Les fantômes au fond de tes beaux yeux

Chapitre 21 : Minéraux et bois de cèdre

Par bzllrose

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Chapitre 21 : Minéraux et bois de cèdre


Je me remets de mes émotions, lovée dans les bras de Kai, qui me porte depuis la fin de notre ébat parce qu’il ne supportait pas de me voir vaciller sur mes jambes tremblantes. Il me berce de gauche à droite lentement, pour nous passer sous l’eau chaude à tour de rôle, une fois son dos, une fois le mien. J’ai la tête posée sur son épaule, mon front contre sa gorge et les bras en câlin autour de lui. Sincèrement, je me sens au paradis. 

Lorsque mon corps se calme, je me force à atterrir, parce que je pourrais rester des heures comme ça mais j’ai malheureusement un rendez-vous qui m’attend.

-         J’espère que l’eau chaude n’est pas comprise dans le loyer…, soupire-je de bonheur.

-         Non, t’en fais pas…, rit-il doucement.

-         Je n’ai aucune idée de l’heure… Nous devrions nous savonner…

Il me pose prudemment par terre, en vérifiant que je tiens sur mes jambes avant de me lâcher.

-         Tu vas voir, c’est une partie agréable aussi, annonce-je en attrapant son gel douche.

J’en mets une noisette généreuse dans ma main et vient le moment qui me donnait très envie, celui où je passe mes mains sur son torse pour le savonner avec un grand sourire aux lèvres.

J’adore ça, j’adore promener mes mains sur lui en le massant autant que je le savonne, me régaler de ses tatouages aberrants que je trouve désormais plus sexy que n’importe quoi au monde. Il m’observe le savonner avec une tête curieuse et je ressens le besoin de parler pour occuper son esprit, comme si j’avais peur qu’il trouve ce moment trop bizarre et qu’il me demande d’arrêter alors que j’en mourrais.

-         J’adore l’odeur de ton gel douche, commente-je.

Il attrape la bouteille pour lire l’étiquette :

-         Ah ouai ? Ça s’appelle… Minéraux et bois de cèdre … Qu’est-ce que c’est que ces conneries putain… ? s’étonne-t-il en fronçant les sourcils.

J’éclate de rire face à sa moue froncée de découvrir une « connerie » pareille sur son propre gel douche.

-         Je n’ai jamais compris les noms des savons pour hommes ! ris-je. Ils ont toujours des noms à dormir debout ! Pour les femmes, si nous prenons vanille, alors il sentira la vanille, mais alors les hommes ! Minéraux et bois de cèdre ! Sérieusement ! Et en plus, ils sentent tous pareil, ils sentent simplement une odeur d’homme !

-         La prochaine fois, je prendrai « cailloux et bois » ! plaisante-t-il.

Il me plie en deux, littéralement, et en voyant qu’il m’amuse, il continue :

-         Qu’est-ce que c’est que ces conneries, voilà que je me lave à la bonne odeur des cailloux putain… autant me rouler par terre… Un bon savon bitume et gravillons…

-         Ou dans les bois ! ris-je. Terre et feuilles mortes !

-         Tu imagines la réunion où les types ont pris la décision putain… Alors les gars, on l’appelle « Galet et eau de source » ? Oh non, « Minéraux et bois de cèdre » … Sans déconner… Il y a des gens qui n’ont que ça à foutre…

Je me tortille tellement en riant que je ne suis plus capable de le savonner et il se charge donc de prendre la relève sur mon corps, avec son sourire en coin aux lèvres.

-         Tu sais quoi bébé… Je suis tenté d’en trouver un avec un nom encore plus con maintenant, juste pour te voir rire comme ça… Mais je ne suis vraiment pas sûr de trouver pire que minéraux et bois de cèdre…

-         Arrête de me faire rire ! Tu vas me mettre en retard si je ne sors pas rapidement ! glousse-je en essayant de reprendre mon souffle.

-         J’arrête, confirme-t-il en souriant.

Nous reprenons nos savonnages mutuels, en nous massant et en nous lançant des regards doux.

-         C’est chouette non ? demande-je en lui souriant.

-         Ça va… c’est pas mal…, réplique-t-il.

Je lève les yeux au ciel, parce que je connais ma panthère ronchonne et je sais qu’il adore. Ce n’est pas compliqué à comprendre puisqu’il n’affiche pas son regard hostile de tueur.

-         Tu avais déjà fait ça alors… ? demande-t-il finalement.

-         Cette partie-là oui, pas celle d’avant ! pouffe-je.

-         Ok… alors tu as déjà savonné un mec sous sa douche… une sacrée partie « agréable » comme tu dis…, commente-t-il en reprenant son visage le plus froid.

-         Mais qu’est-ce que tu racontes… ?

-         J’en sais rien, ça me casse les couilles, laisse tomber.

Je fronce les sourcils, mais il fuit mes mains pour se rincer sous le jet avant de sortir de la douche sans un mot de plus, me laissant plantée là.

Ça me fait un mal de chien qu’il soit parti comme ça, mais je ne veux surtout pas commencer à me rendre mal alors que Kai n’est qu’un amant occasionnel auquel je m’attache définitivement beaucoup trop.

Lorsque je sors pour m’habiller, il n’est même pas là et j’en déduis facilement qu’il fume. Je m’habille donc, je ramasse mes affaires et j’ouvre la porte en ne sachant pas quel Kai je vais trouver derrière, mais je suis plus que prête à le secouer un coup pour lui remettre les idées en place.

-         T’es prête ? demande-t-il en se retournant.

Son regard est beaucoup moins hostile, mais on ne se refait pas et j’ai un caractère de chien.

-         Ça y est ? Tu as fini de faire la gueule ?! siffle-je.  

-         Me chauffe pas Julia…, gronde-t-il.

-         Je te demande pardon ? Tu te chauffes tout seul crétin, c’est toi qui viens de gâcher la fin de notre douche.

-         Et bah je me chauffe tout seul si je veux ! Et si tu ne veux pas être en retard à ton rendez-vous de merde, alors arrête de me faire chier ! aboie-t-il.

Nom. De. Dieu.

-         Je t’ai déjà dit de ne pas me parler comme ça !! m’enflamme-je.

-         Et je t’ai déjà dit de ne pas m’insulter, bordel ! Et pourtant tu le fais sans en avoir rien à foutre ! Alors si tu ne fais pas d’effort, moi non plus !

-         Non mais je rêve ! Je ne t’insulte que de crétin et uniquement quand tu te comportes comme tel ! Si Monsieur n’avait pas ses humeurs de merde, alors tout ça n’arriverait jamais !

-         Bien sûr que non ! Parce que quand Mademoiselle a ses humeurs comme hier soir, je m’écrase comme une merde pour essayer de la faire aller mieux ! Mais quand c’est moi, alors là, tu n’en as rien à foutre putain !! Je suis vraiment trop con, j’aurais mieux fait de te laisser serrer hier soir !

Je suis vexée jusqu’au trognon, sans doute parce qu’il a mis le doigt sur une vérité à laquelle je ne m’attendais pas, et puisque j’ai un caractère de chien, je pars la tête haute.

-         Non mais où tu vas ?! s’exclame-t-il en me voyant filer sur le parking d’un pas déterminé.

-         Chez moi ! feule-je sans même me retourner.

-         Quoi ?! Reviens-là !!

Je ne réponds pas et je ne faiblis pas l’allure, filant aussi vite que mes petites converses me le permettent sur le bitume. J’entends sa porte claquer au loin, alors que je quitte le motel pour gagner la rue et j’accélère un peu lorsque j’entends son moteur.

Pourtant je sais bien que je vais monter dans sa voiture, c’est même très précisément ce que je cherche, qu’il me court après, pour le dresser un peu… C’est n’importe quoi…

Sa voiture s’arrête à côté de moi et il baisse la fenêtre :

-         Mais quel caractère de merde putain ! Excuse-moi, ok ?! Monte dans cette bagnole maintenant !

Puisque j’ai eu mes excuses, la condition sine qua non quand il dépasse les bornes pour que je reste, je grimpe dans la voiture.

Le trajet se passe en silence, sa main est agrippée autour du volant et la deuxième serrée sur le montant supérieur de sa porte puisqu’il a le bras par la fenêtre. Je me demande un peu comment nous allons nous dire au revoir dans ces conditions, mais je tombe des nus lorsqu’il se gare sur le parking universitaire au lieu de me déposer. Je ne commente pas, parce que je refuse de lui parler en premier comme l’emmerdeuse que je suis, et aussi parce que je suis contente qu’il soit là, même si je ne comprends pas bien pourquoi.

Je lui lance des petits coups d’œil curieux sur le chemin, mais je vois qu’il se calme à mesure que le temps passe et il me suit jusqu’au bureau d’accueil.

 La femme qui se trouve derrière est au téléphone, elle me sourit lorsque j’entre en me signalant d’un doigt d’attendre, puis son visage devient livide lorsque c’est Kai qui s’enfile. Je sais pertinemment qu’elle est en train d’imaginer qu’il la braquera ou l’agressera dès que je sortirai, alors pour la rassurer, je me colle contre son torse pour lui signaler que je le connais.

Je ne m’attendais pas une seule seconde à ce qu’il arrive ensuite, le moment où Kai ne peut pas comprendre que je me serre contre lui stratégiquement pour rassurer la femme, qu’il imagine donc que j’initie un petit contact et qu’il passe son bras autour de mes hanches en réponse. Mes poils se dressent tous sur ma peau et je lève le nez pour le regarder par-dessus mon épaule avec les lèvres entrouvertes sous le choc.

-         Pardon… je suis vraiment un con avec un caractère de chien, murmure-t-il.

-         Moi aussi, ce n’est rien, chuchote-je rapidement, complétement hallucinée.

J’ai bien du mal à m’en remettre, jusqu’à ce que la femme de l’accueil raccroche et que nous fassions la remise des clés.

*

J’ouvre la porte, et honnêtement, Kai comme moi avons la mâchoire qui tombe jusqu’au sol. Les sols ont été refait, la kitchenette changée pour une neuve, les fissures rebouchées, les murs repeint et le mobilier changé…

Forcément, l’appartement est refait à neuf.

J’admire la nouvelle cuisine et Kai se plante devant les deux petits lits une place de chaque côté de la grande fenêtre :

-         Alors ? Dans lequel je peux m’affaler ? demande-t-il.

-         Hestia était à droite et je suis à gauche, réponds-je distraitement en caressant les meubles blanc et faux bois, qui remplacent l’horreur vieillotte rouge que nous avions avant.

-         Ça fait un peu vide pour l’instant quand même… vivement que tu foutes tes affaires…, commente Kai.

Je tourne la tête vers lui parce qu’il me fait rire à toujours tout critiquer pour conserver son image de con, et je suis étonnée de le trouver dans mon lit alors que j’aurais juré qu’il se jetterait dans celui d’Hestia. Honnêtement, ça me fait un petit quelque chose que je n’ai pas envie de m’admettre.

Je vais tout de même jusqu’à lui pour lui tendre les mains, qu’il attrape pour que je le relève.

-         Faut que je me barre ? demande-t-il.

-         Il faut que je me barre, précise-je. Je rentre chez mes parents, j’ai rendez-vous avec un de mes cousins pour qu’il transporte mes affaires ici…

-         Tu emménages ce weekend alors ? Tu as … besoin d’un coup de main… ou bien … ? hésite-t-il.

-         Oui, j’emménage cet après-midi et ne t’en fais pas, je ne déménage rien de lourd, mon cousin s’en chargera tout seul ! ricane-je.

-         T’as raison, fais-le bosser à ta place bébé… Putain… je te vois bien avec un fouet…, gronde-t-il d’une voix sombre en attrapant mes joues et en suspendant ses lèvres au-dessus des miennes.

-         Tu aimerais que je te fouette ? m’amuse-je.

-         J’adorerais ça, je crois que j’adorerais tout ce que tu me ferais putain…

-         Ce serait étonnant, c’est tout de même pratiquement tout le temps toi qui commandes…, glousse-je.

Il fond sur mes lèvres, déjà complétement excité et excitant, un drame pour ma libido qui s’enflamme alors que je n’ai pas le temps.

 




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