Chizuru secoua un drap avant de l'étendre sur la corde.
Elle lissa les derniers plis du tissu, puis se pencha pour prendre une autre pièce de linge.
Les nouvelles du front étaient mauvaises. Les forces d'Aizu avaient encore subi de lourdes pertes, et personne ne savait combien de temps elles pourraient tenir.
Chizuru songea à Saitō et aux hommes du Shinsengumi qui combattaient toujours à ses côtés.
Elle aurait aimé avoir de leurs nouvelles.
— Chizuru.
Elle se retourna.
Shimada venait d’entrer dans la cour. Cet ancien du Shinsengumi était un homme robuste, aux manières douces et discrètes.
— Shimada-san. Vous avez besoin de quelque chose ?
— Non. Je voulais simplement vous parler.
Il s'approcha, puis jeta un regard vers les fenêtres de l'auberge.
— Il paraît que Shiranui Tsune a été aperçue en ville.
Les mains de Chizuru s'immobilisèrent sur le drap. Il poursuivit.
— Les hommes d'Aizu ont été prévenus. Ils sont à sa recherche. Avec ce qui est arrivé à votre père, j'ai pensé que vous voudriez le savoir.
Chizuru baissa les yeux.
— Oui... Merci de m'avoir prévenue.
Shimada l'observa un instant.
— Je ne comprends pas pourquoi elle est revenue ici. Elle sait pourtant qu'elle risque sa vie en entrant à Aizu.
Chizuru se força à reprendre son ouvrage.
Deux jours auparavant, Tsune se trouvait devant elle, dans un salon de thé. Elle revit les sachets de remède disposés sur la table, et la façon dont elle s'était inclinée pour la supplier de les remettre à Hijikata.
— Peut-être avait-elle une raison importante.
Shimada ne semblait guère convaincu.
Un silence s'installa. Puis il reprit, plus bas :
— Chizuru, je voudrais vous demander quelque chose.
Elle releva la tête.
— Oui ?
— Pour le moment, évitez de raconter cela au commandant.
Chizuru le regarda avec surprise.
— À Hijikata-san ?
— Oui.
Shimada passa une main derrière sa nuque.
— Je n'aime pas lui cacher ce genre de choses. Mais vous connaissez son caractère. S'il apprend qu'elle se trouve ici...
Il laissa sa phrase inachevée.
Chizuru serra légèrement le drap entre ses doigts.
— Vous pensez qu'il essaierait de la retrouver ?
— Je n'en sais rien. C'est justement ce qui m'inquiète.
Il hésita.
— Vous savez qu'ils ont été proches autrefois ?
Chizuru baissa les yeux.
— Oui. Hijikata-san m'en a parlé.
— Il a déjà suffisamment à faire avec sa blessure et les nouvelles du front. Je préférerais qu'il ne se mêle pas de cette affaire.
Chizuru hésita.
— Shimada-san... Si Hijikata-san la rencontrait et la laissait partir, qu'est-ce qui lui arriverait ?
Shimada demeura silencieux quelques instants.
— S'il lui permettait de s'échapper, il devrait en répondre devant les autorités d'Aizu. Et compte tenu des accusations qui pèsent sur elle...
— Vous pensez qu'on pourrait l'accuser lui aussi ?
— De complicité, oui.
Il marqua une pause.
— Le commandant a consacré sa vie au Shinsengumi. Je ne voudrais pas qu'il compromette tout ce qu'il lui reste pour cette affaire.
Chizuru regarda le linge entre ses mains.
— Je comprends, répondit-elle.
Shimada acquiesça.
— Si vous apprenez quelque chose, venez m'en parler.
— Oui, Shimada-san.
Il lui adressa un dernier signe de tête avant de regagner l'auberge.
Chizuru resta seule dans la cour.
Elle aurait pu dire à Shimada qu'elle avait rencontré Tsune.
Qu'elle connaissait le nom de son auberge.
Elle aurait pu lui parler des remèdes et de cette étrange préparation qui, d'après Tsune, avait permis à un Rasetsu de retrouver ses esprits.
Mais elle n'avait rien dit.
Chizuru baissa les yeux vers son panier.
Les sachets étaient toujours cachés avec les notes. Elle ignorait si le remède fonctionnerait sur Hijikata. Elle ne savait même pas si elle pouvait se fier entièrement à Tsune.
Elle prit un autre drap.
Shimada lui avait demandé de ne rien dire.
Au moins avait-elle une raison d'attendre encore un peu.
Elle termina d'étendre le linge, puis reprit son panier et regagna l'auberge.
---
Hijikata leva son sabre au-dessus de sa tête.
Une douleur aiguë lui traversa l'épaule.
Il serra les dents et acheva néanmoins son mouvement.
La lame fendit l'air avec une lenteur exaspérante.
Il abaissa son arme.
Quelques semaines auparavant, il aurait exécuté cette coupe sans même y penser. À présent, le simple fait de lever le bras lui demandait un effort.
Il reprit sa position.
Cette fois, la douleur le força à s'arrêter avant la fin du mouvement.
Hijikata demeura immobile, les doigts crispés sur la poignée de son sabre.
La cour de l'auberge était déserte. Les derniers rayons du soleil éclairaient le sommet de la palissade.
Il avait retiré sa veste noire pour s'entraîner et ne portait plus que sa chemise claire et son pantalon occidental.
Il tenta une dernière coupe.
Une douleur si vive lui traversa l'épaule qu'il dut renoncer avant même d'avoir complètement levé le bras.
Il abaissa son sabre.
Il était incapable de manier convenablement son arme.
Pendant ce temps, Saitō et Sannan combattaient toujours avec ce qui restait du Shinsengumi.
Hijikata ferma les yeux, les mâchoires serrées.
Il aurait dû être avec eux.
Un bruit de pas lui parvint derrière lui.
— Hijikata-san ?
Il redressa la tête.
Chizuru venait d'entrer dans la cour.
Son regard se posa sur le sabre qu'il tenait encore.
— Vos blessures ne sont pas encore guéries. Vous ne devriez pas...
— Ça suffit, Chizuru.
Elle s'interrompit.
Hijikata se tourna vers elle.
— J'ai déjà Ōtori et les médecins sur le dos. J'ai pas besoin que tu t'y mettes aussi.
Chizuru baissa les yeux.
— Excusez-moi.
Hijikata resta silencieux un instant.
Elle ne lui avait rien interdit. Elle s'était simplement inquiétée pour lui.
Il détourna le regard et rengaina son sabre.
— Non, ne t'excuse pas.
Il poussa un soupir.
— Tu n'y es pour rien.
Chizuru releva les yeux.
— Je sais que c'est difficile pour vous de rester ici.
Hijikata récupéra sa veste noire, soigneusement pliée sur un banc.
Lorsqu'il passa le bras dans la première manche, une nouvelle douleur lui arracha une grimace.
Chizuru fit un pas vers lui, puis s'arrêta.
Hijikata acheva d'enfiler sa veste.
— On rentre ?
Chizuru acquiesça.
Il la suivit à l'intérieur de l'auberge.
Le couloir était presque désert à cette heure. Chizuru marchait quelques pas devant lui, son gilet rouge sans manches laissant apparaître la chemise claire qu'elle portait en dessous.
Hijikata remarqua sa nuque, dégagée par sa queue de cheval.
Le souvenir du goût de son sang lui revint brusquement.
Il détourna les yeux.
Il connaissait cette sensation. Depuis qu'il avait pris l'Ochimizu, il lui arrivait de sentir la soif monter sans prévenir.
Mais il trouvait particulièrement insupportable que son corps réagisse si souvent ainsi à la présence de Chizuru.
Elle ne faisait pourtant que marcher devant lui.
Il serra la mâchoire.
Il avait beau essayer de penser à autre chose, son regard revenait vers son cou.
— Hijikata-san ?
Chizuru venait de se retourner.
Il s'arrêta.
Elle le dévisagea quelques instants.
— Vos yeux...
Hijikata détourna légèrement la tête.
Il n'avait pas besoin de miroir pour comprendre.
— Vous avez faim ? demanda-t-elle plus bas.
Il hésita.
— Ce n'est rien.
Il reprit sa marche.
Chizuru le suivit jusqu'à sa chambre.
Hijikata fit coulisser la porte et déposa son sabre près du mur.
Il aurait voulu pouvoir se débarrasser de cette faim.
Le sang de Chizuru l'avait déjà soulagé par le passé.
Il se demanda si en boire de nouveau pourrait lui rendre un peu de ses forces. Peut-être même aider son corps à récupérer plus rapidement de ses blessures.
Il regarda Chizuru.
Elle se tenait encore près de la porte.
L'idée de lui demander son sang lui traversa l'esprit.
Il en éprouva aussitôt de la honte.
Elle lui avait déjà tant donné.
Et pourtant...
— Chizuru, tu crois...
Au même instant, elle glissa une main sous son gilet.
— Hijikata-san, je voulais...
Ils s'interrompirent tous les deux.
Chizuru retira sa main.
— Excusez-moi. Qu'est-ce que vous vouliez me dire ?
— Non, vas-y.
— Ce n'est rien. Je vous écoute.
Hijikata hésita.
— Je voulais te demander un service.
— Bien sûr.
Il détourna brièvement les yeux.
— Est-ce que tu accepterais de me donner un peu de ton sang ?
Chizuru resta immobile.
Hijikata remarqua son hésitation.
— Je...
Elle sembla chercher ses mots.
Il l'interrompit.
— Oublie ça.
Chizuru releva les yeux.
— Je n'aurais pas dû te demander une chose pareille. Tu en as déjà suffisamment fait pour moi.
— Mais, Hijikata-san...
— Ne t'inquiète pas pour moi.
Il se détourna vers la table.
— Tu ferais mieux de retourner dans ta chambre. Il se fait tard.
Un silence suivit.
Hijikata regretta presque aussitôt d'avoir formulé sa demande.
Il avait vu l'embarras de Chizuru. Elle ne savait probablement pas comment lui opposer un refus sans le blesser.
Il aurait dû s'en douter.
— Je veux bien, dit-elle finalement.
Hijikata se retourna.
— Vous donner mon sang.
Il la considéra quelques instants.
— Tu n'es pas obligée.
— Je sais.
Elle lui adressa un léger sourire.
— Mais je veux vous aider.
Hijikata baissa les yeux.
Il éprouva un soulagement qu'il aurait préféré ne pas ressentir.
— Tu es certaine ?
— Oui.
Il hésita encore, puis acquiesça.
Chizuru retira son gilet rouge et le plia soigneusement près de la porte.
Hijikata s'agenouilla sur les tatamis.
Chizuru vint s'installer face à lui.
Il remarqua qu'elle semblait encore un peu nerveuse.
Il ne pouvait pas le lui reprocher.
Chizuru dénoua le petit tissu rouge qu'elle portait autour du cou, puis le posa près d'elle.
Elle commença à défaire les boutons de sa chemise.
Hijikata détourna les yeux.
Il entendit le léger froissement du tissu, puis la voix de Chizuru.
— Ça ira comme ça ?
Il tourna la tête.
Elle avait ouvert quelques boutons, découvrant un peu son decolleté et une partie de ses épaules.
— Oui.
Chizuru tira son kodachi de son fourreau.
Hijikata regarda la lame.
— Je vais le faire.
Il prit l'arme, posa une main contre son épaule et pratiqua une courte entaille à la base de son cou.
Elle eut un léger mouvement de recul.
Il posa ensuite le kodachi près de lui.
Une mince ligne de sang apparut sur la peau claire de Chizuru.
La soif le saisit avec une violence qu'il n'avait pas anticipée. Il lui fallut un effort pour ne pas se précipiter vers la blessure.
Il inspira lentement, puis se rapprocha.
— Si tu veux que j'arrête, dis-le.
— D'accord.
Il posa ses lèvres contre la plaie.
Chizuru se raidit aussitôt sous sa main.
Hijikata commença à boire.
Le soulagement fut presque immédiat.
Il détestait cela. La facilité avec laquelle son corps réagissait au sang, et surtout le plaisir involontaire qu'il lui procurait.
Ses doigts se resserrèrent légèrement sur l'épaule de Chizuru.
Lorsqu'il sentit le goût du sang s'affaiblir, il comprit que la plaie était déjà en train de se refermer.
Il releva la tête.
Une faible lueur dorée parcourait encore le cou de Chizuru. L'entaille avait presque entièrement disparu.
— Ça va ?
— Oui.
Chizuru releva les yeux vers lui.
Ses joues étaient légèrement rougies.
Il essuya machinalement le coin de sa bouche.
Chizuru semblait vouloir lui demander quelque chose.
Elle hésita.
— Vous croyez que… le sang des oni a meilleur goût que celui des humains ?
Hijikata la regarda, pris au dépourvu.
Il aurait préféré ne pas avoir à expliquer ce qu'il venait d'éprouver en buvant à son cou.
— J'en sais rien. Et je ne tiens pas particulièrement à le savoir.
Chizuru rougit davantage.
— Excusez-moi ! C'était une question idiote.
Hijikata poussa un léger soupir.
— Arrête de t'excuser pour un rien.
Elle releva les yeux.
— Mais...
— C'est moi qui devrais m'excuser.
Il regarda son cou.
La blessure avait complètement disparu.
— Je ne devrais pas te demander ce genre de choses.
— Ça ne me fait presque rien. Et vous avez vu comme je guéris vite.
— Et alors ? Ce n'est pas une raison pour te faire du mal !
Chizuru baissa les yeux.
Il réalisa que son ton avait été plus sévère qu'il ne l'aurait voulu.
— Merci, Chizuru. Je sais que je t'en demande beaucoup.
Elle lui adressa un sourire timide.
Hijikata réalisa qu'il avait toujours une main posée sur son épaule et la retira doucement.
Chizuru baissa alors les yeux vers sa chemise, dont les premiers boutons étaient encore défaits.
Hijikata suivit son regard.
Chizuru ramena les deux pans du tissu l'un contre l'autre.
Sans vraiment y réfléchir, Hijikata tendit la main pour l'aider.
Il rapprocha les bords de sa chemise et commença à refermer le premier bouton à sa place.
Ce fut en cherchant la boutonnière suivante que son pouce effleura la peau découverte à la naissance de sa poitrine.
Il s'immobilisa.
Chizuru était assise tout près de lui. Leurs genoux se touchaient presque, et il tenait encore les pans entrouverts de sa chemise.
Lorsqu'il releva les yeux, Chizuru le regardait.
Elle avait les joues rouges.
La soif avait disparu. Il n'éprouvait plus cette brûlure insupportable qui le poussait à chercher du sang.
Pourtant, il sentait son propre cœur battre plus vite.
Sans la quitter des yeux, il fit lentement glisser son pouce sur la peau tendre au-dessus de son sein.
Les doigts de Chizuru se resserrèrent sur le tissu de son pantalon.
Hijikata s'arrêta, troublé par sa réaction autant que par son propre geste.
Il relâcha doucement le tissu.
Sa main aurait dû retomber sur son genou.
Au lieu de cela, il la posa sur sa joue.
Elle leva légèrement le visage vers lui.
Hijikata la regarda quelques instants.
Il connaissait depuis longtemps ses grands yeux bruns. Mais il ne se souvenait pas de l'avoir regardée ainsi.
Ses yeux descendirent vers sa bouche.
Il eut envie de l'embrasser.
Cette pensée le surprit.
Il caressa doucement sa joue du pouce.
Chizuru ferma brièvement les yeux, inclinant légèrement la tête contre sa main.
Hijikata sentit son hésitation céder.
Il se pencha vers elle.
— Attendez...
Il s'arrêta aussitôt.
Chizuru venait de poser une main sur son poignet.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Elle rouvrit les yeux.
— Je...
Hijikata attendit, mais elle ne poursuivit pas.
Il prit soudain conscience de leur position et de sa chemise encore ouverte.
Il retira ses doigts de son visage et se redressa.
— Pardonne-moi.
— Non, ce n'est pas...
Chizuru s'interrompit. Elle rapprocha les pans de sa chemise et commença à en refermer les boutons.
Hijikata détourna les yeux pour lui laisser le temps de se rhabiller.
Un silence pesant s'installa.
Il fixa un instant son sabre, posé contre le mur.
Quelques minutes auparavant, il lui avait demandé son sang. Et maintenant, il avait failli l'embrasser.
Il serra légèrement les mâchoires.
— Vous vous sentez mieux ? demanda finalement Chizuru.
Hijikata tourna la tête.
Elle venait de terminer de boutonner sa chemise.
— Oui. La soif est passée.
— Tant mieux.
Elle lui adressa un petit sourire, puis baissa de nouveau les yeux.
Hijikata l'observa quelques instants.
— Chizuru.
Elle releva la tête.
— Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise.
— Non ! Ce n'est pas ça...
Elle s'interrompit encore.
Hijikata attendit la suite.
— Écoute, reprit-il. Je n'aurais pas dû...
— Hijikata-san.
Il se tut.
Chizuru hésita, puis releva les yeux vers lui.
— Est-ce que je peux vous poser une question ?
— Bien sûr.
Elle prit une légère inspiration.
— L'autre jour, quand vous m'avez parlé de Shiranui-san...
Hijikata ne s'attendait pas à entendre ce nom.
— Vous m'avez dit que vous auriez dû garder vos distances avec elle.
— Oui.
Chizuru hésita.
— Est-ce que... c'est vraiment ce que vous pensez ?
Hijikata resta silencieux quelques instants.
— J'ai pris des décisions qui ont causé beaucoup d'ennuis au Shinsengumi, répondit-il finalement.
Il détourna les yeux.
Chizuru ne dit rien.
Hijikata attendit, puis poussa un léger soupir.
— Mais ce n'est pas ce que tu me demandes, n'est-ce pas ?
Elle baissa la tête.
Ses mains reposaient sur ses genoux, les doigts serrés contre le tissu de son pantalon.
Hijikata crut comprendre pourquoi elle l'avait arrêté.
Elle voulait savoir s'il regrettait réellement sa relation avec Tsune.
Il aurait pu lui répondre que tout cela appartenait au passé. Que Tsune avait quitté le Shinsengumi et qu'ils avaient suivi des chemins différents.
C'était vrai.
Mais cela ne répondrait toujours pas à sa question.
— Tu devrais te reposer. Tu as perdu du sang.
— Ce n'était presque rien...
— Tu ne vas pas rester éveillée toute la nuit.
Chizuru ne bougea pas.
— Hijikata-san...
Il tourna la tête.
Elle hésita encore.
— Est-ce que vous aimeriez la revoir ?
Hijikata fronça les sourcils.
— Pourquoi me demandes-tu ça ?
Chizuru baissa les yeux.
— Je me demandais simplement...
Il la considéra quelques instants.
Il ne comprenait pas pourquoi elle tenait tant à parler de Tsune ce soir.
Il s'était laissé emporter, et maintenant Chizuru cherchait à savoir ce qu'il éprouvait encore pour une autre femme.
Il ne pouvait guère lui reprocher de se poser la question.
Mais il n'avait aucune envie d'en parler.
— Chizuru.
Elle releva la tête.
— Oui ?
Hijikata hésita.
— Je crois qu'il vaut mieux en rester là pour ce soir.
Chizuru ne répondit pas.
— Tu devrais retourner dans ta chambre.
— Mais...
— Il se fait tard.
Elle baissa la tête.
Hijikata vit son expression changer. Il regretta aussitôt la dureté de ses paroles.
— Écoute...
Il poussa un soupir.
— J'aimerais rester seul un moment.
Chizuru acquiesça lentement.
— Bien sûr.
Elle se leva, récupéra son gilet et le passa sur ses épaules.
Hijikata la regarda remettre en place le petit tissu rouge autour de son cou.
— Bonne nuit, Hijikata-san.
— Bonne nuit.
Il attendit qu'elle ait quitté la chambre.
La porte coulissa doucement derrière elle.
Hijikata demeura immobile quelques instants.
Puis il ferma les yeux.
Est-ce que vous aimeriez la revoir ?
Bien sûr qu'il aurait voulu revoir Tsune.
Savoir où elle se trouvait. Comment elle allait.
Lui parler, au moins une fois.
Malgré tout ce qui s'était passé.
Hijikata passa une main sur son visage.
Quelques instants plus tôt, il avait pourtant été sur le point d'embrasser Chizuru.
Il en avait sincèrement eu envie.
Et voilà qu'il venait de la renvoyer sans même répondre à sa question.