Les chroniques d'octobre

Chapitre 3 : Cépages et grimage

Par Theblueone

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8• Château 


Quand Crowley entra à la librairie, ce jour-là, Aziraphale était tranquillement installé à son bureau, ses petites lunettes rondes perchées sur son nez, concentré sur sa lecture.

– Tu lis quoi, l’angelot ? Frankenstein ? L’automne à Pékin ? Les Sorcières de Salem ?

– Rien de tout cela, mon cher. Il s’agit du prospectus publicitaire du supermarché d’à côté, pour la Foire aux Vins.

Le libraire était de ceux qui ne peuvent s’empêcher de lire tout ce qui leur tombe sous les yeux, que ce soit le carton d’emballage de son thé, l’étiquette de la bouteille de lait ou la notice d’utilisation de la bouilloire, qu’il connaissait pourtant au mot près.

– Encore une crise de lecture compulsive ? sourit le démon en jetant un œil au catalogue sur lequel étaient représentées deux bouteilles allongées sur un lit de grappes de raisin et de fruits d’automne (encore un joli coup de l’IA, songea-t-il avec fierté).

– Je dois admettre que je ne comprends pas tout. Comment ce Château de l’Orangerie peut-il avoir « un nez frais et fruité aux délicates notes d’agrumes » ?

– L’angelot, si les canards ont des oreilles, une bouteille n’a évidemment pas de nez. Ce que ça dit, c’est à propos de l’arôme.

Crowley se rapprocha du prospectus avant de poursuivre :

– Ce Bordeaux blanc a une odeur qui rappelle le citron ou l’orange. Ou le pamplemousse.

– Ah… Et si ça indique « beau volume et du croquant » ? On ne va pas croquer un liquide, tout de même ? À moins qu’il y ait des bouts de verre dedans ?

– Il va te laisser une impression de richesse et de consistance dans la bouche, mais avec un goût de fruit frais et vif.

– Tu t’y connais drôlement, dis donc !

– Bah, tu sais que j’apprécie un bon cru de temps en temps…

– Et comment comprendrais-tu « une rondeur séduisante, une allonge savoureuse » ?

– Te casse pas. Ça veut dire qu’il est bon, et que tu vas en garder longtemps le goût.

– Ils ont le chic pour tout embrouiller, tout de même !

– L’angelot, si t’as pas fait œnologie LV3, t’es foutu.

– Déjà, je comprends mieux « vivacité citronnée » et « tonalité poivrée ». Ce n’est pas si terrible, une fois qu’on y est habitué ! Alors, Le Prélat : « bla bla bla, un blanc rond avec une belle longueur en bouche, bla bla bla... » Qu’en penses-tu ?

– Ngk ! J’en pense que… qu’il est prometteur, celui-là !

– Oui. Je suis bien de ton avis. Poursuivons.

Cependant, le démon semblait en proie à une agitation naissante, Dieu savait pourquoi. Pour se calmer, il se planta devant le rayon Théologie de la librairie, et fit mine de s’abîmer dans la contemplation de L’Évangile selon Saint-Matthieu.

Aziraphale, qui n’avait rien remarqué, poursuivit : « Gewurztraminer. Une jolie évolution pour ce demi-sec au toucher tendre, aux parfums frais et floraux. » L’on évoque ici la sensation en bouche, c’est bien cela ? Souple, délicate, caressante ?

– T’apprends vite, mon ange, admit Crowley en revenant prudemment vers l’objet du délit, les pensées toujours à cent lieues des promotions du commerce local, avec en tête toute autre chose à déguster que l’éventail des Vins de France.

– Alors là, je sèche : « Délicieux blanc de Saint-Véran, un Chardonnay à la fois tendre et tonique. Déjà très ouvert, de la personnalité. »

– Aziraphale ! glapit le démon d’une voix étranglée.

– Oui, très cher ?

– Il te reste pas une bouteille de ce Châteauneuf-du-Pape ? J’ai besoin de m’en jeter un derrière la cravate...

NDA : j’ai rien inventé.



9• Maquillage


Journal d’Aziraphale Fell, vendredi 9 octobre, le soir

Cher journal,


Nous nous sommes amusés comme des fous, cet après-midi, Crowley et moi ! Il tenait à faire des essais de maquillage pour la nuit d’Halloween. Au début, j’ai refusé parce que tout de même, tout ceci n’est pas très sérieux et ne sied guère au respectable libraire de Whickber Street que je suis.

Mais il a insisté tant et tant, à coups de « Allez, l’angelot, ça va être marrant » et de « T’façon, on se démaquille après. Je t’assure qu’il en restera aucune trace ». Je doutais que cela fût “marrant” d’une quelconque manière, cependant j’ai cédé au dernier argument : « Pour me faire plaisir ! ». Comment rester de marbre devant ces yeux de chiot et cette adorable moue suppliante ?

Une fois la décision prise, il a fallu déterminer le thème. J’aurais bien aimé une sorcière pour moi et un fantôme pour lui. Évidemment, son goût du grand spectacle le faisait pencher pour un zombie. Mais j’ai dit non ! C’est bien trop dégoûtant !

Finalement, je l’ai convaincu d’accepter ma deuxième idée : je serai un démon, il sera un ange. Quoi de plus naturel, en somme ?

Alors Crowley a sorti son attirail : fards, pinceaux, crayons, éponges et houppettes. Il était content comme un enfant devant le sapin de Noël ! J’avoue qu’il faisait plaisir à voir. Il a tenu à commencer par mon maquillage de démon.

Je pouvais suivre les opérations grâce au miroir qu’il avait placé en face, sur le bureau, posé contre la fenêtre. Un fard couleur d’albâtre, du rouge autour des yeux, sourcils noircis auxquels il a rajouté des cornes, un rouge à lèvres aubergine, et une queue fourchue tracée en vermillon, en vagues sur la joue gauche : j’étais méconnaissable. Il a même tenu à mettre la touche finale en passant une laque colorée sur mes cheveux parce que « le blond platine, ça fait trop angélique » a-t-il dit. Je me suis donc retrouvé avec des bouclettes orange brûlée… La transformation était époustouflante ! Crowley est décidément un véritable artiste.

Il s’est occupé ensuite de son propre grimage : un fard beurre frais agrémenté de paillettes, sourcils blanchis surmontés d’une auréole dorée, et des mini plumes collées partout sur le visage. Il a terminé par un gloss à cheveux, avec lequel il s’est rajouté des mèches ivoire. Franchement, nous étions méconnaissables !

C’est à ce moment-là que la clochette de la porte de la librairie m’a fait sursauter. Un client entrait ! Oh mon Dieu ! J’avais oublié de fermer boutique ! Qu’allait-il penser de nous ? Sérieusement, se déguiser et se maquiller pour Halloween n’est plus une activité de mon âge et de ma respectabilité. Ma réputation de libraire raisonnable allait en prendre un coup derrière l’auréole, c’était certain ! Crowley, pour sa part, s’en moquait bien, lui qui ne perd jamais une occasion de faire le pitre…

Nous nous sommes tous les deux retournés face au visiteur importun : tu aurais vu, cher journal, l’air abasourdi de ce pauvre Mr Brown, qui a demandé :

– Excusez-moi de vous déranger, Messieurs, savez-vous si Monsieur Fell est dans les parages ?


Nous avons ri, mais ri !!!



10• Bal masqué


Une pause récréative dans ce marathon d’automne, avec mon péché mignon : 10 mots aléatoires (dont le thème) à placer dans un drabble de 100 mots. Le sort m’a été favorable ! Les voici :


Bal masqué, lien, zombie, perles, baleine, injecter, port, bienveillant, bombe, petit.


La boutique Gags à Gogo, non loin de la librairie, proposait tous les déguisements possibles et imaginables : zombie effrayant aux yeux injectés de sang, sorcière au port altier engoncée dans les baleines d’un corset anthracite sous un voile de dentelle, avec un collier de perles d’onyx, près d’un petit chat en peluche tout sauf bienveillant, poils hérissés, babines retroussées sur un feulement, ou encore fantôme habillé d’un suaire ceinturé par un lien en chanvre, avec au pied un boulet ressemblant étrangement à une bombe. Parfait. Ce bal masqué, organisé par l’Association des Commerçants de Whickber Street, allait être mémorable.


NDA : J’ai eu droit (comme presque chaque fois) à un nom d’animal, que je me suis empressée de détourner 😈






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