Les fantômes au fond de tes beaux yeux

Chapitre 25 : Un nouveau jour se lève, Kai.

Par bzllrose

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Chapitre 25 : Un nouveau jour se lève, Kai


Je me fais réveiller avec douceur, par des caresses légères sur ma joue et mes yeux papillonnent.

-         Excuse-moi, je voulais pas te réveiller…, murmure-t-il.

Il est appuyé sur un bras, complétement penché au-dessus de moi, avec une tête que je ne lui ai jamais vue. Si j’ai découvert son pire visage il y a quelques jours, je suis assurément en train de découvrir le plus doux.

-         Ce n’est rien, chuchote-je en fronçant doucement les sourcils pour atterrir.

Il reprend ses caresses, sans me quitter des yeux, et nous nous observons avec douceur quelques minutes sans parler.

-         Julia… je ne pourrai jamais, jamais, assez te remercier pour ce que tu as fait hier soir…, souffle-t-il.

-         C’est normal voyons…

-         Non… non. Personne n’a jamais fait une chose pareille pour moi.

-         Hestia…, commence-je.

-         Non. Hestia m’a enfermé dans une chambre à clé quand elle a su que je me droguais… mais elle n’a jamais su quand je replongeais… Tu es venue Julia, je ne sais même pas comment tu as fait, mais tu es arrivée à temps… alors même qu’on s’était hurlé dessus, que je t’avais insulté comme la merde que je suis, tu es venue à temps… Tu n’as pas eu à me sevrer parce que tu as réussi à prendre suffisamment soin de moi pour m’empêcher de rechuter… Personne n’a jamais pris soin de moi comme ça…

Sa voix se serre et mes larmes roulent automatiquement sur mes joues.

-         Un nouveau jour se lève, Kai. Un jour où tu as lutté, où tu as choisi de rester l’homme bien que tu deviens… Je suis tellement fière de toi, murmure-je.

Il me serre dans ses bras et cette fois, c’est lui qui prend soin de moi, parce que je me mets à sangloter en réalisant ce qu’il s’est passé hier soir. Il me câline tandis que j’évacue toute la peur que j’ai eu à l’idée qu’il ait replongé, à l’idée de ne pas arriver à temps...

Il me serre pendant une éternité contre lui de toute ses forces.

*

 Lorsque nous sommes plus calmes et moins dans l’émotion, il me lance son regard amusé que je ne pensais plus jamais revoir.

-         Je croyais que tu n’avais jamais peur de rien, petite terreur…

-         Il faut croire que si… tout arrive…, réponds-je en souriant. 

Il embrasse longuement mon front avant de se redresser pour aller fumer et je l’accompagne.

 Nous sommes dans l’après-midi, et les gens qui passent par-là observent d’un drôle de regard les deux paumés à moitié habillés qui fument assis devant leur porte à seize heures.

Ça fait évidemment rire Kai :

-         Ces cons ne doivent pas avoir beaucoup de doutes sur ce qu’on a foutu cette nuit…

-         Qu’est-ce qu’on en a à faire ? Laisse-les donc nous regarder avec leurs yeux ronds si ça leur fait plaisir, m’agace-je en agitant une main.

-         T’es la seule meuf premium que je connais qui se fout d’une chose pareille… mais t’es barrée Julia, je te le dis assez, souligne-t-il en me souriant comme un sale gosse.

-         Et toi arrête de faire comme si tu connaissais des meufs premiums, réplique-je du tac au tac pour l’embêter. 

Nous nous observons avec des sourires aux lèvres et des yeux séduits, aussi amusés que lascifs, un mélange très intéressant… surtout lorsqu’il se penche pour m’embrasser, incapable de résister à l’attraction entre nous.

Deux touristes qui arrivent pour s’installer dans la chambre à côté de la sienne nous interrompent, et Kai leur lance un regard assassin qui les inquiète drôlement.

-         Doucement panthère, chuchote-je en tirant sur son bras.

-         Ces connards me font chier… je n’aime pas avoir des voisins, ronchonne-t-il.

-         Arrête de râler.

Il rallume une cigarette mais cesse de bougonner et je me blottis contre lui en observant le ciel bleu et le soleil.

-         Putain… il va falloir que je me débarrasse de … ma dope… je… je, articule-t-il soudain avec frayeur en s’en rendant compte.

-         Inutile, je l’ai fait, réponds-je d’une voix légère.

-         Quoi… ? Tu es sérieuse là… ?

Son regard est tellement choqué que j’ai peur que ça le contrarie et la simple idée me hérisse.

-         Oui… je ne compte pas débarquer en urgence tous les quatre matins… j’ai fouillé ta chambre et j’ai trouvé ta réserve sous ton matelas alors…, commence-je.

-         Mais pas du tout ! Je ne suis pas en colère ou une connerie comme ça ! Justement pas ! Je n’en reviens pas ! s’exclame-t-il, la bouche grande ouverte.

-         Mais de quoi ?

Plus il parle, plus ses sourcils se froncent et plus sa voix devient basse :

-         Que tu aies fait ça… que tu te sois fait chier à fouiller… que tu aies… touché à cette merde au lieu de te sauver en courant… pour me protéger… je… je n’en reviens juste pas…

-         Ce que je ne ferais pas pour tes beaux yeux, je te jure ! Je me promenais dans le motel avec de l’héroïne cachée entre les seins ! ris-je.

Il éclate de rire et lorsqu’il se calme, il pose un regard d’une tendresse folle sur moi :

-         La chance a fini par tourner Julia…, chuchote-t-il avec un sourire aux lèvres. Les dieux ont finalement décidé de m’envoyer un petit ange gardien pour veiller sur moi… J’aurais dû le voir venir putain, avec tes cheveux blonds et tes grands yeux bleus… J’aurais dû le savoir dès que tu as accepté de passer ta première nuit avec moi alors que ça n’a pas de sens… Ta présence dans ma vie ne fait pas sens putain… mais tu la sauves.

Il est rare que je rougisse, mais je rougis des pieds à la tête face à ses mots et son sourire le plus éclatant, qui lui fait perdre les années que la prison a marqué sur ses traits, puis je profite encore d’un baiser d’une douceur exquise.

Lorsque nous rentrons, il est surpris de me voir rassembler mes maigres affaires.

-         Tu dois partir ?

-         Oui… je dois partir vers cinq heures… Mais si tu as besoin de soutien, j’annule immédiatement, sans problème, précise-je.

-         Mais non ça va aller… Je t’ai assez fait chier putain… et puis ça te laisse encore un petit temps…, hésite-t-il.

-         Oui, au moins quarante minutes, réponds-je en souriant.

Il fait quelques pas en hochant la tête pensivement, les yeux fixés au sol comme s’il réfléchissait.

-         Tu veux faire quelque chose ? Je peux annuler Kai, si tu ne te sens pas de rester sobre, alors je reste avec toi, je te le promets.

-         Non, ça va je te dis… Je me demandais juste si… oh laisse tomber.

-         Dis-moi, insiste-je en le rejoignant pour lui lever le menton.

-         Je me demandais juste si t’avais envie de prendre une douche avec moi, lâche-t-il finalement.

Mes yeux papillonnent sous la surprise et je n’ai pas le temps de répondre qu’il met les choses au clair.

-         Pas de panique… je suis complétement hors-service à ce niveau-là après cette nuit alors… pas de risque que ça parte en couille et que je te hurle dessus comme un connard derrière…, dit-il en riant nerveusement.

Je suis encore plus surprise à l’idée qu’il veuille que nous nous douchions ensemble sans envisager quoi que ce soit, mais j’accepte évidemment et nous nous enfilons dans sa salle de bain une minute après. Il est décidément drôlement pensif, il ne me décroche pas un mot mais ses gestes sont pleins d’affection.

Il m’aide à retirer mon tee-shirt, il effleure mes clavicules dès que nous nous glissons sous l’eau, il caresse même mes cheveux en même temps que l’eau coule dessus, pour les lisser vers l’arrière.

-         En fait… je voulais surtout te parler Julia…

-         Et tu me coinces sous la douche pour le faire, histoire que je ne me sauve pas en claquant la porte ? ris-je.

-         Peut-être bien, répond-il avec un petit sourire. Je peux te savonner aux cailloux et bois ?

J’accepte en riant et il attrape son divin gel douche, qu’il commence à passer sur mon corps en mettant en ordre ses pensées.

-         Je cherche comment m’excuser depuis hier soir, avoue-t-il finalement. Sauf que j’avais pas envie de juste te balancer un « désolé », alors que j’ai été une vraie merde et que t’es quand même venu t’occuper de moi hier soir… tu vois ?

-         Je vois très bien, réponds-je gentiment. 

-         Alors j’ai réfléchi, ouai ça m’arrive, et je… je me suis dit que je pourrais peut-être un peu t’expliquer pourquoi j’ai réagi comme un connard… que peut-être que ce serait mieux que de simples excuses… que tu comprennes quoi…

Pour l’encourager, je prends du savon pour le caresser à mon tour, histoire qu’il se sente en sécurité et qu’il comprenne que je ne suis pas à deux doigts de me sauver. Je ne sais pas depuis quand je deviens si psychologue, mais il le faut avec Kai, je crois.

Et ça l’aide, il garde les yeux fixés sur ma peau qu’il fait mousser, mais il s’ouvre dix secondes après que j’ai commencé à le frotter gentiment.

-         Donc déjà, je suis désolé, pour tout ce qu’il s’est passé ce soir-là, pose-t-il.

-         Je te pardonne, et je m’excuse aussi sincèrement pour ce que je t’ai dit et fait moi aussi.

Il hoche la tête et nous nous embrassons furtivement, juste un petit bisou pour sceller la chose, avant qu’il ne reprenne :

-         Je n’ai pas aussi mal réagi à cause de la chose en elle-même Julia. Je ne t’en veux pas, c’était juste une erreur de ta part, une erreur que j’ai faite moi aussi, parce que j’aurais pu te poser la question jusqu’au bout, putain. J’aurais même tout simplement pu m’empêcher de le faire si j’avais eu tant peur que ça arrive… On était complétements chauds, à moitié ailleurs, y a pas de fautifs, ou alors on l’est tous les deux.

Bon sang, ça commence déjà drôlement bien !

-         Je suis d’accord Kai, je suis tout de même désolée de ne pas te l’avoir précisé, mais comme tu dis, je n’étais pas vraiment sensée et je ne me suis pas assez inquiétée des risques. Je peux te demander pourquoi tu as aussi mal réagi ? tente-je de le pousser à continuer.

-         Ouai… c’est… ce que je voulais te dire en fait…

Il me tourne gentiment pour savonner mon dos, et je réalise qu’il va vraiment me dire quelque chose de profond s’il en est à me retourner pour que je ne puisse pas le regarder, même s’il le fait l’air de rien.

Fine psychologue que je suis, ça me parait évident et j’avais raison.

-         Quand tu m’as parlé de risque de tomber enceinte, que j’ai compris qu’il y a un monde où j’aurais pu t’avoir mise en cloque… que j’ai visualisé le gamin… Ce n’est même pas le gosse le problème, c’est pas ça qui m’a cramé la tête. C’est… le père que je serais, tu vois ?

-         Je vois, murmure-je.

-         Je ne sais pas vraiment ce que tu sais de moi par Hestia… mais cette histoire m’a renvoyé mon enfance dans la gueule.

-         Hestia ne m’a rien dit, simplement que vous étiez à l’orphelinat ensemble.

Ma voix est presque inaudible, je parle le plus doucement possible, je retiens pratiquement mon souffle comme si j’avais peur de faire fuir la jolie panthère qui est en train d’approcher pas à pas de moi au milieu de la steppe enneigée.

-         J’ai eu une enfance de merde, vraiment de merde. Je me faisais taper dessus, très violemment… Je mangeais à peine, ils m’affamaient parfois, ils m’abandonnaient pendant des heures dans ma chambre… et tout ça… c’était à cause de la drogue. Mes parents étaient deux camés, qui passaient leur frustration de manque sur ma gueule, qui me tabassaient quand ils devenaient fou, qui m’abandonnaient quand ils planaient pendant des heures dans des squats et qui ne pouvaient pas me nourrir parce que toute leur thune passait dans la came.

Je suis obligée de poser une main tremblante sur mes lèvres pour absorber les informations sans l’interrompre, mais mon cœur se brise en visualisant un petit garçon aux yeux gris remplis de larmes, affamé, marqué de coups, apeuré…

Je donnerais tout ce que j’ai pour serrer ce petit garçon dans mes bras.

-         Je t’épargne les détails de tout ce que j’ai subi, bébé… mais on m’a retrouvé quand ils ont fait une overdose, et j’ai été soigné longuement à l’hôpital, puis placé en orphelinat. Alors quand j’ai vu un putain d’avenir où je devenais père, un putain d’avenir où je ne savais même pas si j’allais replonger… Je me suis vu faire subir des choses à mon gosse sans même en avoir conscience, te faire subir des choses sans en avoir conscience… parce qu’on est pas nous-même putain, la drogue nous retourne la tête, on devient littéralement fous… Putain Julia, quand j’ai vu ça devant mes yeux, quand je me suis vu vous maltraiter… j’ai pété les plombs…, finit-il dans un souffle.

J’ai toujours une main sur mes lèvres et mes larmes maculent désormais mes joues. Mon cœur se déchire un peu plus à chaque seconde ; je compare son enfance à la mienne, je visualise toujours le petit Kai et l’envie de serrer ce petit être brisé devient trop forte.

-         Est-ce que je peux me retourner Kai… ? demande-je d’une voix tremblante.

-         Ouai, souffle-t-il.

Je me retourne et nous nous jetons dans les bras l’un de l’autre d’un même geste pour nous blottir avec émotion. 

Je lui murmure des dizaines de choses à l’oreille en le câlinant, pour lui dire à quel point je suis désolée pour son enfance, désolée de ne pas avoir été plus prudente, d’avoir agi égoïstement et de lui avoir fait remonter des souvenirs aussi atroces…

Et je le remercie pour sa confidence, sa confiance et son ouverture à moi.

Je prends ensuite soin de lui comme j’en avais besoin, je réconforte son enfant intérieur de toute ma douceur, je l’enveloppe de tout l’amour maternel que je possède en moi.

J’embrasse tout son visage, des centaines de petits baisers destinés à le réparer, des caresses sur sa nuque et ses joues, mon front contre le sien…

Ses grands bras d’hommes me serrent avec force contre lui, et pourtant, je sens que je parviens à donner de l’amour au petit Kai dans ce moment de tendresse.




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