Résister

Chapitre 9 : Chapitre 9

Par DarkSpielberg

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Encore une nuit d’insomnie.

Michel se lève, il est quatre heures. Il va dans le salon et allume le poste radio. Par delà le crépitement continu des ondes on peut entendre :

« …Actes de résistance se sont multipliées de façon record dans toute la région, sabotages de lignes de chemin de fer, câbles de communication coupés, affichages illégaux. Le foyer de cette courageuse lutte contre l’occupant ne semble pas prêt de s’éteindre de si tôt. Le chef de la GESTAPO, Hambrecht, assure que tous les moyens sont mis en œuvre pour trouver les cerveaux de ces attaques. Par ailleurs, dans le nord du pays, c’est toute une entreprise qui s’est décidée à résister…

Le mot tient toujours, Michel le pensait effacé des mémoires. Ainsi donc les sacrifices auront servis, l’ennemi recule, la mission est accomplie. C’est la première victoire.


On sonne à la porte. Qui cela peut il être à part les autres ?

Michel n’est pas armé, il s’avance vers la porte.

- Qui est là ?

- C’est moi, Archibald. Je sais que je te dérange à cette heure mais je devais voir quelqu’un de confiance avant la levée du jour.

Il ouvre la porte.

- Tu n’a rien à faire ici.

- Nous sommes les seuls survivants du groupe, Michel, tous les autres sont partis.

- Raison de plus pour que tu t’en aille, je ne veux plus d’ennuis.

- Tu sais bien que c’est impossible. Dès le moment où tu rejoint la résistance tu es seul, quoi que tu décide, cela te poursuit à vie.

- J’ai tout arrêté, je veux rester avec ma famille loin de tout ça.

- Tu ne peux pas, ta famille est autant impliquée que toi. Tu a de la chance, pour l’instant les Boches ne savent pas qui tu es vraiment, mais quand ils sauront vous ne serez plus en sécurité nulle part.

- Conneries !

- Il ne te reste que quelques heures avant qu’ils ne viennent te prendre.

- Comment sais-tu tout cela ? tu nous a vendu c’est ça ? tu nous a vendu pour survivre ? Dit Michel en l’agrippant par le col.

- Tu sais bien que je ne ferai jamais cela. Je le sais parce que ce n’est pas la première fois que cela se produit. Mais ne crois pas qu’il ne te reste aucun choix à part la mort, il te reste une alternative.

- Laquelle ?

- Continuer le combat ! La résistance est renforcée grâce à nous dans la région, nous avons plus d’emprise, plus de moyens, il faut en profiter !

- Jamais je ne reviendrais dans le combat.

- Celui qui se rend a tort Michel.

- Je ne veux plus faire tout cela, je veux vivre ! pas mourir stupidement comme tous ces cinglés !

- Tu étais un de ces cinglés, tu comprend ce pour quoi ils se battent.

- Ils se battent pour une utopie.

- Je vois. Si c’est ce que tu pense, je n’ai plus qu’à me retirer. Mais je suis désolé de voir une si belle famille que la tienne disparaître par ta faute.

Michel agrippe Archibald et le jette dans l’escalier.

- Fiche le camp !!!

Archibald se relève, le fixe et descend sans dire un mot.

Michel rentre chez lui, Marie se tient au milieu du salon.

- Que s’est-il passé ?

- Rien.

- Je t’ai entendu hurler.

- Ce n’était rien. Écoute j’ai besoin de me reposer alors…

- Non je t’en prie ne te ferme pas, laisse moi t’aider.

Il la regarde dans les yeux.

- Nous partirons rejoindre Gabrielle ce soir, tout ira bien après.

- Avec toutes les patrouilles qui traînent tu pense vraiment que j’ai une chance de quitter cette ville vivant ?

- Mieux vaut essayer que de ne rien faire.

- Tu es trop pressée, reste ici et repose toi, je vais te laisser tranquille ce matin.

- Où va tu ?

- Chercher nos rations, le marché noir n’existe plus pour nous, tu le sais bien.

- Je vais y aller.

- Non. Repose-toi. J’ai besoin de réfléchir, et pour cela il n’y a rien de mieux qu’un bon bol d’air.


A dix heures les marchands ouvrent leurs maisonnées, d’innombrables files d’attente se créent alors. Les gens échangent leurs précieux tickets contre les maigres denrées.

Michel aura eu du pain rassis, de l’eau, du lait, du beurre et un peu de charcuterie. Suffisant pour aujourd’hui.

Tout en repartant chez lui il surprend la conversation de deux vieillards.

- Des fous ces résistants ! Ils pensent pouvoir refaire le monde à eux seuls ! Des idéalistes, rien de plus.

- Il faut bien croire en quelque chose.

- Plus personne ne croit en rien depuis trois ans, ce n’est plus maintenant que ça peut changer.

- Ils font quand même du bon boulot les résistants.

- Et ça aura servi à quoi ? Hein ? A faire tuer quatre fois plus de monde que si il n’y avait eu personne dans ces mouvements. Ils peuvent tuer tous les nazis qu’ils veulent, il y en aura toujours, c’est comme les ongles !

Michel se détourne et reprend sa marche. Trois mots trottent dans son esprit :

« Comme les ongles ».


Il rentre à l’appartement, monte lentement l’escalier, un silence inquiétant règne, comme chaque jour depuis trois ans. Il pousse la porte, Marie n’est pas dans le salon.

- Je suis rentré.

Pas de réponse.

- Eh oh !

Il pousse la porte de la chambre.

Elle est là. A genoux, un pistolet contre sa tempe droite tenu par un officier SS entouré par trois soldats. Le même officier qui a abattu Jeanne.

- Guten Tag Herr Chavagnac, nous vous attendions.

- Relâchez ma femme, c’est pour moi que vous êtes ici.

- Ja bien sur, mais j’aime à avoir une garantie de votre bonne foi sous la main, cela permet d’aller droit au but sans avoir à entendre d’interminables supplications. Bien entendu je suppose que vous connaissez la raison de notre présence ici.

- Je suis à vous.

- Güt ! Voilà qui est plaisant à entendre, je vais pouvoir déjeuner plus tôt !

- Alors partons.

- Hélas auparavant je me dois de remplir quelques formalités.

L’officier sort un papier de la poche de son uniforme.

- Michel Jean Chavagnac, vous êtes aujourd’hui accusé de sédition et de rébellion contre votre pays. Vous avez aidé à fomenter l’attentat contre la GESTAPO et l’état-major de la Wermacht, vous avez écrit et affiché des textes de propagande à la gloire de votre groupe sur les murs de la ville. Vous avez organisé le sabotage du convoi de renforts du 23 octobre dernier, participé intensivement à l’activité clandestine du marché noir et enfin, vous avez été récupérer du matériel d’assaut afin de poursuivre votre rébellion. Par conséquent, vous serez exécuté ce soir à 21 heures. Voilà pour la démocratie !


Marie regarde Michel dans les yeux, elle pleure, ses yeux parlent pour elle. Michel est paralysé par le remord, la colère, la haine contre lui-même. Il pourrait se battre encore en cet instant, prendre l’arme d’un soldat près de lui et abattre les autres pour se faire tuer ensuite et mourir en héros, mais quel héros ? il laisserait Marie se faire tuer.

Archibald avait raison :

Celui qui se rend a tort.

- Emmenez le à la Kommandantur.

Michel est emmené hors de la chambre, il entend :

- Und die Frau ?

- Tuez la.

- NON !!!

Il se débat, parvient à faire lâcher prise aux soldats et se rue vers la chambre, mais sitôt arrivé il s’écroule net, contre sa volonté. Une horrible douleur lui lacère l’esprit. Il regarde sa jambe gauche, une balle est fichée dedans, le sang s’éparpille.

- Résistant jusqu’au bout petit Français.

L’officier s’approche de Marie, elle tremble.

- Tu a peur ? Pourtant je ne suis pas un monstre. Ton époux est très courageux, tu es très chanceuse. Je suis curieux de savoir quel regard il te portera quand il te verra mourir.

Elle crache sur ses chaussures.

Il tend son arme et tire.

Un bruit, un déchirement, le silence, la fin.

- NON !!!

L’officier s’approche de Michel et chuchote à son oreille.

- Résiste.

Il le frappe d’un coup de pied, sa tête heurte le sol.

- Dis-moi où sont les autres et j’abrègerai tes souffrances.

Michel est consumé par la haine, il ne bouge plus et fixe le corps sans vie de Marie étendue dans son sang.

L’officier frappe à nouveau.

- Où sont ils !!

Il reste muet.

L’officier l’attrape et lui envoie un coup de poing dans l’estomac puis dans la tempe, il chancelle et s’effondre.

- Vous êtes si pathétiques vous autres Français ! vous êtes prêt à vous battre jusqu’à la mort pour une cause qui vous échappe complètement ! Pourquoi vous battre autant si vous savez que votre fin est inévitable en faisant cela ?

- Parce que… c’est ça… Résister.

L’officier s’apprête à frapper à nouveau, Michel se relève et frappe le premier, dopé par la haine et l’adrénaline. Il plaque l’officier au sol et le roue de coups, les autres soldats pointent leurs armes.

- Nein ! Ordonne l’officier.

Michel serre ses mains autour du cou de son ennemi.

- Crève !!!

L’officier se débat et tente de prendre son arme, mais Michel serre fort son étreinte, et l’officier part dans un ultime gémissement.

Michel reprend son souffle, il entend un déclic.

Il se retourne juste pour apercevoir une ombre le frapper à la tête, le faisant s’évanouir dans les ténèbres.







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