La flèche noire de Cupidon

Chapitre 2 : 4 Septembre

Par DarkSpielberg

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Le jour de la rentrée est arrivé.

Je sais que c'est très rare d'entendre ça de la bouche d'un élève, mais je suis heureux de revenir au bahut. Pour retrouver mes camarades, mes amis et surtout Claire.

Durant le trajet en bus, je ne pense qu'aux heures qui vont venir. Des heures merveilleuses, les plus belles de ma vie. Cette année ne sera pas comme les autres, ce sera la meilleure.

J'ai tant souffert de cette vie, tant désespéré, tant prié. Maintenant, tout cela est récompensé. Je vais enfin pouvoir passer devant tous ces jeunes couples sans m'attrister sur mon sort. Je vais pouvoir marcher dans toutes ces belles rues en parlant et en riant.

Je vais pouvoir aimer.

Aimer. Ce mot est beaucoup revenu ce week-end, dans mes SMS, sous toutes les déclinaisons. Mais « Je t'aime » revenait le plus.

Mon premier véritable grand amour.

A présent, ce n’est que du bonheur.


Je descends du bus et marche vers l'entrée de mon lycée. La grille est fermée. Je sonne. La commande électrique actionne le portail. Je marche à travers l'ombre de la cour. Il n'y a aucun bruit. Il n'y a personne.

Je reste devant la porte de l'internat, fermée elle aussi, en profitant pour regarder mes manuels de l'année. Vingt minutes plus tard, le surveillant vient ouvrir.

- Bonjour, bonjour. En avance, dis donc !

- Oui, si j'avais su, j'aurais été faire un tour en ville.

- Avec les sacs, ça aurait fait suspect.

- Oui.

- Bien, tu es dans la chambre 17. C'est en bas à droite.

- Ok, merci.

- Je te laisse t'installer. Bon courage.

J'entre dans ma chambre, spacieuse, bureau, lit individuel, salle de bain personnelle.

Le rêve américain !

Il n’y a pas à dire, cette année sera vraiment excellente !


Une fois ma chambre et mon lit fait, je quitte l'internat pour rejoindre l'entrée du lycée, afin d'attendre Claire, qui ne devrait plus tarder. Hélas, la première personne qui m'adresse la parole est vraiment celle à laquelle je m'attendais le moins : Patrick ! Il ne parle que de portables, son père en vend.

- Salut ! Me fait-il d'un geste de la main.

- Salut.

- Alors, ces vacances ?

- Excellentes.

- Ah, tant mieux ! Moi, je me suis fait voler mon portable et Bleu Télécom ne veut pas me rembourser ! Même si la carte SIM n'a pas servi plus d'une semaine.

- Patrick, s'il te plaît, je suis un peu stressé là.

- Oh... D'accord. C'est ça la rentrée. Oh, tu sais ce qu'ils ont sorti comme portable ?

- Non...

- Le portable micro-ondes ! Il peut...

Claire arrive devant moi, descendant de la fameuse voiture de sa mère. Me donnant enfin une bonne raison de fausser compagnie à Patrick.

- Excuse-moi.


Je marche à toute allure vers elle, avec le plus grand sourire. Elle est très sérieuse.

- Hey !

- Il faut que je te parle, me dit-elle sans sourire.

- Ok… Tu m'accompagnes à l'internat ?

- D’accord.

Nous y allons sans un mot.

L'atmosphère est glaciale.


Nous arrivons à ma chambre.

- Voilà mon chez-moi !

- C'est joli.

Le surveillant passe.

- C'est bon, elle est avec moi. On doit juste parler, deux minutes.

- Pas de bêtises, hein ?

- S'il te plaît, tu peux nous laisser ?

- Ok...

Il s'en va. Je m'assois sur le lit.

- Alors, qu’est-ce que tu veux me dire ?

- Voilà, je... Je ne suis pas sûre de mes sentiments.

- Quoi ?

- Je ne suis pas sûre de mes sentiments pour toi. Je...

- Non... Claire ! Non ! Non !

- Je suis désolée.

- Il y a quelqu'un d'autre, c'est ça ?

- Non ! Je ne sais pas. C'est tout. Je dois réfléchir.

- Ne me fais pas ça ! Pas maintenant !

- Excuse-moi…

- Explique-moi pourquoi, c'est tout !

- Je te l’ai dit, je ne suis pas sûre que ce que je ressens soit ce que je veux.

- Mais je t'aime, moi !

- Eh bien, moi, je ne t'aime pas !

Et elle s’en va, à vive allure.

Je me passe la main sur le visage.

Je ne ressens aucun sentiment en cet instant. Je ne m'autorise plus à penser.

Je suis comme paralysé.

Je dois encore réaliser.

Mon cœur vient d'exploser.


Je quitte l'internat. Extérieurement, je suis normal, mais, intérieurement, je suis consumé. Toutes mes émotions se mélangent. Aucune n'arrive à me dominer.

Je marche dans le lycée, sans but, ne cherchant pas à la rattraper.

Les autres classes arrivent devant moi. Je passe à travers les files, tel un fantôme.

Mon regard se pose alors sur Gabrielle, l'amie de Claire. Je ne l'ai pas vue depuis trois mois.

- Salut ! Ça va ? Me demande-t-elle joyeusement.

- Oui, tant bien que mal. Tu as vu Claire ?

- Oui, elle est avec sa classe. Je suppose qu'ils sont rentrés.

- Pas grave, je la verrai ce midi.

- Tu viens avec nous en ville ?

- Non, je ne peux pas.

- Pourquoi ?

- J'ai à faire dans les parages.

- D'accord, rien de grave avec Claire au moins ?

- Non. Excuse-moi, je dois y aller.


Je ne rentre en classe que dans l'après-midi, ce qui me laisse bien le temps de déprimer.

Je vais dans un coin où il n'y a personne et je me laisse tomber contre le mur.

Je ne peux plus me retenir.

Toutes les larmes de mon corps se mettent à couler sur mon visage. Une multitude de pensées me traversent l'esprit. Je n'en retiens qu'une : « Oublie et avance ».

Je sèche mes larmes, ces absurdités, et je reprends mon chemin. C’est ainsi qu'au détour d'un bâtiment, je retombe sur elle. Je sursaute. L'atmosphère est glaciale, mais je tente ma chance.

- Alors, cette rentrée ?

- J'ai retrouvé les poufs habituelles. Je finis à 16h et j'ai deux stages dans l'année.

- Ah !

- Excuse-moi, je dois y aller.

- Ok oui...

Elle s'en va. Je lance la première chose qui me passe par la tête, sans savoir vraiment pourquoi.

- J'ai vu Gabrielle, elle est là-bas.

- Ah ! Merci.


Tandis que je la vois s'éloigner de moi, une fois de plus, un sentiment émerge en moi : La colère.

Je serre le poing et tourne les talons.

Je sors du lycée pour descendre dans la rue et réfléchir.

Une seule question me vient à l'esprit : « Pourquoi ? »

Pourquoi a-t-elle fait cela ? Depuis quand avons-nous peur d'être heureux ? Quelle était la faute et à qui appartient-elle ?

A nous deux.

Nous avons été trop hâtifs. Les vacances et la distance qui nous séparaient étaient de trop. Je n'aurais pas dû lui déclarer ma flamme si tôt.

A moins que je n'ai pas été assez présent, trop occupé avec moi-même. Mais je peux encore changer. Je le peux. Si seulement elle accepte de me laisser faire. Je l'aime tellement. Mon cœur lui appartiendra toujours. Elle l'a brisé aujourd'hui et la cicatrice ne se refermera jamais.

La réponse au « Pourquoi ? » sera toujours la même :

« Parce que… »


Après une longue demi-heure de réflexion sur ma vie, je décide de revenir au lycée.

Tout le monde sort, il est midi.

Parmi toute la foule de jeunes qui se rue vers moi, je la distingue très nettement.

- Je peux te parler ?

Elle ne répond rien. Je l'emmène à l'écart des autres.

- Écoute, je ne veux pas qu'on se fasse la tête sans arrêt, alors, peut-être que nous pouvons rester amis ?

- Oui, c'est la meilleure chose à faire.

- Tu resteras toujours dans mon cœur et je serai toujours là pour toi. Je te le promets.

- D'accord, répondit-elle simplement dans un sourire.

Gabrielle arrive.

- Hey !

Les deux amies s'enlacent amicalement et se mettent à discuter. Je m'efface lentement, mais Gabrielle a vu clair dans mon jeu.

- Viens, on va manger, on va fêter notre rentrée !

- Je dois manger ici.

- Viens, je te dis.

- Non.

- D'accord, je ne vais pas te forcer... Si tu préfères manger des calamars frits...

Nous éclatons de rire, retrouvant nos émotions d'autrefois. Mais, en moi, je sais bien que rien ne sera plus jamais comme avant.





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