Dollhouse

Chapitre 78 : Le Gambit

Par LivStivrig

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Elle ne m’avait pas offert le cadeau de me réveiller à ses côtés une nouvelle fois, le matin suivant, mais peu importait. Je l’avais vue, je l’avais sentie, je m’étais enivré de son corps et de la magie qui y vivait, et cela me suffisait pour l’instant.

Je m’étais levé seul dans un manoir parfaitement endormi. Sous mes pas, le plancher grinçait comme celui des anciennes maisons le faisaient, les épais tapis qui caressaient mes pieds en étouffant les bruits autant qu’ils le pouvaient. À travers les rideaux de la salle de réception que je traversais, la lumière de la lune s’étirait jusqu’à moi, me reconnaissant comme l’un de ses fils de la nuit. Il n’était pas encore tout à fait cinq heures du matin. Mon peignoir flottant derrière moi, je traversais mon manoir en réalisant que partout où je regardais, je pouvais voir la présence de Voldemort dans les lieux. 

Vers la cheminée, je pouvais encore voir ma mère seulement vêtue d’une nuisette, bouteille en main, pleurant son mari. En traversant la salle de réception, je revoyais le corps mort de mon père que j’avais dû nettoyer moi-même. Plus loin, je pouvais encore goûter le sang que Theodore avait fait couler de cette Sang-de-Bourbe qu’il avait faite exploser là. Dans un coin, l’endroit où Voldemort avait forcé Pansy à torturer Theodore. Je regardai le plancher, cherchant une trace de son sang qui serait restée là comme une relique. De mon pied nu, je caressai le bois. Il n’y avait pas la moindre trace matérielle de ces événements, aucun d’entre eux. Les seules traces qui demeuraient aujourd’hui étaient celles qui avaient brisé nos esprits, et noirci nos âmes. C’était cette noirceur, la seule preuve que nous avions de ce qu’il nous avait fait. 

J’inspirai profondément, cherchant dans l’air ambiant quelque chose de différent de toute cette sombreur. Je me demandai à quel moment, exactement, j’avais cessé de voir le manoir comme la maison de mon enfance. Au centre de la salle de réception, mes mains nouées dans mon dos, je tournais sur moi-même pour m’ancrer plus profondément dans les lieux. Ici, dans le coin droit de la pièce, près des escaliers, mon âme et celle de Theodore s’étaient choisies. Ici, alors que nous avions vécu à peine six étés, je l’avais emprisonné dans mes bras lorsque son père avait plané sur lui comme une menace, et je ne l’avais jamais lâché depuis. Je regardai le plancher, là où c’était arrivé. Ici non plus, il n’y en avait pas la moindre trace. La seule tangible qui existait était le lien qui était né entre son âme et la mienne ce jour-là. 

Dans cette même pièce, nous avions joué et joué des heures durant. Plus moi que lui d’ailleurs, parce qu’il avait d’abord passé plusieurs années à m’observer, son regard bien dissimulé derrière ses mèches foncées, mais je n’avais jamais cessé de jouer. Dans cette pièce, je l’avais vu arriver aux côtés de son père, ses yeux brûlés à vif. Mon cœur se serra à l’évocation de ce souvenir. Non, il n’y avait pas que de l’horreur. Il y avait tout le reste. J’inspirai profondément. Dans cette pièce, il y avait toutes ces fois où je jouais-là, seul, et où je voyais sa petite silhouette sombre trancher le marbre de mes escaliers pour me rejoindre enfin. Dans cette pièce, il y avait les soirées d’été passées avec Blaise et Pansy, et parfois même avec d’autres invités lorsque mes parents s’absentaient un moment. Dans cette pièce, il y avait la première fois que Theodore avait tenu la main de Pansy pour la faire tournoyer au bout de son bras, alors qu’ils n’avaient que quatorze jeunes années. Une nouvelle fois, je forçai l’air ambiant à me remplir. 

Oui, c’était ma maison. La mienne. Je la lui avais même récupérée, en réalité. Il ne pouvait plus la souiller de sa présence, moins encore l’insulter de sa violence. Moi, le nom Malefoy, la mémoire de mon défunt père. Il n’avait plus accès à rien de tout cela. C’était mon trésor, mon trésor à moi. Et tout ce qu’il avait essayé de me prendre de cette vie, cette vie que j’avais menée avant lui, je l’avais récupéré. Je l’avais vécu, tout cela. Toute l’horreur, oui. Mais tout le reste aussi. Tout l’amour, toutes les joies, tous les rires. Il ne pouvait rien me voler de tout cela. Je l’avais vécu, et les murs que j’arpentais me chuchotaient encore la douce nostalgie de cette partie de ma vie. Un seul de ces souvenirs pouvait repousser des milliers de Détraqueurs.  

J’enfonçai mes mains dans les poches du pantalon de mon pyjama, et souriais à la nuit. C’était ma maison. La mienne. Je levai les yeux vers la hauteur du plafond, et le sourire s’élargit sur mes lèvres. C’en était une belle, de maison. Et c’était la mienne, et celle de mon frère. Celle de toute ma famille. Celle dans laquelle je les gardais en sécurité, parce que j’en avais gagné le pouvoir. Oui, je souriais. Aujourd’hui non plus, je n’avais pas peur.  

Un grincement de plancher en haut des escaliers qui menait aux chambres m’enquit à me retourner, mais je savais déjà qui j’allais y trouver. Je ne l’avais pas prévenu que je me lèverai plus tôt que prévu pourtant, mais je n’étais pas assez illusionné pour penser que je pouvais échapper à son ouïe d’une finesse féline. Dans la nuit, sa silhouette se mariait parfaitement à l’obscurité. Sur son torse, les muscles saillants étaient illuminés par la lune, là où son peignoir était encore ouvert et ne cachait pas encore sa magnificence. Dans les poches de son pyjama semblable au mien, lui aussi, il y avait enterré ses mains. Je souriais à l’ange qui m’apparaissait, et sentait mon cœur se réchauffer du contraste avec l’autre silhouette de lui que je connaissais si bien, celle qui venait du haut des escaliers à l’opposé de la pièce, ceux qui descendaient dans l’entrée. J’adorai que la vie m’ait laissé l’opportunité de voir cette petite silhouette minuscule, potelée, toujours repliée sur elle-même et cachée des yeux du monde, devenir d’une telle magnificence. J’adorai la chance que les Dieux m’avait accordée d’être l’heureux témoin de ce que cet homme était devenu, d’avoir pu être là lorsque chacun de ces muscles s’était développé, lorsque cette mâchoire s’était aiguisée, lorsque ces yeux s’étaient relevés pour la toute première fois – sur moi. Alors je levai les yeux vers la vision angélique qui baignait mes escaliers d’une lueur éthérée, et je souriais à la vie. 

D’une main encore endormie, il frotta ses yeux comme l’enfant qu’il était le faisait à l’époque. D’un pas léger, il descendit les escaliers jusqu’à moi, et d’une voix encore bercée par le sommeil, il m’enquit : 

-       Tu veux redécorer le manoir ? 

Je pouffai tandis qu’il franchissait les quelques mètres qui nous séparaient encore, et à la lueur de la lune, il me semblait que ses yeux brillaient comme des diamants dans la nuit. Je tournai le regard vers les murs immenses qui nous encerclaient, sur leurs moulures au plafond. 

-       Non, souris-je à la nuit, je repensai à tout ce qu’on avait vécu ici. 

À son tour, Theodore regarda autour de lui. Profondément, il laissa son poitrail se remplir d’air, et doucement, il murmura dans le silence : 

-       Beaucoup de belles choses. 

Une nouvelle fois, je souriais. Oui, beaucoup de belles choses. Les yeux rivés sur le plafond, l’esprit voguant dans un océan de possibilités, je lui demandai à mon tour : 

-       Ça te plairait de déménager, après tout ça ? De choisir notre chez nous à nous, et d’y construire le reste de notre vie ? 

Son nez se leva vers le ciel un instant, s’imprégnant des lieux comme pour les évaluer. Lorsque ses yeux redescendirent vers moi, ils étaient pleins d’une heureuse nostalgie qui répondait à ma question avant ses mots :

-       C’est ici, chez nous, chuchota-t-il, le timbre de voix juvénile du jeune Theodore pinçant mon âme dans sa supplication silencieuse. 

Tout pour lui. Quoi que ce soit qu’il désirait. C’était ici que j’étais devenu sa maison. C’était sa maison, désormais. Attendri, je lui souriais. 

-       On restera toujours ici alors, promettais-je au Theodore d’hier, à celui d’aujourd’hui, et plus encore à celui de demain. 


Ma deuxième tasse de café fumant sur mon bureau, j’envoyai l’ordre de déployer l’attaque supposément indépendante du Ministère au groupe que j’avais formé à cet effet. Ce serait une petite mission qui n’avait pour but que d’échouer, et de faire émerger l’idée pour le Ministère que les Mangemorts n’étaient pas les seuls à s’en prendre à eux. Ensuite, j’écrivais une missive à Livie Wade, ma journaliste en tête, pour lui donner les directions éditoriales que je voulais qu’elle prenne en faisant circuler cette information dans la journée, une fois que cette première fausse attaque aurait échouée, afin que le public, à son tour, soit au courant que nous n’étions plus seuls. Du haut de ma tour d’ivoire, je dirigeai du bout de ma plume la guerre la plus théâtralisée de l’histoire. Un sourire aux lèvres, seul spectateur de mon art, je saluai ma performance. 

Vers six heures et demi du matin, tandis que Blaise et Pansy s’étaient finalement levés et que je prenais une énième tasse de café en leur compagnie dans la salle à manger, Mint se matérialisa pour annoncer : 

-       Maître, Miss Granger est au portail. 

J’acquiesçai vers elle, et me levai de ma chaise sans plus tarder. 

-       Je vais la chercher, déclarai-je alors sans la faire patienter. 

Les trois quarts du temps, elle se laissait être annoncée au portail, malgré le fait que les protections du manoir avaient été levées pour elle il y avait des mois de cela, et qu’elle pouvait y entrer ou en sortir à son bon vouloir. Une précaution qu’elle prenait, de rarement simplement transplaner à l’intérieur, au cas où nous ne serions pas seuls. Je supposai, en contraste avec la veille où elle s’était directement trouvée dans ma chambre, qu’elle avait senti ma détresse dans les quelques mots que je lui avais adressés, suppliant sa venue. 

Un sourire aux lèvres, je lui ouvrais le portail dans un grincement aigu. Son foulard marron pour dissimuler sa chevelure dans l’aube qui pointait à peine le bout de son nez, elle pénétra dans mes jardins. Là, elle stationna devant moi tandis que je laissai la porte rouillée se refermer derrière elle. Ses yeux en amande levés vers moi comme je l’aimais tant, je me baissai jusqu’à ses lèvres pour y déposer là toute l’étendue de la douceur que j’éprouvais pour elle. 

-       Bonjour, chuchotai-je à son regard si facilement enivré. 

-       Bonjour, murmura-t-elle à son tour, sa voix à peine audible dans le vent. 

Je ne pouvais m’empêcher de sourire face à l’effet que je lui faisais, si explicite. Rien que cela. Rien qu’un tendre baiser. Rien qu’un mot, et elle fondait sous mon touché. Le corps apaisé des tourments de la veille, je me rappelai son corps entre mes mains, et ses tremblements. Je me rappelai son visage basculé en arrière sur mon matelas, ses iris larmoyantes se perdant presque sous ses paupières dans un mouvement alangui, avec cet air abominablement comblé, parfaitement rassasié qu’elle avait lorsque je la remplissais. Par les Dieux, toutes ces choses que je voulais lui faire pour voir encore ses yeux rouler derrière ses paupières. 

Ce matin-là elle n’était pas venue pour cela, alors comme un gentil garçon, je ne fis rien d’autre que lui sourire, les souvenirs de la nuit que nous avions passée dansant dans mes yeux pour seul témoin de l’appétit insatiable qu’elle éveillait en moi, et je plaçai une main innocente dans son dos pour l’inviter à me suivre dans le manoir. 

-       Comment tu as dormi ? m’enquis-je avec une inquiétude réelle. 

Je me rappelai des premiers morts que j’avais vus, plus encore de ceux que j’avais tués. Je me rappelai de ces nuits que j’avais passées à cauchemarder de leurs visages, leurs cris retentissant dans mes oreilles comme une alarme que je ne parvenais pas à atteindre, et leur odeur qui ne quittait pas mon nez. 

-       Ça va.

Du coin de l’œil, j’hasardai un regard vers elle. Elle mentait. Ses yeux me rencontrèrent, et son sourire, à son tour, essaya de me mentir. 

-       Juste pas assez, ajouta-t-elle doucement. 

J’inspirai profondément, mais je n’en dis rien. Elle voulait me montrer qu’elle était capable d’endurer tout cela, et elle l’était. Je supposai qu’elle avait peur que j’utilise ce qu’elle me livrerait de faiblesses humaines normales, le jour prochain où je lui reprocherais à nouveau de s’être mise là-dedans de sa propre volonté. Cela, où elle s’évertuait à ne pas en parler pour être en capacité de continuer à faire ce qui devait être fait. Cela aussi, je pouvais le comprendre parfaitement. Nous avions fait la même chose pendant des mois, jusqu’à ce que nous n’ayons plus besoin de fuir l’horreur. Jusqu’à ce qu’elle s’imprègne tellement de chacun de nos tissus, de chacune de nos émotions, de chacun de nos cœurs que nous l’incarnions pleinement. Non plus comme des ombres qui cherchaient à la fuir sans le pouvoir, mais comme sa matérialisation concrète personnifiée en les sombres entités maléfiques que nous étions devenues.  

Lorsque nous pénétrions dans la salle à manger où ma famille prenait son petit-déjeuner, tous leurs regards se tournèrent vers nous. Blaise, un sourire en coin malicieux aux lèvres, se mit à applaudir à intervalle régulière : 

-       Et voilà la lionne, Miss bouffeuse de Mangemorts, applaudit-il encore. 

-       Littéralement, chuchota Pansy. 

À la gauche de Pansy, Theodore posait des yeux pleins de fierté sur Granger. Sur les lèvres de celui-ci un sourire chaleureux en étira les coins, et dans sa voix basse, le miel des Dieux coulait à flots : 

-       Pas mal, le crac, la valida-t-il avec la chaleur englobante qui lui était caractéristique.

À côté de moi, les yeux de Granger se baissèrent vers le sol avec fausse modestie, et avec son sourire pincé presque gêné, ses joues prirent une adorable teinte de rose. 

-       Mmh, perça alors la voix tranquille de Pansy. J’reconnais que c’était rafraîchissant de pas avoir à te sauver l’cul, princesse. 

Sur son visage n’existait aucun sourire, mais dans sa voix, pas la moindre insulte, et dans l’ombre de son regard, quand bien même cela ne dura qu’une très courte seconde, un air furtif de reconnaissance. À ma gauche, les joues de ma sorcière rougirent encore un peu plus, et je caressais son dos de la main que j’avais logée là. Sur le haut de son crâne, je déposai un baiser. 

-       Tu t’en es très bien sortie, terminai-je de la valider comme elle méritait de l’être. 

Le carmin de ses joues dégagea une agréable chaleur, et avec un sourire qu’elle ne retenait plus sur les lèvres, sa petite voix douce accusa nos encouragements : 

-       J’ai été à bonne école. 

Et avec ces mots, elle choisit d’offrir la reconnaissance qui faisait étinceler l’or de ses yeux à Theodore. Dans mon cœur, un feu d’artifice explosa d’avoir le droit à cela. De l’installer là, à table avec nous, peu importait que l’instant ne dure pas. Que mes amis n’aient pas envie de l’assassiner. Qu’il n’y ait pas que de la haine sur leurs visages, ni sur le sien à elle. Et qu’entre elle et mon frère, un lien indépendant de moi naissait. 

Son passage parmi nous fut fugace. Elle accepta la tasse de thé que je lui offris, et nous fîmes un point rapide sur la situation ensemble. Elle nous confirma que, pour l’instant, l’Ordre se satisfaisait de simplement savoir qu’elle avait une source anonyme, surtout lorsque cette source-là leur offrait la prise du Ministère sur un plateau d’argent. Ensemble, nous accordions les derniers points vis-à-vis de cet événement à venir, dans à peine trois jours exactement, et alors que l’aube ne s’était pas même encore totalement levée, elle était repartie auprès des siens. 

-       Bon, claqua Blaise les paumes de ses mains sur la table, c’est pas l’tout mais faut qu’on s’prépare pour la rentrée d’nos p’tites classes aujourd’hui ! s’exclama-t-il avec un entrain nouveau. 

Pansy et lui avaient insisté pour que l’on offre, ce soir, une soirée de « rentrée » à l’académie afin d’accueillir les nouvelles recrues, et de lancer cette « nouvelle aventure », selon leurs mots. En réalité, ils étaient tous les deux absolument ravis de cette nouvelle initiative que j’avais prise, initiative qui leur permettrait, en toute impunité, de torturer du petit fasciste à longueur de journée, et bien entendu ce en pouvant jouir d’en être leurs supérieurs hiérarchiques. Je souriais, je pouvais bien le comprendre. C’était jouissif. 

Je levai un doigt menaçant vers mon ami, et le prévenais alors : 

-       Tu baises pas les étudiantes. 

Le visage de Zabini se décomposa exagérément pour voir sa bouche s’ouvrir grand, se donnant un air faussement outré. 

-       Ah ouais, c’est vraiment cette réputation que j’ai ici ?! 

En cœur sans nous être concertés pour autant, Theodore, Pansy et moi répondions en cœur : 

-       Oui. 

La bouche de notre ami s’ouvrit plus grand encore, et un petit cri aussi aigu qu’indigné s’en échappa.

-       Surtout vu depuis l’nombre de mois que t’as pas vu la moindre chatte, ajouta alors Parkinson en finissant son assiette nonchalamment. 

À ces mots, Blaise mordit sa lèvre inférieure en souriant, et devant ses hanches, il plaça ses deux mains comme s’il tenait là le corps de quelqu’un : 

-       Mmh, qu’est-ce que j’rêverai d’un bon p’tit cul là, fantasma-t-il dans le vide. 

À sa gauche, Pansy tourna vers lui un visage à la moue proprement répugnée, et je pouffai de rire. 


Nous nous étions séparés en deux groupes pour une partie de cette journée-ci. Theodore et moi étions partis à nos Quartiers Généraux, accompagnés de nos -pas si fidèle pour ma part- destriers, afin que je continue de modifier les Marques de groupes supplémentaires de Mangemort. De leur côté, Pansy et Blaise avaient rejoint Maxwell et Weber pour se coltiner la première entrée à l’académie de nos recrues reçues afin de leur faire visiter l’abbaye, et prendre leurs marques. Il ne l’avait pas dit, mais je savais que cela avait coûté à Theodore de se séparer de Pansy de la sorte. Vu tout ce que nous avions traversé, et étant donné la présence de Maxwell sur les lieux, je considérai le fait qu’il en soit capable une magnifique preuve de confiance en les capacités de Pansy, qu’il estimait de fait parfaitement capable de se défendre non seulement de Maxwell, mais également d’une horde de jeunes Mangemort s’il le fallait. Pour moi, souriais-je silencieusement. Parce que moi, par contre, il ne pouvait pas se résoudre à me laisser aller remplir cette mission seul. Peut-être que cela n’aurait pas dû étirer le coin de mes lèvres. Peu m’importait. Je m’en satisfaisais.  

Nous avions rejoint l’académie ensemble en début d’après-midi, et Theodore était parti les rejoindre tandis que je m’installai à mon bureau. Je l’avais fait dans l’ancien appartement de l’abbé, à l’écart de ce qui serait demain des salles de classe. À l’intérieur, les fenêtres gothiques, hautes et étroites, donnaient sur les ruines du cloître et les jardins envahis par le lierre. Au centre de la pièce trônait un vaste bureau de chêne massif, si lourd qu’il semblait avoir été construit avec l’abbaye elle-même, aussi avions-nous décidés de le laisser là où il était, et bien sûr non pas parce que nous n’avions pas pu le soulever. À l’opposé de ce bureau principal, une large table de travail était installée sous une fenêtre donnant sur la cour intérieure : l’espace de Theodore. La décoration, ici aussi, était inexistante. Nous n’investissions ces lieux que temporairement, et pour des missions précises. 

Je profitai d’un peu de ce temps seul pour programmer, valider et lancer les rixes qui auraient lieu dans les semaines suivantes. J’avais déjà un peu d’avance sur le planning, mais l’expérience m’avait appris que je pouvais -très- rapidement me trouver débordé. Je préférai anticiper autant que je le pouvais, ce devait être mon côté intello. Rapidement, je lisais et répondais aux dernières interrogations et précisions qu’Hector Nott et Yaxley avaient en ce qui concernait notre « prise du Ministère », ou mission suicide pour tous ceux que j’y envoyais. Finalement, dans une ultime phase de préparation pour cette opération, je passai en revue les nouvelles recrues pour constituer le dernier groupe, celui qui comporterait Blaise, et donc qui ne rentrerait pas dans le Ministère. Sous mes yeux, le curriculum vitae de Felix Rosier, notre nouveau thésard. Un instant, je pondérai ma réflexion. Il était naze en combat, c’était une évidence. Il était même fort probablement un boulet, et ce n’était clairement pas pour ces aptitudes-là que je l’avais recruté. Néanmoins, c’était l’armée de Voldemort, et quand bien même il m’appartenait de décider qui écopait de quel rôle, je pouvais difficilement faire en sorte que quelqu’un ne se retrouve jamais en mission sur le terrain, hormis les rôles évidemment très protégés, du type de celui de Livie Wade. Rosier, néanmoins, je l’avais admis dans mon académie préparatoire. Somme toute, c’était l’occasion parfaite de « l’envoyer sur le terrain », tout en étant, au fond, absolument certain qu’il n’irait pas du tout sur le terrain. J’ajoutai son nom à la liste des derniers convoqués. 

Finalement, lorsque l’ombre sombre de la nuit commença à pointer le bout de son nez sur l’abbaye, je rangeai mes parchemins et descendais finalement tous les rejoindre dans le réfectoire. À grandes enjambées, j’arpentais la longue salle voûtée faite de pierres brutes, où les recrues étaient déjà installées sur les tables rectangulaires installées là pour eux. Dans la nuit qui commençait à tomber, quelques chandeliers illuminaient la pièce d’une lumière vacillante. Dès que je pénétrai les lieux de ma présence, un silence total, soudain, un silence parfait dans lequel ne résonnait que la force puissante de chacun de mes pas vers le fond de la salle. Ensuite, le froissement des étoffes tandis que les recrues se levaient, puis se baissaient en une révérence pour m’accueillir, moi, leur Grand Intendant. Mes pas lourds, seul rythme sonore, et sur ma droite, le bois d’un banc qui grinçait tandis que tous se levaient sur mon passage. Je retenais un sourire. Comme la personne la plus importante, le prédateur au sommet de la chaîne alimentaire, je ne les regardais même pas se plier pour moi. Ils connaissaient leur place, et je connaissais la mienne. 

Au fond de la salle, mes amis, Maxwell, Weber, Feign et Philps qui les avaient rejoints à ma demande, se tenaient debout sur une parfaite ligne droite. Devant la parfaite ligne militaire qu’ils formaient, je m’ancrais là, et faisait finalement face à mon auditoire. 

-       Vous avez devant vous l’équipe encadrante de ces classes préparatoires pour Mangemorts, commençai-je sans plus de cérémonie. 

Ils avaient passé une partie de la journée avec mes amis, ils n’avaient pas besoin d’une introduction en bonne et due forme. En prime, tous mes connaissaient déjà, que ce soit parce que les recrues ne dataient pas d’aujourd’hui, ou bien parce que j’avais été présent lors de leurs entretiens pour qu’ils rentrent chez nous. Ils savaient tous ce qu’ils faisaient ici, et qui était aux commandes. 

D’un bras que j’étendais derrière-moi, je présentai néanmoins la chaîne étalée devant moi : 

-       Allan Weber, Cyprus Maxwell, continuai-je en les suivant de mon bras, Maximus Feign, Adrian Philps, Blaise Zabini, Pansy Parkinson, et Theodore Nott. Tous sont des Mangemorts confirmés, tous ont participé à des missions probablement plus périlleuses que vous ne pouvez l’imaginer, et tous, sans exception, se sont montrés être des éléments décisifs pour les rangs du Seigneur des Ténèbres. Dans les semaines à venir, enchaînai-je platement vers leurs visages attentifs, vous serez entre leurs mains pour les différentes classes qui composeront votre apprentissage. Je ne répéterai donc pas, aussi je vous conseille de bien écouter dès maintenant, que vous êtes sous leur totale autorité, sévis-je froidement. Vous n’êtes ni dans une école lambda, ni dans un système égalitaire. Je ne tolérerai pas le moindre affront à mon autorité, ni à la leur, et j’ose espérer que vous saurez apprécier l’honneur que vous avez de recevoir leurs enseignements. Ceux pour qui ce ne serait pas tout à fait clair, une place vous a été réservée dans le cimetière de l’abbaye, annonçai-je en laissant mes yeux froids retomber sur eux. 

Dans la pièce, le silence était si total lorsque ma voix ne grondait pas que je pouvais entendre les chandeliers crépiter. Par les Dieux, qu’est-ce que j’aimais cela. Tous ces regards tournés vers moi. Toutes ces attentions, sur moi. Toutes ces vies, entre mes mains. Tous ces esprits, offerts à moi. Toutes ces loyautés, pour moi. Et moi, en tant que parfaite incarnation du dictateur qu’ils attendaient. J’inspirai profondément, ancrant en moi le frisson émotionnel de cette domination absolue. 

-       Ici, repris-je ensuite, vous serez préparés à être des Mangemorts. Vos entraînements seront principalement basés sur le combat, divisés en plusieurs classes : Torture : l’être et l’infliger, qui seront dispensées par Miss Parkinson, ainsi que Messieurs Maxwell et Weber. Combats : avec et sans magie noire, assurées respectivement par Messieurs Nott et Philps, et Tuer, donné par Mr Feign. À cela s’ajouteront des classes centrées sur l’esprit d’équipe et la pression psychologique, données principalement par Monsieur Zabini et Miss Parkinson. Finalement, Monsieur Nott formera au fur et à mesure de ses observations basées sur vos performances, une ultime classe d’élite de Combat de Magie Noire Supérieure, qui perfectionnera ceux chez qui il trouvera le plus de potentiel, leur appris-je alors. Avec tout cela, nous espérons pouvoir vous offrir les clés nécessaires pour non seulement survivre à cette Guerre, mais surtout devenir, à votre tour aussi, des éléments décisifs des rangs du Seigneur des Ténèbres dont les noms seront gravés dans l’histoire, leur vendis-je alors. 

Ils applaudirent, ces débiles profonds. Conneries. Personne ne se souviendrait d’eux, moi le premier. 

-       Avant de vous laisser profiter de votre soirée, je souhaite juste rendre une dernière chose très claire, fis-je retomber leur entrain du sérieux létal de ma voix. Ce n’est pas une école de magie, leur rappelai-je gravement. Nous n’avons ni le temps, ni l’envie, ni le luxe de vous donner des cours poussés dans des sous-branches ou spécialisations diverses et variées. Nous allons droit au but, les assiégeai-je froidement. Nous sommes là pour vous donner des clés afin que vous aussi, vous puissiez avoir l’honneur d’intégrer définitivement mes rangs, et participer au développement du règne du Seigneur des Ténèbres. En cela, vous n’êtes pas dans une charmante petite école, leur rappelai-je avec menace. Vous n’allez pas être dans des conditions agréables, et vous n’aurez pas le droit de vous en plaindre. Vous n’allez pas redoubler si vous ne correspondez pas à nos attentes. Vous ne serez pas collés si vous ne faites pas vos devoirs. Vous mourrez, fis-je tomber ma sentence froidement. 

Je laissai le silence mêlé au poids de mes mots les écraser complètement, et finalement, j’ouvrai les bras : 

-       Bienvenue à l’académie de Mangemorts, annonçai-je sous le brouhaha entêtant de leurs applaudissements. 

Certains se forçaient, parce que nous ne leur avions pas laissé le choix de passer par là tant ils étaient médiocres. D’autres réalisaient réellement la chance qu’ils avaient de pouvoir bénéficier de l’expérience de mon escouade. Cette escouade, qui, tous rangs confondus, avait fait non seulement le plus de dégâts, mais aussi le plus de recrues depuis le début de cette guerre. Cette escouade qui était la seule à pouvoir se vanter de n’avoir jamais perdu le moindre de ses membres malgré le nombre, là-encore le plus impressionnant, de rixes à son compteur. Non, je n’étais finalement pas certain du tout qu’ils se rendaient compte de la chance qu’ils avaient. C’était une planque pour les miens, mais en réalité, j’avais vraiment aligné pour eux la crème de la crème des Mangemorts. 

Avec la nuit qui était tombée, les mêmes pensées qui m’accompagnaient désormais : où était Granger, en cet instant ? Était-elle en sécurité ? Était-elle en danger ? Était-elle seulement encore en vie, ou bien ne savais-je simplement pas encore qu’elle m’avait déjà été enlevée ? Et avec ces angoisses, j’inspirai profondément, et je m’ancrais dans le spectacle ridicule qui s’étalait devant mes yeux. 

Blaise et Pansy avaient lourdement insisté pour que nous organisions une soirée de « rentrée » à l’académie. Puisqu’ils étaient des « professeurs » exemplaires, évidemment, ils participaient à la soirée comme si c’était leur rentrée à eux aussi. Dans le réfectoire désormais animé d’une vie que nous avions laissé Blaise et Pansy libres d’instaurer, dans une ambiance tamisée, de la musique faisant vibrer les pierres brutes qui avaient jadis abriter tant de foi religieuse que c’en était probablement un blasphème, l’alcool coulait à flots. Entre les tables, là où l’ordre avait régné quand je m’étais adressé à eux, il ne restait rien que le chaos. Sur les bancs, sur les tables, certains dansaient, d’autres chantaient, et d’autres encore hurlaient. Parmi eux, nos amis. Sur une table longue que nous avions installée en bout de salle, nous permettant une vue de l’ensemble, Theodore et moi siégions en chefs. Philps et Feign, que je n’avais fait venir que pour les présenter aux recrues, étaient repartis à leurs occupations bien -bien- plus importantes. Bien entendu, Maxwell et Weber s’étaient, eux aussi, joint au reste du groupe pour picoler comme les détraqués qu’ils étaient. Sur la table qui siégeait en maître pour nous, seuls Theodore et moi y étions encore installés, observant avec un sourire en coin excédé nos amis foutre un capharnaüm sans nom dans l’école que nous venions de construire. 

Là, au bout d’une des longues tables rectangulaires qui abritait normalement nos recrues, Blaise avait étalé une rangée de shots plus longue qu’il n’en était raisonnable. De bouteilles d’alcool qu’il vidait, il remplissait la ligne de shots, puis du bout de sa baguette, il les allumait d’un feu bleu. Face à lui, il laissait une recrue téméraire s’installer, et dans une course effrénée, ils s’évertuaient tous les deux à enchaîner le plus de shots possibles. Celui qui arrêtait de boire le premier avait perdu. Blaise ne perdait jamais. Entre deux recrues, il avait tendance à frapper sur la table de bois de ses deux mains, et proclamer un hurlement vainqueur qui résonnait dans l’intégralité de la pièce voûtée. 

À l’écart de la file de recrues participantes, qui passait là avec un air presque dédaigneux, je reconnaissais l’aura étrange de Felix Rosier. À la recherche de son nouvel adversaire, Blaise aussi sembla le remarquer. Avec un grand sourire faussement aimable, il lui présenta la place vide face à lui d’une main chaleureuse. 

-       Il sait picoler, le p’tit prince ? l’invita donc notre ami avec défi. 

Sur le visage à la peau pale de Rosier, un unique sourcil noir se dressa sur son front. 

-       On a notre premier jour demain matin, Monsieur Zabini, appuya presque insolemment la dernière recrue. 

Je me sentis sourire. Je trouvais cela très amusant, la finesse avec laquelle il jouait avec l’insolence. Là où Pansy, Granger, ou même moi avions tendance à être extrêmement explicites dans les appuis que nous donnions à notre ton lorsque nous nous essayions à l’exercice, lui était beaucoup plus fin. Sur son visage, je ne trouvais toujours pas le moindre sourire en coin, et dans ses yeux, aucune lueur indiquant qu’il s’amusait là. Il semblait simplement au-dessus de tout cela, et pourtant, chez lui, quelque chose hurlait à tue-tête ‘gosse pourri-gâté insolent’. 

Face à lui, le visage de Blaise bascula en arrière, et au ciel, il rit à gorge déployée. Sa chaleur se répandit dans toute la salle, et j’en recevais des éclats avec joie. Lorsqu’il baissa à nouveau les yeux sur le petit gosse de riche mystérieux, le défi brûlait en eux : 

-       T’es autant en porcelaine que ça, Beauxbâtons ? 

Son ton s’était fait plus bas, comme cherchant à accrocher l’instinct de compétition, ou peut-être l’égo de Rosier afin de le forcer à se prêter à son exercice de boisson, mais là-encore, Blaise ne récolta rien de ce qu’il était venu chercher. Sans que la porcelaine de son visage ne se plisse ni d’un sourire, ni de rien d’autre de dédaigneux non plus, simplement d’un marbre parfait, Rosier répondit d’un ton aussi plat qu’il pouvait l’être : 

-       Peut-être que oui. 

Et sur ce il laissa derrière lui un Blaise qui, derrière le large sourire avec lequel il le regardait avoir le culot de partir, était terriblement frustré de ne pas être parvenu à ses fins, je le savais. 

Finalement, fatiguée de constater que les autres recrues ne faisaient pas le poids, Pansy avait pris position face à lui. Dans un échange de regards taquin, là où entre eux l’amitié et la compétition brûlait leurs iris, elle s’était installée de l’autre côté de cette table en adversaire redoutable, et avec un immense sourire à la fois fier et excité, Blaise avait rempli une ligne de shots plus impressionnante encore que les fois précédentes, signe évident d’à quel point il estimait les compétences d’alcoolique de son acolyte. Dans un combat de regards acharné, là où la tension grandissait, plusieurs recrues s’étaient entassées autour d’eux pour observer le spectacle de leurs ‘professeurs’. Du haut de notre table, Theodore et moi pouffions. Nous ne pouvions vraiment pas sortir ces deux-là, décidément. Demain, ils donneraient leurs premiers cours à tous ces élèves. 

-       J’espère que t’as l’gosier encore bien accroché Zabini, provoqua alors Pansy, parce que j’vais pas tomber aussi vite que ces tarlouzes prépubères. 

Sur les lèvres de Blaise, un sourire prédateur dévoila ses dents. 

-       Ah ça j’te l’accorde, on sait tous les deux qu’t’as la gorge putain d’large ma star, la taquina-t-il à son tour tandis qu’ils se chauffaient à la compétition qu’ils avaient initié. 

Dans une ambiance qui ne ressemblait absolument pas à celle d’une école, les recrues se mirent à taper de leurs paumes ouvertes sur la table de bois où Blaise et Pansy se faisaient face, et sans lâcher les yeux d’émeraude de notre amie téméraire, Zabini remplit une lignée infinie de shots d’alcool. Ses yeux brillant de malice, Pansy porta le bout de sa baguette à sa bouche, et là, elle y souffla un feu magique. Un large sourire satisfait aux lèvres, Blaise la regarda allumer leurs verres d’alcool, et tandis qu’elle faisait flamber la lignée, ils se mirent à compter en cœur. À trois, ils se lancèrent dans l’idiotité profonde de leur idée, et les uns après les autres, ils commencèrent à enchaîner les verres. Lorsque Pansy en portait un à ses lèvres, Blaise se saisissait du suivant, puis Pansy du suivant, et ainsi ils continuèrent encore, et encore, et encore. Ils continuèrent tant que finalement, ils durent se faire glisser tous les deux sur les bancs de bois afin de pouvoir attraper plus de shooters, et autant Theodore que moi savions parfaitement comment cette histoire allait terminer. Cette nuit, Theo tiendrait les cheveux de Pansy au-dessus des toilettes. 

Son terrible instinct de compétition déclenché, et malgré le fait que la mine sur son visage semblait de plus en plus douloureuse à mesure qu’elle s’enfilait beaucoup trop d’alcool fort pour ce corps frêle, Pansy continua. Bien plus qu’il n’en était raisonnable, elle continua, et face à elle, Blaise ne faiblit pas non plus. À côté de moi et tandis qu’ils continuaient d’enchaîner leurs shots dans un entrain général complètement disproportionné, Theodore se leva finalement. Le sourire aux lèvres, je le regardais s’éloigner lentement de moi, et gardais mon attention sur nos deux pestes préférées. Autour d’eux, les recrues étaient de plus en plus folles de témoigner du nombre délirant de shots d’alcool qu’ils étaient capables de s’enfiler. Finalement, et pas avant que Blaise ne soit contraint de physiquement montrer qu’il lui devenait à lui également difficile de continuer à s’enfiler tout cet alcool, Pansy commença à faiblir. D’abord, elle commença à boire plus lentement. Et enfin, alors qu’elle portait un ultime verre enflammé à ses lèvres, sa tête levée vers le ciel pour faire couler dans sa gorge le liquide empoisonné, lorsqu’elle fit retomber le shot sur la table, son dos s’affaissa dans le vide. Derrière elle, Theodore porta une main douce dans son dos, et avec ce geste simple, il l’empêcha de tomber. 

-       ELLE DÉCLARE FORFAIT, J’AI GAGNÉ ! s’exclama alors un Zabini trop enthousiaste pour être encore sobre. 

Derrière lui, les acclamations folles de son public retentirent sourdement dans la salle que nous occupions de notre sombre présence. D’une main ferme et forte, Theodore récupéra Pansy contre lui, et discrètement, il sortit avec elle de la salle, et je savais que les toilettes se souviendraient d’elle. Rapidement, c’était une Parkinson toute pimpante et heureuse qui fit à nouveau son entrée dans le réfectoire, et à ses côtés, un Theodore Nott tranquille, au sourire en coin aussi amusé qu’apaisé. Je souriais, moi aussi. Oui, ils méritaient tout cela. Ils méritaient de pouvoir faire la fête comme ils l’entendaient, dans des murs où ils étaient protégés. D’être insouciants, de profiter, de pouvoir faire quoi que ce soit qu’ils avaient envie de faire, avec personne au-dessus d’eux pour leur interdire quoi que ce soit. Sauf à Blaise de baiser une recrue, bien entendu. Alors, bientôt, de nouveaux jeux s’enchaînèrent dans une nuit sans fin, et quelque part, dans mon esprit, je me demandai ce qu’était en train de faire Granger, et mon cœur se serrait. 

Alors que Theodore était revenu trouver sa juste place à mes côtés, nous ne savions trop comment le spectacle qui se déroulait sous nos yeux s’était mis en place. Face à nous, au centre de la pièce, un rang d’hommes s’était créé face à Pansy. En bout de ligne, face à eux, Pansy les prenait tour à tour les uns après les autres. Dans la main droite des imbéciles heureux, un shot d’alcool distribué par Blaise assit juste à côté, et dans leur main gauche, des Gallions qu’ils lui payaient volontairement. Ensuite, ils descendaient leur shot, et là, face à eux, Pansy leur balançait de sa main gauche le contenu d’un verre au visage avant de leur foutre une énorme tarte en pleine gueule. Et ils faisaient la queue, chacun attendant leur tour, et ils payaient Blaise et Pansy pour ce service improvisé. Et ensuite ils tanguaient, puis ils la remerciaient, et ils s’écartaient pour laisser la place au suivant. Theo et moi sourions du spectacle, et de la capacité assez impressionnante que nos amis avaient, y compris complètement bourrés, pour trouver des opportunités pour se faire de la thune sur le dos de profonds imbéciles. 

À Poudlard, lors de notre cinquième année, ils avaient fabriqué et vendu des potions d’Amortentia pendant plusieurs mois avant d’être pris (et punis) par le professeur Rogue. Leur slogan, au travers duquel ils avaient palpé un certain nombre de blé, n’était autre que « si vous êtes trop laids pour trouver l’amour, et trop cons pour vous en fabriquer vous-même, 5 Gallions la fiole d’Amortentia ». Ces enfoirés avaient amassé un petit début de fortune avec ça. Alors Theodore et moi les regardions, nos deux idiots préférés et tous ces demeurés dont ils avaient bien raison de tirer avantage, et nous nous marrions comme au bon vieux temps, parce que putain, il n’existait personne d’autre comme eux sur terre. L’intégralité des recrues dans cette malheureuse académie était sur le point de l’apprendre, elle aussi. 

Conscient du spectacle qui allait se dérouler pour cette première journée de classes, Theodore et moi avions accompagné Blaise et Pansy, nous en tant qu’observateurs intéressés, dans cette première entrée en matière. Ce matin-là, mes amis et moi avions quitté le manoir à 5heures du matin pétantes, et quand bien même nos deux pestes avaient de sacré gueules de bois – bien limitées par les potions de Mint, il fallait l’avouer – tous les deux étaient en grande hâte de commencer à torturer du petit Mangemort. Comme nous, ils étaient habillés à l’identique, leurs cols roulés noirs moulant leurs corps, des pantalons sombres d’entraînement maintenus à leurs tailles par une ceinture, et de larges chaussures confortables. Aujourd’hui, Pansy avait attaché la partie haute de ses cheveux en un chignon en bataille qui lui laisserait tout le luxe de torturer ses proies comme elle le voulait, et sur ses yeux, son fard à paupières noir se fondait avec ses coquards. Alors, avec des sourires en coin que nous pouvions difficilement cacher, Theo et moi les avions suivis à l’académie, bien évidemment encore endormie. Là, à travers les dortoirs, ils défoncèrent les portes. Comme les tornades qu’ils étaient, échangeant des regards complices ici et là, ils provoquèrent un chaos hilarant pour nous, humbles observateurs. Les recrues, elles, riaient moins. Quelques très courtes heures après qu’ils se soient couchés, quasiment tous bien trop alcoolisés, Zabini et Parkinson fracassaient les portes des différents dortoirs, et là, Pansy du bout de sa baguette, Blaise de la force de ses bras, ils firent retourner leurs matelas sur eux-mêmes. Ceux qui dormaient sur les lits en hauteur tombèrent sur ceux qui dormaient en dessous, et dans une panique matinale trop peu réveillée, ils ne comprirent rien de ce qu’il était en train de leur arriver. Il y en eut même un qui vomit sur son camarade. 

-       Debout, bande de clochards ! les insurgea la voix tranchante de Pansy devant leurs visages totalement désorientés. Vous avez cru que c’était les vacances ici ou quoi ?! 

Appuyés contre le mur, Theodore et moi rions doucement. Blaise frappa l’arrière du crâne d’une jeune recrue qui se levait en titubant dans le chaos qu’ils avaient déchaîné.

-       Vous avez deux minutes top chrono pour nous retrouver dans la cour, annonça-t-il alors, tout frais, tout pimpants, sourit-il avec malice. 

Ils laissèrent derrière eux un capharnaüm sans nom, et je me félicitais d’avoir eu l’idée de créer cette académie pour eux. Oui, je leur avais vraiment offert-là un terrain de jeu digne d’eux. Il était temps qu’ils puissent s’amuser un peu, eux aussi. Je n’allais pas récolter tous les lauriers du prix de leurs âmes, à eux aussi. 

Dans la cour intérieure, celle qui contenait les restes du cloître mangé par la végétation alentour, Theo et moi suivions nos deux professeurs intraitables en nous faisant passer pour des évaluateurs intéressés par les recrues. Nous n’étions en vérité intéressés que par les conneries de nos amis. Derrière eux, certaines recrues suivaient déjà en claudiquant, et bientôt, le reste du troupeau suivi pour dresser une ligne devant leurs assaillants. Appuyés contre le cloître, dans le dos de nos amis, Theodore et moi observions ces nouveaux Mangemorts avec pitié. Pas pitié pour eux. Pitié d’eux. 

Certains ne portaient qu’une partie de leur pyjama, soit le haut, soit le bas. D’autres portaient encore les vêtements de la veille. Les pauvres qui s’étaient fait vomir dessus n’avaient même pas eu le luxe de se nettoyer, et tous, encore, avaient la marque de leurs oreillers, un filet de bave au coin de la bouche, et les cheveux dans un tel désordre qu’ils avaient l’air de balais de Quidditch. Certains et certaines essayaient de se tenir droits, et parmi eux, certains n’y parvenaient même pas, déjà à bout de souffle. Sur la gauche de la ligne, une de nos recrues vomit, et nous le regardions tous faire. Sur les pavés de la cour, son vomi s’étala en projectiles verdâtres dans un bruit mou et visqueux. À côté de lui, certains de ses camarades se retinrent d’en faire autant en portant une main à leur bouche. Je reconnaissais Isolde Graves non loin, notre nouvelle legilimencienne gothique, qui eut un haut le cœur audible qu’elle contra par la main qu’elle se hâta de plaquer sur ses lèvres encore à moitié maquillées. Bien entendu, elle portrait une nuisette noire faite de dentelle. Celui qui avait vomi s’essuya le menton, et enfin, la voix familière de Pansy mit fin à ce supplice de sons dégoûtants. 

-       Eh ben putain, c’est ça les futurs Mangemorts du Seigneur des Ténèbres ? pesta-t-elle en laissant sur eux défiler son regard plein de jugement, sa lèvre supérieure retroussée sur ses dents en une moue écœurée. 

-       Vous étiez pourtant au courant qu’aujourd’hui c’était votre rentrée, non ? ajouta Blaise alors qu’un immense sourire venait leur dévoiler ses dents. 

Face à eux, la plupart des recrues fixaient le sol. Certains d’entre eux s’empêchaient difficilement de tanguer, clairement encore ivres des festivités de la veille. Face à leur silence, Pansy s’approcha de la lignée pour la sonder de plus près. Là, elle envoya soudainement sa main dans la gueule d’un petit blond d’une vingtaine d’années qui fixait le sol. 

-       Oh, il vous a posé une question ! tomba sur eux la sentence de mon amie comme la foudre d’un orage. Vous êtes pas demeurés à c’point quand même, si ?! 

-       Oui, Monsieur Zabini, répondirent alors la majorité de la lignée. 

Le sourire sur les lèvres de Blaise s’élargit, et dans un regard pétillant qu’il échangea avec sa meilleure amie, il commenta à son attention, sa voix rocailleuse enrobée de miel : 

-       Ouf, j’aime entendre ça, souffla-t-il avec une excitation sadique avant de morde sa lèvre inférieure. 

Theodore et moi nous retenions de rire autant que nous le pouvions, quand bien même ils nous rendaient la tâche difficile. 

Après les avoir encore un peu plus confrontés à leurs merdes, Blaise expliqua enfin :

-       Vous êtes actuellement cinquante-et-un dans cette académie, et au cas où vous n’auriez pas remarqué, il n’y a de la place que pour cinquante personnes ici.  

C’était vrai. L’un ou l’une d’entre eux avait indéniablement dormi par terre, ou bien en la compagnie de quelqu’un d’autre. À son tour, ses mains nouées dans son dos, Blaise arpenta la ligne de recrues en gueule de bois devant lui dans un instant qu’il étira. Je souriais. L’enfoiré aimait cela, lui aussi. Toutes ces attentions sur lui, attendant ce qu’il se déciderait à leur dire, dépendants de sa prochaine phrase. Je ne connaissais ce sentiment que trop bien. J’étais ravi de pouvoir le partager avec eux, ils le méritaient. 

Finalement, il recula pour reprendre place aux côtés de Pansy, face à eux, là où il pouvait tous les voir en ne faisant rien d’autre que tourner un peu la tête. Là, il se positionna comme une ancre, et soudainement il ne resta plus rien d’amusement, ni le moindre sourire sur son visage. 

-       Désignez le maillon faible qui, selon vous, n’a pas sa place ici, ordonna-t-il soudain. 

Il y eut un flottement. Je les observai finalement avec attention, ces recrues alignées, curieux de voir qui réagirait comment. Entre eux, les premiers regards confus commencèrent à s’échanger, et dans chaque paire d’yeux croisés, une peur que je pouvais presque goûter sur le bout de ma langue. Le coin de ma bouche s’étira en un sourire, et je dégustais le spectacle à l’image de mes amis. 

D’abord, aucun d’eux ne parla. Des regards furtifs, des pensées indécentes, des hésitations et personne qui n’osait être le premier à désigner un camarade. À chaque seconde qui passait, la tension grandissait, presque palpable dans ce reste de nuit que nous leur avions volé. Putain, que c’était agréable d’être les bourreaux. Tellement plus jouissif que leur place de victime, impuissants et réduits à la volonté de quelques pauvres fous. 

Soudain, une de nos recrues qui avait rejoint les rangs au travers d’une de nos rixes, un homme brun d’au moins vingt-cinq ans sortis de la ligne en faisant un pas en avant, et du bout de son doigt accusateur, il pointa sur sa gauche. 

-       Lui, Monsieur ! osa-t-il alors. 

Blaise et Pansy lui sourirent, et tous deux, ils suivirent la direction que prenait ce doigt accusateur. À son bout, un Felix Rosier imperturbable pendant qu’une partie de la ligne commençait à acquiescer, tandis qu’une autre restait sur ses gardes. 

-       Connard, pesta Isolde dans sa barbe. 

Je souriais. Par les Dieux, ce que c’était divertissant. Tandis que de plus en plus de recrues se joignaient à la conclusion de l’accusateur, l’accusé demeurait de marbre. Habillé d’un jogging à la coupe droite d’un gris foncé qui tombait sur le sol pour se marier avec les pavés, un simple t-shirt blanc cachant la finesse de son torse de ses assaillants, Rosier était peut-être l’un de ceux qui avait la moins mauvaise mine. D’ailleurs, je notai que même son pyjama était fait d’un tissu qui coûtait le genre de Gallions que l’on ne gagnait pas à la loyale. Si ses cheveux de la couleur de la nuit étaient désordonnés, il avait néanmoins l’air parfaitement alerte. Il ne regardait même pas l’homme qui l’avait désigné, ni aucun de ceux qui se ralliaient pour l’offrir à mes amis. Il regardait simplement Blaise, ses mains enfoncées nonchalamment dans les poches de son jogging, rien chez lui ne donnant l’impression qu’il était ne serait-ce qu’un peu inquiet quant à son sort.  

Blaise baissa le menton, et dès que ses yeux le trouvèrent, il ne détourna plus jamais le regard de Rosier. Une lueur joueuse et provoquante dansant dans ses iris et tandis qu’un sourire de biais venait étirer une seule commissure de ses lèvres, il leva son index avant de le replier doucement vers lui, lui faisant signe d’approcher. Le geste avait quelque chose d’insolent, le genre d’insolence qui cherchait à faire réagir, et chez Felix, rien ne s’activa. Sans être trop timide pour éviter la malice qui brillait dans les yeux de mon ami, il obéit à son ordre, et s’écarta de la ligne en un pas en avant vers Blaise. Sans cesser de lui faire signe, Blaise roucoula avec sadisme : 

-       Plus près.

Rosier fit un nouveau pas vers eux, et là, ce fut Pansy qui lui tourna lentement autour à la manière de ces prédateurs qui évaluaient leurs proies. 

-       C’est vrai qu’il est presque aussi fin qu’une baguette celui-là, commenta-t-elle en s’autorisant à le sonder. 

À son tour, Blaise approcha tandis que la ligne des recrues acquiesçait vivement à ce constat. Là, il saisit du bout de ses doigts le bas du t-shirt de Felix, et lentement, il le releva pour dévoiler son abdomen. De son visage penché sur le côté, il regarda la peau de porcelaine qui se dévoila à lui, et une nouvelle fois, imperturbable, Rosier ne broncha pas d’un pouce. 

-       Rah, ronronna alors Blaise, c’est dommage, j’ai l’impression qu’il suffirait d’un peu de protéine pour donner d’la consistance à cette tablette. 

C’était vrai, Rosier était tracé. Il était fin et définitivement au moins deux fois moins épais que plus que les trois quarts des hommes ici, mais ses muscles demeuraient dessinés. 

-       Mmh, pondéra Pansy en continuant de tourner lentement autour d’un Felix impassible, tu penses qu’on a du temps à perdre avec une tapette pareille ? 

Sur le visage de Blaise, son sourire de prédateur s’élargit pour dévoiler ses dents. 

-       Nan, j’pense pas, chuchota-t-il presque sans quitter Rosier des yeux. 

Dans un geste qu’il alanguissait, Blaise tira sa baguette de la poche de son pantalon. Il recula d’un pas en arrière, et lentement, il étira son bras jusqu’à Felix. À l’autre bout de cette baguette, Felix ne vacilla pas. En vérité, il eut même le culot d’élever très légèrement son menton, geste quasi imperceptible que je savais que Blaise avait perçu dans la façon dont son sourire s’était encore élargi sur son visage. Entre leurs regards, le jeu que Blaise essayait une dernière fois d’enclencher était palpable, mais une nouvelle fois, il était le seul à jouer. Rosier se tenait droit, ses mains toujours cachées dans les poches de son jogging, son menton légèrement surélevé, et il ne ferma pas les yeux pour fuir quoi que ce soit. Avant même que Blaise ne prononce le moindre mot, le bout de sa baguette s’alluma d’une lumière verte.

-       Avada Kedavra, prononça-t-il la sentence ultime sans parvenir à perdre son sourire, ses yeux ne semblant pas pouvoir se défaire de l’impassibilité de Rosier. 

À l’autre bout de sa baguette, là où le jet de magie vert avait effleuré l’épaule d’un Felix immobile, le corps du Mangemort qui l’avait désigné comme le plus faible s’écroula sur le sol dans un bruit sourd, et avec lui, un silence les engouffra. Rosier ne se retourna même pas, et ni lui, ni Blaise ne rompit le contact qui s’était créé entre leurs yeux sombres. Finalement, Blaise laissa sa baguette retomber contre sa cuisse, et il annonça au groupe :

-       Le plus faible, c’est la première p’tite pute qui va jeter un coéquipier sous l’train dès qu’il est un peu sous pression.  

Le sourire aux lèvres tandis que la plupart des regards étaient portés sur le cadavre au sol, Pansy ajouta d’une voix trainante : 

-       Et on n’aime pas les putes ici. 

Pour quiconque aurait regardé le spectacle de mon point de vue, il serait apparu évident que Rosier n’avait pas eu peur une seule seconde de mourir. Et à mon humble avis, il était loin d’être la personne la plus faible présente en ces lieux. 

Comme s’il cherchait encore à piquer quelque chose, son égo, sa colère, je ne savais vraiment trop quoi, Blaise continua sans pouvoir arrêter de sourire vers Rosier :

-       Mais c’est vrai que Beauxbâtons laisse à désirer, osa-t-il d’une voix aussi basse que provocatrice. On lui trouvera bien une utilité, annonça-t-il vers la ligne d’élèves, y a du matériel à porter pour mes cours, taquina-t-il avant de finalement rompre le contact qui unissait leurs yeux en se retournant vers nous. 

À Theodore et moi, il adressa un immense sourire avant de tirer sa langue vers nous avec l’excitation d’un enfant qui venait de s’éclater comme un fou. Je pouffai. 

-       Allez déjeuner, ordonna alors Pansy, vous avez vingt minutes. 

Avec un sourire machiavélique qui étirait le coin de ses lèvres encore abîmées, elle ajouta avec une langueur trainante dans la voix : 

-       Parce qu’après c’est moi qui vais vous cuisiner. 

Tandis que la ligne se défaisait pour se précipiter vers le réfectoire, Blaise appela :

-       P’tit Prince.

Rosier se retourna vers lui, un air las sur le visage qu’il ne cherchait même pas à dissimuler. Il me plaisait vraiment bien, celui-là. Du bout du menton, Blaise désigna le cadavre par terre. 

-       Porte ça au cimetière, ça t’fera les bras. 

Avec un faux respect, ou peut-être était-il réel, je ne parvenais pas à le cerner, Rosier acquiesça simplement, et il se baissa maladroitement pour saisir un bras du cadavre. Difficilement, il porta ce bras autour de sa propre épaule, et non sans labeur, il traina le corps avec lui. Blaise pouffa, moqueur, avant de se retourner vers nous, désormais seuls. 

-       Ohoh, merde, commenta-t-il avec un immense sourire tandis qu’il se frottait les mains, j’crois qu’j’suis carrément en train d’bander. 

Pansy se pencha sur son corps, cherchant à observer son entre-jambe. Là, elle leva un sourcil désapprobateur. 

-       T’as qu’ça en réserve ? se moqua-t-elle devant l’absence évidente de bandaison de notre ami. 

Ignorant sa remarque, il passa un bras autour des épaules de Pansy et l’attira contre lui tandis qu’elle riait. 

-       J’sens qu’toi et moi on va bien s’amuser ici ma star, adressa-t-il à sa meilleure acolyte. 

Ce qu’il restait de cette journée ainsi que de la suivante, Theodore et moi l’avions en majorité passée à peaufiner les détails de l’attaque du Ministère, tantôt avec les Mangemorts que nous envoyions là-bas, tantôt avec les têtes sur place qui allaient diriger l’opération. Plus ça allait, plus la machination prenait de l’ampleur, et à chaque soldat que je missionnais d’y aller, je savais que je les envoyais au bûcher pour les beaux yeux de Granger. 

Le jour-j, Theodore, Pansy, Blaise et moi nous étions installés dans une chambre d’hôtel moldue cinq étoiles, dont les fenêtres donnaient directement sur une des entrées du Ministère – celle à travers laquelle Blaise ne rentrerait pas. Personne, hormis nous quatre et Granger, ne savait que nous étions ici. J’avais donné tous mes derniers ordres dans les jours précédents, et chacun connaissait parfaitement son rôle, de même du côté de l’Ordre. Tout était millimétré à la perfection, et tel le chef d’orchestre que j’étais, depuis le canapé dans le coin de l’énorme suite que j’avais louée pour les quelques heures que nous passerions sur les lieux, je coordonnais au travers de dernières missives l’envoi des différents groupes d’assaut sur la table basse. 

En face de moi, dans l’immense lit qui siégeait dans la suite aux couleurs beiges et dorées, moulures au plafond bien sûr, une Pansy dans son attirail de Mangemort habituel trainassait allongée sur le lit. Sur le dos et les jambes portées en l’air, elle regardait l’or du lustre qui tombait entre nous. Sur notre gauche à tous les deux, Theodore se tenait contre la fenêtre dont il tirait le rideau pour pouvoir observer l’entrée gauche du Ministère, celle des visiteurs. Celle qui donnait directement sur l’intérieur. Dans la salle de bain, l’eau terminait de couler tandis que Blaise se faisait un malin plaisir à utiliser la douche luxueuse qui accompagnait cette suite royale, et moi, je revérifiais dix fois les mêmes choses sur la table basse, parce que c’était mon ami que j’envoyais aux portes de l’enfer. Il était 7heures et 11 minutes du matin, et le premier assaut s’apprêtait à être lancé. Hector Nott et ses faux conférenciers étaient déjà à l’intérieur, et Yaxley était certainement en train de prendre le contrôle sur les accès sécurisés pour ouvrir l’accès simultané des plusieurs zones évoquées. Une ultime fois, je confirmais avec Granger au travers de notre cahier qu’ils fermeraient les portes du Ministère, après avoir repris le contrôle des accès, à 7heures 32minutes et 00 secondes précises, ce qui me forcerait à ordonner le retrait à la dernière équipe d’assaut « envoyée » sur les lieux, celle de Blaise. Elle confirma. J’inspirai profondément, et envoyai mes premiers ordres aux premiers groupes. 

Soudain, Blaise ouvrit la porte de la salle de bain, et avec lui, un nuage de vapeur chaude se répandit dans la pièce. Là, il débarqua dans la pièce principale, une petite serviette blanche autour de sa taille qui ne couvrait pas même la moitié de ses cuisses, ses abdos saillants aux premières loges pour nous. 

-       Putain, si j’dois mourir aujourd’hui au moins j’aurais pris la douche de ma vie, complimenta-t-il la suite que j’avais trouvée pour nous. 

Je lui souriais par-dessus mes parchemins. Tranquillement, je l’apaisai : 

-       Tu ne vas pas mourir aujourd’hui. 

J’envoyais du bout de ma baguette la missive à Hector qui ordonnait aux infiltrés le début de l’opération par l’intérieur. À sa suite, j’envoyais celle à Yaxley qui lui ordonnait d’ouvrir les zones préétablies. 

Blaise épongea ses cheveux d’une serviette supplémentaire, et vers nous, il adressa :

-       J’trouve que vous pourriez au moins faire semblant d’vous inquiéter un peu pour moi.

Je jetai un coup d’œil vers Theodore. Depuis la fenêtre, là où il tenait le rideau juste assez écarté pour pouvoir observer la rue, il acquiesça vers moi. J’envoyais l’ordre au premier groupe d’assaut extérieur de se rendre sur les lieux, et la seconde suivante, Theodore acquiesça une seconde fois dans ma direction. Mes soldats commençaient à débarquer dans les rues voisines pour attaquer les entrées connues du Ministère. 

Depuis le lit, ses deux longues et fines jambes toujours suspendues en l’air, Pansy tourna le visage vers son meilleur ami. 

-       Non mais regardez-le c’ui-là, pesta-t-elle avec une moue de dégoût, il se chie d’ssus comme une gamine ! 

Je jetai un coup d’œil à ma montre, et à la seconde près convenue avec l’Ordre, j’envoyais une missive au deuxième groupe d’assaut que j’envoyais là-bas. Depuis la fenêtre, Theodore acquiesça silencieusement vers moi. 

-       J’te signale que j’me sacrifie pour vos beaux yeux à tous ! tenta de se défendre Blaise vers sa meilleure ennemie. 

Sur le lit de la suite, Pansy se retourna enfin pour s’y allonger sur le ventre, le haut de son corps surélevé vers son ami qui demeurait ancré devant l’entrée de la salle de bain. Vers nous, elle le pointa du doigt à l’aide de son pouce :

-       Des grands « j’me sacrifie », imita-t-elle avec une atroce voix grave qu’elle rendait idiote, alors qu’il va même pas rentrer dans l’arène, l’autre ! 

Je souriais. Je regardais ma montre. Je comptais quatre secondes supplémentaires. J’envoyais la missive pour le déploiement des Détraqueurs. Theodore acquiesça silencieusement dans ma direction. 

Sur le lit, Pansy se fit glisser pour pouvoir atteindre le sol de son bras qu’elle étendait. Là, juste aux pieds de Blaise, elle ramassa quelque chose. Elle leva ensuite sa main fermée, et la lui ouvrit, vide. 

-       Tiens, lui offrit-elle alors, t’as fait tomber tes couilles. 

La bouche grande-ouverte devant son culot, Blaise saisit les poignets de son amie, et tandis qu’elle commençait déjà à hurler de rire, il la retourna sur le lit pour lui sauter dessus, et il commença à la chatouiller dans un brouhaha familier. 

-       Putain mais une ingratitude pareille c’est culotté, même pour toi ! s’exclama un Blaise qui, pourtant, ne perdait rien de son large sourire, au contraire. 

Je regardais ma montre. J’envoyais la missive au groupe d’assaut suivant. Theodore acquiesça. Il quitta la fenêtre, et marcha jusqu’au lit. Tranquillement, il enferma la nuque de Blaise entre son pouce et son index. Soudainement, Blaise lâcha une Pansy qui riait encore sous lui, et il porta sa main au poignet de Theodore, qui tenait encore sa nuque comme une chatte le ferait avec un de ses chatons pas sage. Je souriais. 

-       Aïe, aïe, aïe, se plaignit-il avec une moue douloureuse tandis que Theodore le dégageait du lit du bout de ses deux doigts. 

Sur un ton tranquille, Theodore ponctua d’une voix d’un calme parfait et pourtant chargée de mille et unes menaces qui n’avaient pas besoin d’être explicitées : 

-       Elle a beau vouloir t’aider à devenir un homme, tu la touches pas quand t’as la bite à l’air. 

Je regardais ma montre. J’envoyais la missive au groupe d’assaut suivant. Blaise attrapa ses habits sur le bord du lit tandis que j’acquiesçai vers lui, et il râla vers nous : 

-       Pfff vous êtes tous des ingrats, la vérité vous me méritez pas ! 

Sur ses mots, il claqua derrière-lui la porte de la salle de bain. Je souriais. Je regardais ma montre. Theodore se repositionna à la fenêtre, et il tira légèrement le rideau. Je vis la jambe de Pansy trembler d’anticipation sur le lit, et elle se mordit furtivement la lèvre inférieure. J’envoyais la missive suivante pour le prochain groupe d’assaut. Blaise rouvrit la porte de la salle de bain, tout de noir vêtu. Pansy arrêta de faire trembler sa jambe. Elle jeta un coup d’œil dans ma direction, et j’acquiesçai silencieusement vers elle. Elle se leva du lit. 

-       Aller t’inquiète ma biche, taquina-t-elle encore Blaise, j’te r’garde entrer, va. 

Avec ces mots elle lui adressa un clin d’œil. Je regardais ma montre. Cinq secondes plus tard, j’envoyais la missive au groupe précédant celui de Blaise. 

-       Putain, comment ça va être jouissif depuis l’au-delà d’te regarder chialer ta race quand j’vais crever, murmura-t-il avec un large sourire à sa meilleure amie. 

Elle faisait au moins une bonne tête de moins que lui. Je souriais. Il jeta un coup d’œil vers moi. J’acquiesçai silencieusement. Du bout de sa baguette, il revêtit son Masque à la couleur des os qui contrastait avec le noir de sa tenue. Sur la joue de son Masque, Pansy donna une petite tape affectueuse. Avec un sourire qui se réverbérait jusqu’aux émeraudes de ses yeux, elle chuchota à son ami :

-       Fais pas ta pute, Zabini. On n’aime pas les putes ici, ajouta-t-elle dans un murmure d’autant plus bas. 

Sous son Masque, je savais qu’il lui souriait. Pansy le savait, elle aussi. Dans un dernier échange que l’on aurait pu croire chargé d’émotions, Blaise lui adressa d’une voix basse : 

-       Pour toi, tout c’que tu voudras, bébé. 

Sur son épaule musclée, Pansy lui donna l’ultime tape d’encouragement, et il acquiesça de son Masque lorsqu’elle déclara : 

-       En scène, champion. 

Dans ma direction, il acquiesça, et je lui rendais son geste. Avec un craquement sourd, il transplana à nos Quartiers Généraux où il rejoignit son groupe. Je souriais. 

-       À dans cinq minutes, drama queen, murmurai-je pour lui. 

Pansy marcha jusqu’à la fenêtre où elle rejoignit Theodore. Là, alors qu’elle se collait contre lui, il passa sa main dans son dos, et la laissa là comme ancrage. À sa bouche, Pansy porta son pouce dont elle mordilla l’ongle en observant attentivement l’une des entrées du Ministère. Je regardais ma montre. J’envoyais la missive au groupe de Blaise. 

Je jetai un coup d’œil à Theodore. Il acquiesça vers moi. Blaise et son groupe étaient dans la rue qu’ils regardaient. Je fixais ma montre. 7heures, 31 minutes et 49 secondes. Je fixai la page de mon cahier qui serait bientôt tâchée de l’encre de Granger. 7heures, 31 minutes, et 52 secondes. Je relevai ma manche, et positionnai ma main au-dessus de ma Marque. Je fixai la page de mon cahier qui serait bientôt tâchée de l’encre de Granger. 7 heures, 31 minutes, et 59 secondes. J’approchais ma main de mon avant-bras. 7heures, 32 minutes et 00 seconde.  

Dans la rue, le vacarme et l’agitation étaient à leur comble. À travers l’entrée que Blaise « emprunterait », des visiteurs occasionnels du Ministère sortaient dans la rue en hurlant à la panique. Quand bien même il n’était pas à l’intérieur, il pouvait entendre les jets de magie être tirés de tous les côtés, et surtout, tous ces hurlements. À ce stade, Blaise savait que l’Ordre avait commencé à se renfermer sur les forces qu’ils avaient envoyé à l’intérieur. Tous ceux qui étaient dedans étaient déjà cuits. À ses côtés, les autres membres de son groupe commencèrent à courir vers l’entrée. Blaise compta les secondes. Dans neuf d’entre-elles, les portes actuellement grandes ouvertes du Ministère se refermeraient, et ils ne pourraient plus entrer. Drago ordonnerait le repli. Il suivit derrière son groupe, avec un peu moins d’entrain que le reste d’entre eux. Devant lui, l’étrange Felix Rosier et son Masque bicolore, noir d’un côté, blanc de l’autre. 

À travers la porte grande ouverte du Ministère vers laquelle Blaise et son groupe se dirigeaient, il pouvait entrevoir les forces du Mal être encerclées. Ouais, ils étaient décidément faits comme des rats, pensa-t-il alors. Trois secondes. Il continua d’avancer vers la porte, et à l’intérieur le chaos sembla grandir. Blaise n’était pas certain de quel côté de l’attaque était en train d’hurler le plus, mais il était certain que c’étaient les Mangemorts qui étaient le plus mis à mal. Le premier idiot de son groupe était déjà sur le bas de la porte, prêt à entrer. Blaise lui cédait sa place volontiers. Une seconde. Le con entra. La porte ne se referma pas sur lui. Peut-être avait-il mal compté, la porte devait se fermer désormais. Blaise ralentit encore un peu son pas, mais il ne pourrait pas ralentir plus, ce serait louche. Juste devant lui, Felix Rosier encore à une petite dizaine de mètres de la porte. La porte ne se referma toujours pas. Un autre de son groupe pénétra à l’intérieur. Blaise regarda son avant-bras. Il ne lui brûlait pas. Un autre entra. La porte ne se referma pas. À l’intérieur de lui, Blaise sentit la peur monter en une sensation vertigineuse dans son ventre. 

Il y avait un problème. L’heure était passée, et la porte ne se fermait pas. S’il n’y allait pas, réfléchit-il alors, il condamnerait toutes leurs couvertures, et c’en serait foutu pour ses amis. Blaise regarda à l’intérieur, la magie qui fusait et les Mangemorts qui tombaient, et il savait qu’il n’y avait que la mort là-bas. Il se retourna vers l’immeuble de l’hôtel où il savait que ses amis étaient. S’il entrait là-dedans, il allait droit vers la mort, Blaise le savait. Mais s’il ne rentrait pas alors que les portes ne s’étaient pas fermées et que Drago n’avait pas pu ordonner le repli, il serait évident qu’ils avaient saboté eux-mêmes cette mission carnage. Blaise pensa alors à Pansy, et il se sentit sourire sous son Masque. Non, pour elle, il ne ferait pas sa pute. Il préférait largement que ce soit seulement foutu pour lui, et que ses amis aient une chance d’avoir une autre vie, lorsque tout cela serait fini. L’espace d’une seconde supplémentaire, il chercha sa meilleure amie aux fenêtres de l’hôtel, rien que pour emporter avec lui un peu du vert de ses yeux. Felix l’appela sur le bas de l’entrée. Blaise ne trouva pas Pansy. Il inspira profondément, et d’un pas décidé, il commença à franchir les derniers mètres qui le séparaient de l’entrée du Ministère. 

Blaise avait beau ne pouvoir promettre quelconque loyauté à un partenaire romantique, il n’existait que peu de limites à la loyauté qu’il offrait à ses amis. Peut-être ne connaissait-il pas ce genre d’amour romantique que vivaient ses amis, comme Drago le lui avait dit, mais il les aimait tous comme il lui semblait que peu de personnes étaient capables d’aimer. Pour eux, bien entendu, il n’hésitait pas. Ce n’était même pas un sujet. Il avait réfléchi, et il avait compris que s’il n’entrait pas là-dedans, c’était finit pour ses amis. Avec ce simple constant, il n’y avait plus eu la moindre question dans son esprit. Blaise avait simplement avancé vers la porte encore ouverte. 

Dans son esprit, ses dernières pensées allèrent à sa Pansy. Finalement, il n’avait pas vraiment peur. Il n’était pas vraiment emprunt à des idées suicidaires, mais il savait déjà que c’en serait fini pour lui dès qu’il entrerait à l’intérieur. Il fit un nouveau pas vers l’entrée. L’on pouvait avoir peur lorsqu’il y avait un doute, une surprise, un espoir. Là, il n’y en avait pas. Tout ce qui lui importait, c’était que Pansy ait la vie qu’elle mérite. 

Qu’elle ait toute une vie pour découvrir ce que c’était vraiment, que d’être aimée par Theodore Nott. Merde, qu’elle soit baisée dans tous les sens, dans tous les pays du monde, et qu’elle aille à son putain de Japon de merde pour tout aller retourner là-bas. Blaise voulait que les nuits de Pansy soient pleines de rires, peut-être même chamboulées par un gamin qui chialerait, un jour prochain. Ça la rendrait surement folle, sourit Blaise sous son Masque. Peut-être même que si elle était mignonne, elle appellerait son gosse après lui, en souvenir. Blaise pouffa. Putain, ce serait vraiment le Zab’ deuxième du nom le plus blanc bec de l’histoire. Son cœur se serra quand il songea qu’il ne pourrait sûrement jamais voir cela. Il n’était pas certain, vraiment, que Pansy voulait être mère, et s’il était tout à fait honnête, il n’était pas certain de la voir mère de toute façon. Néanmoins, avec l’acharnement avec lequel ces deux tourtereaux s’essayaient à l’exercice, Blaise ne serait pas étonné que Pansy finisse par tomber malencontreusement en cloque. Il sourit à la pensée. 

Cela lui aurait plu, de pouvoir se foutre de sa gueule tant elle serait énorme comme une baleine. Il aurait voulu pouvoir aller lui chercher des fraises, et les lui enfoncer dans le gosier s’il le fallait. Il aurait aimé connaître les nouvelles limites de son sarcasme, les hormones en aidant certainement son tranchant. Merde, qu’est-ce qu’il aurait aimé pouvoir être le tonton le plus fun du siècle, parce que c’était certain, il l’aurait été. Il aurait adoré pouvoir faire toutes les conneries de la terre avec ce gosse, et se faire défoncer par ses parents. Ouais, pensa-t-il alors, il aurait adoré pouvoir l’accompagner là-dedans. 

Blaise inspira profondément. Vers le ciel, il leva les yeux, songeant que c’était sûrement la dernière fois qu’il voyait ce bleu-là. 

-       J’vous jure, vous là-haut, si vous lui donnez pas son happy-end, j’vous anéantirai moi-même, menaça-t-il les Dieux cruels. 

Et avec un dernier sourire que son amie, son acolyte, sa partenaire n’aurait jamais l’opportunité de voir malgré le fait qu’elle en était l’unique destinataire, Blaise entra dans l’arène. 





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