Vétérans

Chapitre 12 : Le premier pas

Par RoseVaquer

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Après quelques vérifications Dorian avait fini par sortir. 

Dans son esprit, le plan avait pris forme pendant la nuit, rien d'extravagant, quelques voitures déplacées, quelques bennes alignées et enchaînées les unes aux autres, de hauts panneaux métalliques trouvés dans les locaux de la mairie et bientôt le périmètre se verrait agrandi. 

Il s'approcha d'une Clio garée le long du trottoir. 

Dorian n'avait jamais conduit, il n'avait même pas encore son code. 

Il se frotta la tête, comme pour chercher une solution et son regard finit par trouver le frein à main à l'intérieur du véhicule. 

Il le desserra et agrippa fermement la portière avant de commencer à pousser la voiture.  

Le véhicule résistait et en l'apercevant Sylvestre s'approcha, intrigué. 

— On peut savoir ce que tu fais, mon grand ? 

— ... j'essaie de la bouger. 

— Je vois bien, mais pourquoi faire ? 

Dorian se redressa et se tourna vers lui, à cet instant André arriva à son tour. 

— J'essaie d'agrandir la zone. 

Les deux hommes froncèrent les sourcils. 

— Quelle zone ? 

Demanda André. 

— Là. Devant le monastère. Si on agrandit un peu on gagner du terrain sur les morts... Le boulanger pourra retrouver sa boulangerie... Si ça fonctionne... On pourra peut-être sécuriser plus loin... et peut-être accueillir d'autres gens. 

— Faire venir d'autres gens ? T'es pas bien non ? Qui voudrait venir s'enterrer ici, avec nous ? 

— Pas mal de monde, vous pouvez me croire. 

Les deux hommes l'observèrent.  

— Un. C'est le nombre de morts-vivants que j'ai vu depuis que je suis arrivé ici. Je ne pourrais pas dire à quelle distance là comme ça, mais pas loin de l'endroit où vous m'avez trouvé... ils sont des centaines... des milliers. Ce petit village c'est un vrai coin de paradis pour moi... pour ma mère. Pour tous les gens qui arriveront ici. Si on s'organise... on peut les trouver. On peut les accueillir comme vous m'avez accueilli moi. Et tous ensemble, on peut se protéger les uns les autres. 

André leva les yeux au ciel, Sylvestre lui restait pendu à ses lèvres, à l'entrée du monastère Lucien, lui aussi, était apparu accompagné de Marcel et de Roger, le boulanger. 

— Partout le monde s'est effondré, pas ici. Pas chez vous. Dehors le monde brûle, les gens meurent... ils n'ont nulle part où aller. Ici il y a le monastère, le puits dans la cour, le poulailler, le potager et tout le reste autour. Vous avez ce qu'il faut pour tenir. D'autres bouches, c'est d'autres bras. D'autres vies que vous aurez sauvées. Les gens qui vous ont abandonnés ont eu tort. C'est cruel et je n’imagine même pas ce que vous avez dû ressentir, en les voyant partir, les uns après les autres mais... quoi qu'il en soit, ces gens étaient des cons et vous avez l'occasion de leur prouver que vous pouvez encore vous battre. 

— À mon âge, on n’a plus rien à prouver. À personne. Bon, faites comme vous voulez, moi je vais relever mes collets. On aura peut-être du lapin ce soir. C'est toujours ça. 

André reprit son chemin, sa pelle calée sur son épaule et rejoignit le véhicule du boulanger garé non loin puis s'en alla en direction des bois. 

— Tu peux compter sur moi ! 

Lança le garde champêtre en exécutant un salut militaire.  

Le vieux boulanger s'avança. 

— Si je peux récupérer ma boulangerie, j'en suis ! Pendant douze ans je me suis battu, pour garder mon vieux four, et aujourd'hui ça paie ! Demain matin on aura des croissants ! Parole d'honneur ! 

Lucien s'avança rapidement et vint se joindre à eux en silence. 

— Marcel, viens nous donner un coup de main pour bouger tout ça. 

— Ça va, ça vient. Comme la queue du chien. 

Ils se mirent au travail. 


Les larmes de Ruby et Jacquie avaient fini par sécher au fur et à mesure des kilomètres.

Les heures s'étaient étendues et doucement, elles n'avaient plus rien eu à verser, pourtant, la tristesse avait continué de les suivre sur la route.

Et, le silence qui régnait déjà plus tôt dans l'après-midi assurait toujours la marche.

Ruby toussa brusquement, arrachant à sa gorge un amas de salive pâteuse qui stagnait là depuis des heures.

L'assaut les avait surpris à l'aube, et il n'avait eu le temps d'emporter que très peu d'affaires avant leur départ forcé.

Ils n'avaient rien bu, rien avalé de toute la journée.

Ils avaient avancé, sans rien dire, enveloppés dans ce voile de mélancolie qu'avait jeté le départ de Stellina mais à présent, la soif et la fatigue les avaient finalement rattrapés.

Lorsqu’ils l’aperçurent, ils crurent d'abord à un mirage.

Le gigantesque centre commercial se dressait au loin.

Ils échangèrent un regard, puis sans ajouter le moindre mot, ils se dirigèrent vers lui.

Prudemment, ils s'avancèrent sur le parking.

L'endroit était étrangement désert, pas une seule voiture, pas un seul caddie.

L'immense espace face aux portes condamnées du supermarché semblait avoir été complètement dégagé.

Soucieux, Richard posa un doigt sur ses lèvres, afin d'imposer un peu plus de silence.

Les filles acquiescèrent d'un signe de tête et lentement, ils commencèrent à s'approcher davantage, scrutant l'horizon avec attention.

Bientôt, ils arrivèrent devant la porte, une épaisse chaîne était enroulée autour des poignées tubulaires, scellant l'entrée secondaire du magasin.

Jacquie glissa son pied de biche dans l'anneau du cadenas, elle tourna et il céda.

Ils se glissèrent doucement à l'intérieur, le centre commercial leur parut calme, peut-être même désert malgré tout, ils restèrent sur leur garde, quelqu'un avait tout de même fermé ses portes.

— On va faire le tour. Il y aura forcément ce dont on a besoin.

Elles acquiescèrent d'un signe de tête mais alors qu'il s'apprêtait à avancer Ruby demanda, d'une voix tremblante.

— Richard... Je peux avoir le sac ? S'il te plaît.

Le regard de Richard glissa sur le sac, sans un mot il le tendit à Ruby.

Elle le saisit et passa doucement l’anse sur son épaule, puis doucement elle posa sa main sur le tissu, alors un léger sourire étira ses lèvres, dévoilant doucement cette émotion de tristesse qui la suivait depuis leur départ.

Une trentaine de minutes plus tard, ils avaient terminé.

Leurs sacs étaient pleins, des vivres et du matériel en partie bien meilleur que celui qu'ils avaient perdu.

Ils n'avaient croisé personne, aucun mort, aucun vivant et ils avaient pu se changer et se nourrir avant même de constituer leurs réserves.

Une fois les sacs bouclés, ils finirent le tour, pour mieux rebrousser chemin et tandis qu'ils passaient de l'autre côté de l'allée, ils aperçurent une pharmacie.

— On devrait en profiter pour se faire une trousse de soins. On ne sait jamais.

— Pourquoi foutre ? C'est l'apocalypse zombie, on se fait mordre et on est foutus. Pas la peine de désinfecter.

Lança sèchement Jacquie, sans même lui adresser un regard.

— Il a raison Jacquie. Ça peut toujours servir.

Jacquie haussa les épaules.

Lorsqu'ils entrèrent dans la pharmacie, un détail les frappa.

Sur le sol, une multitude de petites pilules et autres capsules colorées était dispersée un peu partout à la volée.

Tous restèrent silencieux.

Ils terminèrent la préparation de la trousse et quittèrent le magasin.

Brusquement, une odeur forte vint les saisir aux tripes.

Ils tentèrent de se protéger la bouche.

Trop tard.

L'odeur s'était insinuée dans chaque fibre des tissus qu'ils portaient, dans chacun de leurs cheveux, comme une empreinte forte et nauséabonde.

— Ça vient de là.

S'exclama Ruby, le doigt pointé sur un magasin de meubles plus loin.

Ils s'approchèrent doucement, puis regardèrent à l'intérieur.

De l'autre côté de la vitrine, sur chacun des lits d'exposition visibles depuis la galerie marchande, un employé du magasin était allongé.

Tous portaient encore leurs uniformes.

Tous étaient morts.

Complètement morts.

Sur le corps de certains d’entre eux, sur les draps des lits, sur le sol, les mêmes pilules.

Celles de la pharmacie.

Ils comprirent.

Jacquie s'empressa de s'éloigner, incommodée par l’odeur.

— La porte est par là.

Lui rappela Richard.

— Je n’en ai rien à foutre. On ouvrira l'autre. Moi je ne fais pas un pas de plus par là. Soit on ouvre l'autre, soit on refait le tour. C'est vous qui voyez.

— On va refaire le tour. Ce sera plus discret.

Lança Richard, résigné.

Ils commencèrent à rebrousser chemin mais alors qu'ils s'apprêtaient à rejoindre la première allée, au loin au travers d'une autre porte, ils perçurent du mouvement.

— Là.

Murmura Richard en s'écartant du centre du couloir.

Ils approchèrent doucement et petit à petit ils les virent.

Les gens installés sur le parking du supermarché.


Catherine avait finalement quitté le campement de fortune du supermarché sans savoir que derrière elle, Richard en arpentait les allées.

Elle remonta doucement le chemin qui coupait l'herbe derrière le centre commercial et après quelques mètres elle déboucha finalement sur une maison isolée.

Ici, les anciens sans-abri établis sur le parking lui avaient indiqué que se trouvait la femme avec laquelle ils l’avaient malencontreusement confondue.

Catherine ne souhaitait pas s'attarder, Germaine avait annoté quelques emplacements familiers sur la carte qu'elle lui avait fournie.

Pas grand-chose, quelques maisons de son entourage, des fermes pour la plupart mais à présent, elle avait trouvé une nouvelle destination et elle voulait être sûre de pouvoir y arriver avant la tombée de la nuit.

Elle hésita, l'espace d'un instant mais finalement le danger lui parut trop proche pour être ignoré.

Elle s'approcha et frappa à la porte.

— Qu'est-ce que vous me voulez ? Je n'ai rien. Allez-vous-en.

— J'aimerais seulement vous parler. Je... Je ne vous veux pas de mal.

— Je n'ai rien à vous dire. Je veux que vous partiez. Allez-vous-en, maintenant.

Catherine se retourna doucement mais alors qu'elle s'apprêtait à partir, elle ajouta finalement :

— J'arrive du centre commercial... Je... Ils m'ont prise pour vous. Ils m'ont menacée avec une arme. Écoutez, je ne sais pas ce qui a bien pu se passer entre ces gens et vous, mais je tenais simplement à vous dire... Vous ne devriez peut-être plus vous approcher des magasins... Je peux peut-être vous donner quelque chose à manger mais je vous conseille de chercher un autre endroit pour trouver de la nourriture. N’approchez pas d'eux, ils sont armés.

La femme resta silencieuse un moment et brusquement, le bruit de la clé retentit dans la serrure et la porte s'ouvrit.

— Ils vous ont menacé avec une arme ? Comment est-ce qu'ils ont pu trouver une arme... Vous savez si elle était vraiment chargée ? Qu'est-ce qu'ils vous ont dit ?

La femme semblait nerveuse, de lourdes cernes assombrissaient ses yeux, et son visage était par moments comme animé de tics nerveux.

Elle portait sur elle une fatigue évidente, impossible à ignorer.

— Ils ont dit... que quand tout a commencé... vous avez refusé de les aider. Et... qu'à cause de ça... Vous ne méritiez pas de pouvoir accéder au magasin. À leurs magasins.

La femme s'effondra, sous le choc.

Catherine l'observa une seconde, puis, sans un mot elle ôta son sac à dos et l'ouvrit, cherchant à l'intérieur un bocal ou deux à lui donner.

La femme secoua doucement la tête.

— Merci... mais j'ai encore ce qu'il faut. J'ai besoin d'un médicament. De la Ventoline en réalité.

Elle prit son visage dans ses mains et expira, comme à bout de forces.

— Je... je ne voulais.... Enfin. J'ai eu peur. Le père de ma fille est mort cette année. On est que toutes les deux ici. Quand ça a commencé... les gens dans le centre commercial... sur la route. Je n’avais jamais vu ça. Je suis sortie pour fermer les volets de la maison. J'avais peur qu'ils entrent. Qu'ils s'en prennent à ma fille. Quand je suis rentrée... j'ai vu des gens qui couraient vers la maison. Je les ai reconnus. C'était les sdf qui traînaient tous les jours devant le centre commercial. Derrière eux... y'avait les autres. Les monstres. Je suis rentrée chez moi et j'ai fermé ma porte. Ils sont quand même arrivés et ils ont frappé contre la porte. J'étais terrorisée. Je serrais ma fille dans mes bras. Elle pleurait. J'essayais de la calmer mais elle aussi elle était morte de peur. Ma fille est asthmatique. Je vis près du centre commercial. Il y a une pharmacie. J'ai toujours une ordonnance. Ça ne devait pas être une urgence. Et ça en est devenu une depuis hier. J'avais déjà essayé de me rendre à la pharmacie. Dès que ça s’est calmé. Mais ils étaient arrivés avant moi. Et ils ne m'ont pas laissé approcher. Ils m'ont balancé tout ce qu'ils trouvaient. Ils n'étaient pas encore... armés.

Catherine referma son sac et vint le remettre sur son dos.

— Vous devriez leur parler. Ces gens accueillent des survivants. Ils leur permettent de vivre avec eux. Ils ne sont pas mauvais. Si vous leur expliquez... ils comprendront peut-être.

— Ce sont des brutes... S’ils me tirent dessus, ma fille est condamnée.

Catherine lui sourit avec toute sa douceur, et tandis qu'elle cherchait ses mots, une phrase lui revint en mémoire.

— Je crois que tout ça a débuté par un malentendu. Un malentendu qui aurait tout de même pu leur coûter la vie à tous, de l'autre côté... Vous devriez essayer de dissiper ce malentendu, comme disait mon ex-mari : Il n’y a que le premier pas qui coûte.

Sur ces mots, Catherine reprit la route.


Au même moment, Richard, Ruby et Jacquie découvraient le campement.

Le soleil commençait doucement à arborer des teintes plus orangées et lorsqu'ils en prirent conscience, ils devinèrent rapidement qu’il ne leur restait plus que deux options.

Se faire discret et tenter de passer la nuit au cœur du centre commercial, avec le souvenir des corps de ceux qui n'avaient pas eu la force d'affronter la fin et qui reposaient à présent là où ils embauchaient jadis.

Ou sortir et aller à la rencontre des inconnus qui s'étaient installés sur le parking face à eux.

Brusquement, quelqu'un les remarqua.

Son bras s'éleva au milieu des autres, et son doigt pointa directement vers eux.

La première option venait de s'envoler sous leurs yeux.

En face, les premiers hommes accoururent rapidement, l'un d’eux sortit un trousseau de clés de sa poche et à l'aide de l'une d'entre elles, il libéra la chaîne de son entrave.

— Qu'est-ce que vous foutez là ? On peut savoir comment vous êtes entrés ?...

— Doucement Coralie... On se calme. Quand on est une jeune fille sociable et bien élevée on commence toujours par dire " bonjour ".

La jeune fille roula les yeux au ciel, puis croisa brusquement les bras avant de se détourner légèrement sur le côté.

— Monsieur, Mesdames... Bonjour. Bienvenue dans notre centre commercial d'accueil. Est-ce qu'on peut faire quelque chose pour vous ?

Richard s'avança, encore sur ses gardes.

— On est désolé. On ne savait pas que c'était votre centre commercial... on avait seulement besoin d'eau... et de quelques trucs. On ne veut pas d'ennuis. La journée a été assez éprouvante. On s'en va tout de suite.

L'homme lui sourit aimablement.

— Du calme les amis ! On ne voulait pas vous faire peur. On a surtout été surpris de vous trouver là. Quoi qu'il en soit si vous avez besoin d'autres choses, n'hésitez pas à vous servir. Il n’y a aucun problème. Et si vous avez besoin d'un endroit où passer la nuit, ou même vous installer. Nous avons de la place. Et le centre commercial regorge de nourriture.

Ils acceptèrent et se joignirent à eux le temps de la soirée.

Leurs hôtes firent griller de la viande.

Ruby et Jacquie n'avaient pratiquement rien mangé, elles s'étaient retranchées à l'intérieur d'une Mégane break n'en étaient plus ressorties.

Richard, lui, s'était attardé près du feu.

Il avait discuté, plusieurs heures durant avec Auguste, le chef du camp de réfugiés.

Au fil de la discussion, il avait fini par lui conter les grandes lignes de sa vie, dépeignant fidèlement son quotidien de vagabond.

La douceur des nuits d'été et la dure réalité de l'hiver.

Et finalement, la conversation arriva jusqu’à la femme qui habitait la maison non loin.


La nuit s'apprêtait à tomber.

André, qui surveillait la grange depuis sa fenêtre, se décida finalement à sortir discrètement.

Une précaution qu'il avait choisie d'adopter après le passage de Dorian à la grange la veille.

Cette visite surprise avait eu pour effet de décupler sa méfiance et à présent, il évitait de trop s'éloigner de l'endroit et il le gardait à l'œil.

Il se glissa rapidement à l'intérieur et referma la porte derrière lui.

Laura semblait calme et les légers grognements qu'elle poussait encore le jour d'avant semblaient eux aussi s'être apaisés.

André longea le C15 et vint lentement se placer à l'arrière afin de l'apercevoir au travers de la vitre du véhicule.

Elle était là, courbée à l'avant de la cabine.

Sa tête tourna doucement vers lui et sa bouche laissa échapper un long soupir, presque plaintif.

Elle avança doucement vers la porte.

Sa démarche semblait différente, comme légèrement altérée.

L'une de ses chevilles avait plié sous son poids, pourtant, Laura continuait d'avancer.

Lorsqu'elle arriva devant la vitre, elle s'immobilisa un instant.

André resta silencieux et brusquement il eut une impression étrange.

Dans la posture de sa petite-fille, dans la manière dont elle bougeait encore doucement la tête, dans cet air presque perdu qu'arborait malgré tout son visage.

Sa peau avait pris une teinte plus foncée, presque grise.

Elle ne semblait plus le voir.

André posa doucement sa main contre la vitre du C15.

Laura ne bougea pas.

Il ferma doucement les yeux et inspira profondément, presque comme pour se donner du courage, alors, du bout de l'index il vint tapoter trois fois le verre.

Le visage de Laura se redressa immédiatement.

Elle s'approcha davantage et ses mains commencèrent à griffer la surface lisse devant elle.

André plaqua la main sur son visage, pour étouffer un sanglot.

Une certitude froide venait de s'imposer à lui.

Le corps de Laura semblait avoir défié la mort, mais il n'était pas parvenu à stopper sa propre dégradation.

C'est là, au cœur de cette douloureuse révélation qu'il comprit.

Laura ne resterait pas éternellement à l'arrière du C15, pas comme elle l'était aujourd'hui.

Doucement, son corps finirait par pourrir, jusqu'à ce qu'un jour il ne reste d'elle qu'un amas de chair putride recouvrant des os.

Son regard glissa doucement vers l'atelier au fond de la grange, sur les outils suspendus et alors, il s'effondra.

Envers et contre tout, il demeurait incapable de lever la main sur elle.

Incapable de l'achever.

Incapable de l'enterrer, de l'abandonner là, à la terre froide du champ comme il l'avait fait avec cet inconnu encore la veille.




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