La fin des cours est la bienvenue dans toute la salle. Les élèves quittent la classe, heureux. Soudain, je me rappelle : trois jours de pause, toujours en internat, mais sans cours. Même moi, je suis soulagée.
C'est donc en bavardant sur ces fantastiques jours à venir qu'Ana et moi rentrons à notre magnifique chambre.
À peine ai-je posé un pied à l'intérieur que la lettre me revient en mémoire. Je prétexte une montagne de choses à ranger puis m'éclipse dans mon espace.
Sans bruit, je retire le panneau. Je vois avec satisfaction que la pochette n'avait pas bougé d'un pouce. Je la prends délicatement puis, m'asseyant sur le lit, je l'ouvre.
Elle comporte de nombreux papiers manuscrits.
Je regarde les dates.
Certaines datent de 2026.
C'est-à-dire d'il y a deux cents ans.
Elles étaient classées de la plus ancienne à la plus récente.
Je commence alors à essayer de lire cette lettre.
La voici.
« Cher(e) lecteur/lectrice,
Si tu lis cette lettre, c'est qu'elle a survécu. Hier, la Troisième Guerre mondiale a été annoncée. Comment cela va-t-il se passer ?
J'ai peur pour le monde, pour l'avenir. Je ne sais pas qui lira cette lettre, ni même si elle sera lue un jour, mais cela importe peu.
Je vais écrire des choses d'aujourd'hui pour que, si le monde survit mais change, se transforme, au moins une personne saura, se rappellera, transmettra, afin que jamais ce monde, mon monde, ne se perde.
Je ne suis qu'une adolescente, mais j'ai cette conviction, cette peur qu'un jour mon monde soit définitivement oublié.
Dans mon monde... »
La lettre est déchirée.
Qu'est-ce qu'une guerre ?
Pourquoi n'y a-t-il pas la fin ?
Je me lève et commence à tâter chaque millimètre du placard, en quête de la partie manquante.
Au bout de dix minutes de recherches, j'abandonne.
Je me rassois et commence à lire les autres lettres.
Toutes sont des témoignages de changements, de secrets sur les nouveaux mondes d'après-guerre.
Seulement, à chaque fois que quelque chose d'autre que l'intrigue est révélée, la lettre est déchirée.
Je ne comprends plus.
Je m'apprête à lire une autre lettre lorsque je remarque qu'elle n'est pas déchirée.
Enfin des réponses.
Je commence alors à la lire.
« Cher(e) lecteur/lectrice,
Cette lettre n'est pas là pour te donner les réponses, mais pour t'aider à les chercher et à les trouver.
En effet, c'est moi qui ai déchiré ces lettres, pour que seule une personne prête à se battre pour la vérité puisse la trouver.
Tu devras chercher mes lettres dans tout ton internat afin de comprendre l'ancien monde, et surtout tout ce que l'on ne te dit pas sur ton monde.
Tout d'abord, voici quelques informations sur moi.
Je suis l'une des dernières surveillantes.
Ceci était ma chambre.
À mon arrivée, j'ai moi aussi trouvé ces lettres.
Je n'ai rien changé ; je n'ai rien fait pour révéler la vérité aux personnes arrivées derrière moi.
Alors, j'ai décidé de cacher ces informations pour que tu puisses te battre.
Je suis actuellement en contact avec un petit groupe secret de résistants.
Si tu as pu comprendre tous les secrets, tu réussiras à trouver où nous sommes afin de, si tu le veux, nous rejoindre.
Je te conseillerai bien de t'allier à d'autres dans cette mission pour grossir les rangs, mais je sais que c'est déjà assez de pression, la recherche, sans y rajouter le fait de grossir nos rangs.
Enfin bref, tous les indices sont disséminés dans tout ton internat, mais attention... si tu n'es pas assez discrète, cela peut devenir très dangereux. Prends garde à chaque adulte, chaque personne un peu trop curieuse.
La première information est à l'endroit qui concerne le plus d'informations, là où l'on parle du monde.
J'espère que tu comprendras cette énigme et que tu trouveras.
N'oublie jamais, le danger est proche.
En espérant que tu comprendras,
Avec affection (je crois),
Louanne.
Et c'est tout. Juste ça, une lettre, une énigme, une promesse de réponse. Un million de questions, mais aucune réponse. Est-ce que je vais chercher ? À quel prix ? Qui est cette femme ? Des questions encore et toujours sans réponse. Soudain, Anaïs m'appelle, me sortant instantanément de mes pensées. J'avais failli oublier le repas du soir. Je range alors les feuilles dans le placard et sors de ma chambre. Ce coup-ci, cette pochette ne sort pas de mes pensées, elle reste, bruyante, étouffante. Et si tout cela n'était qu'une mauvaise blague, qu'il n'y avait aucun secret. Le seul détail qui me pousse à rester, c'est l'annonce de "guerre". Avec le temps, je vois que cette guerre est en fait ce qui est ici appelé "la reprise à zéro". Durant cette remise à zéro, il y a eu de nombreuses bombes atomiques, qui rasaient des pays entiers. Le monde entier rasé, remis à zéro. Seulement on ne nous a jamais appris l'avant remise à zéro. C'est pour cela que je cherche, enfin que je suis décidée à chercher. C'est en prenant cette résolution que je rentra dans la salle de repas. Je passe alors mon bracelet devant la borne, et la machine sortit un plateau en disant : « Bonne soirée Haley », je faillis oublier de répondre mais me repris de justesse.
Il faut vraiment que je fasse attention. Cela me perturbe, cette énigme. Qui est concerné le plus d'informations et surtout : où est-ce qu'on parle du monde ? Je mange en vitesse puis m'éclipse dans ma chambre. Là, je réfléchis. Je passe en revue chaque lieu : l'administration, la cantine, la bibliothèque, les salles d'informatique, mais non, rien de tout ça ne peut correspondre. Sérieusement, qui a eu une idée d'énigme aussi farfelue ! Si celle-là est pire que la première, j'aurai franchement peur pour les suivantes.
Je décide alors de décrypter l'énigme. Les informations, cela peut être des points, mais aussi des documents. Les points pourraient correspondre à la cantine, et l'on y parle des gens, donc du monde ? Pour les documents, il y aurait la bibliothèque. Mais si la lettre est dans la bibliothèque, ce serait dans un livre de géographie, ou bien de [plans]. Roh, je suis définitivement perdue entre les lignes de cette fameuse énigme.
Les jours passèrent, mais je n'étais pas plus avancée dans mes interprétations. Laquelle est la meilleure, la plus probable ? À chaque fois qu'une option gagnait du terrain pour être choisie, l'autre aussi, donc nous finissions à une égalité parfaite. Cela faisait presque une semaine que je cherchais lorsqu'eus lieu l'entraînement incendie. Une vérité me frappa alors : la cantine est un endroit très souvent frappé par des incendies, même à l'époque de cette Louanne, donc y cacher quelque chose reviendrait à le faire disparaître. La voilà mon intuition.
Je réfléchis alors à la partie logistique.
Je me décida finalement à aller à la bibliothèque le lendemain après les cours, de chercher discrètement dans un maximum de livres jusqu'à la fameuse, puis emprunter le reste. Voilà mon plan. Le plus important est maintenant de ne pas se faire remarquer