Tsune se trouvait dans l'annexe lorsque la voix d'Okita s'éleva dans la cour.
D'abord, elle n'y prêta pas attention.
Okita donnait souvent à une simple salutation le ton d'une provocation, et les visiteurs comprenaient généralement très vite qu'ils n'étaient pas les bienvenus.
Puis une autre voix répondit.
Grave.
Nonchalante.
Trop familière.
La main de Tsune s'immobilisa au-dessus du registre.
- Je cherche une femme.
Le pinceau resta suspendu entre ses doigts.
Un silence tomba dans la cour.
Puis Okita répondit, avec ce sourire que l'on devinait dans sa voix :
- Vous vous êtes trompé d'adresse. Pour les femmes, c'est plutôt du côté de Shimabara.
Tsune se leva lentement.
Son cœur battait déjà trop vite.
Elle s'approcha de la porte entrouverte et observa la cour sans se montrer.
Kazama se tenait près de l'entrée.
Son vêtement noir, bordé de motifs dorés, tranchait avec la poussière de la cour. Ses cheveux blonds pâles encadraient son visage avec élégance.
Il demeurait parfaitement calme, comme si aucun des hommes qui lui faisaient face ne méritait vraiment son attention.
Un peu en retrait, près de la porte extérieure, Amagiri attendait.
Il n'était pas entré.
Massif et silencieux, il observait la scène sans intervenir.
Kazama accorda à peine un regard à Okita.
- Une femme qui se déguise en homme et marche parmi vous.
Le sourire d'Okita ne bougea pas.
Sa main, elle, descendit plus près de son sabre.
- J'ai dit que vous vous trompiez d'endroit.
Kazama fit un pas.
Un seul.
Rien dans son expression ne changea, mais l'air sembla se resserrer autour de lui.
- Je ne suis pas venu perdre mon temps avec les plaisanteries d'un chien de Mibu.
Okita sourit davantage.
- Mauvaise réponse.
La voix de Hijikata coupa la cour avant que la lame ne puisse sortir.
- Okita.
Tsune tourna légèrement la tête.
Hijikata venait d'apparaître sur la galerie. Son regard passa d'Okita à l'inconnu, puis s'arrêta sur Kazama avec cette dureté calme qu'il prenait lorsqu'un danger devait d'abord être évalué avant d'être tranché.
- Que se passe-t-il ?
Okita ne quitta pas Kazama des yeux.
- Notre invité cherche une femme.
Hijikata regarda Kazama.
- Il n'y a pas de femmes au Rōshigumi.
Kazama inclina à peine la tête.
- Vous mentez mal.
Son regard glissa sur la cour, les bâtiments, les hommes qui commençaient à se rassembler malgré eux.
- Je vais la chercher moi-même.
Okita tira son sabre d'un pouce.
La lame ne sortit pas entièrement.
Pas encore.
Kazama ne broncha pas.
Il ne posa même pas la main sur son arme.
C'était pire.
Tsune comprit ce qu'Okita risquait s'il l'attaquait.
Elle sortit de l'ombre.
- Arrêtez.
Tous les regards se tournèrent vers elle.
Okita se figea une fraction de seconde. Hijikata, lui, ne bougea pas, mais son regard se durcit.
Kazama la regarda descendre dans la cour.
Son regard passa sur ses vêtements d'homme, sur le sabre à sa taille, sur la coupe trop droite de son habit. Il ne sourit pas tout de suite. Il sembla d'abord prendre la mesure de l'insulte.
Puis seulement, un pli mince apparut au coin de sa bouche.
- Tsune.
Le prénom tomba avec une simplicité qui rendit la cour plus silencieuse encore.
Okita le remarqua.
Hijikata aussi.
Tsune avança jusqu'à eux.
- C'est un ami.
Cette fois, Kazama sourit.
Assez pour qu'elle sache qu'il venait d'accepter le mensonge.
- De longue date.
Okita ne relâcha pas son sabre.
- Votre ami vient de menacer de fouiller l'enceinte.
Tsune garda le visage immobile.
- Il n'a jamais appris les bonnes manières.
Kazama tourna lentement les yeux vers elle.
- Tu ne disais pas cela autrefois.
La phrase était basse, mais pas assez pour que les autres n'en perçoivent pas l'intention.
Tsune ne lui répondit pas.
Elle regarda Hijikata.
- Il veut me parler. Si je l'accompagne dehors, il repartira.
Okita eut un mouvement.
- Shiranui.
Mais Hijikata leva légèrement la main.
Pas pour l'arrêter brutalement.
Pour lui imposer le silence.
Il ne quittait pas Tsune des yeux.
Elle sentit ce regard peser sur elle, non comme une accusation, mais comme une question qu'il ne poserait pas devant les autres.
Elle s'inclina très légèrement.
- Je réglerai cela rapidement.
Hijikata resta silencieux.
Son visage était fermé.
Il savait qu'elle ne disait pas tout.
Elle le vit.
Enfin, il répondit :
- Fais court.
Okita se tourna vers lui, incrédule.
- Hijikata-san.
- Recule.
Le ton ne laissait pas de place à la discussion.
Okita obéit, mais ses doigts restèrent sur la garde de son sabre.
Tsune passa devant Kazama sans le regarder.
Elle sentit pourtant son mouvement derrière elle, parfaitement mesuré, comme s'il lui accordait l'illusion de marcher la première.
Ils traversèrent la cour sous les regards des hommes.
Près de la porte, Amagiri inclina à peine la tête vers Kazama.
- Kazama-sama, vous-
- Plus tard.
Le visage d'Amagiri se ferma, mais il se tut.
Tsune allait franchir le seuil lorsque Kazama se rapprocha.
Juste assez pour que son épaule frôle la sienne.
Juste assez pour que, depuis la galerie, on puisse voir cette proximité ancienne, intime, presque naturelle.
Il se pencha vers son oreille.
Sa voix ne fut qu'un souffle.
- Te voilà docile, dès qu'il s'agit de protéger les hommes de Mibu.
Tsune ne tourna pas la tête.
Ses doigts se refermèrent une seconde contre sa paume.
Puis elle continua d'avancer.
Derrière elle, dans la cour, le silence dura encore.
Okita fut le premier à parler.
- Vous la laissez partir seule avec lui ?
Hijikata regardait toujours la porte.
Kazama et Tsune venaient de disparaître au-delà du seuil. Amagiri les suivit à distance.
- Non.
Okita tourna les yeux vers lui.
Hijikata ne bougea pas.
- Yamazaki.
Une ombre se détacha près de la galerie.
- Oui.
- Suis-les. À distance.
Yamazaki s'inclina.
- Bien.
Okita regarda encore la porte, les sourcils à peine froncés.
- Cet homme n'est pas ordinaire.
- Je sais.
La réponse de Hijikata fut sèche.
Il resta un instant immobile, le regard fixé vers l'endroit où Tsune avait disparu.
---
Ils avancèrent tous deux dans les rues de Kyoto, entre les passants.
Les hommes s'écartaient presque naturellement sur le passage de Kazama. Quelque chose dans sa présence semblait imposer le respect, même aux inconnus.
Tsune s'arrêta enfin à l'entrée d'une ruelle plus calme.
- Si tu as quelque chose à me dire, dis-le.
Kazama ne répondit pas.
Elle tourna la tête vers lui.
Son regard n'était pas sur elle.
Il regardait plus loin, au-delà des passants, vers l'angle d'une maison où l'ombre venait de bouger trop discrètement.
Tsune comprit une seconde trop tard.
Il saisit son poignet.
Sans brutalité, mais avec cette certitude insupportable d'un homme qui ne demandait jamais la permission lorsqu'il pensait avoir un droit.
L'instant suivant, l'air se déchira autour d'elle.
La rue disparut.
Il n'y eut que le temps d'un souffle, puis la sensation dure de la terre sous ses sandales lorsqu'il la relâcha.
Tsune recula aussitôt.
Ils se trouvaient à l'écart de la ville, sur un chemin étroit bordé de pins. Kyoto restait proche, mais assez loin pour que les voix n'arrivent plus que comme un bruit étouffé.
Kazama lâcha son poignet comme si le geste n'avait eu aucune importance.
- Tes amis t'ont fait suivre.
Tsune serra les doigts.
- Tu l'as vu ?
- Je l'ai senti.
Son ton disait assez ce qu'il pensait d'une filature humaine.
Pendant quelques secondes, elle n'entendit que sa propre respiration, trop rapide malgré elle.
Kazama la regarda enfin.
Son regard glissa de nouveau sur le vêtement qu'elle portait, sur la coupe masculine, sur le sabre à sa taille, sur la manière dont elle avait appris à se tenir pour qu'on ne cherche pas trop longtemps ce que ces habits dissimulaient.
- Je ne pensais pas que tu te donnerais autant de mal pour m'échapper.
Tsune ne répondit pas.
- Te déguiser en homme. Te cacher parmi la police du shogunat.
Un sourire froid passa sur sa bouche.
- As-tu à ce point peur de moi ?
La colère monta plus vite que la prudence.
- Tu n'avais pas à me faire enfermer !
Le sourire disparut.
- Enfermer ?
Il répéta le mot avec un mépris calme.
- Je t'ai gardée là où tu devais être. Dans ma demeure.
- Sous surveillance.
- Si je ne l'avais pas fait, tu serais partie jusqu'en Occident, ou je ne sais quelle autre terre étrangère, à poursuivre encore tes remèdes.
Tsune sentit quelque chose se refermer en elle.
- Après la mort de ta sœur, tu n'étais plus en état de décider.
- Ne parle pas d'elle !
Kazama fit un pas vers elle.
- Je t'avais laissé de l'espace pendant sa maladie. Plus que d'autres ne l'auraient fait. Tu voulais des médecins, des plantes, des registres, des discussions sans fin avec Kōdō. Je t'ai laissée t'épuiser dans ces recherches parce que je pensais que ton entêtement finirait avec sa mort.
La mâchoire de Tsune se contracta.
- Ce n'était pas de l'entêtement.
- C'était le caprice d'une enfant incapable d'accepter la réalité.
Un temps.
Puis, plus bas :
- Même après sa mort, tu n'as pas su t'arrêter.
- Parce que ces recherches sont nécessaires. Notre peuple se lamente de l'état de ses femmes, mais trop peu cherchent de véritables solutions.
- Parce qu'on ne sauve pas un oni en faisant bouillir du kudzu.
- Tu ne comprends rien à ce que je fais.
- C'est vrai.
La réponse la surprit presque.
Le regard de Kazama resta froid.
- Mais je sais que les femmes de ton lignage sont trop peu nombreuses pour qu'on tolère que tu gaspilles ce qu'il te reste de temps dans des chambres de malades et des fioles.
Un silence.
Puis il ajouta :
- Tu es mon épouse.
Le mot tomba entre eux comme une porte qu'on referme.
Tsune ne bougea pas.
Kazama poursuivit :
- Tu dois porter une descendance. La tienne. La mienne. Celle des oni, dont le nombre diminue chaque jour.
Tsune le regarda longtemps.
Puis quelque chose changea dans son visage.
Une froideur presque satisfaite.
- Tu vas être déçu.
Kazama plissa très légèrement les yeux.
- Mon sang n'est plus si pur. Je suis malade, moi aussi.
Le silence tomba.
Cette fois, Kazama ne répondit pas.
Tsune soutint son regard, presque heureuse de l'avoir enfin atteint.
Le vent passa entre les pins.
Il resta immobile.
Son silence dura assez longtemps pour que Tsune voie la phrase descendre en lui, non comme une blessure, mais comme un calcul qu'il n'avait pas voulu faire jusque-là.
Puis il dit :
- J'avais donc raison de vouloir presser les choses.
Le visage de Tsune se vida de toute expression.
- Quoi ?
- Si ton sang se dégrade, alors il reste moins de temps que je ne le pensais.
Il fit un pas de plus.
- Il devient plus urgent encore que tu portes ma descendance.
La main de Tsune se referma sur la garde de son sabre.
- Tu es ignoble.
Tsune dégaina.
Le mouvement fut net.
Kazama ne recula pas.
Elle frappa.
Il esquiva à peine.
Le métal fendit l'air. Avant qu'elle ne puisse ramener la lame, Kazama avait saisi son poignet. D'un geste sec, il la désarma. Le sabre tomba contre la terre dans un bruit trop clair.
Tsune tenta de se dégager.
Sa prise se resserra.
Pas assez pour la blesser.
Assez pour lui rappeler qu'il pouvait le faire.
- Tu rentres.
Elle releva les yeux vers lui, le souffle court.
- Non.
Un éclat froid passa dans son regard.
Il fit un mouvement pour l'attirer à lui.
Une voix s'éleva derrière eux.
- C'est quoi ces manières, Kazama. Je te croyais plus distingué.
Kazama ne se retourna pas tout de suite.
Tsune, elle, reconnut la voix.
Kyō se tenait au bord du chemin, une épaule appuyée contre le tronc d'un pin, la main posée avec négligence près de son pistolet. Son sourire avait cette légèreté agaçante qu'il gardait toujours lorsque les choses devenaient dangereuses.
- Je t'ai vu entrer dans l'enceinte du Rōshigumi en plein jour, continua-t-il. Tu veux transformer tes querelles conjugales en incident politique ?
Kazama tourna lentement la tête.
- Va-t'en, Shiranui.
Le silence se tendit.
Les doigts de Kazama ne quittèrent pas le poignet de Tsune.
Kyō inclina légèrement la tête.
- Tu as été vu. Tu as menacé leurs hommes. Tu es sorti avec elle sous les yeux de leur vice-commandant.
Son sourire s'affina.
- Même pour quelqu'un qui se croit au-dessus des usages, c'est beaucoup d'imprudence en une seule journée.
- Tu parles trop.
- Souvent. Mais pas toujours sans raison.
Un pas résonna plus loin sur le chemin.
Amagiri apparut à son tour.
Il avait gardé ses distances jusque-là. Plus tôt, devant l'enceinte, Kazama l'avait réduit au silence avant même qu'il puisse parler. Cette fois, l'intervention de Kyō lui offrait l'ouverture nécessaire.
Son visage demeurait impassible, mais son regard passa brièvement sur la main qui retenait encore Tsune.
- Kazama-sama.
Kazama ne le regarda pas.
- Pas maintenant.
- Maintenant, justement.
La voix d'Amagiri resta basse, mais ferme.
- Le Rōshigumi relève d'Aizu. Vous êtes ici sous la protection de Satsuma. Si Aizu apprend qu'un homme lié à Satsuma a enlevé une femme employée auprès d'un médecin du shogunat, les conséquences dépasseront cette route.
Il marqua une courte pause.
- D'autant que nous savons tous deux combien ces recherches sont supposées rester confidentielles.
Le visage de Kazama ne changea pas.
Il tourna de nouveau les yeux vers Tsune.
Rouges.
Clairs.
Tranchants.
Pendant un instant, son regard resta plongé dans le sien, comme s'il évaluait encore ce qu'il pouvait prendre, ce qu'il devait différer, ce qu'il refusait de céder.
Sa prise se resserra une seconde.
Puis, lentement, il relâcha son poignet.
- Très bien.
Il revint entièrement vers elle.
- Retourne donc auprès d'eux, Tsune.
Son prénom tomba avec une douceur presque insultante.
- Je reviendrai.
Il se pencha vers elle, assez près pour que ses mots ne soient destinés qu'à elle.
- Plus discrètement. Puisque Satsuma l'exige.
Tsune ne recula pas.
Kazama se redressa.
Son regard passa sur Kyō, sans chaleur.
- Tu choisis mal tes interventions.
Kyō sourit.
- J'ai toujours eu ce défaut.
Kazama ne répondit pas.
Il s'éloigna avec Amagiri, sans se retourner.
Tsune resta immobile, les doigts refermés autour de son poignet libéré.
Le silence retomba.
Kyō la regarda un moment.
- Vous étiez plus amusants quand vous faisiez seulement semblant de ne pas vous supporter.
Tsune releva les yeux vers lui.
La phrase avait été dite avec légèreté.
Mais elle atteignait trop juste.
Il y avait eu un temps, oui, où les remarques de Kazama l'agaçaient sans la faire trembler de colère.
Ils s'étaient observés comme deux êtres trop fiers pour admettre qu'ils prenaient parfois plaisir à se répondre.
Kazama parlait avec cette certitude hautaine qui donnait envie de le contredire. Souvent, il l’écrasait d’un mot ou d’un regard. Mais parfois, elle touchait juste.
Alors quelque chose passait dans ses yeux : pas de la tendresse, rien d’aussi simple, plutôt une reconnaissance brève, presque irritée, comme si elle avait eu l’impudence de se tenir un instant à sa hauteur.
Et elle, malgré elle, avait aimé cela.
Pas lui appartenir.
Jamais cela.
Mais pouvoir lui répondre. Pouvoir éprouver sa volonté contre la sienne sans être aussitôt réduite au silence.
Ce temps-là semblait appartenir à quelqu'un d'autre.
- Tu lui as dit que je me trouvais au Roshingumi.
- Je lui ai dit où te trouver. Pas de te traîner par le poignet dans les bois.
Kyō recula d'un pas.
- Rentre. Ton vice-commandant doit déjà compter les minutes.
Tsune ramassa son sabre, lui lança un dernier regard froid, puis reprit le chemin du Rōshigumi.
Derrière elle, Kyō ne la suivit pas.
Lorsqu'elle rentra dans l'enceinte, la cour était encore pleine de lumière.
Quelques hommes se retournèrent sur son passage.
Tsune ne s'arrêta pas.
Sur la galerie, Hijikata la vit.
Il resta immobile une seconde. Son regard descendit sur son visage, sur le sabre à sa taille. Puis il détourna les yeux.
Ce fut tout.
Ce presque rien la frappa plus sûrement qu'une question.
- Shiranui-san !
Un homme s'approcha depuis l'annexe, une main serrée autour de son avant-bras bandé trop vite.
- Kōdō-sensei demande si tu peux venir. La plaie s'est rouverte.
Tsune regarda encore une fois vers la galerie.
Hijikata n'était déjà plus là.
Le soir venu, Tsune s'arrêta devant la chambre de Hijikata, plusieurs rapports contre elle.
Elle frappa.
- Tu as mis longtemps.
Tsune s'arrêta sur le seuil.
Hijikata était assis près de la lampe, un document ouvert devant lui. Il ne lisait pas.
- Il fallait qu'il reparte sans créer d'incident.
- Yamazaki a perdu votre trace.
Elle comprit alors.
- Kazama l'a remarqué.
Hijikata releva les yeux.
- Kazama.
Tsune resta immobile.
- Ce n'est pas seulement un ami mal élevé, n'est-ce pas ?
Un silence passa.
- Non.
Elle baissa légèrement les yeux.
- Ce n'est pas un ami.
Hijikata attendit.
- J'ai dit cela pour éviter qu'Okita-san ne l'attaque.
- Et qu'est-ce qu'il est ?
- Un homme qui croit avoir des droits sur moi.
Le regard de Hijikata ne bougea pas.
- Ce n'est pas une réponse suffisante.
La phrase tomba sans brutalité.
Mais elle ne laissait aucun espace.
- Qui est cet homme ?
Tsune resta silencieuse.
Pendant une seconde, le mensonge fut là, presque prêt. Une affaire de famille. Un homme de passage. Une dette ancienne. N'importe quoi qui eût suffi à éloigner la vérité encore un peu.
Puis elle sentit le poids de son regard.
Pas celui du vice-commandant seulement.
Celui de l'homme à qui elle avait déjà trop caché.
- Tsune.
Le prénom fut bref.
Plus dur qu'un ordre.
Elle ferma les yeux une seconde.
- Un homme lié au domaine de Satsuma.
Hijikata ne répondit pas.
Alors elle ajouta, plus bas :
- Celui que les miens appellent mon mari.
Le silence qui suivit fut plus lourd que la colère.
Hijikata la regarda longtemps.
- Ton mari.
- Je n'ai rien choisi.
La réponse était venue trop vite.
- Nos familles l'avaient décidé il y a longtemps. La cérémonie s'est déroulée en mon absence.
Hijikata posa lentement le rapport sur la table.
Le geste était calme.
Trop calme.
Il resta silencieux.
Puis son regard descendit un instant, comme s'il revoyait Kazama dans la cour. Sa manière de prononcer son prénom. Sa proximité au moment de franchir la porte. Ce murmure qu'il n'avait pas entendu.
Quand il parla de nouveau, sa voix était plus froide.
- Tu ne t'appelles donc pas vraiment Shiranui.
Tsune se tut.
Ses yeux baissèrent malgré elle.
La phrase était détestable parce qu'elle était presque juste. Shiranui était le nom qu'elle lui avait donné. Le seul qu'elle reconnaissait encore. Mais ailleurs, loin de cette chambre, d'autres avaient décidé qu'il fallait le changer.
Hijikata la regarda encore un instant.
- Tu aurais dû m'en parler.
Tsune resta silencieuse longtemps.
Puis elle répondit :
- Tu ne m'aurais pas laissé cette place à tes côtés si tu l'avais su plus tôt.
Hijikata ne dit rien.
Il aurait pu nier.
Il ne le fit pas.
Cela suffit à confirmer qu'elle avait raison.
La lampe vacilla entre eux.
La colère n'était pas sortie. C'était presque pire. Elle restait là, contenue dans la rigidité de ses épaules, dans sa main immobile près du rapport, dans cette manière qu'il avait de ne plus la regarder tout à fait comme avant.
Enfin, il reprit :
- Retourne dans ta chambre.
Elle releva les yeux.
Il ne la regardait déjà plus.
- Toshizō...
Le prénom resta suspendu entre eux.
Hijikata ne répondit pas.
Tsune resta encore une seconde sur le seuil, puis s’inclina à peine et se retira.
La porte coulissa derrière elle.
Hijikata demeura seul près de la lampe, le rapport ouvert devant lui, sans y lire un seul mot.