VIRELLIA - livre 3

Chapitre 2 : Enven

Par soazig

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La brume de Virellia ne s'élève plus ici sur des dallages de marbre ni sur des bastions d'albâtre : elle s'étire sur des sentiers de terre battue serpentant entre des palissades de bois noirci. Ce n'est plus l'odeur métallique et cinglante d'ozone du Temple de Kael'Mar qui domine l'air, mais celle, entêtante, de l'humus détrempé, du bois en décomposition et des résineux de la forêt de Kar'ra.


Vaelran se redresse péniblement, une main plaquée contre son flanc pour étouffer une grimace alors que la douleur lui lance violemment dans les côtes. Ses vêtements sont maculés de cendre et de terre sèche. Il balaie du regard les bicoques moussues aux toits de chaume qui s'agrippent à la lisière de l'immense manteau forestier.


— On est à Enven, lâche-t-il, la voix rauque, presque méconnaissable.


Le nom du village fait l'effet d'une douche froide dans le silence crépusculaire. Ils sont à l'Est, dans cette région sauvage et oubliée où la Triade n'a jamais été qu'un concept lointain, sur les terres reculées qui abritent l'Académie de la Forge des Ombres.


À quelques pas de lui, Lynara est toujours au sol, prostrée dans la boue du sentier, les genoux ramenés contre sa poitrine. La Mentore d'Ethea a les mains tremblantes, vides de toute magie, les yeux délavés par un traumatisme trop lourd. Kaelren s'approche d'elle, mais elle ne s'accroupit pas pour l'aider. Elle se dresse de toute sa taille pour la surplomber, les poings tellement serrés que ses ongles menacent de percer sa peau. Sa colère de la matinée ne s'est pas éteinte, elle a simplement muté en une haine froide et tranchante.


— Tu es contente ? siffle Kaelren, sa voix vibrant d'une fureur mal contenue. Regarde-nous ! On est à des lieues de tout secours, dans un village de parias ! Nilwen est morte pour ton ego, et Talyor est enfermé avec Seyla et Ilharan dans ce cauchemar parce que tu as paniqué !


— Kaelren, ça suffit, intervient Kaelis d'un ton ferme mais mesuré, tout en soutenant la taille de Yhessa qui semble déconnectée du monde, les yeux grands ouverts sur le vide. On doit trouver un abri immédiatement avant que les villageois ne s'inquiètent de notre présence ou n'avertissent des patrouilles.


— Qu'ils s'inquiètent ! hurle la disciple du Feu en se tournant vers l'assemblée, le visage rougi par la rage. Qu'ils viennent voir ! On a un Mentor de l'Ombre qui nous cache des choses depuis le début et une Mentore élémentaire qui sacrifie les siens dès que ça chauffe !


Vaelran ne prend même pas la peine de relever. Il ne la regarde même pas. Ses yeux verts, glacés par l'épuisement, restent fixés sur la silhouette menaçante de la forêt de Kar'ra qui se découpe sur le ciel d'encre. Il sait que l'Académie de la Forge se cache dans ces profondeurs, et qu'elle est la seule structure du continent à abriter les écrits originaux sur les sceaux de Tatsuma, ceux-là mêmes que la capitale d'Elarion avait censurés et enterrés des siècles plus tôt.


— On se réfugie au village, tranche Vaelran en ramassant son Bréviaire blanc tombé dans l'herbe haute, rajustant la sangle sur son épaule. Il y a un ancien relais de poste à l'écart du bourg. On va s'y poser, soigner Yhessa et réfléchir.


— Réfléchir ? intervient Kelvar.


Le jeune aristocrate de la Forge s'avance avec une raideur menaçante, sa haute stature dominant le reste des disciples (hormis Nerio), le visage tendu.


— Tu veux fouiller dans tes vieilles archives d'école pendant qu'ils étouffent là-bas ?


— C'est exactement ce que je vais faire, Kelvar, répond Vaelran en plongeant son regard dans le sien, sans une seconde d'hésitation. Parce qu'Aziris a verrouillé la porte de l'Envers avec une clé qu'aucun de nous ne comprend. Si on veut revoir Seyla, Ilharan et Talyor vivants, on doit comprendre ses plans.


Le Mentor de l'Ombre tend le bras vers la canopée sombre.


— L'Académie de la Forge est là-bas. Elle contient des secrets sur le Sang-Voix que nous n'avons jamais étudiés à la capitale. On va s'y réfugier pour préparer la suite. Elarion n'est plus une option, la Triade est brisée.


Sans attendre d'approbation, il tourne les talons. Le groupe se met lentement en marche, formant une colonne de spectres brisés traversant les ruelles sombres d'Enven sous les regards méfiants, tapis derrière les volets clos des habitants.


Plus tard, dans la pénombre étouffante de la grange du relais de poste, le silence n'est troublé que par le souffle court et irrégulier de Yhessa. Allongée sur une paillasse de fortune à même le sol, la petite guérisseuse conserve les yeux grands ouverts, fixés sur les sombres solives du plafond. Son esprit semble toujours flotter ailleurs, coincé dans les strates de réalité et les surcharges magiques de la cuve sous le Temple.


Kelvar s'approche lentement, ses pas étouffés par la paille fraîche. Il s'arrête au chevet de la jeune femme, sa haute silhouette masquant la faible lueur d'une lanterne posée sur une caisse. Il la contemple en silence : si petite, si effroyablement fragile dans ses vêtements trop grands.


Une culpabilité dévorante le ronge depuis la mission des Marches de l'Ouest. C'était lui, ce jour-là, qui avait sciemment coupé les fils de communication. Certes, il n'avait fait qu'obéir aux ordres stricts et répétés de Lynara, mais l'acte physique restait le sien. C'est sa main qui avait scellé le début de cette longue dérive, sa main qui se sent aujourd'hui responsable de la capture de Yhessa par Aziris. Et la voir ainsi, recrachée par le Temple, vidée et brisée de l'intérieur, ravive la plaie.


Il s'accroupit lentement près d'elle, sa longue main calleuse frôlant le bord de la couverture sans oser la toucher tout à fait.


— Je suis désolé, Yhessa…, murmure-t-il, sa voix descendant dans des graves qu'il ne laisse jamais entendre aux autres. J'aurais dû refuser aux Marches. J'aurais dû être plus fort que leurs consignes.


Yhessa ne tourne pas la tête, mais ses doigts fins se crispent légèrement sur le tissu de la couverture. Kelvar serre les dents, le regard sombre fixé vers les interstices du bois où pointe l'obscurité de Kar'ra. La Triade les avait envoyés sauver le monde, mais tout ce qu'il voit ce soir, c'est le prix sanglant payé par ceux qui n'avaient jamais rien demandé.


Yhessa ne tourne toujours pas ses yeux clairs vers lui, mais dans un mouvement d'une lenteur infinie, ses doigts glissent sur la paille. Sa main, minuscule et glacée, vient se poser délicatement sur celle de Kelvar. Le contraste est saisissant : la paume longue et marquée du disciple de l'Ombre, habituée au maniement des lames et aux rituels de la Forge, se retrouve frôlée par la fragilité translucide de la guérisseuse. C'est un contact minuscule, à peine une pression hésitante, mais il suffit à figer complètement Kelvar.


Sa haute stature se tend d'un coup. Lui qui maintient en toute circonstance une distance aristocratique, un contrôle parfait de ses moindres gestes, se retrouve déstabilisé par cette marque d'attention. L'ombre qui flotte d'ordinaire dans son sillage semble refluer, presque intimidée. Il contemple leurs mains dans la pénombre, incapable de formuler la moindre phrase de réconfort. Sa réserve habituelle vient de voler en éclats.


— C'est… c'est sec, murmure enfin Yhessa, sa voix n'étant plus qu'un frémissement, desséchée par les surcharges de la Source. Tout est si sec ici…


Kelvar retire sa main avec une lenteur calculée, luttant pour retrouver sa superbe malgré le trouble qui s'affiche sur ses traits fins.


— Je vais te chercher à boire, dit-il d'une voix basse, dont le timbre résonne un peu trop solennellement dans la grange. Reste là.


Il se redresse d'un mouvement fluide, sa silhouette élancée dominant un instant la paillasse avant qu'il ne s'en détache. Sans accorder un seul regard aux Mentors ou à ses camarades qui s'enferment dans leur propre mutisme à l'autre bout du bâtiment, il traverse la pièce avec cette démarche souple et mesurée qui le caractérise.


Il s'empare d'une écuelle en terre cuite posée près de l'entrée et pousse la lourde porte de bois pour sortir. Il a besoin d'air, besoin de retrouver la fraîcheur nocturne d'Enven, loin de cette douceur inattendue qui vient de fissurer sa culpabilité.


L'air glacial de la nuit frappe le visage du disciple dès qu'il franchit le seuil. Le froid de l'Est est plus coupant, plus franc que celui de la capitale. Kelvar s'avance vers le puits usé qui trône au milieu de la cour du relais, ses pas ne faisant aucun bruit sur la terre battue.


Il plonge l'écuelle dans le baquet d'eau fraîche, observant les reflets sombres du liquide, quand une silhouette se détache de l'ombre d'un auvent : Kaelren.


Elle est là, les bras croisés, adossée contre un poteau vermoulu. Le vent de la lisière fait voler ses cheveux roux devenus ternes, mais l'éclat de colère dans ses yeux ne s'est pas émoussé d'un pouce. Elle l'observe depuis qu'il a quitté la grange.


— Tu fuis le naufrage, Kelvar ? demande-t-elle, sa voix basse coupant le sifflement de la brise dans les branches.


Kelvar ne sursaute pas. Il redresse sa haute stature avec sa lenteur habituelle, tenant l'écuelle bien droite pour ne pas en perdre une goutte.


— Je cherche de l'eau pour Yhessa, répond-il d'un ton monocorde, imperméable à la provocation.


Kaelren se décolle du poteau et fait quelques pas vers lui, réduisant la distance. Elle s'arrête à deux pas, le fixant avec une intensité féroce.


— Ne joue pas à ça avec moi. Tu as vu l'état de nos « guides » ? Lynara est une coquille vide qui a préféré sacrifier la petite de ton école pour son propre intérêt. Et Vaelran… Vaelran veut qu'on s'enferme dans des bouquins pendant que Seyla, Ilharan et Talyor étouffent de l'autre côté.


Elle pointe un doigt accusateur vers la ligne noire de la forêt.


— On part pour la Forge des Ombres. C'est ce qu'il a décidé. Mais toi, qu'est-ce que tu comptes faire, Kelvar ? Est-ce que tu vas continuer à suivre aveuglément les ordres des Mentors après ce qu'ils ont fait ? Est-ce que ton école t'a appris à obéir même quand tes chefs mènent tout le monde à l'abattoir ?


Kelvar baisse les yeux vers l'eau de l'écuelle, puis son regard bleu se plante dans celui de Kaelren. La question tape exactement là où sa blessure des Marches de l'Ouest fait encore mal.


Avant qu'il ne puisse aligner un mot, le bruit sourd d'une semelle lourde contre une pierre brise le duel visuel. De l'obscurité qui flanque le relais, une silhouette massive se détache : Nerion. Il s'avance l'échine droite, dégageant cette impression de bloc de granit inébranlable, même si sa tenue de voyage est maculée de la suie d'Elarion. Ses bras croisés sur son torse puissant semblent la seule chose capable de retenir sa frustration. Juste derrière lui, traînant légèrement les pieds, Eshan émerge à son tour de la pénombre, réajustant nerveusement la sangle de sa sacoche.


— Si vous comptez faire sécession, faites-le au moins à voix basse, lâche Nerion d'une voix pareille au grondement d'un éboulement lointain. Vos éclats résonnent jusqu'aux écuries.


Kaelren ne recule pas d'un pouce, pivotant vers les nouveaux venus.


— Parce que vous, ça vous convient ?! Vous allez rester assis dans la paille à attendre le feu vert de Vaelran pendant que les autres s'effondrent ?


Eshan pousse un profond soupir exaspéré, passant une main fébrile dans ses cheveux en désordre.


— Statistiquement parlant, Kaelren, foncer tête baissée dans Kar'ra sans vecteur de localisation précis est une anomalie majeure. On a une probabilité de survie proche du zéro absolu si on cherche à forcer le voile avec de la colère pour unique carburant. Je déteste admettre que Vaelran a raison, mais les variables nous échappent totalement. Il nous faut des données. Des faits.


— Les faits, c'est que Talyor est là-bas, Eshan ! réplique la disciple du Feu, les dents serrées, une étincelle menaçant de rallumer ses paumes.


— Les faits, c'est surtout qu'on s'est fait balayer comme de la poussière, intervient Nerion, faisant un pas lourd qui semble ancrer le sol.


Il plante ses yeux sombres dans ceux de Kaelren, puis dans ceux de Kelvar.


— Les Mentors ont merdé. Tous autant qu'ils sont. Sauf peut-être Kaelis… Le Temple est verrouillé, la Triade n'existe plus à l'heure où on se parle. Je me fous des vieux bouquins de l'Ombre, mais je ne m'en fous pas de crever dans un bois parce qu'on a agi sous le coup de l'impulsion.


Un silence pesant retombe dans la cour. C'est la première fois depuis la chute d'Elarion que les deux disciples sortent de leur mutisme, et le constat est sans appel : la fracture est partout.


Kelvar regarde l'eau claire de son écuelle, le visage impassible, bien que la tension de ses épaules trahisse son tiraillement intérieur. Il se tourne lentement vers la grange, sa voix de basse coupant court aux murmures :


— Débattez de vos probabilités si cela vous chante. Pour l'instant, Yhessa attend.


Il dépasse le trio d'un pas fluide et mesuré, protégeant l'eau de sa main, laissant ses camarades face à leurs propres doutes sous le ciel d'encre d'Enven.


Le disciple de la Forge pousse la lourde porte de bois qui gémit sur ses gonds, s'extirpant de la discorde pour retrouver le silence confiné du bâtiment.


Il traverse la pénombre d'un pas ralenti, presque précautionneux, veillant à ce que la surface de l'eau reste immobile. Lorsqu'il se réinstalle au chevet de Yhessa, sa haute stature projette à nouveau une ombre protectrice sur la paillasse. La petite guérisseuse n'a pas bougé, ses yeux clairs reflétant toujours les solives du plafond.


— Yhessa, murmure-t-il, sa voix descendant d'un octave pour ne pas interpeller les Mentors isolés plus loin. Bois un peu.


Devant son absence de réaction immédiate, Kelvar hésite. Sa réserve aristocratique, ce besoin viscéral de tout contrôler, se heurte de plein fouet à la fragilité de la jeune femme. Avec une infinie délicatesse, il glisse un bras sous ses épaules pour l'aider à se redresser.


Au contact de sa silhouette si menue, un frisson traverse le disciple de l'Ombre. Elle est si légère qu'il a l'impression qu'elle pourrait se briser entre ses doigts habitués à la rigueur des entraînements. Il cale le dos de Yhessa contre son torse, sentant son souffle faible à travers l'étoffe de sa tunique. Il approche l'écuelle de ses lèvres gercées, sa main tremblant imperceptiblement.


Yhessa boit à petites gorgées. Quelques gouttes perlent sur son menton, et sans réfléchir, le jeune homme les essuie du bout du pouce. Le contact de sa peau fraîche éveille en lui un fourmillement étrange, une chaleur inédite qui n'a rien à voir avec les ombres qu'il manipule d'ordinaire. Lorsqu'elle s'arrête, un faible soupir de soulagement s'échappe de ses lèvres. Elle laisse sa tête reposer encore un instant contre l'épaule de Kelvar.


— Merci, souffle-t-elle, ses yeux se posant enfin sur lui, dépouillés de la transe de la cuve.


Kelvar reste figé, le souffle court. Sa culpabilité ne s'efface pas, mais elle se double désormais d'un trouble bien plus difficile à analyser. Sans un mot, il attend qu'elle reprenne un appui stable sur la paillasse avant de retirer son bras avec une lenteur calculée. Il pose l'écuelle à moitié vide sur une caisse, les yeux fixés sur l'eau pour éviter de croiser son regard.


— Repose-toi maintenant, dit-il simplement, sa voix ayant retrouvé sa politesse d'aristocrate en guise de bouclier.


Il se recule d'un pas, rentrant volontairement dans l'ombre pour dissimuler ses traits. Le fil qui vient de se tendre entre eux est infime, mais pour un homme qui a passé sa vie à maîtriser le vide, cette simple présence est déjà une anomalie à apprivoiser.


À l'autre bout de la grange, loin de la paillasse où Yhessa reprend ses esprits, l'obscurité est plus dense.


Lynara est assise sur une caisse renversée, les bras enserrant ses genoux, sa silhouette secouée par des tremblements sporadiques. Elle, la Mentore élémentaire si fière, n'est plus qu'une ombre d'elle-même, écrasée par le poids mort de ses choix. Le spectre de Nilwen hante chacune de ses pensées.


À deux pas, Vaelran se tient debout, adossé contre un pilier de bois. Il ne fait pas son théâtre habituel, ne lance pas de vannes. Ses bras pendent le long de son corps, ses yeux verts, d'une froideur clinique, ancrés sur la femme qui, quelques heures plus tôt à peine, l'accusait d'avoir provoqué la mort de sa sœur Adara. Le retour de bâton est gravé dans son silence.


Lynara inspire brusquement, une bouffée d'orgueil désespéré traversant sa détresse. Elle lève des yeux embrumés vers lui, les lèvres tremblantes, prête à articuler une excuse ou une défense.


— Vaelran, je…


— Tais-toi, Lynara.


La voix du Mentor de l'Ombre tombe comme une lame de guillotine, basse, dénuée de la moindre inflexion de colère, ce qui la rend d'autant plus terrifiante. Il n'a même pas tourné la tête vers elle.


— Ne prononce pas un mot de plus. Tu as assez parlé à la capitale. Ton venin m'a coûté ma vigilance, et ton ego m'a coûté une disciple. Nilwen était sous ta responsabilité sur le plateau, mais elle venait de mon école.


La tension grimpe, l'air devient lourd, saturé par une rancœur accumulée depuis des années. Lynara se redresse, les dents serrées, la culpabilité mutant instantanément en une rage impuissante.


— Tu crois que je voulais ça ?! siffle-t-elle. Tu crois que…


Avant que l'échange ne vire au lynchage mutuel, Kaelis s'avance entre eux deux. Ses mains se lèvent dans un geste fluide, et une lueur bleutée, douce et diffuse, émane de ses paumes. Une onde invisible se propage dans le coin de la grange, agissant comme un baume anesthésiant sur leurs nerfs à vif.


Le rythme cardiaque de Lynara ralentit de force. La respiration de Vaelran se stabilise, sa mâchoire se desserrant sous l'effet de la magie d'Aegis.


— Ça suffit, tranche Kaelis, sa voix agissant comme une douche froide. La Triade est tombée, la capitale est perdue, et nos élèves sont dispersés ou prisonniers. Si vous commencez à vous étriper pour vos fantômes du passé, autant rouvrir les portes de la grange et appeler les sentinelles tout de suite.


Elle tourne son regard vers Vaelran, maintenant l'onde d'apaisement pour empêcher la rechute.


— Vaelran. On a besoin de ton esprit, pas de ta glace. Qu'est-ce qu'on fait à Enven exactement ?


Vaelran détache son regard de Lynara, qui se réenfonce dans son mutisme, calmée de force par le pouvoir de Kaelis mais le regard définitivement brisé. Le Mentor de l'Ombre passe une main lasse sur son visage, le masque de désinvolture enterré sous la fatigue.


— On attend l'aube, dit-il, la voix vide de toute émotion. Dès que Yhessa peut marcher, on s'enfonce dans Kar'ra. L'Académie a des réponses sur le Sang-Voix et l'Envers. C'est là-bas qu'Aziris m'attend. Et c'est là-bas qu'on trouvera le moyen de sortir Seyla, Talyor et Ilharan de cet enfer.




La suite samedi entre 18h30 et 21h...




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