L'Ochimizu

Chapitre 29 : Encore

Par Zihume

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Le jour tombait lorsqu'elle atteignit le camp.


Tsune ralentit.


Des hommes circulaient entre les tentes. Certains portaient encore leurs armes. D'autres étaient assis près des feux, occupés à manger ou à réparer leur équipement.


Il ne fallut que quelques secondes pour qu'on la remarque. Sa robe occidentale claire attirait déjà suffisamment les regards. Les deux sabres passés à sa ceinture en attiraient davantage encore.


Un premier homme se retourna. Puis un deuxième.


— Arrêtez-vous là.


Tsune s'immobilisa.


— Qui êtes-vous ?


Elle n'eut pas le temps de répondre.

Une silhouette venait d'apparaître derrière eux.


Saitō s'arrêta à quelques pas. Son regard se posa sur elle. Pendant un instant, rien ne bougea.

Puis sa main descendit lentement jusqu'à la garde de son katana.

Il l'avait reconnue.


Une autre voix s'éleva.


— Tsune-san ?


Elle tourna légèrement la tête.

Chizuru fit un pas. Harada apparut presque aussitôt à côté d'elle, sa main posée sur son épaule.


— Reste en arrière.


Chizuru se retourna vers lui.


— Mais...


Harada ne la regardait pas. Ses yeux étaient fixés sur Tsune. 

Tsune reporta son attention sur Saitō.

Il l'observa encore quelques secondes.


— Pourquoi êtes-vous ici ?


Tsune glissa une main vers la petite sacoche qu'elle portait contre elle.

Plusieurs hommes se tendirent aussitôt.

Elle s'arrêta.


— J'ai quelque chose à transmettre à Kondō.


— À quel sujet ?


— Pas ici.


— Le commandant Kondō n'est pas au camp.


— Où est-il ?


— Parti avec une partie des hommes. Hijikata-san commande en son absence.


Tsune resta silencieuse.

Quelqu'un déplaça une caisse derrière eux. Le bois racla contre la terre. Chizuru l'observait toujours à quelques mètres.


— Alors conduis-moi à lui.


— Vous comprenez ce que vous demandez ?


— Oui.


— J'en doute.


Saitō fit un pas vers elle. Sa main quitta enfin son sabre.


— Vos armes.


Tsune détacha son katana et le lui tendit. Saitō le prit. Elle retira ensuite le kodachi de sa ceinture et le posa contre le premier.

Saitō confia les deux sabres à l'un des hommes derrière lui.


— Je vais vous conduire à Hijikata-san. Mais si vous entrez dans ce camp, je ne peux pas vous garantir que vous en ressortirez libre.


— Je sais.


Saitō la fixa encore un instant.

Puis il se détourna.


— Suivez-moi.


Harada avait quitté Chizuru et s'était rapproché. Lorsque Tsune passa près de lui, leurs regards se croisèrent.

Il ne dit rien. Elle non plus.

Ils traversèrent le camp en silence. 

Saitō s'arrêta finalement devant une grande tente fermée.


— Hijikata-san.


Un silence.

Puis une voix étouffée leur parvint de l'intérieur.


— Quoi ?


— Pourriez-vous venir un instant ? On vous demande.


Des pas approchèrent. La toile fut repoussée.

Hijikata apparut dans l'ouverture.


Tsune cessa de respirer une fraction de seconde.


Ses cheveux étaient plus courts. Ce fut la première chose qu'elle remarqua. Ils encadraient toujours son visage, mais s'arrêtaient désormais autour de sa mâchoire. Sa tenue avait changé, elle aussi : veste sombre, pantalon occidental, bottes.

Pendant un instant, ces détails suffirent presque à lui donner l'impression d'avoir devant elle un homme qu'elle ne connaissait pas.

Puis il leva les yeux.


Et ce fut bien Toshizō.


Son regard passa d'abord sur Saitō. Puis sur Harada. Enfin sur elle.

Il s'arrêta.

La surprise traversa son visage avant qu'il ait eu le temps de la dissimuler. Ses yeux descendirent brièvement vers sa robe occidentale, sa sacoche, puis vers l'absence de sabres à sa ceinture.


— Vous l'avez arrêtée ? demanda-t-il à Saitō.


— Non. Elle est venue d'elle-même.


Quelque chose changea imperceptiblement dans le regard de Hijikata.


— Elle dit avoir des informations importantes au sujet de certaines recherches.


Il comprit immédiatement. Son regard revint vers Tsune.

Elle resserra légèrement les doigts autour de la sangle de sa sacoche.


— Quelque chose qui pourrait vous aider.


Hijikata resta silencieux un instant, encore troublé.

Puis il écarta davantage la toile.


— Entre.


Tsune passa devant lui. Hijikata entra à sa suite et laissa retomber la toile derrière eux.

Saitō fit un mouvement pour les suivre, mais Harada l'arrêta d'une main.


— Laisse-les.


Saitō hésita, puis resta devant l'entrée.

Quelques instants plus tard, Chizuru les rejoignit.


— Elle est avec Hijikata-san ?


— Oui, répondit Saitō.


Harada s'adossa près de la tente.


— On attend ici.


Saitō resta devant l'entrée.


La tente était plus grande que Tsune ne l'avait imaginé. Une lampe posée près de la table basse éclairait des cartes, plusieurs liasses de papiers et une tasse abandonnée parmi les documents.


Hijikata ne retourna pas s'asseoir. Il resta devant elle.

Pendant quelques secondes, aucun des deux ne parla.


— Cette tenue te va bien.


Hijikata fronça les sourcils.


— Tu n'as rien de mieux à dire ?


Un silence retomba. Il la détailla à son tour.


— Tu as du cran de revenir ici. La dernière fois que tu t'es présentée devant moi, je t'ai fait arrêter.


Quelque chose d'amer passa dans le sourire de Tsune.


— Je m'en souviens.


Elle baissa les yeux vers la sacoche qu'elle tenait encore.


— Je ne suis pas venue pour toi, cette fois.


Elle s'approcha de la table et posa la sacoche sur un coin libre.


— J'ai vu Heisuke et Sannan. Sous leur forme de Rasetsu.


Cette fois, sa réaction fut plus difficile à dissimuler.

Ses yeux descendirent vers ce qu'elle sortait de la sacoche. Deux petits sachets. Quelques feuillets pliés.


— J'ai trouvé ça.


Hijikata s'approcha.


— Une partie de la formule vient des recherches de Kōdō. Elle a été modifiée depuis.


— Qu'est-ce que ça fait ?


— Ça peut diminuer la faim. Peut-être, corrigea-t-elle aussitôt.


— Tu ne sais pas ?


— Pas encore assez.


Elle ouvrit l'un des feuillets.


— Les essais de Kōdō n'étaient pas très concluants. Mais cette formule est différente.


Hijikata parcourut rapidement les premières lignes.


— Tu l'as testée ?


— Pas sur un Rasetsu.


Son regard revint vers elle.


— Pourquoi nous l'apporter ?


— Sannan saura probablement déterminer assez vite si ça vaut quelque chose. S'il peut le reproduire, lui et Heisuke n'auront peut-être plus à subir les crises.


Hijikata resta silencieux. La dureté de son visage ne disparut pas complètement, mais quelque chose s'y relâcha.

Il prit enfin l'un des feuillets.


— Tu es venue jusqu'ici uniquement pour leur apporter ça ?


— Oui.


Il la regarda quelques secondes, puis replia soigneusement le document.


— Sannan verra ça à son retour.


— Il n'est pas ici ?


— Non.


Il posa le feuillet près des sachets.


— Merci.


Tsune resta immobile. Elle ne s'était pas attendue à l'entendre.

C'est alors qu'elle aperçut les cartes derrière lui. Elles occupaient presque toute la table basse. Plusieurs routes avaient été tracées à l'encre, accompagnées de noms de villages et de positions militaires.


— Où comptez-vous repartir ?


Hijikata tourna immédiatement les yeux vers elle.


— Tu crois vraiment que je vais communiquer nos mouvements à la femme d'un homme de Satsuma ?


— Kazama ne sert plus Satsuma.


— Ça ne change rien.


— Et je ne voyage plus avec lui.


Hijikata la regarda plus attentivement.


— Ça non plus.


Tsune retint un soupir.

Son regard retourna malgré elle vers les cartes.


— Le shogun s'est retiré. Vous avez perdu à Toba-Fushimi. Kōfu est tombée.


Hijikata ne répondit pas.


— Le shogunat est déjà vaincu. Sais-tu au moins encore pourquoi tu te bats, Toshizō ?


— Kondō est devenu vassal du shogun.


Elle attendit qu'il poursuive.


— Nous sommes partis de rien, dit-il. Des fils de paysans à qui on rappelait qu'ils n'étaient pas nés samouraïs. Maintenant, Kondō est un homme du shogun. Le Shinsengumi a enfin été reconnu.


Tsune le regarda comme si elle n'était pas certaine d'avoir bien compris.


— C'est donc toujours pour ça que tu te bats ?


Ses sourcils se froncèrent.


— Le statut de Kondō. Le shogun qui lui a accordé ce titre a renoncé au pouvoir. Il a obtenu ce qu'il voulait au moment précis où cette place ne vaut plus rien.


Le visage de Hijikata se ferma.


— Surveille tes paroles, Tsune.


— Pourquoi ? Parce qu'il faudrait encore faire semblant que tout ça a un sens ?


Sa voix avait monté.


— L'honneur de Kondō. Son rang. Sa reconnaissance. Vous avez attaqué Kōfu en infériorité numérique dans une bataille que vous ne pouviez pas gagner. Sannan et Heisuke sont devenus des Rasetsu. Des hommes sont morts, et vous continuez encore.


Hijikata fit un pas vers elle.


— Ça suffit.


Tsune ne bougea pas.


— Tout ça pour quoi ? Pour que ton ami puisse se pavaner avec un titre accordé par des hommes qui l'auraient méprisé quelques années plus tôt ?


— Je t'interdis de parler de lui comme ça !


Le cri éclata dans la tente.

Hijikata avait les poings serrés.


— Tu nous as abandonnés, Tsune ! Tu n'étais pas là à Toba-Fushimi. Tu n'étais pas là quand Yamazaki est mort. Tu n'étais pas là quand Inoue est tombé. Tu ne sais rien de ce qu'on vient de traverser !


Il fit encore un pas.


— Tu débarques ici après quatre ans et tu crois pouvoir décider que tout ce pour quoi ils se sont battus ne vaut plus rien ?


— Je n'ai jamais dit ça !


— C'est exactement ce que tu viens de faire !


Tsune sentit sa propre colère lui monter à la gorge.


— Continuer à envoyer des hommes mourir alors que la guerre est perdue n'a aucun sens.


— On ne peut pas simplement poser les armes !


— Pourquoi ?


— Parce qu'ils sont morts pour ça !


— Justement ! Ton combat ne les ramènera pas !


La toile de l'entrée fut brusquement repoussée.

Saitō apparut. Son regard passa de Tsune à Hijikata.


— Hijikata-san.


Personne ne répondit immédiatement. La respiration de Tsune était courte. Hijikata la fixait toujours.


— Est-ce que tout va bien ?


Il détourna enfin les yeux.


— Raccompagne-la hors du camp.


— Hijikata-san, Aizu voudra peut-être être informé de sa présence. Si nous la—


— Non.


Le mot tomba sèchement. Saitō se tut.

Hijikata regarda Tsune. Toute la colère était encore là, mais elle avait changé. Resserrée. Maîtrisée de force.


— Elle repart.


— Très bien.


Elle se détourna.


— Tsune.


Elle s'arrêta.

La voix de Hijikata était redevenue basse.


— Si tu remets les pieds dans un camp du Shinsengumi après ce soir, je ne te laisserai pas repartir. Je serai obligé de te faire exécuter.


Un silence passa.

Un sourire amer effleura la bouche de Tsune.


— Au moins, cette fois, je suis prévenue.


Le visage de Hijikata se crispa à peine.


Saitō s'écarta pour la laisser passer.


Tsune franchit l'entrée sans regarder derrière elle. Saitō la suivit. La toile retomba.

Pendant quelques secondes, personne ne parla.


Harada regarda Tsune s'éloigner entre les tentes, puis tourna les yeux vers l'entrée refermée.

Chizuru, elle, n'avait pas bougé.


— Hijikata-san criait.


Harada eut un bref soupir.


— J'avais remarqué.


Chizuru hésita, puis souleva la toile.

Hijikata était resté près de la table, penché en avant, une main appuyée contre le bois, l'autre posée sur son front.


— Hijikata-san ?


Il ne releva pas immédiatement la tête.


— Qu'est-ce qu'il y a ?


— Je voulais savoir si vous alliez bien.


Il ne répondit pas.

Chizuru regarda les sachets et les feuillets laissés sur la table, puis revint à lui.


— Je ne crois pas que Tsune-san pensait tout ce qu'elle a dit.


La main de Hijikata resta immobile contre son front.


— Je crois surtout qu'elle est inquiète pour vous.


Un silence suivit. Il baissa lentement la main, sans répondre. Son regard se posa quelque part sur les cartes devant lui, sans vraiment les voir.

Puis il se redressa.


— Va aider Saitō.


— Maintenant ?


— Oui.


Elle l'observa plus attentivement. Il porta brièvement une main à son col ; ses doigts tirèrent légèrement sur le tissu avant de retomber.


— Hijikata-san... vous êtes pâle.


— Je suis fatigué.


Chizuru fit un pas vers lui.


— Je peux rester si vous voulez.


— Non.


Le mot était sorti plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.


— On aura probablement besoin de déplacer une partie du matériel demain, reprit-il. Va voir Saitō.


— Mais...


— Chizuru.


Elle le regarda encore quelques secondes, puis inclina la tête.


— D'accord.


Elle ressortit. Hijikata attendit que la toile soit retombée derrière elle, puis resta immobile. Son regard se posa sur les deux sachets laissés par Tsune.


---


Saitō accompagna Tsune jusqu'à la limite du camp. L'homme à qui il avait confié ses armes les attendait près de l'un des feux. Saitō récupéra le sabre et le kodachi, puis les lui tendit.


Tsune les rattacha à sa ceinture.


— Ne revenez pas.


Elle eut un sourire sans joie.


— Bonne soirée, Saitō.


Elle s'éloigna entre les arbres.

Puis elle s'arrêta.


Tsune posa une main contre le tronc devant elle.

Puis elle entendit des voix.

Un peu plus loin, à la limite du camp, deux silhouettes étaient assises près d'un feu bas.

Harada. Et Shinpachi.


Tsune resta derrière les arbres.


— Elle n'avait pas tort sur tout, disait Shinpachi.


Harada remua une branche dans les braises.


— Ne lui dis surtout pas ça. Elle serait capable de revenir juste pour le répéter à Hijikata.


Shinpachi eut un bref rire, puis son expression redevint sérieuse.


— Je ne plaisante pas, Sano. Kōfu, c'était trop.


Le bois craqua dans le feu.


— Je veux continuer à me battre. Mais pas comme ça.


Harada resta silencieux quelques secondes.


— Moi non plus.


Tsune ne bougea pas.


Elle n'éprouva aucune satisfaction à les entendre. Seulement une fatigue étrange.


Même eux.


Un mouvement attira alors son regard. Une silhouette venait de quitter le camp.


Hijikata.


Il marchait seul, en direction des arbres. Il ne prenait pas le chemin emprunté par les patrouilles.

Il s'enfonçait dans la forêt.


Elle le regarda disparaître entre les troncs. Puis jeta un dernier coup d'œil vers Harada et Shinpachi.


Elle aurait dû partir.

À la place, elle le suivit.


---


Entre les arbres, la nuit était déjà plus profonde.

Hijikata avançait toujours devant. Puis son pas ralentit.

Tsune s'arrêta.


Quelques mètres plus loin, il posa une main contre un tronc d'un arbre et resta ainsi, la tête légèrement baissée.

Il avait été pâle dans la tente. Elle l'avait remarqué sans y prêter davantage attention.

Elle pensa d'abord à une blessure. Ou simplement à l'épuisement.


Hijikata inspira lentement. Ses doigts se crispèrent contre l'écorce.

Puis il fouilla dans sa veste.


Tsune vit apparaître un petit sachet.


Elle cessa de respirer.


Même dans la pénombre, elle le reconnut. C'était l'un de ceux qu'elle avait laissés sur sa table.


Hijikata l'ouvrit et en avala le contenu.

Tsune resta parfaitement immobile.


Pourquoi est-ce qu'il—


Son estomac se contracta.


Non.


Hijikata garda une main appuyée contre le tronc. Quelques secondes passèrent. Sa respiration, jusque-là courte, commença à ralentir. Ses épaules s'abaissèrent légèrement et la tension quitta peu à peu sa mâchoire.


Ça fonctionnait.


Un soulagement la traversa avant même qu'elle ait pleinement accepté ce qu'elle venait de comprendre.


Hijikata avait bu l'Ochimizu.

Toshizō était devenu un Rasetsu.


Elle serra les doigts contre le tissu de sa robe.


Il expira lentement. Son bras se relâcha contre le tronc.

Pendant un instant, il sembla aller mieux.

Puis ses doigts se crispèrent brutalement contre l'écorce. Tout son corps se tendit. Il se courba en avant, une main plaquée contre le ventre.

Un son étranglé lui échappa.


Le remède n'avait pas tenu.

Non. Il n'avait pas fonctionné du tout.


Tsune vit alors une première mèche pâlir près de sa tempe.

Elle resta figée.

Le blanc gagna rapidement ses cheveux.


Quelque chose se serra violemment dans sa poitrine.


Elle connaissait cette apparence. Elle l'avait vue sur trop d'hommes.

Jamais sur lui.


Hijikata ferma les yeux. Son front s'abaissa presque contre son bras toujours appuyé au tronc.


Tsune sortit de l'ombre.

Une branche craqua sous son pied.


Il se retourna aussitôt. Son regard rouge trouva le sien. La surprise passa sur son visage.


— Tsune ?


Elle continua d'avancer.

Son expression se ferma.


— Pars.


Elle fit encore un pas.


— Depuis quand ?


— Ça ne te regarde pas.


— Toshizō...


Un nouveau spasme traversa son corps. Ses doigts s'enfoncèrent dans l'écorce, mais il resta debout.

Tsune s'approcha encore.

Puis s'arrêta.


Sa main descendit vers sa ceinture.

Hijikata suivit le mouvement des yeux.

Elle tira son kodachi.

Il comprit immédiatement.


— Ne fais pas ça.


L'avertissement claqua dans le silence des arbres. Tsune soutint son regard. De sa main libre, elle écarta légèrement le col de sa robe et porta la lame à son cou.


— Tsune.


Elle entailla sa peau.

Le sang perla aussitôt, puis glissa en une ligne chaude le long de sa gorge.


Le souffle de Hijikata se brisa. Il détourna brutalement la tête, sa main se refermant contre le tronc avec assez de force pour faire craquer l'écorce sous ses doigts.


Elle rangea la lame.


— Recule.


Elle s'approcha.


— Si tu veux encore te battre pour ta cause perdue, dit-elle doucement, évite au moins de mourir de faim au milieu d'une forêt.


— Tais-toi.


Elle était maintenant devant lui. Trop près.

Hijikata leva une main pour la repousser. Ses doigts rencontrèrent son épaule.


Il avait voulu l'écarter.

Il ne le fit pas.


Son regard tomba sur la ligne rouge qui descendait le long de sa gorge. 


La seconde suivante, il céda.


Sa main se referma brutalement sur son épaule et il l'attira contre lui avec assez de force pour lui couper le souffle.

Sa bouche se posa sur la plaie.

Une douleur vive traversa le cou de Tsune. Elle se crispa malgré elle.

Ses lèvres étaient chaudes.

Puis sa langue passa sur le sang.


Hijikata but.


Une de ses mains resta crispée sur son épaule. L'autre trouva sa taille et la maintint contre lui avec dureté.


Tsune ne chercha pas à s'en dégager. Elle sentait sa mâchoire contre son cou, sa respiration heurtée entre deux gorgées, ses doigts serrés dans l'étoffe de sa robe.


Elle ferma les yeux.

La nuit autour d'eux disparut presque. Il ne resta plus que la chaleur de son souffle contre sa peau, la pression de son corps et le passage humide de sa bouche sur la coupure.


Elle passa lentement les bras dans son dos.

Hijikata se raidit sous ses mains.


Cette fois, il prit le sang plus lentement. Ses cheveux blancs effleurèrent sa joue.


Elle se souvint malgré elle d'autres soirs.


Une chambre éclairée par une lampe.

Des feuilles couvertes d'encre.

Son corps derrière le sien.

Une voix basse près de son oreille.


Le souvenir n'avait rien à faire ici.


Pas au milieu de ces arbres.

Pas avec son sang dans la bouche et ses yeux rouges de Rasetsu.


Peu à peu, la tension de son corps changea. Les tremblements diminuèrent. Sa respiration ralentit.

Contre la joue de Tsune, les mèches pâles commencèrent à s'assombrir. Le blanc recula. Le noir revint.


Il demeura immobile, sa bouche encore contre son cou.


Le temps s'étira.


Autour d'eux, les arbres bruissaient faiblement dans la nuit.


Il ne buvait plus.


Pourtant, il ne s'écartait pas.

Tsune non plus.


La faim avait disparu.

Il était plus difficile de donner un nom à ce qui restait.


Ce fut Hijikata qui finit par rompre le silence.

Lorsqu'il parla, sa voix vibra contre sa peau.


— Tu n'as pas le droit de me faire ça.


Tsune garda les bras autour de lui.


— T'aider à tenir debout ?


L'ironie était faible. Fatiguée.

Ses doigts se crispèrent de nouveau contre son épaule.


— Tu n'as pas le droit de m'imposer ton sang.


— Tu n'aurais pas dû boire l'Ochimizu.


Il ne répondit pas. Elle sentit sa mâchoire se tendre contre son cou.

Ses bras se resserrèrent malgré elle autour de lui.

Quand elle reprit la parole, il n'y avait plus d'ironie dans sa voix.


— Je ne peux pas laisser l'homme que j'aime souffrir d'un mal que j'ai contribué à créer.


Cette fois, Hijikata écarta complètement son visage de son cou.

Lentement.


Du sang marquait sa bouche. Ses cheveux avaient repris leur noir. Ses yeux avaient retrouvé leur couleur violette, et au fond, une douleur que la colère ne couvrait plus tout à fait.


Tsune porta la main à sa gorge. Le sang coulait encore entre ses doigts.

Le regard de Hijikata s'y arrêta.


Puis son visage se ferma.


— Pars.


Le mot tomba comme une lame.


Tsune ne répondit pas. Elle resta immobile un instant de plus, la main pressée contre sa gorge, comme si elle attendait encore quelque chose de lui.

Puis elle inclina très légèrement la tête.


Pour une fois, elle obéit.


Elle se détourna et s'enfonça entre les arbres.

Derrière elle, Hijikata resta seul, le goût métallique de son sang sur la langue.




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