VIRELLIA - livre 2

Chapitre 8 : Le Labyrinthe du Rat

Par soazig

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Retour au labo au même instant…


— Ça brûle ! hurle Talyor, s'effondrant contre un pupitre.


Ils perçoivent l'écho d'une détresse de masse. Dehors, quelque chose est en train de s'attaquer aux disciples. Le lien n'est plus un réconfort, c'est un canal de souffrance pure.


— Il se passe un truc dehors... parvient à articuler Seyla, les yeux fermés. Ils... ils souffrent tous...


— Vaelran... murmure Ilharan, alors qu'il observe le médaillon briller comme une étoile mourante. On dirait que la fête a commencé sans nous. Et que le gâteau est empoisonné.


C’est alors que le mentor s'effondre. Le choc est tel qu'il percute le mur avec la violence d'un coup physique. Ses yeux se révulsent, ne voyant plus le plafond, mais la faille pourpre des Marches de l'Ouest.


— Vaelran ! hurle Seyla, se précipitant vers lui alors qu'il glisse au sol, secoué de spasmes.


Il ne l'entend pas. Dans son esprit, il y a le cri de Lynara, une décharge d'agonie et de fureur qui lui calcine les neurones. Il voit la horde, il voit le visage décomposé de Kaelis, et surtout, il sent ce vide béant là où l'aura d'Yhessa brillait un instant plus tôt.


— Ils... ils sont là, parvient-il à articuler dans un râle, sa main agrippant son médaillon de la Triade comme s'il cherchait à s'y accrocher pour ne pas être emporté par le flux. Le Sceau est tombé. Lynara... ils vont se faire submerger.


Talyor recule, les yeux fixés sur le médaillon. La pierre ne se contente plus de briller ; elle émet une fumée noire et âcre, signe que la connexion est en train de drainer l'énergie vitale de Vaelran pour maintenir le pont mental à travers la distance.


— Coupe le lien ! aboie Talyor. Si elle continue de forcer comme ça, elle va te griller le cerveau !


— Non ! siffle Vaelran, les dents ensanglantées par l'effort. Si je coupe... ils n'auront plus d'ancrage. Le Temple aspire tout... je suis leur seule balise.


Ilharan s'approche, observant la scène avec une gravité inhabituelle. Son regard perçoit ce que les autres ne voient pas.


— La porte est ouverte des deux côtés, murmure Ilharan. On ne peut pas remonter, et ils ne peuvent pas reculer. C’est une symétrie parfaite de désespoir.


Talyor le foudroie du regard.


Dans un effort sur-humain, Vaelran se relève enfin et baisse les yeux vers l'escalier qui s'enfonce dans le deuxième palier. Son visage est une lame d'acier froid.


— Non Ilharan… On remonte. Tout de suite ! Lynara vient d’envoyer un appel à l’aide ! Je dois y répondre !


La remontée est une épreuve d'endurance nerveuse. Seyla et Talyor soutiennent leur mentor. À chaque marche, la douleur dans leurs poignets s'intensifie, une brûlure noire qui semble pulser au rythme d'une agonie invisible. Quand ils émergent enfin dans la pénombre des Archives, le silence est revenu, mais il est lourd, chargé d'une électricité statique qui fait grésiller les vieux parchemins.


Ingel est là, assis en tailleur sur un pupitre massif. Il ne bouge pas. Il fixe Maître Corbillat, le corbeau empaillé posé devant lui, avec une concentration absurde.


— Ingel ! lâche Vaelran en s'approchant, sa main crispée sur son médaillon qui pulse d'un blanc pur sous sa tunique. On doit sortir d'ici. Les gardes vont boucler le secteur et le lien de sang devient insupportable. Dis-moi qu'il y a une issue que la Garde Royale ne surveille pas.


Ingel ne lève pas les yeux. Il ajuste avec une lenteur exaspérante le bonnet de son oiseau.


— Sortir... murmure-t-il. C'est un concept très relatif, n'est-ce pas Maître Corbillat ? On croit sortir d'une pièce, mais on entre dans une autre. C'est comme les livres. On tourne la page, mais on reste dans l'histoire.


— Ingel, je n'ai pas le temps pour tes métaphores ! siffle Vaelran, la mâchoire serrée. Par où on passe ?


— Maître Corbillat dit que la patience est une vertu de scribe, continue Ingel en ignorant totalement l'urgence. Vous savez, les anciens mages d'Aegis avaient une passion pour les courants d'air. Ils disaient que pour garder le savoir au sec, il fallait que la terre respire. C’est fascinant, la respiration des cailloux...


— INGEL ! explose Talyor, faisant un pas menaçant vers le pupitre. Réponds ou je jure que j'utilise ton corbeau pour balayer la poussière !


Le moine sursaute, l'air soudainement offensé.


— Oh, la violence... Quelle fausse note. Si vous aviez écouté le murmure des Astro-manciens, vous sauriez. Ils rangeaient les chroniques des grandes pestes là-bas, au fond. Tout au fond. Près de la statue de l'Unique dont le nez est cassé. Vous l'avez vu ? Il a perdu son nez en 912, une histoire de chute d'échelle...


— Le passage, Ingel. Maintenant, grince Vaelran.


— Mais j'y viens ! Il faut savoir apprécier le voyage ! Sous la dalle de la troisième rangée, celle qui a une tache d'encre en forme de canard... ou de nuage, selon l'humeur. Il y a un conduit. Les blanchisseuses l'utilisaient pour évacuer les linges souillés sans croiser les Grands Maîtres. Ça descend vers les vieilles galeries de service.


— Et ça mène où ? demande Seyla, qui sent son glyphe lui brûler la peau.


Ingel caresse les plumes poussiéreuses de son oiseau en réfléchissant.


— Quelque part. Plus loin. Sous les remparts, je crois. Maître Corbillat dit que ça sent le moisi et l'oubli, mais c'est mieux que le cachot du Roi, non ? Enfin, si on n'a pas peur des rats. Les rats sont des conteurs très bavards.


— C’est une option pleine de retenue, remarque Ilharan, observant une poussière qui lévite avec une sérénité agaçante. Personne ne cherche des vivants parmi ceux qu'on a déjà oubliés. Talyor, ne fais pas cette tête, les rats ont un sens de l'écoute que tu n'as pas.


Vaelran ne perd pas une seconde de plus. Il se précipite comme un damné vers le fond de la salle, suivi par Talyor qui peste entre ses dents contre "ce maudit moine et son piaf à la gomme". Ils trouvent la dalle, la soulèvent dans un grincement de pierre, et une bouffée d'air froid les frappe.


— Merci, Ingel, lance Vaelran en s'engouffrant dans le trou.


Le moine ne répond pas. Il a déjà repris sa conversation silencieuse avec son corbeau empaillé, seul au milieu de ses montagnes de papier, alors que la lumière de son médaillon de Mentor s'éloigne dans les profondeurs de la terre.


Tandis qu'ils descendent, l'air devient de plus en plus froid, et les murs ne sont plus seulement de pierre : ils sont recouverts d'une fine pellicule de givre noir qui semble absorber la lumière de leurs torches. Seyla remarque que même les rats dont parlait Ingel ne sont pas là. Ils ont fui, ou ils ont été mangés par l'ombre.




La suite mercredi entre 18h30 et 21h30...




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