Juste après la chute d'Ethernia dans les flammes du dragon Astaroth, comme l'avait prévue la prophétie, des braises parviennent à s'échapper de l'enfer qui s'est abattu sur la cité des dieux.
En parallèle à la traque de l'élu qui causa la chute, les troupes de la cité ont été mobilisées afin de sauver le maximum de citoyens possible. Tous n'ont pas eu cette chance, mais assez ont pu survivre afin de perpétuer l'héritage de plusieurs millénaires de connaissance.
Face à ces âmes perdues, une personne s'est dressée pour leur montrer la voie à suivre ainsi qu'un but clair. C'est dans un rêve d'une nation fière et grande à nouveau que les Etherniens se sont rassemblés aux côtés d'Oxxo, un visage de l'ombre que seuls quelques privilégiés, ou malchanceux, ont pu croiser.
C'est avec ces idées de grandeur que les braises du peuple déchu ont pu atteindre le royaume caché des terres d'Albion, se cachant en attendant le moment opportun pour le retour du seul royaume capable de les gouverner tous.
***
30 000 ans après la chute, une nouvelle cité a été bâtie de la main d'un peuple fragile qui recommence à espérer. De retour sur de bonnes bases, Ethernia retrouve peu à peu son visage d'antan, mais ce n'est encore qu'un début. Toute grande nation se crée sur la base du sang, et cette nouvelle version ne fait pas exception à la règle.
Dans les rues droites et parallèles de la cité en pierre blanche, des rires se font entendre en écho. Sur une petite place aménagée dans un recoin proche de l'académie des cadets, un trio d'enfants semble s'adonner à un nouveau type de jeu.
Tous les trois rient de bon cœur en se tenant de toute leur hauteur, regardant leur proie devant eux avec leurs yeux gris sombre aux pupilles blanches, en accord avec la couleur de leurs cheveux, marque de ce peuple hors norme à la longévité extraordinaire.
Celui en tête, à peine âgé de six ans, balance un gourdin en bois contre le sol pavé et pointe son arme sur la petite chose fragile allongée devant eux.
Garçon en chef : Ha ! Encore une fois, on y est arrivés les gars. On vient d'empêcher le traître d'agir à nouveau !
Derrière lui, ses deux acolytes se regardent d'un air ravi et se tapent dans la main en criant victoire.
Sur le sol recouvert de pavé blanc, une jeune fille du même âge qu'eux les regarde avec une rage contenue, ses membres couverts d'égratignures.
Comme à chaque fin de journée, elle se retrouve à être la cible choisie pour jouer à leur jeu, basé sur une vieille prophétie, aujourd'hui oubliée dans les grandes lignes.
A première vue, rien chez elle ne la destine à jouer le rôle du traître, celui qui a attiré le dragon qui a détruit leur nation passée.
Rien, mis à part une faible lueur rougeâtre qui pulse au fond de ses iris gris foncé. Cette marque, bien que légère, suffit à la marquer comme cible, la rendant différente dans un monde où tous se ressemblent presque à l'identique.
Le garçon brandit de nouveau son gourdin d'un air victorieux, prêt à porter le coup fatidique. Son bras a juste le temps d'arriver au-dessus de sa tête qu'une main l'attrape pour le basculer en arrière.
L'environnement autour de lui se renverse alors qu'il s'écrase lourdement sur le ventre, devant ses deux comparses effrayés.
La jeune fille regarde ce qui vient de se passer et passe du garçon au sol à la jeune fille qui se dresse devant elle. Sa sauveuse sourit d'un air bon enfant et envoie un coup de pied dans le derrière du jeune Ethernien encore à terre.
Keterressa : Félicitations trou de bal ! Tu viens de gagner un aller simple dans la gueule du dragon !
Elle les toise d'un regard enragé et fait une grimace en rugissant comme aurait le dragon de la prophétie. C'est suffisant pour les faire déguerpir à la hâte.
Elle en rattrape un et lui colle un poing en pleine figure, ce qui manque de le faire tomber, mais ses camarades l'aident à s'échapper.
Keterressa : Pensez-y la prochaine fois, sinon je vous ferai bien pire !
Une fois sûre qu'ils sont loin, elle se tourne vers sa cadette et lui tend la main, retrouvant un air plus doux.
Keterressa : Le dragon est là pour t'épauler, chère traitresse.
Léna regarde sa grande sœur, de quatre ans de plus qu'elle, et soupire en agrippant sa main.
Léna : Trop drôle…
Une fois sur pied, elle tente de retrouver son équilibre et observe l'étendue des dégâts. Ses coudes sont couverts de bleus et son dos lui fait mal.
Léna : Je serais bien contente que cette prophétie se reproduise une nouvelle fois, rien que pour les voir se pisser dessus…
Sa sœur émet un rire bref et l’ausculte en même temps. Léna était peut-être habituée à se faire harceler, mais la voir se faire maltraiter comme ça lui rappelle ce qu'elle a elle-même vécu à son âge, et encore aujourd'hui.
Malgré ça, Keterressa n'abandonne pas pour autant. Et de ce qu'elle semble voir, sa petite sœur ne compte pas se laisser abattre non plus.
Keterressa : Oh t'inquiète pas. Les voir détaler à chaque fois me fait dire qu'un jour, bien pire leur arrivera.
Léna grimace quand elle relève sa manche pour lui nettoyer son coude égratigné.
Léna : Merci de m'aider à chaque fois... mais je sais gérer toute seule. Je sais que tu as d'autres choses à faire avec ton entrée à l'académie des dieux.
Keterressa termine son inspection puis laisse de l'espace à sa sœur, lui faisant signe d'y aller.
Léna la suit, sa bouche se crispant à chaque fois que son pied se pose sur le sol.
Sa sœur respecte sa témérité et croise ses bras derrière sa chevelure blanche en observant la rue principale qu'elles sont en train de rejoindre.
Keterressa : Je suis pas pressée. Je veux pas devenir une déesse moi, ça m'intéresse pas tout ça.
Léna : Qu'est-ce qui t'intéresse alors ?
Pour Léna, sa sœur était une énigme sur certains points. Rien ne l'intéresse en particulier, les seules fois où elle la voit afficher une once de bonheur, c'est quand elle se bat ou quand elle est à ses côtés.
Elle réfléchit à sa question en la prenant au sérieux, mais peu de choses lui viennent en tête. Une certitude lui vient tout de même en tête alors qu'elle regarde Léna marcher à ses côtés.
Keterressa : Prendre soin de toi ça suffit à mon bonheur petite sœur. Ça et foutre une raclée aux petites frappes !
Elle soutient sa dernière remarque en frappant le dos de Léna d'un geste fraternel. Léna grogne de douleur au contact, mais ne lui en tient pas rigueur. À la place, elle lui affiche un rare sourire et vient glisser sa main dans la sienne.
Leurs yeux rouges leur causent bien des soucis, autant que le comportement de Keterressa, mais aucune des deux n'en tient vraiment compte. Ce monde est fait pour les écraser et leurs parents le leur ont bien fait comprendre afin de les aider au mieux à se faire une place dans ce nouveau monde.
Comme si elle percevait ses doutes, Keterressa serre la main de Léna un peu plus fort et affiche un grand sourire confiant.
Keterressa : T'en fais pas pour moi petite sœur. Je compte t'attendre. Ce sera plus amusant d'avancer ensemble, comme toujours !
Léna se laisse guider dans les rues animées de la cité et hoche la tête d'un ton plus confiant en la regardant d'en bas.
Léna : D'accord... mais moi aussi je serai là pour toi. Quand je serai assez forte, ce sera à moi de t'épauler.
Sa grande sœur plisse les lèvres d'un air ravi. Léna est encore jeune, mais il ne fait aucun doute pour elle qu'elles feront un incroyable duo à l'avenir. Avoir une sœur est la chose la plus incroyable qui ait pu lui arriver. Au fond d'elle, elle espère que sa sœur en pense de même.