Chapitre 1
«Moi, Richard Stimmer, je m’apprête à fouler le sol d’une planète extérieure à notre système solaire » s’exerçait à demi-mot le grand scientifique de l’université de Columbia.
Au bord de la passerelle à l’arrière de la navette terrienne, il contemplait l’étendue de sable qui semblait recouvrir la planète où ils s 'étaient posés une heure auparavant. Bon un désert certes, mais un désert à 17 000 années – lumières.
En regardant à l’horizon, la luminosité lui fit baiser les yeux . Il faisait chaud, très chaud, et la poussière sableuse en suspension dans l’air, rendait la respiration difficile.
« Foulard obligatoire » pensa-t-il .
Il était toujours épaté de constater avec quelle précision on avait pu extrapoler la présence d’air sur une planète aussi lointaine. Et en quantité suffisante qui plus est !
10 ans… 10 ans..
S’il l’avait vu dans un holo livre, il n’y aurait jamais cru. Et pourtant, en 10 ans l’humanité avant monté la première exploration spatiale !
Bon, il y a évidemment un truc. En effet, l’ensemble des technologies était prêt. Il a juste fallu l’invention du premier moteur vertical nucléaire, ainsi que de la structure permettant de voyager avec (sans pulvériser les voyageurs, c’est mieux !). Et tout s’était enchaîné : les instruments de mesure pour balade extra planétaire, la rationalisation du vaisseau, la sélection du meilleur équipage, l’équipement pour la survie et l’adaptation de cet équipage aux conditions rencontrées, et bien entendu un …trajet !!
Stimmer se souvient de la conférence pour le choix de la destination. Personne n’avait la moindre idée, mais tout le monde voulait avoir son mot à dire. Une fois les noms d’oiseau et autres amabilités retombés, une petite voix c’était faite entendre.
« Bonjour. Docteur Solius, observatoire de Nançay, France. Nos radiotéléscopes et leurs mesures faites depuis 70 ans, ont dégagé 5 planètes candidates ».. Même le trajet était déjà prêt !
« Mais bon, trêve de nostalgie, c’est maintenant que l’histoire s’écrit, pensa-t-il ». Il reprit sa quête de la meilleure formulation.
« Non plutôt : le sol de L première planète extérieure au système solaire visitée par l’humanité ». Il pensa qu’il devrait trouver une phrase forte pour immortaliser l’instant, son « un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité ». Alors Neil, que penses-tu de « que mes semblables présents et à venir me suivent ». Pas mal ! Il s’éclaircit la voix, ouvrit le transmetteur à onde courte ( dommage, le réseau neuronal terrien aurait été plus simple et aurait touché plus de monde, mais bon nous ne sommes plus sur Terre)..Au moment de prononcer son premier mot, une ombre le dépassa par la droite et posa ses pieds sur le sol de la planète.
« Un grand pas pour moi, et un pas monstrueux pour nous les hommes ! Déclara le propriétaire de l’ombre
N’écoutant plus sa sainteté la grande huile scientifique, l’agent fonc fut très heureux de son petit coup assassin ! Tout le trajet on lui avait sentir qu’il n’était qu’une pièce rapportée, le justificatif gouvernemental au dispositif de réintégration des anciens fonctionnaires, qui avaient refusé la greffe neuronale. Bref, un élément du décors, sans compétences, donc très dispensable.
« Serait-il possible professeur, de venir nous guider et donner un coup de main pour la palette de matériels ? Demanda la capitaine Ysan.
Stimmer lança un regard noir à la militaire. Etait - il donc entouré de gens incapables de saisir l’importance du moment présent et la poésie qui en découlait ? Béotiens !
En haut de la soute, les professeurs Ben Khalem et Bissoute intervinrent :
« On a cloué sous la palette de matériel une planche arrondie au bord pour mieux glisser sur le sable, et une seconde derrière ».
Effectivement, les deux militaires présents et Simmer n’eurent aucun mal pour débarquer le paquet, libérant la plateforme, qui par sécurité se referma doucement.
« Et le fonc où est-il nom de dieu, jura un professeur toujours très en colère de la scène précédente » . Il décida de se relever et scruter la piste laissée par cet homme dans le sable, espérant pouvoir l’invectiver pour le faire obéir.
Sa surprise en fût d’autant plus grande, quand il vit le fonc revenir en courant à en perdre haleine. A peine à dix pas du scientifique, il cria :
« La montagne, la montagne ..
Dépassé par le fonc qui venait en sens inverse, Stimmer marqua un arrêt pris de stupeur : il la voyait lui aussi cette montagne qui « bougeait ». La Capitaine Ysan le prit par le bras, et se mit à courir le plus vite possible. Pris au dépourvu, la partie haute du corps du scientifique partie en arrièret, sans que les jambes ne suivent. Il tomba penaudement .
« Replis, replis, » cria la capitaine Ysan nerveusement.
Elle ouvrit une canal avec le vaisseau, portant sa main au commutateur auriculaire.
"On part vite le vaisseau est en danger
Le pilote sembla recevoir le message fort et clair, car il mit les gaz et le vaisseau s’ébranla de toute part. Ysan finit d’aider Stimmer à se relever et reprit son sprint. Par bonheur, sa majesté le grand ponte ne flancha pas à nouveau. Le sergent Miller tira la caisse de matériel pour la rapprocher de la rampe du vaisseau.
"Négatif Sergent, on sauve notre peau et celles des civils » hurla la capitaine tout en regardant le fonc sauter sur la passerelle du vaisseau. Alors que celle-ci était au deux tiers de son trajet pour rejoindre le sol. Elle fut stupéfaite le de la fluidité du mouvement de celui-ci , au vu de sa corpulence : après une dernière foulée sur son pied fort, les mains agrippèrent le bord du plan descendant, et par un effort forcément colossal, mais qui là semblait couler de source, il passa la tête et les épaules. Puis, en appuyant sur le haut du corps pour provoquer un soubresaut, il passa le bassin et enfin les jambes.
Le second civil, se fut beaucoup moins simple, avec une plateforme qui, bien qu’elle descende, reprenait de l’altitude depuis que le vaisseau avait rallumer les propulseurs. Le sergent Miller sauta sur la plateforme et se mit à plat ventre en se retournant. Stimmer tendit ses bras que Miller attrapa. La capitaine prit le scientifique par la taille et le souleva suffisamment pour que son torse passe la bascule fatidique pour reste dans la soute. Miller tira le reste du corps par la ceinture.
Après avoir lancé Stimmer, Ysan voulut prendre un dernier appui et attraper à son tour le bord de la passerelle. C’était sans compter sur l’éboulement engendré par la sortie du vers géant, car oui, ça ressemblait à un vers géant ce truc ! Son pied s’enfonça des centimètres qui lui auraient été nécessaires pour rejoindre le vaisseau. Médusée, elle retomba sur ses genoux, au moment où le vers finissait son arc de cercle pour retomber proche de l’appareil. Réfléchissant à tout allure pour trouver une porte de sortie, sa vie n’eut pas le temps de défiler devant elle : une corde oxane providentielle jaillit de l’arrière du vaisseau. Miller la tenait et l’orientait vers elle. Ysen la saisit et une énorme traction la fit décoller du sol. Le vaisseau prit de l’altitude en virant de droite, essayant d’éviter le nouveau jaillissement du monstre vermiculaire. Ysen heurta le ventre, ou le dessus allez dont savoir , mais se cramponna à la corde . Le vaisseau fut percuté de plein fouet par la bestiole, qui arracha un bout du fuselage.
Cependant, rien qui ne puisse faire retomber l’appareil pour que l’agresseur puisse le gober goulûment.
Devant ce spectacle digne d’une superproduction Bollywoudienne, la capitaine en avait oublier sa fâcheuse position. Elle se reprit juste à temps pour voir la passerelle se rapprocher, et agrippa le bord. Miller l’empoigna fermement, et elle pu rejoindre l’intérieur du vaisseau sur les fesses, pendant que la soute se fermait.
Un dernier coup de propulser à la verticale, et le monste fut hors de portée.
La capitaine Ysan souffla assisse sur ses genoux une bonne poignées de minutes.
« Merci sergent, je vous en dois une et pas des plus petites !
Levant la tête, Ysan vit le fonc défaire la corde du poteau auquel elle était attachée. Elle nota une déchirure au niveau de son gant droit.
« C’est ce monsieur qui a lancé la corde, je n’ai que suivi le mouvement pour me rendre utile ».
Les yeux de la capitaine enveloppèrent son sergent de douceur et de sincères remerciements. Le clap indique que la soute était close. Ils pouvaient défaire leur casque.
Stimmer était pitoyablement accroché à la case des harnais. Ysan, tout en commençant à ressentir les étourdissements de la retombée d’adrénaline, se redressa et rejoignit son sauveur . Celui-ci finissait de remballer la corde métallique dans son compartiment.
« Merci ..
Ysan sentit la colère monter devant la brièveté de cet échange.
« Ce n’est pas rien, j’ai failli y laisser ma peau..
Ysan se reprit, et analysa cette colère qui montait en elle. Sûrement un peu de peur, beaucoup même, et ce n’est pas ce bref échange qui doit servir d’exutoire .
« Désolée de mon emportement, je tiens sincèrement à vous remercier, monsieur.
Cette remarque fut faite sans aucune discrétion, si bien que tous les quatre purent l’entendre. Les deux militaires sourirent discrètement. Le fonc poussa le dernier bout de corde , referma le compartiment de rangement, et quitta la soute.
Stimmer choisit cet instant pour interpeller les deux militaires.
« Je compte sur vous pour témoigner du comportement de ce monsieur. En ne suivant pas la chaîne de commandement et en nous imposant ses propres décisions, il nous a mis en danger et a engendré la perte d’un matériel inestimable, et irremplaçable ici, à des années-lumières de la Terre ».
Les regards, d’abord surpris puis haineux, transpercèrent Stimmer, et éveillèrent en lui de la peur. Il se ressaisit et ce dit qu’il fallait asseoir son autorité tout de suite.
« J’espère que mes ordres ont bien été reçus, et que je n’aurais pas besoin de vous rappeler la chaîne de commandement et votre obligation de suivre mes décisions ».
Les deux chefs, scientifique et militaire, virent tous les deux la main de Miller se refermer et les muscles de son bras se contracter. Stimmer réalisa alors, le peu de pouvoir qu’il possédait sur ses gens en uniforme. Ysan posa la main sur l’épaule la plus proche de son sergent en signe d’apaisement. Même si elle fit ceci avec douceur, Miller reçut cet ordre très clair.
« Laissez moi être très précise sur cette chaîne de commandement qui semble vous tenir à cœur .
Un ricanement s’échappa d’entre les dents du Sergent Miller, coupant sa supérieure quelques instants.
« Sans son observation minutieuse, il n’y aurait plus de mission à l’heure qu’il est !
Stimmer vacilla intérieurement, incapable de trouver un argument contradictoire à opposer au réquisitoire de la capitaine. Elle avait raison sur toute la ligne. Mais il ne fallait pas perdre la face .
« C’est tout bonnement un un coup d’état de votre part, capitaine, vous profitez d’avoir la force et l’armement pour vous. Je vais consigner tout ça dans mon rapport, et à notre retour, quand nous aurons repris contact avec la Terre, vous devrez rendre des comptes sur votre attitude barbare.
Stimmer blanchit en découvrant cet œil espion qu’il n’avait pas remarqué. Décidément, son manque d’observation le stupéfia : était-il à ce point mauvais ? Sa solitude lui explosa à la figure et la chaleur de son laboratoire lui fit ressentir un vide cruel : là-bas on l’estimait, il était bon !
« Et pendant que nous sommes dans l’échange de politesse, j’aimerai bien comprendre pourquoi un éminent scientifique comme vous n’a-t-il pas pu anticiper les choses ? Comment avez-vous pu être aussi mal préparé ?
Le silence qui s’installa après cette dernière remarque, fut assourdissant et proprement humiliant pour un savant du calibre de Stimmer.
« En tout cas, il y a manifestement une personne qui découvre bien plus vite que nous, et elle aurait sûrement des choses à nous apprendre ».
La capitaine tourna les talons et prit la coursive vers l’intérieur du vaisseau, suivie par son sergent.
Stimmer resta tout seul, salit par sa médiocrité.