Un petit moment plus tard, je me calme enfin et je soupire de bien-être.
- Ça y est ? T’as finis de trembler ? se moque-t-il gentiment.
Je tourne la tête vers lui et je croise son regard en coin et son sourire de diable.
- Je crois ! pouffe-je.
Il rit en posant son bras sur son visage, un joli rire détendu qui me fait l’apprécier un peu plus et je dévore des yeux sa personne si atypique.
- J’ai une sacrée anecdote de plus…, plaisante-je. L’ex taulard, ex-camé, qui agresse des gens à la pelle… tu risques d’être la pièce maitresse de mes histoires.
Il rit encore plus fort, il est même mort de rire et lorsqu’il retire son bras de son visage, il pose ses yeux gris hilares sur moi :
- Tu es tombée drôlement bas cette fois, je suis désolé pour toi…, chuchote-t-il en réprimant son rire.
- J’ai l’habitude, ne t’en fais pas, plaisante-je en levant les yeux au ciel.
Il s’esclaffe encore et j’étire mes muscles endoloris en souriant comme une idiote, aussi heureuse de l’amuser que par ce qu’il vient de se passer.
- Et puis ça valait le coup pour être honnête, affirme-je, rêveuse.
- Tu es sûre ? Tu ne regrettes pas j’espère…, s’inquiète-t-il soudain.
- Tu plaisantes ? Tu es le meilleur coup de ma vie Kai, réponds-je avec honnêteté en le regardant.
Il tourne la tête vers moi pour s’assurer que je ne me moque pas de lui et lorsqu’il voit que je suis sérieuse, il pivote rapidement sur le flanc pour venir m’embrasser en souriant. Je ne m’y attendais pas et je colle mes mains sur ses joues pour profiter de ce baiser improvisé.
- Tu es le mien aussi, affirme-t-il avec sérieux en fronçant les sourcils.
- Je n’ai rien fait ! ris-je.
- Je ne t’ai pas laissé faire grand-chose, c’est vrai, mais putain… Je n’ai jamais baisé une fille comme toi, aussi jolie, aussi pure… Tu es un bonbon Julia… le meilleur bonbon de ma vie, le seul même… Les autres n’étaient que des vieux bouts de réglisse dégueulasses qu’on trouve au fond des paquets…
Nous éclatons de rire face à sa réflexion lunaire qui se voulait pourtant sérieuse à l’origine, et j’accueille avec bonheur un autre baiser inattendu avant que nous ne nous décidions à aller fumer.
Nous allumons nos cigarettes l’une contre l’autre, puis je m’appuie dos contre la barrière pour l’admirer tandis qu’il est accoudé dessus.
Il baisse les yeux sur mes seins, pour les observer à travers le tissu de son tee-shirt, et il secoue ensuite la tête en reportant son attention sur le parking comme s’il ne pouvait pas croire à la situation.
- Tu ne regrettes vraiment pas… ? demande-t-il finalement.
- Mais non ! Pourquoi tu me poses encore cette question ? m’amuse-je.
- Je sais pas, j’arrive pas trop à capter ce qu’une fille comme toi m’a trouvé là…
- Une fille « premium » ? glousse-je.
- Ouai…, rit-il en fixant le parking de sa tête ahurie. Tu dois vraiment avoir un drôle de délire avec les abrutis… C’était déjà plutôt évident quand j’écoutais tes histoires avec tes débiles mais alors… maintenant que tu as fini la soirée dans mon pieu… c’est juste confirmé, je suis vraiment désolé pour toi.
Il tire sur sa cigarette en réprimant son sourire et j’éclate une fois de plus de rire.
- Tu n’es pas obligée de faire semblant de rire à mes blagues, je t’ai déjà baisé Julia, plaisante-t-il encore.
Ça ne fait qu’augmenter mon hilarité, bien entendu.
- Faut pas le prendre mal hein, c’est juste de l’humour de merde, précise-t-il.
- Je sais et je te trouve vraiment drôle Kai… Tu as un humour un peu cru, mais très marrant, souris-je.
Nous échangeons un regard amusé et j’observe ensuite le motel. Les portes de chambres abîmées… l’insigne dont toutes les lettres ne sont pas éclairées… et ça me donne une idée.
- Et bien… Je ne suis pas une flippette mais… ce n’est quand même pas très rassurant comme endroit… Quand je pense que tu habites ici…
- Je m’en tape, tu sais comparé à là où j’habitais avant, ce motel est le pays des bisounours… et puis de toute façon, c’est moi le mec flippant qui fait peur aux autres alors…, répond-il pensivement.
- Quand même, on dirait que quelqu’un va sortir pour nous égorger, c’est un peu inquiétant.
Il me lance un regard quand il comprend que je lui signale que je ne suis pas rassurée – même si c’est complétement faux – et j’ai finalement ce que je veux quand il se redresse pour attraper ma taille d’une main :
- Viens là chérie…, me rassure-t-il en me tirant devant lui. Tant que tu es avec moi, il ne t’arrivera rien, je te le promets.
- Je veux bien te croire…, murmure-je d’une voix charmeuse en admirant son allure féroce.
- Tu m’avais l’air plus téméraire que ça, se moque-t-il gentiment. Non seulement tu allais te battre contre trois hommes il y a une heure, mais je me souviens de notre première rencontre… quand tu m’as vu dans le couloir derrière Hestia… que tu m’as traité de connard, que tu n’as même pas bougé une oreille quand je t’ai foncé dessus… J’ai bien cru que tu allais m’étrangler ou me cogner… Jamais vu une nana avec autant de couilles.
- J’ai cru qu’Hestia était en danger, peu importe le diable qui venait de passer ma porte, j’aurais pu t’en mettre une pour la défendre au péril de ma vie… mais… il se pourrait bien que je vienne de te dire que ce motel m’inquiétait uniquement pour que tu me prennes dans tes bras, avoue-je en mordant ma lèvre.
Il pose des yeux coquins sur moi, une fois de plus en train d’analyser si ce que je raconte est vrai, et encore une fois, il réagit une fois qu’il est sûr que je ne me fiche pas de lui.
- Mais il fallait le dire tout de suite…, murmure-t-il en se penchant pour m’embrasser.
Je serre mes bras autour de son cou, vibrante de bonheur, et je me félicite pour mon petit plan machiavélique lorsqu’il m’offre ses baisers plus que chauds qui me font frémir des pieds à la tête.
- Regarde-toi… tu es haute comme trois pommes, tu ressembles à un foutu petit angelot avec tes cheveux blonds et tes grands yeux bleus… et tu voulais te battre contre moi… Quel caractère de merde, tu me butes Julia, tu es trop, chuchote-t-il.
Nous rentrons finalement dans sa chambre, que je découvre vraiment. Elle est extrêmement sobre, un lit, un petit bureau et une télé… Quelques fringues trainent par terre, une bouteille d’eau sur sa table de nuit, quelques choses ici et là, tout à fait acceptable pour la femme terriblement désordonnée que je suis.
Il attrape sa bouteille pour boire et je constate qu’il est bientôt deux heures du matin. Je suis franchement déçue de partir mais je suppose qu’il est temps pour moi de le laisser tranquille.
- Bon, et bien je vais rentrer…, annonce-je.
Ses yeux s’écarquillent, puis ses sourcils se froncent tandis qu’il avale sa gorgée rapidement :
- Quoi ?! Tu vas te barrer ? Tu ne dors pas là ?
- Et bien… je ne voudrais pas m’imposer… Il était clair qu’on parlait de coucher ensemble alors je ne sais pas trop si…
- Tu ne vas pas te casser pour conduire une demi-heure au milieu de la nuit ! Tu n’as même pas fait ton plein ! m’engueule-t-il.
Je suis surprise par son ton féroce, et il se rend bien compte qu’il a exagéré, parce qu’il préfère m’avouer les choses tout de suite :
- Je croyais que tu dormais là, c’est tout.
- Et ça vaut le coup de réagir comme ça ? demande-je en haussant un sourcil.
- Bah… ouai… quand une putain de canon parle d’une nuit mais qu’elle se barre au bout d’une heure, ça peut décevoir ouai, réplique-t-il avec sincérité.
- Je ne veux pas te déranger, insiste-je.
- Me déranger ? Mais t’es sérieuse là ? Ça fait des plombes que je n’ai rien fait avec une meuf, alors je peux te garantir que je prendrai chaque miette que tu me jetteras dans la gueule comme si j’étais ton chien.
Sa phrase me surprend carrément, puis elle me fait éclater de rire, parce que c’est Kai et qu’il est comme ça, complétement barré mais à mourir de rire.
- Alors je reste ! glousse-je.
Il retrouve son sourire et il me tend les mains, dans lesquelles je pose les miennes sans hésiter pour qu’il me tire doucement vers le lit.
*
Mon téléphone nous réveille le lendemain matin et je l’éteins en grognant avant de le jeter par terre. Lorsque je pivote sur le flanc, mon regard rencontre les deux beaux yeux gris de Kai et je colle mes deux mains sur ma figure pour me cacher.
- Mais qu’est-ce que tu fous ?! s’étonne-t-il.
- J’ai horreur de ce moment ! Le matin après le coup d’un soir… je ne sais jamais comment me comporter ! La lumière du jour rompt le charme de la nuit… et je peux donc découvrir le crétin avec lequel j’ai couché la veille… C’est toi le pire, assurément, le taquine-je.
Il éclate de rire avant de rouler sur moi pour m’écraser de tout son poids :
- Crevure va…, dit-il en plissant les yeux.
- Bandit…, chuchote-je.
- Putain si tu savais…, murmure-t-il.
Evidemment, mon corps s’enflamme et j’écrase sa tête contre la mienne, bien décidée à obtenir une dernière partie de jambes en l’air avant mon départ s’il en a envie… et il en a envie.
*
Il est midi lorsque je me rhabille pour de bon. Je mets mes boucles d’oreilles devant le miroir de sa salle de bain et je souris en voyant son reflet dans mon dos, face au contraste entre nous.
- Quoi ? demande-t-il.
- Rien, j’aime bien nous voir côte à côte, je trouve ça drôle.
- Putain moi aussi… je comprends toujours pas ce qu’une meuf pareille fout dans ma salle de bain… quand je vois les meufs avec qui je couche d’habitude…
Je n’arrive pas à mettre ma boucle d’oreille depuis une petite minute et il se penche finalement sur la chose, pour la mettre délicatement à ma place. Pendant qu’il s’exécute, j’observe ses oreilles, percées d’anneaux noirs, gris et même d’une petite chaine qui traverse le haut de son oreille, ce qui me donne évidemment envie de l’emmerder :
- Merci ma chérie, heureusement que tu es coquette et que tu as plein de bijoux, sinon j’aurais pu y passer la journée…, l’embête-je.
Il relève le nez pour me lancer un regard choqué, avant de craquer et de rire.
- T’es sonnée Julia putain…
- J’imagine qu’on ne t’emmerde pas souvent comme ça ! glousse-je.
- Ceux qui l’ont fait ne sont plus de ce monde, alors méfie-toi, réplique-t-il en se redressant.
- Je prends le risque ma jolie ! réplique-je en quittant sa salle de bain le nez en l’air.
Il m’emboite le pas en riant et il me raccompagne ensuite à la sortie quand j’ai toutes mes affaires en main. Sur le pas de sa porte, je me retourne pour le saluer mais il attrape mon dos pour me tirer contre lui et m’embrasser, ce dont je ne me plains pas, bien entendu.
- C’était très sympa, lui dis-je entre deux baisers.
- Très, très sympa… Rentre bien et bonne continuation, chuchote-t-il.
- A toi aussi, roucoule-je en tirant encore sur ses joues pour l’embrasser.
Lorsqu’il me relâche, il me sort ses yeux aussi insolents que rieurs :
- Tu m’enverras la facture, me taquine-t-il.
- Attention, je suis très cher, une vraie poule de luxe, réplique-je du tac au tac en me tournant pour partir.
- Je m’en branle, ça valait le coup ! rit-il en me mettant une claque sur les fesses.
Je fais un petit bond en riant et une fois que j’ouvre ma portière, je me retourne une dernière fois pour lui faire signe, admirant mon diable d’une nuit, appuyé sur l’encadrement de sa porte, les bras croisés et un sourire en coin aux lèvres.