La pièce avait été préparée avant leur arrivée.
Hijikata le comprit dès qu'il franchit le seuil.
Kondō entra le premier.
Sanan le suivit, silencieux, les yeux déjà fixés sur l'homme agenouillé devant eux.
Hijikata s'arrêta aussitôt.
L'homme portait un kimono vert. Ses mains étaient attachées dans son dos, les chevilles liées elles aussi. Sa tête restait basse, mais Hijikata reconnut malgré tout la ligne de ses épaules, la forme de son visage lorsqu'il releva faiblement les yeux.
Iesato.
Son regard se ferma.
Cet homme avait été condamné au seppuku.
Pour avoir trahi le règlement.
Tsune entra derrière Kōdō.
Son regard alla d'abord vers l'homme agenouillé, puis vers les liens qui le retenaient. Elle ne dit rien, mais Hijikata vit ses yeux s'arrêter sur la fiole que Niimi tenait déjà entre ses doigts.
Kōdō avança d'un pas.
Son calme paraissait presque déplacé dans cette pièce.
— Les liens sont-ils suffisamment serrés ?
Niimi eut un sourire mince.
— Ils le sont.
Serizawa, debout près du prisonnier, baissa les yeux vers lui avec une lenteur cruelle.
— Alors, toujours sûr de ton choix ? Tu ne préfères pas t'ouvrir le ventre ?
Iesato tressaillit.
Son visage était pâle. Trop pâle.
— Non.
Sa voix trembla.
Serizawa se pencha légèrement.
— Parle plus clairement.
L'homme ferma les yeux une seconde.
— J'accepte de prendre le traitement.
Un silence tomba.
Kondō serra les poings dans ses manches.
— Serizawa...
— Il a choisi, dit Serizawa.
Son ton ne laissait aucune place à la discussion.
Hijikata regarda Niimi ouvrir la fiole de verre.
Le liquide à l'intérieur était rouge. Une odeur âcre se répandit aussitôt dans la pièce.
Tsune se figea à peine.
Kōdō, lui, observait.
Niimi s'accroupit devant Iesato et porta la fiole à ses lèvres.
L'homme but.
Pendant une seconde, rien ne se produisit.
Puis son corps se cambra brutalement.
Un son étranglé sortit de sa gorge. Ses doigts se crispèrent dans son dos.
Ses cheveux bruns pâlirent à la racine.
Tsune le vit avant les autres.
La couleur se répandit comme du givre, mèche après mèche, jusqu'à ce que toute sa chevelure devienne blanche.
Blanche.
Comme celle d'un oni.
Son regard se durcit.
Quelque chose, dans ce composé, venait d'imiter une transformation que le corps humain n'aurait jamais dû connaître.
Iesato cessa soudain de trembler.
La pièce devint silencieuse.
Puis il ouvrit les yeux.
Rouges.
Un cri jaillit de sa gorge.
Pas un cri d'homme.
Un cri de rage, de faim, de douleur.
Il tira sur ses liens.
La corde céda.
Iesato heurta Serizawa de l'épaule et le bouscula violemment. Serizawa trébucha, plus surpris que blessé, tandis que Kondō dégainait à moitié son sabre.
Sanan fut plus rapide.
Sa lame sortit d'un seul mouvement. Il se plaça devant Kondō, le corps légèrement tourné, les yeux froids derrière ses lunettes.
— Kondō-san, reculez.
Iesato tourna la tête.
Son souffle était rauque. Ses yeux rouges balayèrent la pièce sans reconnaître personne.
Puis ils se fixèrent sur Tsune.
Il inspira.
Comme s'il avait senti quelque chose.
— Du sang...
Sa voix n'était plus la même.
Tsune ne bougea pas.
Iesato bondit.
Il était rapide.
Trop rapide pour un humain.
Tsune pivota au dernier instant. Les doigts de l'homme frôlèrent sa manche sans parvenir à la saisir. Elle glissa sur le côté, déjà en train de faire descendre sa main vers l'intérieur de son vêtement. La lame courte était cachée là. Ses doigts touchèrent le manche.
Alors la main de Kōdō se posa sur son épaule. Légère. Calme. Seulement assez pour lui rappeler où ils étaient. Tsune interrompit son mouvement.
À cet instant, Hijikata passa devant elle. Son sabre trancha l'air.
La lame ouvrit profondément le flanc d'Iesato. Le choc aurait dû suffire à l'arrêter. Le sang jaillit, sombre sur le kimono vert.
Iesato hurla.
Mais il ne tomba pas.
Hijikata eut juste le temps de raffermir sa prise.
L'homme se jeta contre la porte avec une violence aveugle. Le bois craqua. Les cloisons explosèrent sous son poids, et il disparut dans le couloir avec un grondement de bête blessée.
Pendant une seconde, personne ne parla.
Puis Kondō souffla :
— Il est rapide.
Hijikata avait déjà baissé la pointe de son sabre.
Du sang glissait le long de l'acier.
Son regard alla vers Kōdō.
— Qu'est-ce que vous lui avez donné ?
Sa voix résonna contre les cloisons, furieuse.
Kōdō ne répondit pas.
Au-dehors, un cri éclata.
Puis un second.
Des pas précipités martelèrent les planches.
Serizawa se redressa en jurant.
— Rattrapez-le !
Hijikata sortit le premier.
Les autres suivirent.
Kōdō marchait derrière, toujours avec ce même calme qui rendait la scène plus insupportable encore.
La cour paraissait vide.
Puis le bruit d'un combat leur parvint depuis l'aile opposée.
Un sabre heurta violemment le bois.
Hijikata se tourna vers le son.
Iesato réapparut au bout de la galerie.
Il avait trouvé une arme.
Son kimono vert était couvert de sang. Il respirait fort, le sabre serré dans sa main comme s'il ne savait plus vraiment ce qu'il tenait.
Derrière lui, Harada déboucha dans le couloir.
— Écartez-vous !
Harada abaissa sa lance à deux mains et chargea.
La pointe traversa l'épaule d'Iesato.
Le corps se plia sous l'impact.
Harada serra les dents, les pieds solidement ancrés dans le bois.
Mais Iesato se redressa.
Il avança malgré la lame plantée dans sa chair, puis se dégagea d'un mouvement brutal, élargissant sa propre plaie.
Harada resta une fraction de seconde figé.
— Quoi... ?
Une lumière dorée trembla autour de la plaie. Les chairs se rejoignirent, le sang cessa de couler, et l'ouverture disparut comme si elle n'avait jamais existé.
Tsune sentit son regard s'affiner.
Cette lumière.
Cette régénération.
Ce n'était pas celle d'un humain.
Kōdō parla derrière eux, d'une voix parfaitement posée :
— Visez le cœur. Ou coupez la tête.
Hijikata n'attendit pas davantage. Il avança.
La créature leva son sabre. Hijikata passa sous l'attaque et planta sa lame droit dans son buste.
Cette fois, il visa profond.
Le corps d'Iesato se raidit.
Ses yeux rouges s'agrandirent.
Pendant un instant, il sembla vouloir avancer encore.
Hijikata retira son sabre.
Iesato s'effondra.
Personne ne bougea.
Harada gardait sa lance levée, le visage fermé par une incompréhension brutale.
Kondō fixait le cadavre.
Harada fut le premier à parler.
— Qu'est-ce que c'était que ça ?
Personne ne répondit.
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La nuit était tombée sur la cour.
À travers les cloisons de papier, on devinait les silhouettes des hommes du Rōshigumi assis en cercle. Par moments, une voix s'élevait plus durement que les autres, puis retombait aussitôt.
Hijikata parlait peu.
Mais chaque fois que sa voix traversait la cloison, elle avait la netteté d'une lame.
Tsune resta debout près de Kōdō. L'air froid de la nuit ne suffisait pas à effacer l'odeur du sang.
Elle parla sans tourner la tête.
— Je croyais que nous cherchions un remède.
Kōdō ne répondit pas tout de suite.
Derrière les cloisons, une voix claqua. Celle de Serizawa, probablement. Puis celle de Kondō, plus grave, plus contenue.
Tsune reprit, plus bas :
— Ce que vous avez montré ce soir n'était pas un remède. C'était une arme.
Kōdō baissa légèrement les yeux.
— Tu l'as vu comme moi. Sa plaie s'est refermée.
La réponse la fit taire.
— Une blessure grave s'est refermée sous tes yeux, Tsune. Sur un corps humain.
— Après qu'il a tenté de dévorer tout ce qui se trouvait devant lui.
— C'est précisément pour cela que j'ai besoin de toi. Il nous faut comprendre comment séparer la régénération de cette folie.
Tsune ne répondit pas.
Dans la pièce voisine, les voix s'éteignirent peu à peu.
Puis la porte coulissa.
Sanan apparut dans l'ouverture, le visage calme, presque illisible.
— Vous pouvez entrer.
Tsune entra derrière le médecin.
Elle sentit aussitôt le poids des regards.
Cette fois, il n'y avait plus de politesse de façade. Plus de curiosité distraite. Tous ceux qui se trouvaient dans cette pièce savaient désormais qu'elle avait assisté à la même chose qu'eux.
Kōdō s'agenouilla.
Tsune fit de même à sa gauche, légèrement en retrait.
Un silence passa.
Puis Kondō parla.
— Kōdō-sensei, nous avons bien compris qu'il s'agit d'une demande du shogunat, soutenue par Aizu. Le Rōshigumi ne peut pas simplement s'y soustraire.
Hijikata ne bougea pas, mais ses doigts se resserrèrent à peine dans ses manches.
Kondō poursuivit après un court silence :
— Nous acceptons que vos recherches se poursuivent ici.
Son regard se fit plus ferme.
— Cependant, ce ne sera pas sans conditions.
Kōdō inclina la tête.
— Je vous écoute.
— Niimi et Sanan superviseront l'ensemble vos travaux.
Sanan baissa légèrement les yeux.
— Nous devrons savoir ce qui est administré aux hommes, dans quelles quantités, et avec quels effets.
Sa voix était douce.
Presque courtoise.
— Ce qui s'est produit ce soir ne devra pas se reproduire sans que nous soyons préparés.
Kōdō accepta d'un mouvement calme.
— C'est raisonnable.
Le mot fit brièvement passer une ombre sur le visage de Hijikata.
Raisonnable.
Comme si un homme ne venait pas de mourir deux fois dans la même soirée.
Kōdō reprit :
— Dans ce cas, j'aurai moi aussi une demande. Shiranui Tsune doit rester auprès de moi.
Niimi tourna aussitôt la tête vers elle.
Sanan, lui, ne bougea pas. Ses yeux glissèrent seulement vers Tsune avec une attention nouvelle.
— Nous n'avons reçu aucune information à son sujet de la part du shogunat, dit-il.
— Elle n'est pas envoyée par le shogunat, répondit Kōdō.
— Alors à quel titre devrait-elle rester ici ?
Kōdō ne répondit pas immédiatement.
Tsune sentit le regard de Sanan se poser sur elle avec plus de précision. Pas hostile. Mais déjà analytique.
— Elle a travaillé avec moi à Edo, dit finalement Kōdō. Elle connaît mes recherches. Ses compétences me seront nécessaires.
Niimi eut un rire bref.
— Une femme ? Dans l'enceinte du Rōshigumi ? C'est déjà assez difficile de maintenir l'ordre parmi nos hommes sans leur donner ce genre de distraction.
Tsune ne cilla pas.
Serizawa, lui, sourit.
Lentement.
— Allons, Niimi. Ne sois pas si sévère. Elle est vraiment charmante.
Son regard descendit sur Tsune avec une insistance volontairement déplacée.
— Si Kōdō tient tant à garder une assistante près de lui, je ne vois pas pourquoi nous refuserions d'égayer un peu cet endroit.
La pièce se figea subtilement.
Kondō fronça les sourcils.
Tsune sentit la remarque glisser sur elle sans l'atteindre vraiment. Elle avait entendu pire. D'autres hommes avaient employé des mots plus polis pour dire des choses plus répugnantes.
Kōdō inclina seulement la tête.
— Shiranui Tsune est ici pour travailler.
Serizawa sourit.
— Naturellement.
Le mot avait été prononcé avec juste assez de lenteur pour ne rien retirer à l'insulte.
Le regard de Hijikata glissa vers lui, froid.
Serizawa le vit.
Son sourire s'élargit à peine, comme s'il avait précisément obtenu ce qu'il voulait.
Kondō coupa court.
— Elle peut rester.
Niimi ouvrit la bouche, mais Kondō le devança :
— Kōdō affirme avoir besoin d'elle. Si nous acceptons ses recherches, nous devons aussi accepter les moyens qu'il juge nécessaires.
Un silence tendu suivit.
Puis Sanan parla à son tour.
— Dans ce cas, certaines précautions devront être prises.
Tsune tourna les yeux vers lui.
— Vous ne pourrez pas circuler ainsi parmi les hommes. Votre présence attirera des regards, puis des questions.
Niimi souffla :
— Enfin une parole sensée.
Sanan continua sans lui accorder d'attention :
— Pour votre sécurité, et pour préserver la discipline, vous vous habillerez en homme lorsque vous serez dans l'enceinte du Rōshigumi.
Tsune resta silencieuse.
Kōdō tourna légèrement la tête vers elle.
— Tsune ?
Elle ne répondit pas tout de suite.
Son regard passa sur Kondō, puis sur Serizawa, dont le sourire n'avait pas entièrement disparu.
Enfin, elle inclina à peine la tête.
— Si cela me permet de travailler, je le ferai.
— Bien, dit Sanan.
Kondō sembla presque soulagé.
— Je pense qu'il est temps de mettre fin à cette réunion.
Hijikata était resté silencieux.
Tsune sentit son regard se poser pleinement sur elle.
Le bref sourire qu’ils avaient échangé dans la cour semblait appartenir à un autre soir.
Ses yeux violets étaient tranchants.
Elle soutint son regard.