- Putain de merde !
- Quoi encore ?
- Il a dit vrai, viens voir !
Ashab se précipite à la baie vitrée, il voit des dizaines de véhicules.
- On fait pas le poids face à ça. Ils vont nous exploser, dit Marek.
- C’est nous qui allons les exploser ! Tu va voir.
- Mais Ashab, ce sont les meilleures forces d’assaut de la France, les gars les plus doués du pays contre le terrorisme.
- Et alors ? Nous n’avons rien à craindre, ils ne rentreront jamais.
- Qu’est-ce qui te rend si sur de ça ?
- Parce que si ils rentrent (il sort une télécommande de sa poche) je fais tout sauter.
- Tu nous tuerai tous !
- De temps en temps il faut se sacrifier pour son pays.
- Mais alors on se sera battu pour rien ! De toutes façons, Mohamed sera exécuté, tout cela n’a servi à rien, on va tous mourir.
- NON !!
- Tu es cinglé Ashab.
La radio crache des interférences.
- Oui ? Répond Ashab.
- Vous êtes Ashab Esmelah ?
- Ouais connard, qui es tu ?
- Nicolas Cassandrin, chef du groupe d’intervention de la gendarmerie nationale, section terrorisme.
- Mes respects.
- Je ne répéterai pas deux fois. Sortez avec les otages et il ne vous sera fait aucun mal.
- Pas question.
- Pourquoi ?
- Islamabar n’es pas libre.
- Arrêtez vos conneries ! Islamabar est mort depuis quelques instants, le Ministre a avancé l’heure d’exécution.
Ashab ne répond pas, pour la première fois depuis les quatre heures qu’il est ici, il se sent faible.
- Le bâtiment est cerné, déposez les armes et sortez avec les otages où nous entrons.
- Entrez et je fais tout sauter !
- Vous bluffez Esmelah, je sais que vous n’en avez pas le cran.
- Vous voulez voir ?
- Vous êtes foutu.
- NON !!
Il jette la radio contre le mur, la fracassant en pièces.
- Bachir, Kader, Lockbar, Nesmah et Abraham, vous descendez avec les armes et vous attendez ces salauds pour leur régler leur compte c’est clair ?
- Oui Chef.
Les cinq hommes disparaissent dans le couloir.
- tu va avec eux Marek.
- Tu tiens tant à moi ?
- Je ne sais plus si je dois encore avoir confiance en toi, tu m’a trahi, tu mériterai que je t’abatte comme un chien !
- Alors vas-y, qu’est-ce que tu attend ?
- J’ai des choses plus importantes à faire.
- Je descend pour les aider, mais pas pour te servir.
- Quand tout sera fini, je te tuerai.
- Vérifie que ton chargeur soit plein avant de faire ça.
Les deux hommes se défient du regard puis Marek disparaît. Ashab reste immobile quelques instants puis , de rage, il cogne une table du pied.
Marek rejoint ses frères d’armes.
- Ça va aller les gars ?
- A ton avis ? Ashab est complètement devenu fou.
- Content que vous l’ayez remarqué, je me sentais seul. Écoutez, je vais sortir.
- Quoi ?
- Je vais me rendre, vous n’aurez qu’à me suivre.
- Si on sort ils nous tuent.
- Non.
- Je préfère mourir avec courage qu’avec lâcheté
- Et servir Ashab.
- Tu vaux pas mieux que lui Marek.
- Moi je sais encore ce que je fais. Vous avez encore le choix. Soit vous vous rendez, soit on y reste tous.
- On reste, disent-ils tous.
- Très bien, alors je me battrai à vos côtés, une dernière fois.
Marek s’assoie et prie, les autres le regardent et font bientôt pareil. Un autre demande : - Pourquoi prier ? Allah n’est pas avec nous.
- C’est pour qu’il nous pardonne.
Des bruits de pas s’approchent des portes.
Les six hommes chargent leurs armes, et attendent.
Les unités se dispersent à l’entrée, le meneur est Romano, par ordre du Ministre en personne et ce malgré lui. Il fait signe, tout le monde est en place.
La porte est défoncée, l’homme le plus proche jette une grenade lacrymogène, Romano fait signe d’entrer. Tout le monde rabat son masque et s’introduit. A première vue, il n’y a personne. Ils avancent prudemment. Le gaz se dissipe. Ils approchent de l’angle du couloir central, là où se trouvent les ascenseurs. Les tirs fusent alors. Quatre objets sont lancés, des grenades. Romano et les autres courent se réfugier, la déflagration entraîne la mort de deux hommes. Les grilles de sécurité s’abattent sur le reste du groupe, les emprisonnant. Les terroristes surgissent et balaient le hall, tout le monde se fait surprendre. Romano se couche par terre, une balle lui perfore le dos. Douleur et souffrance s’emparent de lui.
- C’est ça leur « GIGN » ? Ha ! Pitoyable !
- Ne ris pas Bashir, nous n’aurions jamais du avoir à faire ça.
- Tu a des regrets Marek ?
- Partons d’ici c’est tout.
- Mais qu’est-ce qui t’arrive à la fin ?
- On a tué des innocents.
- Non ! On a tué des assassins, on a tué les vrais terroristes !
- Je crois bien que j’ai choisi le mauvais camp depuis le début.
- Marek, fais attention à ce que tu dis.
- Eh ! Il y en a un qui bouge encore.
Bashir s’approche de Romano.
- Ça alors, un survivant, mais qu’est-ce qu’on va bien pouvoir en faire ?
- Je le flingue ?
- Non, amenons-le à Ashab.
Tous reviennent à l’étage des otages, Ashab se tient devant la baie vitrée, il regarde l’agitation extérieure.
- Eh patron, on vous a ramené un souvenir !
Ashab se retourne, il sourit.
- Il est seul ?
- C’est le dernier, tous les autres sont morts.
- Beau travail les gars.
Il regarde Romano et lui soulève le visage. Puis il appuie sur sa blessure. Romano gémit de douleur.
- Ça fait mal hein ? Maintenant tu sais ce que nous ressentons depuis plus de cinquante ans.
- Fils de pute !
- Tu sais, je vais t’accorder une faveur exceptionnelle, je vais te laisser sortir. La vue est splendide vue d’ici.
Il fait signe à ses hommes, Romano est balancé par la baie vitrée.
- Et bon vol.
Le corps s’écrase lourdement contre une voiture de police, Olivier se précipite.
- Romano ! Non !! Non !!!
Le corps ensanglanté est totalement immobile. Olivier se met à frapper violemment le véhicule de rage, les larmes coulent sur son visage. Il se retourne face à la tour et sort son téléphone.
- Olivier, qu’est-ce que tu fous ?
- Il compose le numéro d‘Ashab.
- Non, je t’en prie…
- Allô ?
- Espèce d’enfoiré je te jure que j’aurai ta peau, je te tuerai ! Tu m’entends ? Je te tuerai !! Et il pleure.
- Apparemment il était de la famille, toutes mes condoléances.
- je vais rentrer, on va régler ça entre hommes.
- Désolé, je n’ai pas le temps de m’amuser.
- Quoi que tu fasse tu es foutu maintenant, alors sors et vient te battre !!
- Tu ne me laisse pas le choix.
La ligne coupe.
Olivier jette le téléphone de rage.
- On peut lancer une autre équipe.
- Non, ça suffit comme ça.
- Alors on fait quoi ?
- J’en sais rien.