Après ce moment de tendresse, Hermione reprit un ton plus sérieux.
— D'accord, il faut que je t'explique certaines choses importantes.
— Je t'écoute, murmura Fleur.
— Tout d'abord, tu ne dois dire à personne que tu viens de 1869. La machine que nous avons utilisée pour voyager dans le temps est unique en son genre. La plupart des gens ne croient pas que ce soit possible, et ils penseraient que tu es folle. Et même si certains te croyaient, il y a toujours le risque que des personnes mal intentionnées veuillent utiliser cette technologie à des fins terribles.
Fleur hocha la tête, attentive.
— Et... qu'est-ce que je suis censée dire alors ?
— J'ai une amie, Minerva, qui va te fournir des papiers d'identité. On a imaginé une histoire crédible pour justifier ta présence ici et ton ignorance du monde moderne. Selon cette version, tes parents s'appelaient Paul et Alice Delacour. Ce sont de faux noms, bien sûr. Ils étaient originaires de Londres, mais avant ta naissance, ils ont choisi de s'installer sur une île écossaise très isolée : Eilean Nan Ron. Ils ont rejeté toute forme de technologie moderne et ont vécu en autarcie, loin de la société. Ils ne venaient sur le continent que deux ou trois fois par an, juste pour acheter des provisions. Tu as grandi là-bas, sans contact avec le monde extérieur. Et tout récemment, tu as décidé de découvrir la civilisation. Malheureusement, tu as été agressée peu après ton arrivée à Londres.
Hermione marqua une pause, laissant le temps à Fleur d'assimiler.
— Je sais que ce n'est pas la vérité, mais c'est une couverture crédible. Elle expliquera ton ignorance des choses courantes de notre époque. Tu comprends ?
— Oui, je comprends.
— Très bien. Comme je te l'ai dit, tu es dans un hôpital. Tu verras beaucoup de choses étranges, mais ne t'inquiète pas. Les médecins et les infirmiers sont là pour t'aider. D'ailleurs, grâce à Minerva, tu es traitée ici avec une attention particulière. Cette chambre, avec sa moquette moelleuse et ses murs couleur sable, c'est la meilleure de tout l'établissement. Tu n'as rien à craindre.
Fleur regarda autour d'elle, les yeux brillants d'émerveillement.
— C'est étrange... mais c'est joli.
— Tu vas pouvoir sortir d'ici dans cinq à sept jours, m'a dit le médecin.
— Et après ? demanda Fleur avec une once d'inquiétude.
— J'ai promis à ton père que je veillerais sur toi. Et puis, à cette époque... on a le droit d'être ensemble. Tu viendras vivre avec moi, dans mon appartement à Beckenham.
L'idée d'être toujours aux côtés d'Hermione électrisa Fleur. Mais la perspective de « vivre dans le péché », selon les valeurs qui l'avaient façonnée, lui provoquait un léger malaise. Elle se sentait tiraillée. Pourtant, pour ne pas offenser celle qui l'avait sauvée et sachant qu'elle n'avait de toute façon nulle part où aller elle lui sourit tendrement.
— Ça a l'air... bien.
Hermione se pencha et déposa un baiser doux sur sa joue.
— Juste toi et moi.
Un coup frappé à la porte vint briser le calme du moment.
Hermione serra le poing et grogna, visiblement agacée par l'interruption.
— Entrez.
La porte s'ouvrit aussitôt, laissant apparaître Dumbledore, un sac de courses à la main.
— Elle est réveillée ! C'est si bon de te voir, dit-il avec un sourire chaleureux.
— Qui est-ce ? demanda Fleur, intriguée.
— C'est...
Mais avant qu'Hermione ne puisse répondre, Dumbledore s'avança et tendit la main à Fleur avec entrain.
— Je suis le professeur Albus Dumbledore, inventeur de la machine à voyager dans le temps. Et accessoirement, super génie.
Hermione leva les yeux au ciel et marmonna quelque chose à propos d'un ego en roue libre.
Fleur sourit poliment, lui serrant gracieusement la main.
— Enchantée. Je m'appelle Fleur.
— Je suis vraiment désolé que les choses aient pris une telle tournure, Fleur. Mais je suis soulagé que nous ayons pu t'amener à l'hôpital à temps.
— Merci, professeur.
— Est-ce qu'elle sait où elle est ? demanda-t-il en se tournant vers Hermione.
— Oui, je lui ai expliqué. Elle sait qu'elle est à Londres, en 2024. Et franchement, je trouve qu'elle le prend plutôt bien.
Le professeur observa Fleur, attentif à la moindre expression. Malgré son calme apparent, il doutait qu'elle ait véritablement réalisé l'ampleur de ce qu'elle vivait. Mais il choisit de ne rien dire pour ne pas alourdir l'atmosphère.
— Et la machine ? Dans quel état elle est ? demanda Hermione.
Dumbledore tira une chaise, s'assit avec un soupir et secoua la tête.
— De la camelote. De la vraie camelote. Chaque circuit, chaque relais, chaque composant est complètement grillé.
Puis, il tourna un regard désolé vers Fleur.
— Je suis navré, mais pour faire simple : la porte entre ton monde et le nôtre est fermée. Et elle le restera pour un bon moment. J'aimerais pouvoir te dire le contraire... mais je ne peux pas.
— Je comprends, professeur, dit Fleur d'une voix douce, teintée de tristesse.
Hermione se souvint soudain de la promesse qu'elle avait faite au père de Fleur.
— Tu peux la reconstruire, n'est-ce pas ?
Le professeur hocha lentement la tête.
— Oui, mais cela prendra du temps. Il m'a fallu dix ans pour la construire, et certains composants ont été extrêmement difficiles à obtenir.
Fleur acquiesça à nouveau, silencieuse.
Hermione fronça les sourcils, pensive.
— Dumbledore, il y a quelque chose que je ne comprends pas. Comment peux-tu te souvenir de l'ancienne ligne temporelle ? Moi, je comprends, puisque c'est moi qui suis retournée dans le passé... mais toi ?
— Eh bien, je crois que c'est lié à ma proximité avec la machine. J'étais trop proche du point d'ancrage temporel, trop exposé à l'énergie du vortex. C'est comme si j'avais été... protégé, ou peut-être partiellement désynchronisé du reste du monde.
Il marqua une pause, avant d'ajouter :
— Et puis il y avait tous les objets de Fleur : journaux intimes, lettres, souvenirs... que tu avais entreposés dans une boîte au laboratoire. Ils n'ont pas été altérés par la nouvelle ligne temporelle. Comme si cette boîte... appartenait à un temps à part.
Hermione désigna le sac de courses que Dumbledore tenait encore à la main depuis son arrivée.
— Qu'est-ce que tu as là-dedans ?
Il l'ouvrit et en sortit deux petits livres à la couverture verte qu'il posa sur la table, près du lit de Fleur.
— Hermione m'a dit que tu aimais lire. Alors je suis passé rapidement par une grande librairie du centre-ville, et j'ai trouvé ceci. Je cherchais quelque chose qui pourrait t'être familier... et j'ai eu de la chance. Ce sont des volumes reliés de la revue littéraire All the Year Round. Il me semble que Charles Dickens en était le fondateur, et qu'il y a publié plusieurs de ses récits. J'ai pris les années de 1869 à 1874. Je ne sais pas si tu les as déjà lus, mais je me suis dit que ça pourrait t'aider à retrouver un peu de repères.
Fleur saisit l'un des livres, le feuilleta avec précaution, puis sourit avec émotion.
— Mon père y était abonné. Je connais très bien cette publication... Merci beaucoup.
Dumbledore sortit ensuite un autre livre à la couverture beige.
— Celui-ci m'a semblé intéressant. L'autrice est de ton époque, je crois.
Fleur lut le titre avec reconnaissance : Œuvres poétiques complètes d'Adelaide Anne Procter. Elle caressa doucement la couverture du bout des doigts.
— Je la connais, et j'adore sa poésie. Merci, professeur.
Il sortit enfin un carnet à couverture rigide, accompagné de quelques stylos.
— Je ne les ai pas encore lus moi-même, bien sûr... mais je sais que tes journaux te sont très précieux. Je me suis dit que ça pourrait t'aider d'avoir un endroit pour consigner tes pensées. Le carnet est assez semblable à ceux que tu utilisais autrefois.
Fleur observa l'un des stylos avec curiosité, en testa le mécanisme, puis posa les yeux sur le carnet encore vierge.
— Merci beaucoup. Vous êtes vraiment très attentionné... Votre épouse doit être comblée avec un homme aussi prévenant.
Dumbledore poussa un léger soupir, mi-amusé, mi-fataliste.
— Si seulement j'arrivais à trouver la bonne...
Hermione, de son côté, trépignait intérieurement. Elle se mordit la lèvre, agacée de ne pas avoir pensé, elle aussi, à apporter quoi que ce soit pour aider Fleur à traverser cette période difficile.
Alors que Fleur explorait doucement ses nouveaux objets, Albus se tourna vers Hermione.
— Dis-moi... tu es rentrée chez toi depuis l'arrivée de Fleur ?
— Non. Je suis restée ici depuis qu'elle est arrivée. J'ai dormi sur cette chaise, là-bas, la nuit dernière.
Il la dévisagea avec un mélange de tendresse et de réprobation.
— Tu as une sale tête, tu sais. Tu devrais rentrer, prendre une vraie douche, dormir un peu.
À ce moment-là, une femme d'une trentaine d'années, aux cheveux bruns attachés en queue de cheval, entra dans la chambre en blouse blanche.
— Bonjour, je suis le docteur Graham. Je vois que vous êtes réveillée.
— Vous êtes... médecin ? demanda Fleur, visiblement étonnée, n'ayant jamais vu, ni même imaginé, une femme exercer cette profession.
Hermione intervint aussitôt, un peu nerveuse à l'idée que cela puisse être mal interprété.
— Elle a grandi dans un environnement très protégé et... assez isolé. Elle ne voulait pas être impolie, je vous assure.
Le docteur Graham adressa un sourire rassurant à Fleur.
— Ne vous en faites pas, mademoiselle Delacour. Aujourd'hui, les femmes sont médecins partout dans le monde. C'est tout à fait courant.
Fleur baissa légèrement les yeux, un peu gênée, mais s'efforça de rester digne.
— Je comprends. Veuillez m'excuser, docteur Graham. Je l'ignorais.
— Aucun problème, répondit le médecin avec bienveillance. Si vous me permettez de vérifier vos constantes et votre pansement, j'en aurai pour quelques minutes à peine.
— Bien sûr, docteur.
Le docteur Graham s'approcha et examina Fleur avec efficacité et douceur, notant quelques éléments sur sa tablette. Quelques instants plus tard, elle adressa un sourire aux trois personnes présentes et quitta la pièce.
— Comme je le disais, miss Granger, reprit Dumbledore en se tournant vers Hermione, tu devrais vraiment rentrer chez toi. Une douche et un peu de repos te feraient le plus grand bien.
Hermione secoua la tête, réticente.
— Je ne suis pas certaine... Je n'ai pas envie de laisser Fleur toute seule ici.
— C'est bon, Hermione, la rassura doucement Fleur. Grâce au professeur, j'ai de quoi lire, de quoi écrire... Et honnêtement, je suis encore assez fatiguée. J'aimerais dormir un peu.
— Tu es sûre ?
— Vas-y. Je vais bien. Et je suis entre de bonnes mains, non ?
Hermione hésita encore une seconde, puis hocha la tête à contrecœur.
— D'accord. Mais je ne traînerai pas. Je reviens dès que possible.
La vérité, c'est qu'elle n'avait pas du tout envie de partir. L'idée de laisser Fleur seule, dans ce monde encore si nouveau pour elle, la rendait nerveuse. Mais ses vêtements étaient sales, ses cheveux en désordre, et après plusieurs jours ou plutôt 155 ans, selon le point de vue, elle savait très bien qu'elle ne sentait plus la rose.
Avant de partir, Hermione insista pour donner à Fleur un petit cours express : comment faire fonctionner le lit, à quoi servait le bouton d'appel pour l'infirmière, et surtout, lui rappeler l'histoire qu'elles avaient inventée pour couvrir sa véritable identité. Elle lui conseilla également d'ignorer l'écran étrange accroché au mur, et prit soin de cacher la télécommande de la télévision dans un tiroir.
— Tu es vraiment sûre que ça ira, Fleur ? Peut-être que je devrais rester. C'est beaucoup à retenir pour toi, et tout est si nouveau...
— Je vais bien, répondit Fleur avec douceur. Je vais dormir un peu, puis je lirai. Ne t'en fais pas.
— Je ne sais pas...
Fleur leva la main et désigna la porte d'un geste sans appel.
— Hermione, va-t'en.
Dumbledore, qui observait la scène en silence, se leva avec un sourire amusé et posa une main compatissante sur l'épaule d'Hermione.
— Allez, viens. Je vais discuter un peu avec le médecin et lui expliquer que ta petite amie risque d'être un peu... surprise par certaines choses modernes.
Hermione s'arrêta sur le seuil, le cœur lourd, le regard fixé sur Fleur. Une part d'elle se sentait coupable d'avoir arraché cette femme qu'elle aimait à tout ce qu'elle avait connu. Et pourtant, elle savait qu'elle referait le même choix. Chaque fois.
— Je reviendrai très vite. Si tu as besoin de quoi que ce soit, appuie simplement sur le bouton. Les infirmières sont là pour t'aider. D'accord ?
— D'accord, murmura Fleur, les yeux brillants de tendresse.
— Au revoir, Bella. Repose-toi.
— Au revoir, Hermione.
Hermione lui adressa un dernier sourire, puis sortit, le cœur encore un peu en miettes... mais étrangement plus léger.
Bientôt, Fleur se retrouva seule. Ce qu'elle avait pourtant souhaité.
Mais à mesure que les minutes s'égrenaient, à mesure qu'elle observait cette chambre aux murs pâles et aux objets inconnus, son monde d'avant lui parut de plus en plus lointain. Presque irréel. Elle avait besoin de silence. De temps. D'espace pour assimiler tout ce qu'elle avait vécu depuis son réveil.
C'était accablant. Intimidant.
Des bruits étranges lui parvenaient du couloir ou de la rue. Lointains, mais persistants. Elle n'était même pas sûre de vouloir en connaître l'origine.
Ce qui l'envahissait par-dessus tout, c'était la peur. Et le bouleversement profond qu'elle s'efforçait de masquer. Elle avait tenu bon devant Hermione, par fierté, par habitude, peut-être aussi par amour. Mais à présent, seule, elle n'avait plus à feindre.
Elle lui faisait confiance, à Hermione. Elle savait, au fond, que la jeune femme reviendrait.
Mais Fleur avait grandi dans un monde où une dame ne pleure pas. Où l'on cache ce qu'on ressent. Où la peine est un fardeau qu'on porte avec grâce et silence.
Même avec Hermione surtout avec elle, Fleur ressentait encore parfois le besoin de solitude. Pour affronter ce chaos intérieur. Pour reprendre son souffle.
Alors, seule dans cette chambre inconnue, elle cessa de lutter. Et se mit à pleurer.
Hermione, de son côté, avait quitté l'hôpital le cœur lourd.
Assise dans le métro qui la ramenait à Beckenham, elle fixait son reflet dans la vitre du wagon sans vraiment le voir. L'esprit ailleurs. Repassant les événements en boucle. Chaque choix, chaque mot, chaque geste... Et surtout, tout ce qu'elle n'avait pas su empêcher.
Un nœud se formait dans sa gorge.
J'aurais dû le tuer, dès le premier jour. Le retrouver. Jouer la femme fatale. L'attirer dans un endroit isolé. Et l'abattre.
Une pensée sombre, brutale. Mais plus elle y pensait, plus elle s'en convainquait.
Fleur aurait été triste, bien sûr. Bouleversée même. Mais elle aurait fini par guérir. Par passer à autre chose. Elle serait en sécurité. Chez elle. Avec son père. Pas arrachée à tout ce qu'elle connaît. Pas catapultée dans un monde qui ne ressemble en rien à celui qu'elle aime.
La culpabilité lui écrasait la poitrine. Et pourtant... malgré tout... elle savait qu'elle referait les mêmes choix.
Quand elle descendit du métro et monta dans le bus pour les derniers kilomètres jusqu'à Beckenham, une pensée soudaine la frappa.
Elle avait empêché le mariage. Empêché la mort de Fleur. Ce faisant... la photo, les journaux, tout cela n'aurait jamais été vendu dans cette boutique. Elle ne les aurait jamais découverts. Elle n'aurait jamais eu de raison de remonter le temps.
En modifiant le passé, elle venait peut-être d'annuler la cause même de son voyage.
Un paradoxe.
Et si, en rentrant chez elle, elle tombait sur une autre version d'elle-même ? Une Hermione qui n'avait jamais aimé Fleur ? Jamais remonté le temps ? Cela paraissait absurde... mais ce n'était pas impossible.
Plus elle approchait de son arrêt, plus son cœur battait fort.
Lorsqu'elle descendit du bus, elle aperçut l'église de l'autre côté de la rue. Avant de rentrer chez elle, elle devait en avoir le cœur net.
Hermione se dirigea sans hésiter vers le petit cimetière attenant. Elle connaissait parfaitement le chemin. Elle s'y était rendue tant de fois, hantée par ce nom gravé dans la pierre. La tombe sur laquelle elle s'était effondrée en larmes, celle qui avait brisé son cœur.
Mais à l'emplacement exact où se trouvait autrefois la sépulture de Fleur, elle découvrit une pierre tombale ancienne, usée par les ans :
George Hitchens
1795–1871
Un instant, elle fronça les sourcils. Puis elle se souvint. C'était un vieil homme qu'elle croisait à l'auberge. Il marchait avec difficulté et avait cette toux rauque et persistante. Il venait souvent le vendredi pour bavarder un peu, toujours affable.
— Je l'ai fait, murmura-t-elle.
Elle avait réussi. La tombe de Fleur n'existait plus. Elle l'avait sauvée. Changé le cours de l'histoire.
Mais au lieu du soulagement espéré, elle ne ressentit qu'un vertige. Un vide étrange.
Elle ramassa ses sacs et traversa la rue jusqu'à son immeuble. Rien, en apparence, n'avait changé. L'entrée était la même, les boîtes aux lettres, les pavés. Et pourtant, elle se sentait déphasée. Comme si elle revenait dans un monde qui n'était plus tout à fait le sien.
Beckenham semblait identique. Mais tout paraissait... décalé. Parce qu'au fond, tout était différent. Différent de 1869.
Il était temps d'affronter la nouvelle réalité et, par conséquent, les conséquences de ses actes. Hermione gravit les marches de son immeuble, sortit ses clés et déverrouilla la porte de son appartement.
Dès qu'elle entra, elle fut frappée par la chaleur étouffante de l'air, vicié, immobile. Et surtout, par un silence profond, presque pesant. Elle referma doucement la porte derrière elle, l'esprit en alerte, puis fit quelques pas à l'intérieur.
Tout semblait exactement comme elle l'avait laissé.
Les fenêtres étaient fermées, les rideaux tirés, et une fine pellicule de poussière recouvrait la petite table juste à l'entrée.
— Bonjour ? lança-t-elle prudemment, la voix basse, espérant ne pas obtenir de réponse.
Rien. Aucun bruit, aucun mouvement. À son grand soulagement.
Hermione fit rapidement le tour de l'appartement, pièce après pièce, tiroir après tiroir, pour s'assurer que rien ni personne ne s'y cachait.
Tout était identique.
La tasse de café vide reposait encore dans l'évier. Le plaid froissé sur le canapé n'avait pas bougé. Même les miettes de biscuit sur la table basse étaient là, intactes.
C'était comme si le temps s'était figé.
Elle ouvrit le tiroir du buffet et en sortit un carnet à spirale. Son propre gribouillis la fixa droit dans les yeux : des notes sur Fleur, prises bien avant son voyage. Des dates. Des hypothèses. Et surtout, ces deux lignes soulignées trois fois : 2 juin 1869 – Mariage. 2 juin 1869 – Mort.
Hermione se laissa tomber dans le fauteuil, le carnet sur les genoux, l'esprit en tumulte.
— Et le paradoxe, alors ? murmura-t-elle pour elle-même.
Elle s'attendait à des incohérences, à un bouleversement quelconque. Mais non. Rien n'avait changé. Pas même un grain de poussière déplacé.
Et pourtant, Fleur était vivante. Le passé avait été altéré.
Elle ne comprenait pas. Et elle devinait déjà que Dumbledore, aussi brillant fût-il, ne lui fournirait pas plus de certitudes. Elle soupira. Sa grand-mère disait toujours que seules deux choses étaient certaines dans la vie : la mort et les impôts. Elle en avait désormais une troisième à ajouter :
Certaines questions ne trouveront jamais de réponse.
Décidant qu'elle ne résoudrait rien dans cet état de fatigue et de confusion, Hermione se débarrassa de ses vêtements, traversa l'appartement nu-pieds et entra dans la salle de bains.
Quelques instants plus tard, l'eau chaude glissa sur sa peau, emportant avec elle dix semaines de tension, de sang séché, de peur, de ruelles sombres et de robes trop serrées.
Pour la première fois depuis longtemps, Hermione ferma les yeux... et respira.
Le plus dur, se dit-elle, était peut-être derrière elle. Peut-être.