Le téléphone sonne, Olivier décroche.
- Commissariat du 16éme, Olivier Martinez à votre écoute, bonjour.
- Est-ce que le petit flic de quartier veut jouer avec moi ?
- Qui êtes-vous ?
- Aucune importance.
- Bien. Quelle est la raison de votre appel ?
- Je veux vous signaler une prise d’otages à la tour Montparnasse.
- C’est ça, et la tour Eiffel balance des rayons laser ! Au revoir monsieur.
Olivier raccroche.
- C’était qui ? Demande Romano.
- Encore un farceur, il a dit que la tour Montparnasse a été prise en otages.
- Ah ! Je ne l’avais pas encore entendue celle-là ! Figure toi qu’hier, une bonne femme m’a appelé pour me dire que son caniche était devenu cannibale et qu’il voulait la faire frire en morceaux pour accompagner sa pâtée.
- Mais où vont ils pêcher ça ?
- Elle se shootait au cannabis.
- Ça explique tout.
- Oui. A propos, on fait une perquisition en boîte ce soir, tu veux venir ? Y aura plein de belles nanas.
- Non j’ai du travail, et je te rappelle que je suis marié, et toi aussi.
- Et alors ? On a bien le droit de s’amuser un peu de temps en temps !
Olivier rigole. Le téléphone sonne à nouveau. Il décroche.
- Comissar…
- Je n’aime pas que l’on me raccroche au nez.
- Encore vous ! Écoutez, il y a de vraies urgences qui réclament notre attention alors s’il vous plaît, laissez cette ligne tranquille.
- Vous ne croyez pas ce que je vous dis ?
- Pas un mot. Et faites attention, provoquer la police peut aller loin. Vous risquez…
Un coup de feu éclate dans le combiné, Olivier sursaute, il entend des cris.
- Convaincu ?
- Vous avez toute mon attention.
- Alors écoutez-moi bien parce que je ne le répéterais pas deux fois. Je suis Marek Azuka, chef du mouvement révolutionnaire du soleil rouge, je tiens en ce moment avec mes hommes 86 personnes en otages à la tour Montparnasse, ces otages seront tous exécutés si nos exigences ne sont pas accomplies.
- Que voulez-vous ?
- La libération de Mohamed Islamabar et de tous ses hommes, j’attends une réponse dans cinq minutes, si vous ne répondez pas, j’exécutai un autre quelqu’un d’autre, la réponse a intérêt de me surprendre.
Il raccroche.
Olivier est pétrifié.
- Mon Dieu.
- Alors il t’a dit quoi cette fois ? Une vieille dame est en feu ? Ahahaha !
Olivier bondit de sa chaise et va au bureau du commissaire.
- On ne vous a pas appris à frapper avant d’entr…
- Chef, nous avons un grave problème.
- Ca pourra attendre une minute, je suis occupé.
Olivier abat ses mains sur le bureau du commissaire et le regarde fixement d’un air grave.
- Non André, ça ne peut pas attendre.
- Mais que se passe t’il ?
- La tour Montparnasse a été prise en otages, 87 personnes sont en danger de mort.
- C’est une blague ?
- L’homme qui a appelé, le chef du groupe terroriste, réclame la libération de Mohamed Islamabar et de ses hommes.
- Islamabar ? Le terroriste Israélien ?
- Il veut une réponse dans les trois minutes où il exécutera une autre personne.
- Il est hors de question de négocier quoi que ce soit, c’est sûrement une blague pour nous faire chanter.
- Je vous assure que non, je l’ai entendu tirer, j’ai entendu des gens crier.
- Vous êtes sûr de ce que vous avez entendu ?
Olivier se contente de maintenir son regard.
- Très bien, je vais appeler la tour, nous verrons bien.
- Il faut prévenir le ministre de l’intérieur.
- Chaque chose en son temps Martinez, vous avez peut-être tort si ça se trouve.
- Et si j’ai raison ?
- Alors que Dieu nous vienne en aide.
Le commissaire prend son téléphone et appelle la tour par le biais des renseignements.
On décroche mais personne ne répond.
- Allô ? Ici le commissaire Malbot, répondez.
On raccroche.
- Ce n’est pas normal.
- Je vous l’avais bien dit.
Le téléphone sonne. Malbot décroche et allume le haut parleur.
- Oui ?
- A qui ai-je l’honneur ?
Commissaire André Malbot.
- Qui m’a parlé la dernière fois ?
- Mon adjoint.
- Repassez le moi.
Malbot passe le téléphone à Olivier.
- Oui ?
- Alors, quelle est la décision ?
- Nous devons réfléchir, laissez nous une heure.
Nouveau coup de feu et nouveaux cris.
- Non !!
- Je vous avais prévenu. Vous avez une heure, pas plus, ou un autre y passera, puis un autre, puis encore un autre.
- Nous pouvons négocier un accord.
- Faites ce que je vous dit, rien d’autre. Si vous tentez quoi que ce soit…
On entend alors une énorme déflagration, encore plus bruyante dans le combiné. Tout le monde se précipite aux fenêtres, le toit de la tour a explosé, une colonne de fumée noire s’élève.
- Arrêtez ! Nous ferons ce que vous voudrez !
- Je l’espère bien, sinon, ce ne sera pas le toit qui partira en fumée. Vous avez une heure.
Il raccroche. Olivier se redresse alors.
- Qu’attendez-vous ? Il faut se bouger ! Appelez le Ministre et découvrez qui est Marek Azuka, allez !!
La tour tremble encore, des débris tombent du plafond qui par endroits s’est détaché. Par terre gisent les cadavres des deux otages abattus baignant dans une mare de sang qui est la leur. Les otages pleurent, d’autres restent forts mais nerveux, en colère. Daniel est l’un de ceux là. Et quand Marek arrive, il éclate.
Il fonce sur lui et est immédiatement arrêté dans sa furie par deux des hommes de Marek.
- Tu voulais faire quoi ? Me tuer ? Et ça t’aurai avancé à quoi ? Si je meurs, vous mourrez tous, sache que pendant que nous parlons, mes hommes installent des charges aux points névralgiques de cette tour pour qu’elle puisse exploser quand je l’aurais décidé avec tous ses employés.
- Espèce de salaud !
- Qui est le salaud ? Celui qui veut tuer 85 personnes pour une cause justifiée ou ceux qui veulent anéantir un peuple tout entier pour prouver leur suprématie ? Je crois que la question ne se pose pas.
- Pourquoi nous ?
- Parce que c’est comme ça, comme vous le dites si bien, « c’est la vie ».
- Qu’attendez-vous de nous ?
- Rien du tout, vous n’êtes qu’une monnaie d’échange.
- Sale enfoiré ! Vous ne pourrez jamais vous en sortir vivant !
- Ça j’en doute mon jeune ami. Surveillez-le pendant mon absence.
Marek monte trois étages plus haut, les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur un couloir dévasté par la chute des faux plafonds, il ne reste que des débris.
Sa radio bipe, il la prend en main.
- Oui ?
- On a un problème, la presse est arrivée.
Marek entend le bruit d’un hélicoptère à l’extérieur.
- J’arrive.
Il descend au rez-de-chaussée, une foule de journalistes est amassée devant le building.
- Ils ne peuvent pas rentrer.
- Mais ils sont gênants, coupe l’électricité, ne laisse que les veilleuses et les appareils en fonction et suis moi.
Omar exécute les ordres, les lumières s’éteignent, plongeant le bâtiment dans une grande obscurité renforcée avec le temps couvert. Il rejoint ensuite Marek dans l’ascenseur.
- Sais-tu si il y a un émetteur relais ?
- Au 27éme, par satellite.
- Bien.
Marek appuie sur le 27éme bouton, l’ascenseur s’élève.
- Que compte tu faire ?
- Donner aux médias ce qu’ils veulent.
Ils arrivent à l’étage.
- Voilà la console de commandes.
- Bien, la caméra.
Omar sort de sa poche une petite caméra numérique.
- Quand tu veux.
- Vous, habitants libres de l’Europe, citoyens pacifiques de la démocratie, je viens dénoncer les crimes que vous avez commis. Vous avez pris le contrôle de notre pays sans en avoir référé auprès de nous, et vous vous dîtes démocrates. Vous nous avez enlevé notre liberté, notre vie. Contre cela, je vous maudit. Le mouvement que je dirige a pour but de reprendre ce que votre gouvernement nous a volé. Nous exigeons la libération de Mohamed Islamabar et de ses hommes avant dix heures. Où les 85 otages en notre possession à la tour Montparnasse seront exécutés. L’explosion n’était qu’un avant-goût. Il vous reste une demi-heure.
Omar coupe la caméra.
- Cela fait trop longtemps que notre pays est en larmes, il faut que ça cesse.
- Ils ne céderont pas.
- Tu crois qu’ils sacrifieraient 85 vies ?
- Oui.
- Que peuvent ils être pour être ainsi ?
- Des inconscients.
- Johanne…ça va aller.
- Non Daniel, ça ne peut pas aller.
- On va s’en sortir.
- Ah oui ? Comment ?
- On va nous libérer.
- Comment peux tu en être sûr ? Ce genre d’histoire se termine toujours mal. Pourquoi ça a du nous arriver à nous ?
- Je ne sais pas, mais je ne compte pas mourir ici. Même si tu es là, avec moi.
- Pourquoi dis-tu ça ?
- Je croyais que tu le savais.
- Quoi ?
- Johanne…je veux plus qu’une relation amicale entre nous.
- Daniel, le moment est mal choisi…même si ça me touche beaucoup.
- Johanne je…
- Non…quand nous serons libres, pas avant.
Ils détournent leurs regards, puis Daniel l’embrasse brusquement et tendrement. Les terroristes les regardent en souriant.
- Je t’aime Johanne.
- J’aurai… j’aurai du mal à venir dîner avec toi ce soir.
- Tu fera une exception.
Marek fait irruption, son regard se pose sur Daniel et Johanne. Il appelle un de ses hommes et lui murmure quelque chose en regardant Johanne. L’homme hoche la tête en souriant. Marek repart.
- Quoi qu’il ai dit, ça ne me dit rien qui vaille, dit Daniel.