CHRONOS ET DEIMOS. Traduit de russe, auteur TsissiBlack

Chapitre 27 : Chapitre 27

Par Beauvais

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« Chronos » fonctionna parfaitement, et l'instant suivant, Déimos se retrouva derrière Severus, dans ce bureau douloureusement familier.


Severus faisait les cent pas devant Harry, qui se tassait dans le fauteuil, et lançait de sa voix la plus acerbe :

— Donc tout le monde, à commencer par le Ministère de la Magie, s'efforce de protéger le fameux Harry Potter contre Sirius Black. Mais le fameux Harry Potter ne respecte aucune règle. Que les esprits simples s'inquiètent pour sa sécurité ! Le glorieux Harry Potter va où bon lui semble, sans se soucier des conséquences.

Déimos esquissa un sourire. Sa version Potter, enfoncée dans son fauteuil, gardait la tête obstinément baissée, tel un jeune taureau prêt à l'attaque. Il avait résolu de ne pas admettre sa visite non autorisée dans le Pré-au-Lard, où Malefoy l'avait aperçu. Pas question. Jamais-de-la-vie.


— Comme tu me rappelles ton père, Potter ! dit soudain Severus d'un ton totalement différent.

Déimos sentit un frisson glacé lui parcourir les entrailles. Ils allaient maintenant se dire des horreurs et...

— Lui aussi était d'une assurance insolente. Il connaissait quelques succès au Quidditch, et il s'était ensuite imaginé invulnérable. Il se pavanait, le nez en l'air, devant ses amis et ses admirateurs... c'est effrayant à quel point vous vous ressemblez.

— Calme-toi, murmura doucement Déimos à son oreille, Severus sursauta, mais fut aussitôt distrait par Harry :

— Mon père ne se pavanait pas ! Et moi non plus !

Rogue explosa, et Déimos eut même un instant l'impression qu'il ne parlait plus à Harry, mais à lui, à son propre mari.

— Et ton père ne transgressait pas les règles non plus ? Les règles existaient pour les simples mortels, pas pour les détenteurs de la coupe de Quidditch. C'était un fanfaron insolent...

— Sev..., tenta Déimos d'une voix presque inaudible, de raisonner Rogue.

— TA GUEULE !


Potter se redressa d'un bond, le souffle court. Déimos laissa échapper un soupir et s'éloigna vers l'arrière du bureau. Il admettait volontiers que son tempérament colérique faisait partie intégrante de sa personnalité, et pas uniquement un trait hérité du sang des Black.

Il n'écouta pas la suite de l'échange : il en connaissait chaque mot. Harry allait reprocher à Severus de devoir la vie à son père. Rogue s'emporterait pour deux raisons : d'abord, c'était faux — mais impossible pour lui de révéler la vérité — et ensuite, il semblait encore en colère contre celui qui l'avait secouru. Il fulminait que cet insupportable gamin turbulent lui rappelle maintenant l'existence d'une dette magique... envers lui-même.


La conversation s'orienta vers la carte des Maraudeurs, puis Lupin fit son apparition, convoqué par Rogue. Aujourd'hui, après toutes ces années, Déimos gardait un souvenir flou de Remus et, en toute franchise, ce qu'il observait n'éveillait en lui qu'un mélange de dégoût et de compassion.

Certes, il avait été un enseignant compétent et sa vie s'était achevée prématurément. Mais cette frappante mollesse de tempérament était évidente même à cette époque, avant le début du conflit. Elle formait un contraste saisissant avec l'intransigeance de Severus, l'ardeur désespérée de Sirius, ou encore la résolution inébranlable de Dumbledore. Pathétique. C'était le seul terme approprié pour qualifier celui qui avait appris Harry à combattre les Détraqueurs.

Sous peu, le professeur Lupin transmettrait à Potter l'un des enseignements fondamentaux de l'existence — bien qu'il ne l'ait jamais véritablement intégré lui-même — : l'importance de la gratitude. Envers ses parents pour leur sacrifice, envers ses professeurs pour leur dévouement et leurs efforts de protection.


Ron, hors d'haleine, fit irruption dans le bureau. Il déclara que le vieux parchemin ayant insulté Rogue avait été acheté chez Zonko, tout comme le sac de friandises trouvé sur Harry.

Lupin emmena les perturbateurs, profitant de la feinte distraction de Rogue. Toutefois, Déimos pensait que ce dernier ne cherchait qu'à se défaire d'eux rapidement pour déverser toute sa colère accumulée sur quelqu'un capable de lui tenir tête — la version adulte de Harry Potter.


— Eh bien ? lança Rogue d'un ton glacial dès que la porte se referma derrière Lupin et les Gryffondors qu'il exécrait. Que me vaut cette visite, Monsieur Potter ?

— Potter-Black, pour être précis...

Démos retira sa cape d'invisibilité sous le regard méfiant de Severus, puis s'installa nonchalamment sur le bord du bureau avant de demander :

— Est-ce vraiment nécessaire de te mettre dans un tel état à cause de lui ? Cet imbécile ne risque absolument rien.

Rogue fit volte-face et bondit vers lui avec l'agilité d'un félin.

— Il ne risque rien ? persifla-t-il. Vraiment ? Tu sais pourtant qu'il est... bien sûr que tu le sais. Un inconscient dépourvu du moindre instinct de survie ! Et si Black avait perdu la raison à Azkaban ? Et s'il le...

— S'il le, quoi ?

Cette diatribe n'impressionna nullement Démos : il était tout simplement incapable d'éprouver la moindre crainte envers son propre époux.

Rogue se détourna brusquement et s'immobilisa près de la fenêtre, bras croisés.

— Tu ne penses pas sérieusement qu'il va tuer Harry, même si on ne peut pas totalement exclure cette éventualité. Alors quoi ? Hein ? Severus, je te parle.

Son amant taciturne restait muet, immobile comme une statue personnifiant la souffrance.

Démos réfléchit, examinant mentalement chaque hypothèse possible, jusqu'à ce qu'il n’écartât tout ce qui était incohérent et s'exclamât, étonné :

— Harry et James se ressemblent. Seuls les yeux du fils sont différents, ils sont verts. Et Sirius... Par Merlin, Sev, ne me dis pas que c'était une crise de jalousie, à l'instant ?

— Tais-toi, Deym. Tu n'y comprends rien. Tu n'imagines pas ce dont un Black furieux est capable. Un Black déterminé à obtenir ce qu'il convoite. Seul un Avada pourrait l'arrêter !

— Voyons, n'exagère pas. Sirius ne ferait jamais — sous aucun prétexte — le moindre geste déplacé envers Harry.

— Comment peux-tu en être aussi certain ?

— Pardon ?

Severus pivota lentement et transperça Démos du regard :

— Si je ne me trompe pas, il existe des moyens parfaitement... accessibles pour forcer quelqu'un à oublier ce qu'il a vu, par exemple.


L'implication était évidente ; les inquiétudes de Severus paraissaient justifiées.

— Sirius mourra en protégeant Harry. 

— Ça ne signifie rien. Il se sent coupable envers James Potter. 

Déimos choisit soigneusement ses mots, tentant de détourner la conversation de ce sujet déplaisant.

— Severus, Sev. Tu souhaites vraiment qu'on se dispute ? 

— Qui se dispute avec qui, Potter ? 

—  Arrête, mon Petit. 

Severus émit un rire amer.

— Petit ! C'est ironique, n'est-ce pas ? Un amant vingt ans plus jeune que moi, qui non seulement m'a pris dans toutes les positions imaginables, mais m'appelle aussi Petit... 

Il prit une respiration saccadée. 

— Comment est-ce arrivé, Déimos ? Comment mon univers stable et familier a-t-il pu se renverser complètement en si peu de temps ? Comment parviens-tu à tout bouleverser ainsi ? De retourner mon petit monde stable des pieds sur la tête. 

— Eh bien, je suis l'Élu, déclara Black sans l'ombre d'un sourire, en s'avançant.  Quant à toi, Severus... Je te revois encore ce garçon touchant, si profondément aimé que c'en était douloureux. Tes talons roses dépassant de la couverture, tes clavicules délicates, ton regard étincelant, avide, jaloux et passionné. Tu resteras toujours ainsi dans ma mémoire, peu importe le temps qui passe. Allons-y. 

— Allons-y, où ? Et pour quoi faire ? 

— Rétablir la justice. 

Il revêtit sa cape et poussa Severus vers la sortie.


Une fois dans les quartiers du décan de Serpentard, Déimos se dirigea directement vers la chambre, abandonnant au passage sa cape, son pull, ses lourdes bottes à ferrures et sa cotte de mailles. Il s'écroula ensuite sur le lit, méticuleusement recouvert d'un dessus-de-lit en velours bleu nuit, ne gardant que son pantalon multifonction.

— Qu'oses-tu faire ? interrogea Severus d'un ton glacial en s'avançant. Que cherches-tu... 

Déimos afficha un sourire révélant ses dents pointues avec une désinvolture totale, et écarta les bras.

— Voyons, Professeur, la justice ne rêve que de rétablissement. Une réparation intense, profonde, ardente. 

— Deym... murmura Severus, la voix légèrement enrouée. As-tu perdu l'esprit ?

— Mmm... réfléchissons. J'ai un amant que je connais depuis ses dix-sept ans, n'est-ce pas ? Il a maintenant... fit-il en calculant rapidement, trente-trois ans ? 

— Je viens tout juste d'avoir trente-quatre. 

— Eh bien, voilà. Ce n'est plus un novice ; il a — c'est effrayant d'y penser ! — quatre ans de plus que moi. Je l'ai, comme il l'a si éloquemment dit, pris dans toutes les positions imaginables, et même inimaginables, n'est-ce pas ? Qu'est-ce qu'on a dans le crédit ? On a presque le même âge, tu es un peu moins fort magiquement que moi, mais ça se corrige ; tu as payé ta dette de vie maintes et maintes fois, et tu la paieras encore maintes fois. Il ne reste qu'un seul aspect de notre inégalité, outre ton indéniable supériorité intellectuelle. Lequel ? 

— Je crains de deviner, Deym. 

— Je t'ai baisé, mais pas l'inverse. C'est pas juste. Un certain Mark a eu tout ce qui était intéressant et plaisant. 

— Tu es... sérieux ?  

Le visage pâle de Severus afficha une surprise si comique que Déimos eut du mal à retenir son rire.

— Je ne saurais être plus sérieux. Allez, approche ! Aujourd'hui, c'est jour de congé, et les imbéciles de tous âges ne rentreront de Pré-au-Lard que ce soir. Tu as donc l'occasion de te venger de toutes ces moqueries injustes... 

— Tais-toi, dit Severus en s'asseyant sur le bord du lit et en effleurant la peau brûlante de l’épaule de son partenaire, doucement, presque sans y penser. Deym, ne pense pas... 

— Je suis Potter, Sev. Je ne pense jamais, tu te souviens ? Mais toi, tu t'adonnes avec assiduité à cette activité fascinante, certes, mais parfaitement superflue en matière d'amour. Approche. Ne cherche ni messages cachés dans mes paroles, ni ressemblances avec le gamin à lunettes que j'étais à treize ans et que je demeurerai encore longtemps. Viens, mon Petit aux talons roses, devenu un véritable basilic. 

— Rappelle-toi Deymi, en quoi Potter est-il célèbre chez nous ? 

Severus, comme envoûté, continuait de caresser les muscles fermes qui se mouvaient sous cette peau douce. Le pli profond entre ses sourcils s'adoucit, et ses lèvres, auparavant pincées, retrouvèrent leur courbure sensuelle.

— Hmm ? murmura Déimos tandis que les doigts délicats frôlaient son téton sensible. De quoi parles-tu ? 

— Il me semble que le dernier basilic de notre monde n'a pas survécu à sa rencontre avec ce trésor national. 

— Tu ne connaîtras pas le même sort. Je te promets de ne pas résister si tu tentes de me dévorer. 

La froideur, qui avait tant troublé Déimos dans les yeux sombres de Severus, commença à se dissiper. Et derrière cette façade d'indifférence se cachait la passion ardente qui l'avait autrefois fait tomber amoureux de son garçon.

— Mmm... Je ne pense pas avoir le droit de priver la Grande-Bretagne de son avenir, de son plus grand espoir et de son principal soutien. Je vais donc éviter de disséquer un spécimen aussi rare. 

— Eh bien, je m'opposerais sans doute à la dissection, mais quant à... 

— Tais-toi. 

— Je me tais. 

— Alors silence. 

— Comme tu veux. 

— Deymi ! 

Déimos sourit et attira Severus plus près de lui.

— Embrasse-moi. 

Il s'inclina vers lui et, après un moment de réflexion, comprit que l'identité passée de Déimos – qu'il fût Potter, Lupin, Voldemort, ou même Weasley – n'avait guère d'importance. Après tout, il se tenait là, magnifique et puissant, le regard étincelant d'une bienveillance souriante – il lui appartenait pleinement. À lui seul. Même s'il devait patienter longuement, affronter maintes épreuves pour partager sa vie, même si cela ne devait advenir que bien plus tard, lorsqu'il atteindrait la cinquantaine tandis ce que cet homme extraordinaire n'aurait que trente ans.

— Sev, murmura Déimos tout en défaisant lentement les boutons du veston habituel de Severus, effleurant avec tendresse la peau pâle qu'il découvrait peu à peu.  Laisse ton esprit se vider, ne pense à rien juste pour une demi-heure, tu veux bien ?

— Si seulement toi, tu savais penser, Potter, alors...

— Convenons-en : c'est notre interaction, nous sommes complémentaires. Moi j'agis, toi, tu réfléchis.

Des doigts habiles effleurèrent sa peau brûlante, frôlant les tétons, le ventre, avant de remonter vers la nuque. Severus ne se souvenait plus de cette sensation – quand chaque fragment de magie, chaque cellule de son corps, se tendait vers lui, vers Déimos, le rendant totalement insensible au fait qu'il n'était pas vraiment...

— Mon petit, murmura-t-il, ses lèvres brûlantes trouvant ce point sensible sur sa nuque, connu de lui seul. Allez, enlève tes vêtements. Ça fait une éternité que je ne t'ai pas vu.

— Je me demande..., dit Severus en se levant pour retirer sa chemise et son veston. Il se défit soigneusement de ses chaussures avant de s'occuper de son pantalon. 

— Par quoi ton futur mari est-il si occupé que tu arrives ici toujours affamé et frustré ? Comme si tu n'avais pas fait l'amour depuis un an ?

— Je peux ne pas répondre ?

Severus haussa ses épaules osseuses.

— Ne réponds pas alors. Dis-moi seulement : sommes-nous encore mariés dans ce futur, ou m'as-tu finalement poussé à une crise cardiaque fatale qui m'a envoyé tout droit chez l'aïeule de Mordred, et ta culpabilité t'a tant rongé que tu t'es précipité dans le passé pour trouver comment réparer les choses ?

— Sev...

— Alors quoi, « Sev », Potter ? Est-ce que je me trompe ?

— Tu te trompes. Nous sommes bien mariés, mais tu n'es pas en mesure de partager mes élans pour l'instant.

— Donc, soit je suis paralysé du cou jusqu'aux pieds, soit enfermé à Azkaban... bien que ce soit peu probable que je puisse t'échapper même là-bas, soit je me trouve dans le service psychiatrique de Sainte-Mangouste, n'ayant pas supporté la vie aux côtés d'un héros national.

Déimos rit, repoussa les couvertures et enleva son pantalon et son caleçon, contemplant l'impressionnante érection de Severus qui oscillait au gré de ses mouvements légèrement nerveux.

— Deymi, toi... 

Rogue s'étendit près de lui, se positionnant un peu gauchement dans une étreinte vigoureuse et, par habitude, glissant ses pieds glacés sous son amant.

— Bien sûr que j'en suis certain, Sev. Ou c'est toi qui n'en as pas envie ?

— Ce n'est pas ce que je voulais dire. On l'a sans doute déjà fait, plusieurs fois même, répliqua-t-il, agacé. Je voulais savoir, quand es-tu devenu mon mari ? Quel âge avais-tu ?

— Mmm... 

Déimos lui lécha le cou avant de répondre : 

— Je ne te le dirai pas. Continue plutôt à débaucher le splendide moi avant que je ne succombe d'excitation et de peur. 

— Le terrible vainqueur du Seigneur des Ténèbres ressent la peur...

— Eh bien, la première fois fait toujours peur, non ? Toi tu n'avais pas... 

— Quoi ? 

Severus se retrouva promptement au-dessus de lui, son regard le transperçant. 

— Tu insinues qu'avec un tel écart d'âge, je t'ai... autorisé dès le début... Deym ?

— Je dis simplement que ce sera ma première fois, rien d'autre. 

Black commençait à se sentir embarrassé ; Rogue pouvait faire preuve d'une perspicacité surprenante.

— Très bien, déclara Severus en se levant pour sortir une robe de chambre de l'armoire. Je ne ferai rien tant que tu ne m'auras pas fourni d'explications.

Il s'installa fermement sur la chaise, s'efforçant d'ignorer le corps magnifique qu'il avait si imprudemment refusé d'aimer.

Déimos soupira et remit son pantalon. La conversation allait être difficile.






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