue ! Pour lui, la mort de Cédric Diggory est un accident inhérent à l’épreuve.
— Si vous m’avez fait venir, monsieur le ministre, c’est que cette affaire touche aux milieux de la Magie Noire, n’est-ce pas ?
— Bien sûr. Je vais vous donner une copie de la lettre du professeur Dumbledore, vous pourrez en juger par vous-même. Dans un premier temps, je voudrais savoir si ce qu’il avance vous paraît plausible ou si c’est un pur délire, comme le dit Fudge. Le professeur Dumbledore avance que Vous-Savez-Qui serait revenu…
Janis garda le silence, ne démontrant aucune émotion à cette annonce, ni surprise ni peur. Elle laissait cette information pénétrer son esprit et se mêler aux autres évènements, qu’ils soient d’importance ou mineurs, que les Chasseurs ou les autres unités anti-mages noirs du monde avaient fait remonter. Le premier qui lui venait à l’esprit fut l’attaque après la finale de la Coupe du Monde et l’apparition de la Marque des Ténèbres. Le second était la qualification pour le Tournoi des Trois Sorciers du jeune Harry Potter en tant que quatrième champion. S’en suivaient d’autres, de moindres portées, mais qui cumulés faisaient beaucoup. Même la disparition d’une fonctionnaire du ministère britannique – Bertha Jorkins – sans pour autant avoir été jugée inquiétante, devenait un rouage dans ce qui pourrait être un plan venu du tréfonds des ténèbres.
— Oui, monsieur le ministre, cela est du domaine du possible, dit-elle. Je ne sais pas comment, mais cela ne me semble pas délirant. Malgré tout, nous n’en avons pas la preuve formelle.
Sauveur soupira.
— Votre réponse me met dans une position difficile… Si je réponds à Fudge que nous pensons ne serait-ce qu’un peu que le professeur Dumbledore dit la vérité, nos relations avec le ministère britannique vont se tendre. Mais d’un autre côté, si Vous-Savez-Qui est revenu, je ne veux pas mettre en danger la population par une inaction de notre part.
— Nous avons besoin de connaître clairement la situation, monsieur. Si vous le permettez, je vais réunir mes chefs de section et nous trouverons un moyen de l’éclaircir. Je vous proposerai quelque chose dans les plus brefs délais. Pouvez-vous différer votre réponse au ministre Fudge ?
— Ne sachant pas quoi lui répondre, je vais attendre.
— Bien ! fit Janis. J’y vais de ce pas et reviens vers vous au plus vite, monsieur.
— Envoyez-moi mon secrétaire en sortant, s’il vous plaît, que je lui donne des consignes pour vous faciliter l’accès.
Dès qu’elle fut de retour dans l’aile est, à l’étage occupé par son département, elle fit appeler les trois chefs de section. Ceux-ci s’installèrent dans les fauteuils placés devant le bureau de leur directrice.
Les cheveux blancs et arborant un bouc entretenu, Luc Fabre occupait le poste de chef de la section IRIA. À côté de lui se tenait Jonas Marus, celui de la section S, un blond aux yeux verts. Et tout à droite, les cheveux également blonds et le visage émacié, se trouvait Albert Chergnieux de la section AI.
Suzanne Janis leur présenta la situation, lisant la lettre du professeur Dumbledore :
Monsieur le ministre,
Je vous écris pour vous faire part d’évènements graves et importants, contre l’avis de monsieur Cornelius Fudge.
Je tiens d’abord à vous informer que nous déplorons la perte du jeune Cédric Diggory, élève de Hogwarts et participant au Tournoi des Trois Sorciers, au cours de la dernière épreuve. Ce sont les circonstances de son décès que monsieur Fudge souhaite que je ne divulgue pas. Seulement, au vu de la gravité de la situation, il serait irresponsable de nier l’évidence telle qu’il le fait.
Je vous annonce que – contrairement à ce qu’avancera monsieur Fudge – Lord Voldemort est de retour.
Monsieur Fudge vous dira qu’il n’y a aucun témoin crédible. Cela tient au fait qu’une erreur de sa part a réduit au silence le principal death eater[2] impliqué dans la série d’évènements ayant mené au retour de Voldemort. Et qu’il considère l’autre témoin direct, Harry Potter, comme potentiellement mythomane et délirant.
Je peux vous assurer qu’il n’en est rien.
Nous ignorons tout de la puissance actuelle de Voldemort, nous ne pouvons que présumer qu’il jouit, a minima, de celle d’il y a quatorze ans. Ce qui est sûr, c’est que nous avons peu de temps avant qu’il n’agisse. Nous devons tous nous préparer à la guerre qui approche.
Je ne pense pas avoir à vous rappeler la sombre époque de l’apogée de sa puissance.
J’espère que vous ferez le bon choix, monsieur le ministre, pour préserver vos administrés et combattre cette menace.
Je vous prie d’agréer, monsieur le ministre, mes salutations respectueuses.
Professeur Albus Percival Wulfric Brian Dumbledore
Directeur de l’école de sorcellerie Hogwarts
Président-sorcier du Magenmagot
Manitou suprême de la Confédération Internationale des Mages et Sorciers
Les chefs de section avaient gardé le silence durant la lecture. Aucun n’avait tremblé à l’évocation du nom de l’autoproclamé Seigneur des Ténèbres.
— Et que dit Cornelius Fudge ? demanda Luc Fabre.
— Il parle de sédition de la part du professeur Dumbledore et d’allégations ridicules, répondit Janis, reprenant les termes utilisés par Égérias Sauveur. Le ministre attend de nous d’éclaircir la situation, qu’il puisse décider de sa position vis-à-vis de Fudge en parfaite connaissance de cause. Il ne veut pas lui faire plaisir au risque de mettre en danger la population.
— Nous pourrions nous rendre sur place, en mission d’enquête diplomatique officielle…
— Fudge refusera, estimant à juste titre que nous mettons en doute sa parole, dit Chergnieux. Mais je suis d’accord sur un point : il faudrait se rendre sur place.
— Donc, de manière clandestine, ajouta Marus. Ça peut se faire, même si ce sera difficile. Le risque étant de se faire griller, pour le coup, nos relations diplomatiques en pâtiraient.
— Ce serait gênant si c’était sans raison, compléta Fabre. Mais si Vous-Savez-Qui est vraiment revenu…
— C’est un risque à courir, conclut la directrice. Jonas, il me faut quelqu’un capable de remplir ce genre de mission en solitaire, sans soutien.
— Je n’en vois qu’un : Pierrick Chaldo, proposa Marus.
Suzanne Janis s’y attendait, Chaldo était le meilleur élément du département, à la place de Jonas Marus, elle le choisirait également.
— Il parle parfaitement l’anglais et, en plus, il a un contact privilégié avec un proche du professeur Dumbledore : Alastor MadEye Moody[3].
— Ils sont toujours en contact ? demanda Janis. La dernière fois que je l’ai vu, c’était au mariage de Chaldo.
Avant ça, sa première rencontre avec l’ancien auror datait du temps où il était venu en France pour traquer une vampire qu’il soupçonnait du meurtre sauvage d’un autre auror et de sa famille[4]. Il avait fait équipe avec Chaldo, se liant d’amitié avec lui.
— J’avoue que je ne sais pas, on n’a pas eu l’occasion de le voir lors des rencontres avec les Aurors, il avait déjà pris sa retraite.
— Si je puis me permettre, intervint Chergnieux, je pense également que Chaldo est la meilleure option si cette solution est choisie.
— Le problème, c’est qu’envoyer quelqu’un auprès du professeur Dumbledore, c’est risquer de n’avoir que son point de vue, fit remarquer Fabre.
— Raison de plus pour envoyer Chaldo, reprit le chef de la section AI, il n’est pas de ceux qui se laissent abuser par de simples paroles, il lui faudra des preuves concrètes, être témoin direct. Et nous pouvons nous fier à la réputation de MadEye pour ne pas mentir. Il est parano, pas mythomane.
Janis réfléchissait tout en écoutant ses subordonnés. Elle avait souri intérieurement en voyant Chergnieux argumenter en faveur de Chaldo. Elle se souvenait de l’époque où il avait quitté les Chasseurs pour rejoindre la Police Magique quand le Corbeau lui avait été préféré pour rejoindre la section S. Depuis son retour dans le département, et la bataille contre le mage noir Janus, il avait totalement mis de côté son sentiment de rivalité, laissant place à une certaine forme d’amitié.
— Peut-être trouverons-nous autre chose, seulement le temps presse, et le ministre attend une solution rapide, dit-elle. Je vais retourner le voir avec ce plan, vu le caractère officieux de cette action, il nous faut son aval. Jonas, mettez Chaldo dans la boucle et voyez avec lui comment il pourrait traverser la Manche, il faudra faire preuve de discrétion.
— Bien, madame, acquiesça Marus.
Pierrick se rendit dans le bureau de Marus aussitôt après avoir reçu le message le convoquant. Il savait d’emblée que c’était pour quelque chose d’important.
— Que se passe-t-il ? demanda-t-il immédiatement en prenant place.
— Le ministre a reçu une lettre du professeur Dumbledore et une autre de Cornelius Fudge ce matin, expliqua Jonas. Il y a eu un mort lors du Tournoi des Trois Sorciers, un concurrent de Hogwarts.
— Harry Potter ?
— Non, Cédric Diggory. Fudge estime que ce n’est qu’un accident dû à la dangerosité de l’épreuve.
Pierrick ne connaissait Fudge que de réputation, surtout par ce qu’il avait entendu lors des échanges avec les Aurors dans le cadre de la coopération internationale. Il était connu pour être un pantouflard, sa devise pourrait être « tout va bien, on ne change rien » d’après eux, tant qu’il conservait son petit confort.
— Et que dit le professeur Dumbledore ? questionna le Corbeau.
— Tu-Sais-Qui serait revenu.
Pierrick resta de marbre, cette nouvelle n’était pas une surprise pour lui, comme pour Jonas Marus et certainement tous les Chasseurs d’expérience. Les signes s’intensifiaient depuis plusieurs mois. Quelque chose se préparait dans l’ombre.
Jonas expliqua la situation difficile dans laquelle ces deux lettres mettaient le ministre, ne sachant laquelle croire. Il continua en lui parlant de l’idée qu’ils avaient eue pour mettre les choses au clair.
— Le premier problème à régler est le moyen de rejoindre l’Angleterre sans alerter les autorités, dit Pierrick. Trop loin pour un transplanage. Un portoloin ou une cheminée serait potentiellement repérable par le ministère britannique.
— Tu pourrais passer par la voie moldue : le ferry ou le tunnel qu’ils ont ouvert l’an dernier, par exemple[5].
— Le moyen le plus rapide serait en balai…
— À condition d’utiliser une cape d’invisibilité ou un sortilège de désillusion, bien évidemment. Avec un bon balai, tu peux traverser la manche en quelques minutes.
— Il me faut un point de chute, avec un contact. Je suppose que tu y as déjà pensé, il faut que je contacte Alastor.
— Lui écrire peut être dangereux, si le courrier est intercepté, fit remarquer Jonas.
— Je vais utiliser Bran, il est plus malin que les hiboux et peu de sorciers penseraient à utiliser un corbeau comme messager. De plus, Alastor étant devenu plus paranoïaque avec le temps, il m’a enseigné un code pour s’envoyer des messages.
— Ainsi, vous êtes bien restés en contact.
— On ne s’est pas écrit depuis cinq ans, avoua Pierrick, mais sa première consigne était de ne pas se contacter sans raison importante. J’espère juste qu’il n’est pas devenu encore plus suspicieux que par le passé.
— D’après toi ? C’est la meilleure option ?
— Je le pense, en effet, conclut le Corbeau.
— Alors, prépare-toi, on attend juste le feu vert de Sauveur, ordonna Marus. En espérant que ce soit qu’un imitateur et pas le véritable Seigneur des Ténèbres…
[1] Nom du ministère français de la Magie.
[2] Mangemort en version française.
[3] Alastor Maugrey Fol’Œil en version française.
[4] Voir « Le Corbeau, Livre III : Ténèbres Écarlates ».
[5] Le tunnel sous la Manche a été inauguré le 6 mai 1994.