Ennemi ou ami, imaginaire ou réel ? Ou Jakyll et Hyde à la Ghost Whisperer

Chapitre 57 : Le clown errant

Par 1950m

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Le 30 juin 2008, vers 11 h 00.


Je suis dans la cuisine, en train de préparer les pelmeni. Au moment où je m’apprête à servir les portions dans les assiettes, je vois un esprit se matérialiser devant moi, à quelques centimètres de la table : un homme vêtu comme un clown. Avec son visage maquillé de blanc et son nez rouge, il me fait peur, à un point tel que je recule même de quelques pas, presque en lâchant au passage l’assiette que je tiens à deux mains. 

Il murmure :

— Madame, vous me voyez ? 

Je confirme silencieusement.

Je me présente puis je lui demande son nom. Il affirme s’appeler Charlie le Clown.

Il continue en haussant un peu la voix :

— Alors, pouvez-vous m’aider à rétablir ma situation ?

— Que voulez-vous dire par là ?

— Je veux savoir pourquoi !

Et le revenant disparaît de ma vue.

Je soupire. Je me signe en pensant : « Seigneur, aide-moi à comprendre l’histoire de Charlie ! »

Je prends rapidement note du nom dans mon calepin, que je remets à sa place, dans le tiroir de mon chevet de nuit.

Une fois les portions servies, mon mari, mes fils et moi nous nous attablons.


Pendant que Jim fait la vaisselle, je lui résume ma rencontre avec l’esprit. Il me suggère de faire des recherches avant de conclure quoi que ce soit.

— Pas de problème, Mel, je peux surveiller nos fils. Je ne travaille pas aujourd’hui.

— Merci, murmure-je avec un doux sourire. Ça m’évitera de demander à l’Observatrice française de veiller sur nos anges…

Je l’embrasse sur les lèvres pour m’encourager puis je me rends dans l’arrière-boutique pour faire une recherche sur l’ordinateur. 



En entrant dans la boutique, je salue au passage mon associé, Michael Green, d’un geste de la main. 

En dactylographiant « Charlie le Clown », je ne parviens pas à trouver des informations pertinentes. Il a été un clown dans le Cirque local de Grandview en mai 1997. C’était le dernier cirque organisé dans notre ville, selon les archives locales disponibles sur l’Internet. J’éteins la machine et je range mon calepin dans mon sac à main. En me dirigeant vers la porte qui sépare l’arrière-boutique de la boutique, l’esprit clown apparaît devant moi, me faisant sursauter.

Le cœur cognant fort dans ma poitrine, je balbutie :

— Charlie, pouvez-vous… au moins… ?

— Désolé, murmure-t-il en baissant la tête comme un gamin grondé. Je ne voulais pas vous faire peur…

— Merci, dis-je dans un souffle.

Je sors mon calepin, prête à prendre des notes, puis je demande au revenant :

— Monsieur, pouvez-vous me dire les dernières choses dont vous vous souvenez ?

— Oui… Je me suis promené sur un sentier. C’est dans le parc de la ville. Autour de moi, différents manèges. Tout à coup, j’ai entendu quelqu’un s’approcher derrière moi. C’est un ventriloque. Je me suis retourné pour continuer mon chemin. À peine ai-je avancé de quelques pas que j’ai ressenti quelque chose de dur, de froid et de métallique se planter entre mes omoplates. Je suis tombé face contre terre et voilà que j’ai eu l’impression de sortir par la poitrine et de flotter au-dessus de mon corps.

« Quelle fin cruelle ! » pense-je, émue par son récit. Les larmes me montent aux yeux, brouillant ma vue.

Comme si le revenant a lu mes pensées, il ajoute d’un ton amer :

— En effet, c’est cruel, d’autant plus, lorsque j’ai suivi mon… meurtrier,… j’ai découvert qu’il était l’un de mes collègues.

— Qui était-ce ? demande-je dans un souffle.

— C’était mon collègue Carl…

« En espérant que ce ne soit pas Carl Neely… » pense-je, inquiète, le cœur battant la chamade.

— Et quel est son nom de famille ? dis-je en clignant des yeux pour retenir en vain des nouvelles larmes qui coulent sur mes joues.

— Neely, lâche-t-il d’un coup.

— Quoi ? Vous êtes alors un policier ?

Le revenant hoche rapidement la tête puis précise :

— J’ai été inspecteur de police et détective privé de mon vivant.

— Alors, que faisiez-vous ainsi déguisé en clown dans un cirque ? demande-je en séchant mes dernières larmes.

— Je filais une jeune femme, à la demande de son mari. Et elle était dans le cirque. Me déguiser en clown était un moyen de passer inaperçu…

« Bizarre, mais vraiment inventif, ce détective », songe-je en griffonnant quelques informations dans mon calepin.

Après un long silence, Charlie murmure :

— C’est une chose de savoir que Carl est responsable de ma… mort…

« On peut s’attendre de tout de lui ! » pense-je, effrayée en mon âme à la mention du prénom de ce policier sans scrupules.

Comme s’il ignore mes réflexions, mon interlocuteur continue :

— Mais je ne comprends pas pourquoi… Pouvez-vous m’aider ?

Je soupire. Un silence lourd plane entre nous. Mes pensées s’agitent dans tous les sens. « Comment puis-je l’aider ? Impossible de connaître les sordides mobiles de Carl Neely ! Encore moins de l’interroger à ce sujet ! » 

Pour me calmer, j’adresse une courte prière au Christ, en espérant trouver une solution.

Je remarque que Charlie est toujours face à moi, comme s’il n’a pas bougé d’un millimètre. Il répète sa question. 

Je dis d’une voix neutre, pour cacher en vain la peur au fait d’imaginer une raison aux meurtres de Carl Neely :

— Je peux vous aider… Seulement laissez-moi le temps de réfléchir…

— Sans problème, réplique-t-il.

— Par contre, puis-je savoir votre vrai nom ?

— Charlie Hammond.

— Merci de votre réponse, murmure-je, en notant sa réponse dans mon calepin.


Je reviens vers l’ordinateur pour faire des recherches. Je trouve qu’il est mort le 4 mai 1997, à l'âge de vingt-six ans. Il a une formation à l’École de police de Grandview, et il a exercé le métier de détective depuis 1993.

Je songe : « Comme il est triste de mourir avant l’heure voulue par le Seigneur ! »

En poursuivant mes recherches, je parviens à trouver un avis de décès, qui indique qu’il a laissé derrière lui une femme, Kimberly, une fille, Jessica, et ses parents dans le deuil. N’y a-t-il pas plus désolant pour les parents de perdre leur enfant ?

Des larmes silencieuses coulent sur mes joues ; toutes ces tristes lectures m’affectent. Mon cœur se serre dans ma poitrine, comme s’il peut devenir plus petit encore. 

Je me signe par automatisme en pensant : « Que le Seigneur nous protège ! »


J’éteins l’ordinateur puis je songe, en jouant nerveusement avec mon stylo, tout en parcourant du regard les notes sur Charlie Hammond : « Comment conclure quoi que ce soit au sujet du motif de Carl Neely ?... Impossible de demander à Carl Neely lui-même… Ce serait s’exposer à un très grand danger… Voire à la mort…»

Des larmes coulent sur mes joues à cette pensée. Du coup, la menace de la réalisation des deux derniers signes traverse mon esprit. Je sèche mes larmes du dos de ma main. Quelques instants plus tard, je reprends mes réflexions, perplexe.

« Quant à demander à sa femme ou à ses parents, il est très peu probable qu’ils le sachent… Que faire ? » 

La seule chose qui me reste à faire est de me remettre à Notre Seigneur.


Au moment précis où j’adresse une prière silencieuse, je vois un esprit apparaître devant moi, derrière la table sur laquelle se trouve l’ordinateur : l’Observateur français.

Je balbutie, en tournant la tête vers lui :

— Pouvez-vous m’aider ?

Il opine du chef, l’air impassible. Il dit :

— Je sais que vous voulez savoir les sombres motifs du Bohémien…

J’approuve silencieusement ses propos, la gorge nouée.

Jean Bude de Guébriant continue :

— Je peux vous les dire sans problème.

— Je vous écoute, dis-je d’une voix qui se veut neutre.

Un bref sourire se dessine sur son visage, qui s’efface presque aussitôt. L’Observateur affirme d’un air sérieux, qui va bien avec son expression immuable :

— Le Bohémien a tué Monsieur Charlie Hammond, déguisé en ventriloque, en cachant son arme dans la marionnette…

— Comment personne n’a rien remarqué ? demande-je, étonnée.

— Les passants ont considéré le ventriloque comme un membre du cirque. Ceux du cirque ne l’ont pas remarqué. Disons qu’étant donné le nombre de personnes présentes à l’événement, le Bohémien est passé inaperçu…

Effrayée et révoltée en mon for intérieur, je pense : « Ah, mon Dieu ! Quel machiavélisme ! Profiter ainsi d’un rassemblement ! »

Jean continue, comme s’il ignore mes réflexions :

— Je disais qu’il, le Bohémien, a tué son collègue parce qu’il n’appréciait pas son enquête sur la femme dont Monsieur Charlie Hammond faisait, à la demande du mari. Par discrétion, je ne mentionnerai pas leurs noms. D’ailleurs, ils ne signifient rien pour vous…

« Mais pourquoi cette enquête dérangeait à Carl Neely ? », demande-je mentalement, en m’attendant à toutes les réponses possibles.

Le Français poursuit son explication :

— … car il avait peur que son collègue ne découvrit qu’il était l’amant de cette femme.

Je soupire. Encore une histoire d’adultère ! Carl Neely n’en avait-il pas assez avec sa propre épouse ? Bon, c’est vrai, je ne peux pas espérer une fidélité de la part d’un homme qui participe à des orgies bisexuelles. À cette pensée, mon estomac se noue. Même si j’ai admis ce fait concernant Carl Neely, il n’en demeure pas moins que je me demande toujours comment ses amis et lui peuvent être aussi déviants… Mystère…

Mon interlocuteur continue :

— Et je dois préciser que le Bohémien avait consulté quelques jours plus tôt une diseuse de bonnes aventures, une certaine Lilia, qui travaillait aussi dans le cirque.

« En espérant que cette femme n’a pas aussi été son amante », songe-je cyniquement.

Comme si Jean Bude de Guébriant avait lu mes pensées, il secoue la tête.

Nous demeurons silencieux, le temps que je prenne quelques notes dans mon calepin.

Le Français murmure d’un air aimable :

— Voilà, Madame Gordon-Clancy, vous savez ce que Monsieur Charlie Hammond voulait savoir. À vous de lui expliquer.

Je le remercie timidement et il disparaît de ma vue en passant au travers la porte de l’arrière-boutique. Je sors de ma boutique pour revenir chez moi.


À peine ai-je le temps de faire quelques pas sur le trottoir que l’esprit qu’est devenu Charlie Hammond apparaît à ma droite, toujours sous l’apparence d’un clown.

Je demande mentalement : « Je sais la raison de votre mort. Voulez-vous que je vous la dise ? »

— Oui, dit-il, les yeux brillants de curiosité.

Je lui résume ce que l’Observateur m’a expliqué.

Charlie, les sourcils levés, balbutie :

— Pour de vrai ? Je n’aurai jamais douté que Carl a été l’amant de la femme dont je menais l’enquête !

— Pourtant, c’est la vérité, dis-je avec mon plus beau sourire, puisque c’est mon informateur infaillible qui me l’a dit. Maintenant, vous le savez.

Un silence plane entre nous. Je remarque à peine que je suis déjà rendue devant ma maison. Je me retourne vers l’esprit pour dire :

— Alors, Monsieur Charlie Hammond, puisque vous savez la cause de votre mort, êtes-vous prêt à quitter le monde des vivants ? Ou bien il y a encore autre chose qui vous retient ?

Il répond après un long silence :

— Pouvez-vous le dire à mes parents et à ma femme, afin qu’ils sachent la vérité ?

— Oui, sans problème. Seulement, dites-moi leurs adresses.

— Mes parents…

— Excusez-moi de vous interrompre, mais comment s’appellent-ils ?

— James et Barbara… Ils vivent au 11, rue Victory. Ma chère épouse vit dans un appartement depuis… ma mort… le numéro 17, au 449, rue Marketplace.

Je le remercie verbalement puis il s’évapore jusqu’à disparaître de ma vue. 


Je rentre chez moi, où Jim m’accueille avec un bisou. 

Mon mari me taquine :

— Mel, tu arrives à temps. Le repas vient d’être servi !

Je hoche la tête, perdue dans mes pensées, en ruminant trois cents formulations pour aborder les parents et la femme du défunt détective. Je revêts mes pantoufles et je suis Jim comme un automate jusqu’à la cuisine. Nos fils sont déjà assis à leurs places et semblent m’attendre. Je m’assieds à mon tour sur ma chaise. Nous récitons à mi-voix la prière et nous mangeons dans le silence le plus complet.


Après le repas, j’envoie nos fils jouer dans leur chambre puis je résume à mon mari mes rencontres avec Charlie Hammond et l’Observateur français. Il m’écoute, tout en faisant la vaisselle. Il commente en russe :

— Puisque l’esprit veut que ses proches soient informés, tu n’as qu’à y aller… Heureusement qu’il est gentil et qu’il t’a communiqué leurs adresses.

— C’est ce que je me dis aussi, murmure-je dans la même langue. 

J’ajoute que j’irai cet après-midi, question de régler ce cas au plus vite. Jim m’embrasse sur les joues pour m’encourager. Je l’interroge au sujet du dernier cirque organisé à Grandview. Selon ce que j’ai lu, il semble que le dernier a été de mars à mai 1997. 

— Si Charlie Hammond a été un décès répertorié dans le cirque, est-ce qu’il y avait d’autres cas ?

Mon mari répond, après un instant de réflexion, comme le témoignent son front plissé et son regard qui ne semble pas fixer un point précis : 

— Mel, si ma mémoire ne fait pas défaut, il y a eu d’autres incidents… J’ai travaillé pour assurer la sécurité de l’événement…

J’opine du chef.

Il continue :

— Il y a eu des manèges qui n’ont pas fonctionné, faisant en sorte que nous étions obligés d’évacuer les gens coincés dedans…

— Ce doit être une mauvaise expérience, murmure-je, effrayée à la pensée d’un tel scénario.

— En effet, c’est terrible, approuve Jim.

Il reprend après une courte pause :

— Non seulement ces manèges défectueux, mais aussi un lion a attaqué son dompteur et un éléphant a blessé un spectateur…

— Ah, mon Dieu ! m’exclame-je.

— C’est terrible pour les victimes. Certaines sont mortes sur le coup, d’autres plus tard, à l’hôpital…

« Que Dieu ait ces pauvres âmes ! » pense-je en me signant.

Jim sourit brièvement puis poursuit :

— Évidemment, ces incidents ont fait la une des journaux locaux. Depuis, notre ville a une mauvaise réputation pour les cirques. Et plus rien n’est organisé…

— As-tu pensé à la possibilité que le cirque était hanté ?

— Peut-être, dit-il en haussant les épaules.

Je soupire. Mon mari me suggère de ne pas se préoccuper de ce cirque et de se concentrer sur le cas de Charlie Hammond. Je le remercie de me rappeler les priorités et je l’enlace tendrement. 



Après cette conversation, je me rends alors chez les parents de Charlie Hammond, qui m’accueillent bien malgré leur première réaction sceptique. Heureusement que l’esprit a agi sur eux. Ensuite, j’en informe sa veuve, qui se montre plus méfiante envers mon don, mais je ne me laisse pas faire. Par chance, le revenant la possède temporairement, ce qui facilite la communication. Après quoi, Charlie cesse la possession et se tient à la droite de sa femme, dont il donne un dernier bisou sur la joue en dernier adieu. Émue jusqu’aux larmes, je pleure. Je trouve toujours triste les jeunes couples qui sont séparés par la mort. D’autant plus qu’un pressentiment serre mon cœur à ce moment. Et si le meurtre n’a été qu’un avertissement pour Jim et moi ? Mes pleurs redoublent malgré ma volonté. Sauf que je fais des grands efforts pour me ressaisir. L’important pour moi est que Charlie Hammond soit enfin parti dans la Lumière. Je remercie son épouse de m’avoir écouté et je reviens chez moi, où je résume à mon mari, au salon, mes confrontations avec les vivants.

Il commente :

— Mel, décidément tu es géniale ! Et Dieu merci que l’esprit sait être collaboratif !

— C’est plutôt le Seigneur qu’il faut remercier de m’avoir donner le courage de convaincre les vivants et d’avoir inciter l’esprit à agir en ma faveur.

Il approuve silencieusement mes propos. Je serre sa main droite ; il me répond par un geste tendre.





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