Je peaufinai les détails de la réunion dans mon bureau tandis que je savais Mint en train de disposer la salle prévue à cet effet dans le manoir. Nous avions pu nous reposer la veille, quand bien même il me semblait qu’employer le terme de « repos » était peut-être exagéré. En tout cas, nous avions dormi, et nous n’avions eu personne à anéantir. J’avais profité du temps dont nous disposions pour dessiner un nouveau plan, un nouvel avenir pour mes proches, et dans un souci de ne pas répéter les erreurs passées, j’avais même pris le soin d’en échanger succinctement avec Granger au travers de notre carnet de correspondance avant de mettre aujourd’hui en action. Il n’était pas question pour moi de ralentir, ni même de modérer mes efforts pour faire le meilleur travail possible pour le Seigneur des Ténèbres, la menace d’être enfermé dans un cachot avec les cadavres de ma famille pourrissant à mes pieds pesait toujours trop lourd sur mes pensées. Je comptais bien mener mes missions à la perfection, à la nuance près que certaines d’entre-elles seraient vouées à l’échec à l’instant même où j’avancerai mes pions sur l’échiquier. Malheureux concours de circonstances, dirons-nous. Après tout, c’était la Guerre. Quelque part, je devais l’avouer, j’étais curieux de savoir jusqu’où je pouvais aller dans ma domination de l’Angleterre. C’était un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres m’avait confié, c’était vrai, mais c’était un pouvoir que j’avais su prendre, que j’avais su garder, et surtout que j’avais su développer. À mon âge, je considérai que ce n’était pas anodin. Le jeune héritier Malefoy pourri-gâté me semblait si fantomatique dans le passé que je n’étais même pas certain de pouvoir encore le sentir vivre en moi.
Alors, comme le chef de guerre que j’étais, j’utilisai ma plume pour envoyer mes dernières missives contenant mes ordres à mes hommes, parce que c’était les miens, et je peaufinai les derniers détails de ce que j’allais raconter à certains triés sur le volet qui étaient convoqués chez moi ce matin.
Il était encore très tôt, à peine cinq heures du matin, car plusieurs d’entre eux étaient infiltrés dans le système ici et là, encore sous couverture, ainsi ils avaient de fait des obligations d’horaires dans leurs vies d’apparence normales qu’il nous importait de maintenir. J’avais dispensé les miens (y compris Theodore, mais cela s’était révélé être un échec, il était hors de question pour lui de me laisser seul dans une pièce avec ces Mangemorts) d’y assister. Ils avaient assez donné, et je n’avais besoin de l’aide de personne pour gérer. Lorsque la porte de mon bureau s’ouvrit pour laisser entrer mon frère, j’acquiesçai dans sa direction sans attendre de mot de sa part. Je ne notai même pas qu’il ne m’était pas venu une seule seconde de mettre des murs d’occlumencie autour de moi, ni même de prendre la moindre profonde inspiration. Je rassemblai simplement les parchemins que j’avais préparés, prenait ma plume magique, finissait ma tasse de café cul-sec, et sortait du bureau en le précédant.
Lorsque j’avais pénétré la salle de réunion du manoir, tous mes convives étaient déjà installés sur ma table rectangulaire, trois de chaque côté. Je prenais place en bout de table, les saluais d’un mouvement de tête, et m’installai sans plus tarder. Nous avions un ordre du jour chargé pour un timing serré. Droit derrière ma chaise, Theodore demeura comme un ancrage. Sur ma gauche siégeait Arnold Foe, le Mangemort d’une quarantaine d’années en qui j’avais presque confiance, lui qui m’avait été bien utile sur l’appréciation de multiples de mes décisions. Il connaissait les troupes mieux que moi, c’était une certitude. À sa gauche à lui, Hector Nott. Autant que sa présence dans ma maison me révulsait physiquement, il était un de nos deux principaux infiltrés au Ministère, et c’était là l’objet le plus important de notre réunion. À côté de lui, Livie Wade, une jeune Mangemort de 23 ans qui travaillait depuis quelques petites années à la Gazette du Sorcier. Ses cheveux étaient aussi rouges que le sang, sa peau d’une froideur arctique, et les mots qu’elle couchait sur le papier aussi tranchants que des lames. Face à elle, de l’autre côté de la table, Maximus Feign et Adrian Philips, deux membres de ma propre escouade, respectivement ancien militaire et policier magique, et finalement directement sur ma droite, Corban Yaxley, notre deuxième plus important infiltré au Ministère de la Magie. Au centre de la table, un nécessaire à café, du thé, ainsi que de quoi grignoter pour le petit-déjeuner. Personne ne toucha à rien.
La plupart du temps, je correspondais avec eux au travers de missives, car ni eux, ni moi n’avions de temps à perdre dans ce genre d’échanges, mais cette réunion était importante. Je commençai donc :
- Messieurs, madame, adressai-je vers miss Wade avec un hochement de tête respectueux, puisque je nous sais tous très occupés je vous propose qu’on ne perde pas de temps en banalités, et qu’on s’y mette.
Malheureusement, j’avais d’abord dû calmer quelques réflexions acerbes envoyées les uns aux autres, comme si j’étais professeur des écoles. Visiblement, le fait qu’ils fassent partis des plus vieux et plus influents Mangemorts ne changeait que trop peu de choses à leur profonde immaturité.
- Et lui va juste rester planté là ? pouffa Hector en se permettant un regard dédaigneux vers mon frère.
Ma mâchoire se serra et dans mon corps quelque chose se mit sur le qui-vive, comme si l’on venait de m’attaquer. Quelque part, c’était bien le cas. Je soupirai. Non, je n’avais décidément pas ce genre d’énergie en moi aujourd’hui.
- Je vais te conseiller amicalement d’ignorer sa présence tout le long de cette réunion, et je ne vais le faire qu’une seule fois Hector, l’avertis-je sur un ton faussement désinvolte tandis que je plaçais mes parchemins devant moi. Je n’ai pas bu assez de café ce matin et je n’ai certainement pas assez de patience en moi pour le répéter une deuxième fois. On a une importante réunion à mener dans un temps imparti, donc ne le regarde même pas.
Le regard ferme que je posai sur lui appuya le sérieux de mes propos, et non sans un sourire en coin qui titillait le monstre en moi, je le regardai détourner les yeux de mon frère. Gentil garçon.
- Bien, acquiesçai-je finalement, commençons par faire un point.
Je leur exposai d’abord les derniers événements, et la situation critique que cela constituait. Je leur racontai ce que nous avions subis et ce que nous avions découvert des dernières armes militaires moldues. Je racontais les bases militaires que nous avions pillé et ce que je prévoyais pour la suite des événements en ce qui concernait la gestion de cette crise-ci. Je leur annonçai donc la réunion que je tiendrais avec mes troupes aujourd’hui même, et les décisions que j’avais prises pour contrer ces nouvelles attaques. J’expliquai notamment à Feign et Philps que j’avais pris la décision de séparer notre escouade, en tout cas pour la majorité du temps, pour que nous nous consacrions tous à d’autres missions désormais plus importantes. Nous avions amassé largement assez de recrues pour qu’une ribambelle d’autres escouades prennent le relai, nous laissant nous, la plus efficace d’entre elles, la liberté d’investir d’autres rôles la plupart du temps. Bien entendu, je nous prévoyais néanmoins certaines rixes, notamment dans des villes trop importantes, ou bien trop peuplées de sorciers, ou bien encore trop à risque pour que nous n’y soyons pas, mais au-delà de cela, nous avions fini les basses besognes. Nous nous étions sali les mains, et il était temps pour nous de passer à la suite, et d’optimiser nos talents divers. Surtout, il était temps que je protège activement et réellement ma famille. Je les informais donc de la suite de leurs missions, et leur donnais les ordres associés.
- En plus de ça, conclu-je vers eux, je vous charge personnellement de diriger et mener les missions de recherche sur les bases militaires moldues restantes, et surtout sur les laboratoires dans lesquels ils effectuent leurs recherches pour le développement de ces nouvelles armes. Votre priorité c’est de les éliminer, tous, appuyai-je alors. Il n’y a pas quantité de dégâts qui pourrait être considérée comme trop importante. C’est clair ?
- Très clair, acquiesça le militaire.
- On est libres dans les moyens mis en œuvre pour mener ces missions à bien ? questionna l’ancien policier, ses sourcils froncés témoignant du plan qu’il élaborait déjà avec concentration.
J’aimais à quel point je pouvais compter sur le sérieux et l’obéissance de ces deux-là. Si seulement ils étaient tous comme eux. J’acquiesçai en sa direction, mais nuançait néanmoins :
- Tout doit d’abord passer par moi, puisque je coordonne les équipes et garde trace de qui fait quoi et à quel endroit, chaque jour. Mais oui, tant que ça ne vous empêche pas de mener les autres missions que je vous ai données et que vous réussissez à répartir votre temps, vous êtes libres des moyens mis en œuvre. Comme d’habitude, envoyez-moi simplement une missive avant toute chose, et attendez ma confirmation.
En cœur, ils acquiescèrent.
- Je suis conscient que je vous demande beaucoup de travail à tous les deux, mais je n’ai une telle confiance dans les capacités de personne d’autre pour ces différentes missions. Vos payes seront à la hauteur de vos nouveaux investissements, bien entendu. 2 500 Gallions* s’ajouteront chaque mois à votre salaire mensuel, chacun, leur annonçai-je alors platement.
*environ 15 000 euros.
Une nouvelle fois, ils acquiescèrent dans ma direction. Cette fois, ils s’inclinèrent même vers le bois de ma table. L’entreprise du Seigneur des Ténèbres était blindée, c’était un fait, il ne manquait pas de ressources. Entre la première guerre, les pillages et investissements de différentes familles plus qu’influentes (et donc richissimes) en Angleterre ainsi qu’à l’international, puis une nouvelle fois lors de cette nouvelle guerre avec le retour de leur prodige ces dernières années, les Mangemorts ne manquaient de rien. Je m’assurai qu’ils étaient tous gracieusement payés, parce que lorsqu’ils avaient assez peur pour ne rien tenter de stupide, et qu’ils se sentaient en prime appréciés à leur juste valeur, ils étaient d’encore meilleurs petits soldats pour leur commandant. Et moi, j’aimais payer pour ma tranquillité. Cela devait être ce qu’il restait de mon petit côté héritier pourri-gâté.
- Miss Wade, continuai-je ensuite vers notre plus éminente journaliste infiltrée.
Elle n’était pas la seule, et la Gazette du Sorcier n’était pas le seul journal que nous avions infiltré. Il fallait être honnête, mon père avait bien préparé le terrain pour moi, il y avait des soldats partout dans l’Angleterre. Elle, néanmoins, je l’avais repérée et choisie moi-même pour être notre journaliste en tête afin de contrôler l’information. C’était la meilleure, ni plus, ni moins.
- Je veux non seulement faire de vous la rédactrice en chef de la Gazette du Sorcier, mais vous rendre également Commissaire à l’Information, déclarai-je alors vers la femme aux cheveux rouges.
Je remarquai son regard extrêmement fixe posé sur moi, me perçant de ses yeux sombres par-dessus les verres de ses lunettes en demi-lune dont des gouttes de diamants noirs pendaient sur ses joues. Ses cheveux rouges étaient ondulés et relativement longs, coupés dans un dégradé qui ne les rendaient que plus volumineux encore de leurs boucles rondes et épaisses.
Yaxley pouffa sur ma droite.
- Commissaire à l’Information ? se permit-il avec un dédain pour lequel je n’avais pas la patience.
Lentement, le regard sombre de la sorcière suivi une ligne droite jusqu’à l’auteur de ces mots. Avec une légère inclinaison de son visage sur le côté, Wade fixa désormais Yaxley à la manière d’un insecte.
- Elle est pas un peu jeune et…, réfléchit-il avec une moue pincée qui se voulait offensive, inexpérimentée pour ce genre de responsabilités ?
Je posai ma plume devant moi, mes mains venant caresser mon visage dans un grognement de frustration étouffé entre mes paumes. Bordel, qu’est-ce que j’étais fatigué de devoir gérer leurs conneries.
- Mmm…, grondai-je doucement, je sais pas quelle partie n’était pas claire quand j’ai dit que je n’avais pas la patience pour ce genre de conneries aujourd’hui.
Je soufflai en nouant mes mains devant moi, tentative timide de les garder juste là, et non de les laisser s’écraser contre la gueule arrogante de Yaxley. J’enfonçai mes pouces sur mes paupières, inspirai profondément pour récolter le peu de sérénité calme qu’il me restait en moi, puis tournait le visage vers le con. D’un ton aussi sérieux que plat, je lui demandai simplement :
- C’était pas clair, Yaxley ?
Visiblement dérangé par mon attitude, il pouffa encore, cette fois avec moins d’entrain, ses yeux rencontrant bien plus le bois de ma table que le froid de mes yeux.
- Non mais je dis juste qu’elle…, tenta-t-il encore.
- Yaxley, le coupai-je aussi platement, mon ton blasé.
Il demeura silencieux. Un ange passa, et je ne décollai pas mes yeux de lui. Il me regarda, lui aussi. L’ambiance dans la pièce s’était alourdie sous le silence pesant que je laissai l’écraser. Finalement, ma voix demeura aussi basse que posée quand je le questionnai à nouveau :
- Tu vas pas manquer de respect à une femme au moins 3x plus intelligente que toi, et tu vas pas me manquer de respect à moi en sous entendant que j’ai mal choisi mon Commissaire à l’Information, si ?
Une nouvelle fois, le fou pouffa. J’inspirai profondément, la colère bouillonnant doucement dans mon poitrail, ne demandant qu’à exploser. Je gardai mes mains nouées entre elles et mes coudes posés sur la table.
- Écoute Drago…, tenta-t-il encore.
- … Lord Grand Intendant, le coupai-je à nouveau.
Dans ses yeux marrons, la confusion était lisible dans ses iris. Je ne bronchai pas, et lui rendais le plat de mon regard. Putain, il n’allait pas me faire chier à ce point-là, si ? Pas de si bon matin, si ? Je demeurai impassible devant lui, et observai avec un soupir le coin de ses lèvres se relever en un dernier sourire. Si, il allait le faire.
- J’ai toujours appelé ton père par son prénom, argumenta-t-il alors.
Je ne le lâchai pas du regard, pas l’ombre d’un sourire sur mon visage à moi.
- Est-ce que j’ai l’air d’être mon père ?
Il demeura silencieux, visiblement mal à l’aise, quand bien même il continuait de se permettre une attitude qu’il ne pouvait pas se payer. Je n’avais vraiment pas ce genre de patience aujourd’hui.
- Ton Grand Intendant t’a posé une question, lui rappelai-je platement.
- J’crois qu’y en a un qui a pris le melon, chuchota-t-il avec un sourire dans la direction des autres.
Ma main droite se dénoua de ma gauche pour venir saisir l’arrière de son crâne avec une rapidité féline, et avec toute la force de mon bras, je lui explosai le visage contre la table de bois. Derrière-moi, j’entendis Theodore dégainer sa baguette, et dans mon champ de vision périphérique, je vis qu’Hector s’était levé. Je ne regardai que Yaxley qui relevait le visage, son nez pissant le sang. D’un signe de la main, j’ordonnai à Theodore de ne pas agir. Je les renouai entre elles pour éviter un déferlement de haine qui ne ferait que ralentir le rythme déjà trop peu soutenu de cette foutue réunion.
- Putain, c’est quoi c’bordel ? pesta alors Yaxley, ses mains autour de son nez.
- Assieds-toi Hector, commandai-je sans détourner mon visage de Yaxley.
- C’est comme ça que tu traites tes aînés ? râla néanmoins le géniteur de mon frère, la colère dans sa voix contenue.
- Messieurs, essayons de tous nous…, essaya de temporiser le stratège à ma gauche.
- … Je n’ai pas besoin de ton aide Foe, le recadrai-je platement. Assieds-toi Hector, réitérai-je sans lâcher ma proie originelle du regard.
Il y eu un instant de flottement, puis finalement, il s’assit. Les sourcils froncés et les mains tâchées de sang, je regardai Yaxley dégouliner sur ma table. Je me demandai quelle partie du Grand Intendant que j’étais n’avait pas été claire pour eux, ni à quel moment ils semblaient avoir pensé que puisque j’étais plus jeune ils pouvaient me manquer de respect effrontément, puis oser s’étonner des piètres conséquences de leurs propres actions.
- Est-ce que j’ai l’air d’être mon père, Yaxley ? continuai-je calmement.
Il bascula son visage en arrière, une main tâchée tentant de contenir le sang qui coulait de son nez, ses sourcils froncés pour attester de sa douleur. Il hésita quelques secondes, puis finalement il avoua :
- Non.
- Non, qui ? ne le lâchai-je pas.
Un nouveau silence, celui-ci lourd d’hésitation. J’espérai ne pas avoir à me lever de ma chaise, cela serait fâcheux. J’étais confortablement installé. Pour une fois dans sa vie, Yaxley prit une décision intelligente, et bien qu’à contre-cœur, il consentit finalement :
- Non, Lord Grand Intendant.
Je gonflai mes poumons avant de soupirer tout l’air amassé, et m’enfonçai dans mon fauteuil, mes yeux enfin libérés de l’immondice à ma droite. Avachi dans ma chaise en bout de table, je les regardai. Ils étaient mes plus importantes têtes actuelles, la plus importante d’entre-elle se tenant derrière moi. Il n’était pas une option qu’ils ne me respectent pas. Une nouvelle fois, et putain de blasé de devoir le faire, je soupirai, puis je commençai, puisque ce n’était visiblement pas clair :
- Si vous êtes là aujourd’hui, c’est justement que je reconnais et apprécie la valeur du travail de chacun et chacune d’entre vous. J’essaye très fort, vraiment, soupirai-je encore, et vous continuez de vous comporter comme des gamins pourris gâtés, et en prime vous avez l’culot d’penser qu’ça va passer.
Tour à tour, je laissai mon regard tomber sur eux.
- J’crois me rappeler que le Seigneur des Ténèbres vous a ordonner de m’obéir comme votre supérieur hiérarchique, quand il a pris la décision de me faire Grand Intendant, moi, Drago Lucius Malefoy.
Je laissai le poids de mon propos s’écraser sur eux avant de continuer :
- J’pensais pas que j’aurais à le rappeler ici aujourd’hui parce qu’il m’semblait que vous étiez un peu plus intelligents qu’ça, mais c’est pas grave, j’vais poser les choses. C’est moi, le Grand Intendant, déclarai-je simplement, ma voix aussi calme que mon corps. Je suis le représentant du Seigneur des Ténèbres, et c’est son choix à lui. Remettez-vous-en, j’suis pas responsable du fait que vous ayez pas eu l’poste, leur rappelai-je alors. Avalez la pilule, parce que les affronts d’mon autorité comme quand je n’étais encore que soupirant, c’est terminé.
Une nouvelle fois, je laissai mon sérieux menaçant de sa platitude les gagner.
- Quand vous me manquez de respect, vous manquez de respect à l’autorité du Seigneur des Ténèbres, et ça, c’est mon rôle de le punir. Puisque je suis généreux et mesuré, je vous le dis une dernière fois, leur offris-je alors. Vous me tutoyez pas. Vous et moi, on n’est pas égaux. Quand vous vous adressez à moi c’est Monsieur, listai-je sur mes doigts, Lord, Lord Grand Intendant, et si vous voulez pimenter les choses puisque la nostalgie semble vous animer, vous pouvez m'appeler Monsieur Malefoy.
Le visage porté bas, mes yeux froids levés vers eux, je prévenais finalement :
- Aucun d'entre vous n'est irremplaçable, et le premier qui me manque à nouveau de respect, il crève.
Un nouveau silence s’abattu sur eux, et je le laissai porter mon message.
- C’est bon ? haussai-je les sourcils vers eux. On peut reprendre ?
Mon regard parcourut l’assemblée tel un prédateur. Leurs regards étaient portés bas, certaines mâchoires serrées, et le silence régnait en maître. Ils comptaient me faire attendre toute la matinée ? La question n’avait-elle pas été claire dans mon ton ? Je claquai soudainement mes mains pour les faire réagir.
- Oui, Monsieur.
- Oui, Lord Grand Intendant, répondirent-ils finalement en cœur.
J’acquiesçai et me redressai finalement dans mon fauteuil.
- Bien. Miss Wade, donc, veuillez m’excuser pour l’impertinence de ces échanges.
Directement sur moi, ses yeux pétillaient d’une lueur curieuse.
- Comme je le disais donc, je vous veux rédactrice en chef de la Gazette, et Commissaire de l’Information. Je veux que vous contrôliez l’intégralité du réseau médiatique anglais, et je veux que vous contrôliez la narrative et les informations qui arrivent jusqu’au public, lui explicitai-je alors. Je veux que le moindre article de la Gazette ait été lu et approuvé par vos soins, et je veux que ce soit effectif dès aujourd’hui. Bien entendu, ajoutai-je sans m’interrompre puisqu’elle ne semblait pas avoir de difficulté à me suivre – à vrai dire, ses yeux ne me lâchaient tout simplement pas - vous devez rester dans l’ombre pour que notre narrative soit crédible, donc je veux que vous soumettiez le rédacteur en chef actuel à l’Imperium, et que vous opériez en arrière-plan. Vous êtes libre de composer vos équipes de journalistes qui correspondent à notre image comme vous le souhaitez, tant que vous contrôlez l’intégralité de la narrative. En adéquation avec l’importance de votre mission et l’ampleur considérable de la tâche que je vous confie, je vous propose 3 300 Gallions mensuels* supplémentaires à votre salaire actuel, achevai-je finalement vers elle.
*environ 20 000e.
Sur son visage de porcelaine un unique sourcil rouge se dressa, celui-ci accompagné de l’ombre d’un sourire en coin qu’elle retenait. Elle n’eut pas la moindre réaction supplémentaire que celle-ci, aussi continuai-je :
- Prenez déjà le contrôle de la Gazette, et une fois que c’est fait, si vous avez besoin que je vous envoie des hommes pour prendre de force d’autres journaux, vous n’avez qu’à demander et j’exaucerai vos souhaits. Est-ce que ça vous convient ?
- C’est parfait, prononça-t-elle finalement d’une voix aussi basse que posée.
C’était la première fois qu’elle faisait entendre sa voix de la réunion, et si elle avait quelque chose de rocailleux elle n’en était qu’étrangement plus envoutante.
- Des questions ? terminai-je en sa direction.
- Aucune, conclu-t-elle de sa voix toujours aussi basse, l’ombre d’un sourire presque doux sur ses lèvres maquillées.
- Bien, à nous maintenant, me tournai-je vers Yaxley et Nott. Je considère que nous avons désormais assez de force pour organiser notre prise du Ministère de la Magie, et de ce fait, assurer notre victoire de cette guerre, déclarai-je avec force.
C’était vrai, le jour où nous aurions le Ministère de la Magie, nous aurions pratiquement gagné cette Guerre, car cela signifierait que nous contrôlions l’intégralité du pays.
- Après des échanges non-officiels avec chacun d’entre vous sur ce qu’il était envisageable de faire, j’ai mis en place un plan qui me semble n’avoir que peu, voire pas de failles. Je vous ai préparé des parchemins qui reprennent les principaux points, annonçai-je en leur tendant à chacun une copie des ordres en question.
Tandis qu’ils en prenaient possession avec intérêt, j’explicitai :
- Notre attaque va consister à prendre simultanément le contrôle de l’Atrium, du Département des Mystères, du réseau de Cheminées, ainsi que du niveau ministériel, c’est-à-dire tous les points cruciaux du Ministère. Comme j’en ai discuté avec Hector, grâce à son poste aux Relations Internationales, une conférence diplomatique fictive a été organisée par ses soins au sein même du Ministère, pour laquelle il aura l’opportunité de faire entrer plusieurs visiteurs étrangers, parmi lesquels nous allons cacher des Mangemorts nouvellement recrutés, et d’autres dissimulés sous Polynectar, décrivais-je alors mon plan. Elle aura lieu dans une semaine, ce qui nous laisse un peu de temps pour peaufiner les détails, même si j’ai déjà tout mis à plat. Yaxley, repris-je vers lui tandis que le sang séchait sur son visage, de ton côté tu seras chargé d’agir sur les protections internes, certains accès sécurisés que je t’ai annoté sur le plan, de prendre en charge et contrôler les systèmes d’alerte et de préparer l’ouverture simultanée de plusieurs zones. Pendant que les infiltrés de Nott agissent, une centaine de soldats arriveront donc par Apparition dans les rues voisines, par balais et par Portoloins, pour attaquer les entrées connues et ouvertes par Yaxley du Ministère. Également grâce aux talents de négociateur de Nott, une meute de Détraqueurs a été ralliée et sera déployée pour semer la panique et disperser les Aurors dans le Ministère, ce qui facilitera la tâche à nos troupes pour prendre le contrôle des pôles cités, décrivais-je alors. Yaxley, tu devras garder les accès ouverts autant que possible pour que nous y envoyons autant de monde en soutien que l’on peut, pendant qu’Hector transmettra les ordres aux combattants. Une fois le Ministère prit, vous m’enverrez une missive pour que je gère la suite, conclu-je alors.
- Vous ne participerez pas à la prise du Ministère ? demanda un Hector suspicieux en levant un sourcil vers moi.
- Pas sur place, non. Je resterai en retrait pour coordonner les renforts nécessaires ainsi que nos communications, déclarai-je simplement. C’est bien pour ça que je mets mes meilleurs atouts sur le coup, et que j’envoie une force de taille pour cette mission.
- C’est probablement la mission la plus importante de cette guerre mais vous ne serez pas sur place pour la mener à bien ? insista-t-il encore.
Je le regardai un instant, son regard assombri de suspicion sur moi. Par les Dieux, ce qu’il m’arrangerait qu’il crève dans cette mission celui-là.
- Le Ministère n’est qu’une bataille, et moi je commande une Guerre, Hector. Si je mobilise une force importante parmi nos rangs pour cette mission et qu’en prime je suis sur place, il ne reste aucune force de taille pour combattre si nous sommes attaqués ailleurs pendant ce temps. De la même façon, si je ne suis pas protégé pour prendre les décisions qui s’imposent pendant la mission, nous risquons trop gros en tant qu’armée. Et si notre armée dépend de ma présence, alors nous avons déjà perdu, achevai-je froidement vers lui. J’ai déjà commandé et orchestré multiples assauts de taille auxquels je n’ai pas participé à travers tout le pays, et ce depuis des mois, tu n’as qu’à demander à messieurs Feign et Philps ici présents par exemple. À moins que je ne m’abuse, tout s’est parfaitement bien passé. Alors dis-moi Hector, quel est ton problème ? questionnai-je d’un sarcasme froid vers lui. C’est une mission trop grosse pour toi ? Tu ne t’en sens pas capable et tu préférerais que j’te tienne la main ? lui crachai-je d’un ton hautain que j’appuyais de mon regard sur mon lui.
Je vis dans son sourire pincé à quel point il cherchait à se retenir de me répondre. Tant mieux. J’étais son Grand Intendant. Il n’avait pas à me répondre, simplement à m’obéir sans discuter, baisser les yeux, et acquiescer à chacune de mes paroles comme un gentil garçon.
- Je me posai simplement la question, se rabattu-t-il finalement d’une voix basse qui contenait difficilement toutes les choses abominables qu’il pensait à mon égard en cet instant. Allez-vous néanmoins nous prêter certaines de vos forces plus perso…, tenta-t-il en levant les yeux derrière-moi.
Je frappai d’un coup sec sur la table de bois, l’écho de ma violence résonnant sourdement dans la pièce, accompagnée par les tremblements et effondrements des essentiels à thé et café. Nott sursauta, et ses yeux se baissèrent vers moi.
- NE LE REGARDE PAS ! l’assommai-je alors de la ferveur foudroyante de mon commandement.
Entre nous ne restait rien d’autre que les échos violents de mon coup sur la table. Par la dureté de mon regard sur lui, il fut forcé de baisser les yeux tandis que mon cœur battait ses pulsions meurtrières dans mon poitrail.
- Tu as une seule bataille à mener de toute cette guerre et tu voudrais que Theodore t’accompagne cette fois ? grondai-je d’une voix qui ne contenait plus que difficilement la colère qui rageait en moi. Maintenant tu reconnais sa valeur et tu voudrais pouvoir en profiter ? Tu te trouves pas un peu culotté, Hector ? crachai-je avec véhémence vers l’homme qui avait détruit mon frère le premier.
Le silence qui portait ma rage l’écrasa une nouvelle fois avant que je ne conclue :
- Theodore sera à sa place : à mes côtés, assiégeai-je avec puissance. Et si tu ne te sens pas de mener à bien la mission pour laquelle j’ai décidé de te donner ma confiance et qui devrait n’être rien d’autre qu’un profond honneur pour toi, je t’en prie, dis-le-moi.
La mâchoire serrée mais le regard tout de même bas, Hector capitula à contre-cœur :
- Ça ira.
J’acquiesçai finalement.
- C’est bien ce que je me disais.
J’avais ensuite encore passé un certain temps à répondre à quelques questions idiotes, j’avais finalement donné mes plus importantes consignes et pour mon plus grand bonheur, je les avais ensuite tous congédiés, à l’exception d’Arnold Foe. Lui, je voulais lui parler lorsqu’il n’y aurait plus aucune paire d’oreilles indiscrète pour écouter ce que j’avais à lui dire.
Alors tandis qu’il ne restait plus que mon frère derrière moi, j’adressai à l’homme que j’estimai presque :
- Foe, je te confie la direction des renseignements. Je veux que tu diriges la surveillance et la cartographie des ennemis, leurs déplacements, leurs actions, tout ce que tu peux trouver, listai-je alors. Et en prime, je te confie aussi le contre-renseignement. Je veux que tu contrôles et que tu me rapportes ce qu’il se passe dans les rangs, les espions, que tu contrôles les infiltrations et que tu anticipes et repères les trahisons potentielles, terminai-je finalement.
- Vous voulez que je sois vos yeux et vos oreilles, mon Lord, résuma-t-il de ses yeux brillants de malice.
- Tu peux résumer ça comme ça, oui, lui confirmai-je alors. Je ne connais que trop bien tes parfaites connaissances des rangs, l’étendue de tes contacts et la finesse de tes observations, alors je voudrais pouvoir m’en remettre à toi pour ce rôle de la plus haute importance. Est-ce que je peux compter sur toi ?
Foe arqua un sourcil maquillé d’un sourire en coin quand il répliqua :
- À combien s’élève l’importance de ce rôle, mon Lord ?
Je lui rendis son sourire.
- Je pensais te proposer 3 300 Gallions* supplémentaires.
*Environ 20 000 euros.
Son sourcil demeura levé haut sur son front, et il pinça des lèvres.
- Mon expérience ne vaut guère plus cher que celle d’une débutante de 23 ans à vos yeux, mon Lord ?
Mon sourire en sa direction s’élargit. Je n’en attendais pas moins de lui.
- Elle va contrôler l’intégralité des médias et journaux anglais Foe, ne fais pas l’erreur de sous-estimer son rôle. Les médias contrôlent les masses, explicitai-je alors.
- Oh je le sais fort bien Monsieur Malefoy, mon propos ne réside que dans la récompense de l’ancienneté et l’appréciation de l’expérience de vos employés, pas dans la critique de leur valeur intrinsèque, mena-t-il sa barque habilement, comme à son habitude.
- Très bien Foe, je respecte un homme qui connaît sa propre valeur. 4 000 Gallions supplémentaires à ton salaire mensuel, je n’irai pas au-dessus, l’avertis-je finalement.
Le fidèle Mangemort acquiesça avec gratitude vers moi, et un sourire satisfait aux lèvres, il me remercia.
- Dans ce cas, c’est réglé, annonçai-je en rassemblant les parchemins que je m’étais préparé pour la réunion, prêt à partir continuer ma journée.
- Si je peux me permettre un avis, mon Lord, s’inclina-t-il encore faussement timidement, je ne sais pas si votre poigne de fer est la position la plus adaptée face aux aînés des ra…
- … Je ne me rappelle pas t’avoir demandé conseil, Foe, tranchai-je en me levant de mon fauteuil, le surplombant de toute ma hauteur.
Son visage s’inclina plus bas encore vers la table de bois sur laquelle il était désormais seul. Un silence s’étira entre nous dans lequel il avait toute l’opportunité de se confronter au fossé qui s’était creusé entre nous avant ma nomination officielle, et finalement, il capitula :
- Vous avez raison, c’était déplacé, convînt-il alors. Veuillez m’excuser, Lord Grand Intendant.
- On a fini ? levai-je un sourcil vers lui.
L’homme acquiesça.
- Je compte sur toi, Foe. Ne me déçois pas, l’avertis-je avant de le précéder hors de ma salle de réunion.
J’avais quitté la salle, mes parchemins sous le bras et Theodore sur mes pas, la poigne ferme et l’esprit clair. À la seconde où j’avais passé la porte, mon esprit désormais libre de vagabonder ailleurs, mon poitrail s’était serré d’anticipation anxieuse, et la même pensée qui me tourmentait désormais constamment s’abattu affreusement sur moi : en cet instant, où était Granger ? Qu’était-elle en train de faire, à la seconde même ? Était-elle en sécurité ? Était-elle en danger ? Respirait-elle au moins encore, ou ne savais-je juste pas encore qu’elle m’avait déjà quitté ? Dans mon torse, les battements soudainement plus vifs de mon cœur m’avertissaient d’un danger que je ne pouvais pas contrôler. Avec eux, ma gorge se noua, comme terrorisée d’avoir à pleurer sa perte, et je continuais de marcher droit devant moi sur des jambes qui ne demandaient qu’à accourir vers elle. Une vague de chaleur qui n’avait rien d’agréable ou de rassurante monta des enfers enfouis sur le sol pour m’engouffrer sous son étreinte, brouillant mes pensées pour ne laisser plus qu’un seul fil tissé : celui qu’elle était peut-être morte, en train de mourir, ou sur le point de mourir. Les pas de Theodore résonnaient dans le manoir avec les miens, et c’était là la seule réalité tangible qui me raccrochait à l’instant présent. D’une main chaleureuse qui caressa soudainement ma nuque pour y apporter une légère pression de soutien, je recevais la considération de mon frère, et alors je continuais d’avancer.
Avec ces têtes brûlées de mon armée, tout était en place désormais. Ne me restait qu’à prévenir l’intégralité de celle-ci, puis Granger, et construire la suite des activités de ma famille avec eux aujourd’hui, puis tout serait enfin en place pour jouer notre dernière partie d’échecs contre Voldemort.
Theodore et moi étions passés dans la salle à manger pour nous resservir en café, où nous avions croisé Blaise et Pansy en train de prendre leur petit-déjeuner. Une nouvelle fois, mon corps se tendit du spectacle offert par le visage bien trop salement amoché de mon soldat le plus précieux. La peau de porcelaine de Pansy était complètement tâchée, à l’image d’une toile de peinture, d’hématomes qui devenaient plus noirs que violets, et je me demandai s’ils ne continuaient pas de s’étendre sur ses traits à chaque jour qu’il passait. Seul son œil au beurre noir semblait commencer à prendre une teinte de violet, et ses lèvres, elles, demeuraient coupées et tâchées de sang séché. À chaque fois qu’elle mangeait, buvait, ou je le supposai, embrassai Theodore – voir pire – les fentes de ses blessures sur celles-ci se rouvraient fraichement, et un nouveau trait de sang séché venait découper sa bouche. Je baissai les yeux sur son assiette. Elle portait en son sein des traces généreuses d’œufs brouillés et de miettes de pain sans qu’il ne reste plus grand-chose dans le contenant pour autant. Un sourire en coin étira mes lèvres. Elle mangeait à nouveau.
D’une main qui caressa la nuque de Pansy en passant derrière-elle, puis ses épaules, Theodore embrassa le haut de son crâne avec une douceur qui contrastait toujours avec l’aura qu’il dégageait.
- Bonjour mon amour, murmura-t-il vers elle avec une adoration surnaturelle dans la voix.
Comme un réflexe naturel qui ne posait plus la moindre question mais qui exigeait simplement réaction, Pansy bascula son visage en arrière à son contact, le dévoilant haut vers lui pour lui tendre ses lèvres abîmées. D’une délicatesse démesurée, Theodore déposa sur ses lèvres un baiser trop lent pour être considéré comme chaste, quand bien même il avait eu la décence généreuse envers nous autres de garder sa langue pour lui-même.
- Pitié, pas si tôt le matin, grogna un Blaise à la voix encore fort peu éveillée.
Il leva des yeux rieurs vers moi, et je sentis mon cœur se réchauffer dans mon poitrail. Je pouvais voir dans la lueur en eux qu’il testait les eaux, aussi bien avec moi qu’avec eux. Beaucoup trop de choses, beaucoup trop d’événements, bien trop d’émotions et certainement beaucoup trop de mots étaient venus bousculer nos liens ces derniers jours, les étirant, les tordant, faisant des nœuds ici et là que nous nous appliquions lentement à démêler depuis la veille. Pansy et Theodore étaient à nouveau, mais nous avions tous trahi Pansy, et si les deux tourtereaux semblaient avoir parfaitement retrouvé leurs marques, Blaise et moi marchions encore sur des œufs vis-à-vis du naturel avec lequel nous aurions pu jadis plaisanter de leur amour matinal trop débordant à notre goût. Et puis, il y avait moi et les suites de la conversation dramatique de la veille, les implications vis-à-vis de mon amour inévitable pour Granger, et tout ce que cela avait entraîné entre nous. Oui, nous étions tous un petit peu maladroit les uns avec les autres, mais ce n’était pas grave. Ce n’était qu’une question de temps. Tout irait bien bientôt, et les miens seraient parfaitement heureux et eux-mêmes à nouveau.
Theodore et moi avions ensuite passé notre matinée à préparer le terrain pour la suite des événements, tantôt à l’intérieur du manoir, tantôt à l’extérieur. Ici et là, je devais faire l’effort de me reconcentrer, parce que mon cœur se serrait, et que mon cerveau se demandait comment allait Granger. Les choses allaient changer pour nous, nous n’étions plus dans un avant-guerre dans lequel il fallait tout préparer et bâtir les premiers murs. Les premiers murs avaient été largement construits, et ils étaient solides. Maintenant, j’allais mettre les miens en sécurité avec une histoire bien ficelée que personne ne pourrait contester tant elle serait stratégiquement parfaitement montée, et ma conquête de l’Angleterre, tant politique que physique allait pouvoir prendre un nouveau tournent. Plus personne ne toucherait à ma famille. Pas même moi. Avec cette détermination, Blaise et Pansy nous avaient rejoint l’après-midi et avaient largement participé au développement et la construction de notre nouveau projet de mission. L’ambiance était encore un peu étrange entre-nous, mais à la fin de cette après-midi-là les blagues, bien qu’encore timides, de Blaise commençaient à revenir petit à petit, et les rires que nous nous autorisions à laisser sortir de nous étaient de moins en moins retenus. Nous revenions. Tout irait bien bientôt, et les miens seraient parfaitement heureux, protégés, et eux-mêmes à nouveau.
Cette soirée-là, une petite heure seulement avant de m’adresser à tous mes soldats, j’avais pris la peine de valider mes décisions et positions avec Voldemort. « Pris la peine » était le bon phrasé sémantique, parce que je n’avais, en réalité, pas du tout besoin de lui faire valider quoi que ce soit pour être assuré que mes idées étaient bonnes, moins encore que mon exécution était de qualité. Si je le faisais, ce n’était que pour la préservation de son égo massif à lui, c’était tout. Il avait ajouté quelques micros détails de conditions à mes décisions, et je les avais acceptés en retenant un sourire sur mes lèvres, parce que si l’on me demandait mon avis, il m’aurait semblé que Voldemort lui-même était intimidé par mes qualités de leader de guerre, et qu’il tentait par ces petits détails de garder un semblant de pouvoir sur moi. Il n’avait pas besoin de s’inquiéter de cela, il me tenait par les couilles de par les menaces mortuaires qui planaient sur ma famille, et il le savait très bien. Moi aussi, je ne le savais que trop bien.
Finalement, lorsque la nuit avait couché sur la ville un voile de noirceur qui avait éteint toute source de lumière, j’avais appelé à moi mes soldats létaux. Theodore sur ma droite, Blaise et Pansy masqués au premier rang juste devant moi, j’avais relevé la manche de mon uniforme, et j’avais inspiré profondément quand j’avais appuyé sur ma Marque pour appeler à moi mes soldats. Telles des ombres empoisonnées, ils s’étalaient devant moi à perte de vue, remplissant l’intégralité de la grotte que je leur avais battis de mes mains. Je regardais ces ombres maléfiques apparaître pour moi, parce que je les avais appelés à moi, parce que désormais j’en avais le pouvoir. Parce que désormais, lorsque j’apposai mes doigts sur ce tatouage, je ne sommai pas que le Seigneur des Ténèbres, non, je devenais le Seigneur des Ténèbres, et mes soldats venaient à moi. Du bout de mes doigts posés sur la peau de mon avant-bras, je sentais la magie, le sang vibrer sur la pulpe de ma peau. Un frisson d’exaltation parcouru mon échine alors que je regardais cette grotte devenir intégralement tâchée de noir par leur présence sombre, la présence de mon armée. La présence de tous ces hommes et de toutes ces femmes qui n’avaient d’autre choix que de répondre à mon appel, et de courber l’échine devant moi. Cette fois, il n’y avait pas Voldemort à côté de moi. Il n’y avait que moi face à eux, et mon second à mes côtés. C’était tout. Je n’avais pas de Nagini, je n’avais rien d’autre que moi-même et mon frère, et ensemble nous étions une arme suffisamment létale pour nous tenir droit devant cette armée de psychopathes fascistes sans n’avoir le moindre battement de cœur anxiogène. Je laissai les coins de mes lèvres s’étirer en un sourire qui portait en lui la fierté de cet exploit maléfique, et inspirai le pouvoir enivrant que j’avais sur toutes ces personnes, tentative veine de nourrir la sombreur insatiable de mon âme.
- Mesdames, Messieurs, accueillais-je en ouvrant les bras devant eux, je vous ai tous conviés ici ce soir parce que le Grand Intendant que je suis croit à une politique ouverte, partagée, dans laquelle je ne prends pas de décisions ni ne vous dissimule des informations qui pourraient vous être importantes à connaître.
Je laissai mes premiers mots résonner dans la grotte, et observai les masques sordides dressés sur des rangées qui s’étalaient à perte de vue devant moi. À l’intérieur de mon poitrail, mon cœur battait la chamade d’excitation, et quelque part, dans un coin recroquevillé de mon cœur, une part de moi respirait enfin de savoir qu’aucun d’eux ne représentait une menace pour Granger à cet instant-même. Je me laissai inspirer profondément une nouvelle fois, cette fois en pleine conscience de sa sécurité, remplissant mes poumons d’une sérénité que je n’avais plus ressenti dans une telle intégralité depuis bien trop de temps.
- En tant que votre Grand Intendant, il est mon devoir de vous diriger de toute la force de mon pouvoir, de ma volonté, de mon esprit et de ma magie vers la victoire. Jusqu’à présent, notre supériorité de force dans cette guerre sur les moldus et aberrations en tous genres a été sans équivoque, annonçai-je fièrement sous quelques applaudissements encore timides.
Ce n’était certainement pas le genre d’applaudissements fiévreux que Voldemort recevait. Beaucoup me jalousaient, ici. Bien d’autres me détestaient, estimant que je ne méritais pas ma place, quand bien même les échos de la nuit que nous avions fait subir aux armées moldues avait participé à dissiper parmi les derniers doutes à mon encontre, ou tout du moins à susciter un peu de respect, voire de peur envers ma personne.
- De cela, vous pouvez être fiers, leur accordai-je alors le crédit qui leur revenait. Mais la Guerre n’est pas terminée, et malheureusement pour nous, les moldus ont développé des armes capables de neutraliser notre magie, annonçai-je sous leurs protestations scandalisées.
Un mouvement agita la foule, comme si une aberration nouvelle venait les heurter, les menacer. À côté de moi, Theodore porta sa voix dans la grotte :
- SILENCE ! exigea-t-il de mes sujets.
Le brouhaha retomba comme un château de cartes pour se laisser écraser par le néant.
- Vous avez raison, leur concédai-je néanmoins, c’est une aberration. Ce qui en est une également, c’est qu’ils collaborent désormais avec le Ministère de la Magie pour capturer des sorciers parmi nous, et effectuer sur leurs prisonniers multiples tests et expériences afin de renforcer leur technologie, crachai-je avec dégoût.
Le simple fait de songer lointainement qu’ils avaient osé poser les mains sur Pansy dont le masque argenté brillait juste en-dessous de moi me révulsait.
- Pour nous étudier, comme si nous étions des bêtes, déversai-je avec une moue de dégoût que je ne feignais pas. Pour nous disséquer comme des animaux, pour mener sur nous des expériences comme si nous étions des putains de bêtes de foires ! m’indignai-je alors.
Mon armée protesta ses acclamations enragées avec moi. Je regardai leurs Masques briller dans la nuit.
- Retirez vos Masques, exigeai-je alors soudainement.
Il y eut un temps de latence, comme un temps durant lequel mon armée s’offrait le luxe de pondérer mon ordre. Comme si cela était une option. Certains se saisirent immédiatement de leur baguette pour m’obéir, et firent disparaître les artifices qui les cachaient de moi. J’étais dévoilé face à eux, et je voulais les voir, moi aussi. Mon armée. Mes soldats. Je voulais pouvoir goûter le dégoût sur leurs expressions faciales. Je voulais pouvoir déceler la moindre émotion, m’imprégner de toute cette rage qui les animaient et m’en nourrir comme d’un met délicieux.
- Je veux vous voir, explicitai-je alors en laissant mes yeux passer sur eux.
Devant moi, mes plus fidèles amis étaient déjà à nu devant moi.
- Retirez vos Masques, leur ordonnai-je encore.
Souvent, il était coutume pour les Mangemorts de se réunir de façon officielle masqués. Lorsque les rassemblements étaient plus officieux, ou moins professionnels – comme à la Maison de Joie ou bien lors de soirées ou réunions en petit comité – personne ne portait son Masque. Cet objet symbolique était associé à la force de Voldemort, plus encore à l’identité visuelle de son armée, et donc par extension de lui-même. Mais je n’étais pas Voldemort. J’étais Drago Lucius Malefoy, et j’étais leur Grand Intendant.
J’observai avec une attention féline presque languissante les derniers et dernières hésitations me céder, chacun de leur visage désormais dévoilé pour moi. J’en reconnaissais certains, beaucoup même en vérité. Je n’étais pas en capacité de tous les nommer, mais je pouvais me rappeler le moment où j’avais capturé ou contraint certains d’entre eux, ou encore les moments où j’avais recruté certains volontaires. Pour d’autres, je pouvais presque encore projeter mon défunt père à leurs côtés. Et tous, sans exception, me regardaient. J’adorais cela. Sentir l’intégralité de leur attention, peu important que leurs yeux soient emplis d’adoration ou d’indignation, l’intégralité de leurs regards sur moi. Leur meneur. Leur leader. Leur supérieur. Une nouvelle fois, j’inspirai profondément cet air ambiant chargé d’une électricité sombre.
- Rendez-vous compte, chuchotai-je presque alors. C’est nous, qu’ils veulent disséquer. Nous, qu’ils traitent comme des animaux. Et malgré tout ça, c’est encore nous qui sommes dépeints comme les grands méchants de l’histoire, pendant qu’eux nous traitent comme des putains de rats de laboratoire pour mieux apprendre à nous exterminer ! m’indignai-je proprement. Rendez-vous compte de la puissance de leur narrative, pour être capable de faire passer de telles pratiques tout simplement inhumaines pour des avancées de guerre ! Mais rendez-vous compte ! m’emportai-je avec effroi. Rendez-vous compte qu’ils parviennent à se faire passer pour des gentils, pire encore pour des victimes, pendant qu’ils nous ligotent à une chaise et qu’ils nous charcutent comme si nous n’étions rien d’autre que des bêtes de foire ! tapai-je contre mon poitrail avec force.
Je les regardai, ces visages ébahis devant moi. Une nouvelle fois, je réalisai le pouvoir indécent d’une narrative bien construite sur les masses. C’en était effrayant, en vérité.
- Et c’est ça que prône notre Ministère ! crachai-je avec honte. C’est ça, qu’encourage notre gouvernement ! m’exclamai-je avec horreur sous les grondements protestataires de mes guerriers. NOTRE PROPRE GOUVERNEMENT ! me sidérai-je devant eux, pointant d’une main sur mon cœur comme si j’avais été personnellement trahi. Nos propres dirigeants nous vendent à des hommes et des femmes dénués de magie qui veulent apprendre à nous priver de la nôtre ! Et malgré tout, c’est ce même gouvernement, celui qui vend son propre peuple, qui se fait passer pour sauveur ! résonna ma voix puissante à travers leurs cœurs dans l’antre de ma grotte.
À bout de souffle, le cœur battant violemment dans mon poitrail face à l’injustice que je dénonçais là et emporté par les acclamations vives de la plupart de mes soldats, je laissai mes mots les atteindre.
- Et c’est nous qu’on accuse de cruauté pour oser nous saisir des seuls moyens dont on dispose pour faire enfin entendre nos voix, après avoir essayé de façon paisible pendant des décennies et des décennies ?! MAIS EST-CE QUE VOUS VOUS RENDEZ COMPTE DE L’AMPLEUR DE LA SUPERCHERIE ?! me révoltai-je alors, accompagné par la colère de mon armée.
Je les regardai s’emporter, silencieux. J’acquiesçai. J’acquiesçai simplement, et je laissai cette horde humaine enragée me nourrir. Et j’acquiesçai. Sur leurs visages, de la haine, pure et simple. Des traits déformés, des traits endurcis. Au bout de leurs lèvres, des cris de protestation que leur gouvernement n’écoutait pas. Mais moi, je les entendais. Moi, je les écoutais. J’acquiesçai. Je les laissai déverser toute l’étendue de leur rage, les tréfonds bien gardés de leurs peurs, les inquiétudes anxiogènes d’un avenir dénué de magie pure et de puissance affinée au travers des générations. Oui, je les entendais.
- Oui, acquiesçai-je encore en arpentant désormais l’espace devant eux dans une ligne droite qui les séparait de moi.
Plus ils hurlaient, plus ils grondaient, plus je me nourrissais. Je pouvais sentir leur rage vibrer en moi, créant un écho à ma propre colère, la mienne dirigée contre Voldemort. Peu importait, ils n’avaient pas besoin de savoir ça. Tout ce dont nous avions besoin, c’était d’une rage assez motrice pour renverser le monde entier. Je l’avais, cette rage-là. Et alors que je laissais leurs cris de guerre faire vibrer jusqu’à mes entrailles, je découvrais qu’ils l’avaient, eux-aussi. Je basculai le visage en arrière, mes yeux désormais clos, et j’ouvrais les bras vers eux. Je voulais m’ouvrir à leur puissance, la puissance de ce chant guerrier empli d’une colère brûlante qui ne pouvait plus être contenue par le faible gouvernement qui pensait encore nous dominer. Ni eux, ni Voldemort. Moi. J’ouvrais les bras, je fermais les yeux, et j’ouvrais la bouche pour laisser tout d’eux entrer en moi. Et je les recevais, chaque cellule de mon corps s’électrisant de ce sentiment grisant de les contrôler tous.
Exposé devant eux, je continuais d’acquiescer, cette fois vers le ciel. Au sein même de la roche de cette grotte, chaque hurlement venait tatouer la pierre de cette rage meurtrière qui nous ralliait tous. Mes pantins. Peu m’importait les raisons de leur colère, tout ce dont j’avais besoin c’était d’assez d’elle, et d’une obéissance assez aveugle pour pouvoir livrer la partie d’échecs de ma vie. Comme une lame qui trancherait ma peau, les coins de ma bouche tranchèrent mes joues d’un sourire machiavélique, et je riais des Dieux. Je riais des Dieux, parce qu’en cet instant, je savais que j’allais contrôler l’Angleterre. Putain, si je l’avais vraiment voulu, j’aurais pu contrôler le monde entier. Leur fureur s’imprégnait à l’intérieur de moi, laissant-là des empreintes empoisonnées que j’étais heureux d’accueillir dans le vaisseau divin qu’était mon corps. Peu importait le script des Dieux, j’étais en train de gagner le contrôle de la narrative de mon pays, et tout le monde savait parfaitement que le narrateur d’une histoire avait toujours raison. Mes bras toujours grands ouverts vers eux, je laissai mon visage rouler sur ma droite et le laissai tomber contre mon épaule. Là, mes yeux trouvèrent l’objet de ma plus intime motivation. Comme s’il avait senti mon regard sur lui, il me prêta ses yeux un instant. Quelque chose de trop fort, quelque chose de trop puissant pour être encore contenu explosa dans mon poitrail tandis que des centaines d’hommes et de femmes soumis à moi se tenaient juste là, juste sous mon contrôle, juste pour que lui vive. Et je savais que j’avais déjà gagné. Je voyais ses yeux. Leur bleu céruléen. Et la rage de mes soldats vibrait pour moi. Un rire profond, comme enivré, vint faire sursauter mon torse, ses tonalités machiavéliques se mélangeant aux grondements gutturaux de mes guerriers.
- Mon frère, l’appelai-je à travers notre âme. Regarde l’armée que j’ai levée pour toi.
Il ne les regarda pas. Il ne regardait que moi. L’étendue de mon sourire et la profondeur de ma joie ne pouvait plus être contenue. Oui, j’étais ivre de pouvoir. Simplement et proprement ivre du pouvoir dont je disposai pour le protéger, lui.
Je l’avais fait. Il n’y avait pas d’autres termes qui pouvaient mieux expliquer ce que je ressentais en cet instant que cette phrase aussi profondément vraie que celle-ci. Je l’avais fait. Prouver que j’étais capable d’être un Mangemort, je l’avais fait. Prouver que j’étais digne d’être le Grand Intendant, je l’avais fait. Prouver que j’étais capable d’être le Grand Intendant, je l’avais fait. Tuer, torturer, emprisonner, détruire, corrompre, tout, j’avais tout fait. Devenir le Grand Intendant, je l’avais fait. M’imposer en tant que Grand Intendant, je l’avais fait. Sauver Pansy, je l’avais fait. Sauver Theo, je l’avais fait. Prendre soin de ma famille, je l’avais fait. Devenir plus fort, devenir plus dur, devenir plus puissant, je l’avais fait. J’avais tout fait.
Alors j’ouvrais les bras, et j’accueillais cette victoire. Dans les yeux de mon frère, je recevais et gardais tout contre mon cœur la lueur de fierté que je pouvais y lire. Dans mes entrailles, je recevais et je gardais comme moteur la rage vibrante et meurtrière des cris et des tambourinements de pieds de mes guerriers. Et entre moi et les Dieux, je gardai cette promesse silencieuse qu’ils ne pourraient jamais plus me prendre mon frère.
Alors je baissai finalement les yeux sur mes soldats, et je les voyais pour ce qu’ils étaient. Des pantins. Mes marionnettes. Chacun était tenu par un fil invisible qui me permettait de le contrôler afin d’atteindre mon but, et le plus délicieux dans ce constat c’était que c’était Voldemort lui-même qui m’avait offert le contrôle intégral de sa propre maison de poupées. Échec et mat, fils de pute.
Lorsque l’effervescence fiévreuse de mon armée était finalement redescendue avec la mienne, j’avais pris soin de leur exposer mon plan plus clairement. Je leur avais parlé des recherches et missions données à Feign et Philps pour contrer les armes moldues ainsi que leur développement. Je leur avais appris que j’avais récolté de la part du Seigneur des Ténèbres le pouvoir de modifier chacune de leur Marque afin de les faire mourir immédiatement s’ils étaient capturés et s’apprêtaient à parler, ce qui avait entraîné un mouvement de mécontentement que j’avais en partie contrôlé en rappelant la loyauté sans faille dont ils étaient censés faire preuve envers le Seigneur des Ténèbres : pourquoi envisageraient-ils seulement de parler aux ennemis ?
Le camp adverse commençait à sérieusement riposter et certains des nôtres étaient capturés, torturés, et drogués pour parler. Cela, je ne leur avais pas dit comme cela. Il fallait qu’ils croient à une chance de survie pour notre cause. Désormais, à l’instant même où ils s’apprêteraient à parler contre nous, ils mourraient sur le champ. Cela prendrait un peu de temps à se mettre en place, parce que j’étais le seul à disposer du pouvoir d’agir sur leurs Marques en devenant Grand Intendant, et qu’il me faudrait, parmi toutes les autres choses que j’avais à faire, les convoquer un à un pour modifier les conditions de leur Marque, et ce ne serait pas une mince affaire.
Je les avais également prévenus des changements qui interviendraient pour les nouvelles recrues principalement, et qui me permettrait de mettre les miens autant à l’abri que possible. Cela non plus, bien évidemment, je ne leur avais pas exposé comme cela. C’était lorsque j’avais expliqué ce nouveau fonctionnement dans nos troupes qu’un soulèvement qui cherchait à tester mon autorité s’était finalement manifesté, tentative de venir tester l’étendue de mon pouvoir.
- Et on est censés être supervisés par des personnes plus jeunes et moins expérimentées qu’la plupart des sorciers qui composent ces rangs sans rien dire ? pouffa un homme à travers la mêlée humaine.
Suite à son intervention, plusieurs soldats osèrent rire et manifester leur mécontentement suite aux décisions que je venais généreusement de leur exposer. Sur ma droite, Theodore fit un pas en avant pour s’occuper de celui qui osait me défier. D’une main que je levai en sa direction, je lui interdisais son intervention musclée. Non, celui-là serait mon plaisir à moi, et un exemple pour tous. Ils comprendraient. Peu importait que certains aient besoin d’un peu plus de preuves pour m’obéir, ils allaient finir par comprendre.
La même main avec laquelle j’avais contrôlé la violence de mon frère fit signe au protestant inconscient d’avancer, un sourire en coin sur mes lèvres annonçant la couleur pour lui.
- Viens, le sommai-je calmement. Approche, l’encourageai-je chaleureusement tandis qu’il semblait hésiter un instant.
L’attention des soldats se divisa tantôt sur lui, tantôt sur moi. C’était un Mangemort d’une cinquantaine d’années qui s’était déjà enrôlé dans les rangs lors de la première guerre, quand bien même il n’avait pas écopé d’une réputation particulièrement notable. Edward, ou quelque chose du genre. Son visage était bouffi, sa silhouette trop bedonnante pour se permettre l’attitude d’un type qui enchaîne sur le champ de bataille, et la ligne de ses cheveux trop reculée sur le haut de son crâne pour le ton hautain auquel il s’essayait.
L’homme ne perdit pourtant rien de son air suffisant, quand bien même je pouvais lire dans la façon dont ses iris scannaient la foule autour de lui qu’il espérait que quelqu’un d’autre détournerait l’attention de lui, et qu’il pourrait passer à nouveau inaperçu. Je ne perdais rien de mon sourire, et je ne le lâchai pas des yeux. Je l’avais dans le viseur, et aucune distraction possible n’allait me le faire oublier. J’étais parfaitement conscient qu’il restait encore bien des personnes qui ne m’estimaient pas de taille, de talent, d’âge ou de capacité à être le Grand Intendant. C’étaient des idiots, certes, mais là n’était pas le propos. J’occupais la position la plus enviée de tous les rangs, quand bien même ils étaient tous bien loin de conceptualiser ne serait-ce qu’un quart de ce que ce taffe impliquait. Les tentatives d’humiliation, de défi, les tests de mon autorité venaient tous poser la même et unique question : est-il possible de lui prendre sa place ? Je souriais. Non, ça ne l’était pas.
Une main toujours tendue vers lui pour lui faire signe d’approcher tandis qu’il traînait lassement pour me rejoindre, je l’accueillais avec chaleur. Sur ma gauche, un peu surélevé face à la mêlée humaine étalée devant nous, je posai une main sur son épaule tandis que je le laissai être vu par tous. Même le tissu de son uniforme était moite et gras sous ma main.
- Comment tu t’appelles ? commençai-je alors amicalement.
- Elias Thornton, se présenta l’énergumène qui n’osait plus rencontrer mes yeux.
- Pour ceux au fond qui n’auraient pas entendu, tu peux répéter ton propos, Elias ? l’encourageai-je d’une voix aussi calme que posée.
Sur son front dégarni, une goutte de transpiration perla. Ses yeux clairs demeuraient rivés droit devant lui, sur ses confrères. Mon sourire s’élargi.
- Je disais juste que…
- … Non, non, l’interrompis-je en souriant, plus fort, murmurai-je alors.
- Je disais juste, éleva-t-il la voix tandis que je ne lâchai pas son épaule moite, que je me questionne sur l’expérience et les compétences des personnes désignées pour nous superviser.
La goutte de transpiration parcouru son chemin jusqu’à son double menton où elle rejoignit un lac de ses petites sœurs. Une moue de dégoût vint tinter mon sourire, et je retournai mon attention sur la foule devant moi.
- Vous avez entendu au fond ? m’écriai-je pour le côté théâtral de la scène.
Il n’y en avait pas besoin étant donné les échos de la grotte. Un brouhaha de foule répondit en écho à ma demande, y acquiesçant en masse. J’acquiesçai vers eux en retour, mon sourire toujours ancré sur mes lèvres. Sans lâcher l’épaule du lard sur ma gauche, j’envoyais soudainement ma main droite empoigner fermement ses bourses. Il sursauta sous mes mains, les traits de son visage laissant passer en l’éclair d’une seconde une horreur sidérée, et il se figea tandis que je serrai ses couilles dans ma main, le sourire tatoué sur mes lèvres. Je ne lâchai pas le porc des yeux tandis que je chuchotai en sa direction, les échos de mes murmures réverbérés dans la grotte pour que tout le monde puisse recevoir le vent mélodique de ma sanction :
- Où est-ce que t’as trouvé ça, Elias ?
Dans un bruit étouffé d’un cri qui se retenait, sa gorge se serra en des sursauts gutturaux. Je regardai les nouvelles gouttes de transpiration se former sur son front et la façon dont le gras de son double menton tremblait maintenant que je le tenais par les couilles. L’espace d’une microseconde, ses yeux d’un vert marronné eurent le courage de se tourner vers moi, probablement plus par surprise que par courage d’ailleurs, avant de retrouver la horde de Mangemort qui ne ferait rien pour lui. Ma réputation commençait à ne plus être à faire, et j’avais sur ma droite un homme capable de tous les prendre en même temps qui ne laisserait jamais aucun mal m’être fait.
Je serrai ma prise avec plus de violence, mon sourire sadique incapable de quitter mon visage tandis que le fou devenait rouge sous mes yeux.
- Bah alors Elias, t’as perdu ta langue ? chuchotai-je vers lui en me penchant plus près encore de lui.
Je tenais mon visage si près du sien que son odeur nauséabonde de gras et de transpiration remplissait mes narines malgré la horde humaine à quelques mètres seulement de moi. Je ne sentais plus que le porc. Même sous ma main qui tenait fermement son épaule, je pouvais sentir les tremblements de son corps.
- T’avais pourtant des choses à dire tout à l’heure, qu’est-ce qui s’est passé ? questionnai-je d’un ton faussement désolé.
- J’ai…, bégaya-t-il alors que je ne le lâchai pas.
- Mmh ? tendis-je une oreille vers lui.
- J’ai c…compris, Monsieur, tenta-t-il alors de négocier.
Des échos pulsants de mon rire vinrent imprégner les pierres de la grotte, offrant à chacun de mes soldats un aperçu du large prisme de ma personnalité.
- Nan, nan, nan, nan, nan, riais-je alors que je lâchai enfin ses burnes et le gras tremblant de son épaule moite.
Entre ses lèvres humides, un filet de bave trembla de soulagement. Une nouvelle fois, j’arpentais l’espace entre lui et le reste de mes soldats de longueurs félines.
- Tu vois Elias, si tu te permets un affront pareil devant tous mes soldats, c’est qu’t’as rien compris du tout, sévis-je finalement.
Cette fois, le sourire s’était évanoui de mes traits, et lorsque je me stationnai devant lui une nouvelle fois, mon visage était froid, mes yeux vides, et ma voix bien moins taquine.
- Baisse ton froc, ordonnai-je sèchement.
Un brouhaha empli de murmures qui ne s’assumaient pas s’éleva derrière-moi. Je demeurai planté devant l’abruti. Il restait interdit, ses yeux désormais rougis cette fois enfoncés dans les miens à la recherche d’une lueur de plaisanterie. Il n’y en avait pas. Je demeurai glacial devant lui.
- M…Monsieur ? bégaya-t-il à travers les nouvelles gouttes de sa transpiration.
Je fronçais les sourcils vers lui.
- C’était pas clair ? tranchai-je froidement, mon agacement explicite dans le ton de ma voix. Arrête de m’faire perdre mon temps et baisse ton froc gros lard, invectivai-je avec une sévérité nouvelle.
Derrière-moi, les murmures cessèrent, retombant platement pour laisser le silence teinté des échos de ma réprimande les écraser. Les yeux mortellement sérieux que je gardais ancrés sur lui finirent le travail pour moi, et Thornton se saisit de sa ceinture de mains tremblantes. Je penchais mon visage légèrement sur la droite, et le regardai faire alors que le silence régnait en maître dans l’arène. Le bruit métallique de sa braguette résonna dans les lieux, et alors que son gras rebondissait de toute cette agitation, il baissa son pantalon jusqu’à ses chevilles avant de se redresser face à moi, un caleçon d’un gris délavé le protégeant encore de se dévoiler intégralement. Là, il me regarda, ses espoirs flottants vainement au-dessus de lui. Je soutenais son regard, ne dis rien, appuyai un clignement de mes cils et laissai un de mes sourcils se dresser sur mon front.
- Vous…, vous voulez que… ? murmura-t-il vers moi.
Je maintenais le néant terrifiant de mon regard inhumain sur lui pour toute réponse, et n’eut pas besoin de prononcer le moindre mot pour que le lourdaud saisisse le message. De ses mains tremblantes, il se saisit de l’élastique de son sous-vêtement, et leva un regard suppliant haut vers moi. Je demeurai inerte, fait de marbre telle une statue de l’antiquité. Fasse à mon impassibilité et tandis que quelques protestations timides commençaient à s’indigner derrière-moi, gérées par un Theodore aussi ferme que moi, le gros lard baissa finalement son caleçon. De ses deux mains en coquille sur son sexe, l’abruti tenta encore de se cacher. Je maintenais ma position ferme, clairement lassé de cette timidité qui contrastait grandement avec le culot qui l’avait poussé à me mettre au défi devant l’intégralité de mon armée comme si c’était une possibilité.
De nouvelles gouttes, cette fois probablement froides, perlèrent jusqu’au bourlet de son double menton tandis qu’il retirait finalement, bien que lentement, ses mains tremblantes de devant lui. Ma lèvre supérieure se retroussa sur mes dents alors que je le regardai, le gras gonflé de son ventre, la pâleur de sa peau et la noirceur de ses poils qui venaient parsemer le bout de ventre qui dépassait. Le petit asticot tout recroquevillé sur lui-même entre ses grosses cuisses poilues, et les couilles asséchées et pendantes qui tombaient là.
- Putain, crachai-je mon dégoût, t’es dégueulasse Elias.
Il baissa la tête, aussi honteux que le verre de terre minuscule et gras entre ses jambes. Je me décalai de devant lui pour laisser enfin les autres le voir. Au milieu des rires qui résonnèrent dans la grotte, quelques indignations qui se faisaient de plus en plus timides à mesure que Theodore tenait sa main de fer, et probablement à mesure que je les inquiétais, moi aussi. D’une main que je tendis vers Pansy au premier rang, je n’eus besoin de rien dire pour qu’elle comprenne ma demande. Elle plongea sa main dans la botte de sa chaussure, et me tendis une lame que je savais parfaitement aiguisée dont je me saisissais.
Je n’éprouvais pas le besoin d’expliquer, de prévenir, d’argumenter ou bien de justifier quoi que ce soit de mes actions en tant que leur Grand Intendant ce soir-là. Je me présentais à eux pour leur rapporter généreusement les dernières informations dont je disposai, et leur exposer le plan de guerre que j’avais pris le plus grand soin de préparer. Malgré tout, malgré ma générosité envers eux, certains de ces enfoirés parvenaient encore à se sentir pousser des couilles qu’ils n’avaient clairement pas pour tenter de me décrédibiliser, même après ma nomination officielle. Je n’avais plus rien à prouver, et je ne ferai que leur montrer sans me perdre dans des explications que, de toute façon, leurs gueules de décérébrés ne comprendraient pas.
Le couteau en main, je m’approchai dans un silence de mort vers Thornton. Celui-ci eut un mouvement de recul lorsque j’arrivais juste devant lui, et la lueur létale qui animait le gris de mes iris le somma de l’avertissement que je n’avais plus besoin de parler. Alors que son corps tremblait d’anticipation, je baissai le haut du mien vers l’abomination qu’il était. De ma main gauche, je me saisis de ses burnes pour les tirer vers le bas tandis qu’il gémit comme une putain. Avec la lame dans ma main droite, j’écorchais sa peau sans plus de cérémonie. Dans un réflexe corporel malheureux, il serra les cuisses et je tirai ma prise en avant pour découper ce dont il n’avait plus besoin. Comme une scie, je coupais ses burnes de mouvements de haut en bas sur la base de son système reproductif, et fut surpris d’à quel point c’était facile. Les hurlements de l’abruti résonnèrent dans mon Quartier Général, et du sang dégoulina sur ma main qui tenait fermement ma prise. Un dernier coup de couteau, et je brandissais ses bourses haut vers mes soldats. Certains applaudissaient la démonstration de violence, les autres demeuraient mortellement silencieux, trop effrayés d’être les suivants. Derrière-moi, Elias tomba sur le sol en pleurant de douleur. Comme un trophée, ou plutôt comme un avertissement, je laissai ces couilles poilues et dégueulasses bien en vue pour toute l’assemblée sans en dire un mot, et leur offrais l’opportunité d’apprendre par eux-mêmes.
Finalement, je les lâchai à même le sol, et allai essuyer ma main sur l’uniforme du lourdaud qui baignait dans son sang en pleurnichant comme une mauviette. Je me retournais enfin vers mes soldats, et reprenais :
- Je disais donc, soupirai-je dans le silence de mort qui s’était à nouveau abattu sur eux. La prise du Ministère se tiendra dans une semaine, et certains et certaines d’entre vous auront l’honneur d’y participer. Je vous ferai parvenir la liste des participants dans les prochains jours, et parmi ceux qui y participeront vous recevrez ensuite des instructions détaillées soit de la part de Corban Yaxley, qui dirigera les entrées et sorties sur place, soit de la part d’Hector Nott, qui mènera un premier groupe d’infiltrés sous couverture à l’intérieur avant l’assaut.
Derrière-moi, Thornton gémit de douleur, les échos aigus de sa plainte se répandant dans la grotte pleine.
- Ce plan a été parfaitement ficelé et a été validé par les éléments sur place, continuai-je alors. Il n’y a aucune raison que les choses se passent mal, bien au contraire.
Une nouvelle fois, le gros lard gémit de douleur dans mon dos. Je soupirai, et me retournai vers lui. Accroupi vers son corps à moitié nu qui baignait dans son sang, je chuchotai quand bien même tous pouvaient m’entendre :
- Tu vois pas que j’essaye de parler, là ?
Les yeux fermés et la moue douloureuse, l’idiot ne me répondit pas. Je me saisis du peu de cheveux qu’il restait sur son crâne et le forçai à lever le visage vers moi.
- Tu vois pas que j’essaye de parler ? répétai-je alors, l’impatience grandissant encore en moi.
- S…Si, maître, pardon…, articula-t-il difficilement.
Je lâchai les quelques pauvres mèches de sa tignasse dégarnie et son crâne s’écrasa sur le sol dans un bruit sourd.
- Alors arrête de gémir comme une pute, crachai-je finalement. J’ai besoin que le sang de mes soldats afflue dans leur cerveau, pas leur bite.
J’avais une dernière fois fait face à mes soldats soudainement bien plus sages pour conclure en leur rappelant de ramener nos morts sur les rixes qui continuaient de se dérouler à travers tout le pays jusqu’à notre Quartier Général, dans l’espace prévu à cet effet, et j’avais finalement conclu cette journée infecte de réunions avec des demeurés qu’il aurait fallu éduquer avant d’espérer en faire une armée descente. L’histoire ne racontait pas si lorsque j’avais quitté les lieux quelqu’un avait prodigué des soins à Elias Thornton, qui risquait de mourir par hémorragie, et je pouvais difficilement en avoir moins quelque chose à foutre. En vérité, j’étais de merveilleuse humeur. Je savais que ce soir-là, il y aurait une femme brillante avec qui je n’avais pas besoin de toute expliquer qui se tiendrait face à moi pour préparer notre meilleure partie d’échecs.