James était au fond de la barge, une très bonne place car tous les autres soldats devant lui se faisaient abattre les uns après les autres par les tirs continus des mitrailleuses, les plus chanceux sautaient à la mer, James fut de ceux là. Il plongea donc dans l’eau glaciale et déchaînée et immédiatement il fut entraîné vers le fond à cause du poids de son équipement, il se débattit dans tous les sens pour s’en débarrasser et par chance ou par hasard, il y arriva contrairement aux autres à ses côtés qui moururent noyés très rapidement. Ceux qui avaient réussis à remonter à la surface redescendirent aussitôt criblés de balles. James n’y voyait rien dans cette eau mélangée de bleu, de noir et de rouge totalement malsaine et l’air commença à lui manquer. Son cœur s’accéléra, il nagea et nagea vers le haut en repoussant tous les cadavres qui tombaient sur lui et enfin il rejoignit la surface. Il n’eut pas le temps de reprendre son souffle, les balles pleuvaient de partout, il avança dans l’eau aussi rapidement que possible jusqu’à enfin arriver sur la plage et trouver refuge derrière l’une des barrières métalliques cruciformes Allemandes destinées à repousser les assauts des blindés alliés.
Il prit appui sur la barrière, souffla quelques secondes et regarda autour de lui, les soldats se faisaient massacrer, les tirs étaient ininterrompus, un mortier s’écrasa juste derrière James lui faisant perdre l’équilibre. il tomba dans le sable froid et rouge.
C’est alors que brusquement, il n’entendit plus rien, il était subitement devenu sourd.
Sa vision s’était ralentie, tout devint comme irréel, comme un cauchemar.
Il regarda autour de lui, la plupart des hommes étaient réfugiés derrière les barrières anti-char tout comme lui, certains étaient recroquevillés sur eux-mêmes complètement terrorisés. Un mortier s’écrasa, 5 soldats éclatèrent, envoyant des morceaux de chair partout, les membres volaient en l’air avant de retomber inanimés sur la plage.
Dans la mer, les hommes se noyaient par épuisement et par manque de courage et d’espoir, plus un seul n’arrivait à atteindre la plage vivant, quant aux barges, elles explosaient et coulaient les unes après les autres.
La surdité de James se transforma en un intense sifflement, mêlé à sa migraine, James crut que sa tête allait exploser. Son estomac se retournait aussi chaque fois qu’il posait le regard sur un soldat mort qui avait les tripes à l’air bien sanglantes.
Si la mission était de mourir elle était pleinement réussie.
1 quart des troupes de la seconde vague venait déjà de périr noyé dans les eaux d’Omaha beach désormais Omaha la sanglante.
Enfin le sifflement s’estompa, James entendit un soldat l’appeler, il vit qu’il était juste à côté de lui.
- Capitaine ! on fait quoi maintenant ?
- Évacuez les hommes de la plage, qu’ils rejoignent au plus vite l’intérieur des terres, inutile de prolonger ce massacre plus longtemps.
- Quel est le point de ralliement ?
- N’importe où sauf ici !
- Un mortier s’est écrasé près d’un blockhaus, le fossé qu’il a creusé nous offrirai une bonne protection.
- Alors foncez vous y planquer, on ne peut pas rester ici, nous devons dégager cette plage pour que la troisième vague arrive, si on reste ici, on est morts, le moindre mètre carré de cette plage est dans leur ligne de mire, allez suivez-moi !
Il se leva et courut à travers le champ de bataille désormais champ de massacre en évitant de regarder les agonisants, une dizaine de mètres plus tard il se réfugia derrière une nouvelle rangée de barrières où se trouvait 8 autres soldats.
- Vous êtes qui vous ?
- 203éme bataillon de communications pour les opérations radios sur le terrain.
- Posez vos armes et suivez-moi !
Il recommença à courir et se remit à couvert 13 mètres plus loin, il rencontra un contingent de médecins. Leurs patients ne mettaient pas longtemps à mourir, les balles avaient vite fait de les achever.
Le médecin en chef dit à James :
- C’est horrible, j’ai jamais vu ça, mais quelle idée ils ont eue !
Le responsable des communications hurla :
- Blindés en approche !!
- Il était temps ! Où sont ils ?
- Là-bas, à 1 heure.
- Ah oui ça y’est je les vois.
32 chars amphibies avançaient dans la mer.
Mais ils avaient été largués trop tôt.
Certains coulèrent avalés par les vagues, d’autres furent détruits par les tirs de mortier.
Au final, seulement 2 chars arrivèrent à toucher terre.
- C’est pas possible ! Quelle putain de poisse de merde !!
- Capitaine vous devez aller ailleurs je dois dégager cette zone.
- Ouais…allez on dégage !!
James et ses soldats se remirent à avancer, le fossé qui les couvrirait était proche.
- Courez ! Courez !
C’était l’unique chose à faire désormais.
C’était chacun pour soi désormais.
- Allez on y est presque !
Nouveau tir de mortier et cris d’agonie.
James chancela et tomba.
- Capitaine !
- Ne vous occupez pas de moi ! Foncez vous mettre à l’abri !
Les soldats partirent, James était seul au milieu des cadavres.
Leurs visages étaient vides de toute expression, certains n’en avaient même plus.
Un mortier s’écrasa juste à côté de James, il reçut du sable dans les yeux, il les frotta, un autre tir éclata, le rendant sourd de nouveau.
Un jeune soldat arriva vers lui, il tomba brusquement d’une balle dans le front.
Un autre soldat fut éjecté en arrière, il retomba sans ses jambes, il hurla de douleur et appela sa mère. James se releva et courut vers l’abri, les balles sifflaient autour de lui.
L’une d’elles frôla son épaule droite.
Pas la seconde.
Le choc de l’impact le fit chanceler et tomber, son sang coula abondamment et le sable rendait la douleur encore plus insupportable. James fut alors soulevé et emmené jusqu’à l’abri.
- Ca va aller, on va vous soigner Capitaine.
- On est fait comme des rats ici !
- Eh ! C’était votre idée je vous rappelle !
- Eh bien elle était mauvaise, si on reste là on est sûr de crever.
- C’est bien rassurant ce que vous dîtes là Capitaine.
Les autres soldats en dehors de l’abri tombaient comme des mouches.
- Regardez ça…ils se font laminer.
- Ce n’est pas une mission, c’est un suicide.
- Quels objectifs avons-nous ?
- Aucun.
- Aucun ?
- La mission était de dégager la plage pour que la troisième vague arrive, quant à Vierville…eh bien elle devra se passer de nous.
Une unité de médecins arriva pour s’occuper des gisants sur le sable.
- Regardez ça…comme si il y avait un espoir ! Ça ne sert à rien, même si ils sont remis en état ils seront abattus dix secondes plus tard.
Le médecin ouvrit la plaie, le sang gicla, l’éclaboussant de partout.
- Putain c’est dégelasse ! Je sens que je vais gerber !
- Pas en service j‘t’en prie, retiens-toi !
Le médecin referma la plaie béante, le sang cessa de couler, il poussa un soupir de soulagement. C’est alors qu’une balle siffla pour frapper le crâne du blessé qui retomba alors aussitôt et définitivement sur le sable.
- Salauds ! Laissez-leur au moins une chance ! Fils de pute !!
- Médecin !
- Oui Capitaine ?
- Au lieu de vous plaindre venez réparer ma blessure.
- Tout de suite Capitaine.
Il arriva et sortit son matériel.
- Oh c’est rien de bien méchant, serrez les dents ça risque de piquer un peu.
- AAAAIIIIIIIEEEEE !!!!
- J’vous avais prévenu.
- Putain c’est quoi ça ?
- Alcool à 90° monsieur, y’a pas mieux pour nettoyer les plaies.
- Y’a pas pire non-plus.
Un soldat regarda au loin vers la plage.
- Eh…c’est quoi qui avance là-bas ? On dirait…
- Un blindé…c’est un blindé ! Dieu merci la chance nous sourit enfin !
- Eh criez pas victoire tout de suite, dit Sawyer, il ne fera pas long feu face aux canons de 88 millimètres.
- C’est bien pour ça que le char va les détruire en premier.
- Quoi ?
Il regarda le char, son canon pivotait vers le blockhaus, donc vers James et les autres réfugiés.
- Merde ! Tout le monde à terre !!
Ils eurent juste le temps de se coucher avant que le tir ne parte, l’obus éclata à quelques mètres du fossé, le blockhaus était intact.
- C’est pas passé loin !
Le blockhaus répondit à l’attaque, le mortier éclata juste derrière le char.
- Attention il va remettre ça !
Nouveau tir, réussi cette fois, le bunker d’assaut explosa, projetant des débris de béton partout.
- Touché ! Joli tir en plus !
- Moi j’aurais un tout petit peu plus pivoté sur la droite.
- Pas le temps de faire mieux, c’est la guerre mon vieux ! Tiens ! V’la nos gars qui s’ramènent !
7 autres soldats arrivèrent en courant, ils plongèrent dans le fossé.
- Wesler, Miller, Smith, Bradley, Sheppard, Hayden et Cartman au rapport Capitaine !
- Qu’est ce que vous foutiez bon Dieu ? Vous en avez mis du temps !
- On passait du bon temps qu‘est ce que vous croyez ? Ces connards sont vachement bien équipés par rapport à nous, ce fichu paquetage à failli avoir ma peau en m’entraînant au fond de la Manche.
- Ouais j’en sais quelque chose. Dit James.
- On fait quoi maintenant ?
- On attend.
- Attendre ? J’ai pas été entraîné pour ça moi !
- Eh bien tu va apprendre sur le terrain ! Personne ne bouge d’ici tant que je n’en ai pas donné l’ordre c’est clair ?
- Oui Capitaine mais on fera quoi ensuite ?
- On rejoindra Vierville par Dog White.
- Je croyais que vous ne vouliez plus aller à Vierville.
- J’ai menti.
- Dog White est foutrement bien gardée, je sais pas si on y arrivera.
- Il faut croire aux miracles alors.