Derrière l'hôpital, à bord de la voiture noire, Arthur observait Kensuke. Ce dernier discutait au téléphone depuis plusieurs minutes après avoir reçu un appel d'un autre chercheur du quartier général de l'organisation. Au fil de la conversation, Arthur vit l'expression de son collègue se faire de plus en plus soucieuse.
— "Bon, voici la situation," dit Kensuke en raccrochant, la voix trahissant une certaine nervosité malgré une apparente maîtrise de soi. "L'organisation a détecté une hausse anormalement élevée de l'activité surnaturelle en plusieurs points de la ville. Toutes les équipes de chasseurs sont mobilisées et ne pourront donc pas intervenir immédiatement à l'hôpital de Shibuya."
— "Et ce, au moment précis où une corruption de grande ampleur se manifeste, répondit Arthur d'un ton sombre. "Je suis peut-être un débutant, mais je sais que ce n'est pas une simple coïncidence."
— "En effet, et c'est précisément ce qui m'inquiète," dit Kensuke tout en continuant de surveiller l'activité surnaturelle sur la carte numérique de Tokyo affichée sur son ordinateur. "Et comme une mauvaise nouvelle n'arrive jamais seule, les entités telluriques ne sont plus notre seul souci... Les Enfants du Nouvel Ordre ont décidé de se joindre à la partie."
— "Qui ça ?" demanda Arthur en haussant un sourcil.
— "Je comptais t'en parler lors de notre prochain cours théorique, mais tant pis..." soupira Kensuke. "C'est une secte de fanatiques de l'occulte qui s'oppose à l'organisation depuis des décennies. Ils se proclament les véritables sauveurs de l'humanité. Leur but est de faire évoluer l'espèce humaine vers une nouvelle forme de vie, en brisant l'ordre établi et en fusionnant les trois Arcs en un monde unique et inédit, libéré du joug de la mortalité... En somme, une bande de fous en quête d'immortalité... Et, en tant que terroristes, ils sont prêts à tout pour parvenir à leurs fins."
Charmant, songea Arthur avec ironie. Outre la menace des entités telluriques, les ArcHunters devaient également affronter des humains qui ne partageaient pas leurs idéaux. Transcender l'humanité ? Fusionner les trois Arcs en un seul ? De tels projets étaient-ils même réalisables ?
_ "Euh... loin de moi l'idée de vouloir faire une dinguerie, mais qu'est-ce qui se passerait si... eh bien... les trois Arcs venaient à fusionner ?" demanda Arthur, curieux bien qu'il pressentît que la réponse ne lui plairait pas.
_ "Nul ne peut l'affirmer avec certitude, mais j'ai ma petite idée," confia Kensuke tout en continuant à travailler sur son ordinateur. "Comme tu le sais, les trois Arcs, cosmique, terrestre et tellurique, évoluent chacun sur leur propre plan d'existence ; ils sont reliés entre eux par les courants d'éther, mais destinés à ne jamais se rencontrer. Tel est le fonctionnement de l'équilibre établi. Si, par malheur, cet équilibre venait à être rompu, les trois Arcs entreraient en collision et se dévoreraient mutuellement jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien, précipitant ainsi la réalité elle-même dans un néant total et éternel. Alors, satisfait ?"
Arthur pâlit face à cette explication, la simple idée d'une telle éventualité rappelant les pires scénarios apocalyptiques. La fin de la réalité elle-même ? Rien que d'y penser, il se sentait mal, au point d'avoir la nausée. Il espérait sincèrement qu'il ne s'agissait que d'une théorie, bien qu'à présent, après tout ce qu'il avait vu, il ne fût plus sûr de grand-chose. Anticipant une telle réaction chez un novice, Kensuke lui tendit alors un petit sac en papier pour vomir, au cas où.
Mais alors qu'il était perdu dans ses pensées, l'attention d'Arthur fut attirée par l'arrivée d'un homme d'une quarantaine d'années, vêtu très banalement. L'homme regardait frénétiquement autour de lui avec une vive inquiétude ; il était en sueur, couvert de sang et appelait à l'aide à voix haute, comme s'il cherchait quelqu'un. Kensuke vit alors Arthur sortir de la voiture et s'approcher de l'homme pour lui porter secours.
— "Hé, qu'est-ce qui se passe ?!" demanda Arthur en s'avançant vers lui.
— "Je... aidez-moi, s'il vous plaît..." balbutia l'homme, visiblement sous le choc. "Ma femme et ma fille... elles ont disparu... Nous dînions quand... des choses monstrueuses sont apparues dans notre appartement et les ont emmenées !"
L'homme, à bout de nerfs, s'effondra en larmes, obligeant Arthur à le retenir pour éviter qu'il ne tombe en avant. Kensuke, de son côté, était resté au volant de la voiture, observant la scène. Soudain, il remarqua un mouvement lent et furtif de l'inconnu, qui sortait de derrière son dos un objet qu'Arthur n'avait pas vu.
— "Arthur ! Attention !" hurla Kensuke par la vitre de la voiture.
Alerté par la voix de son camarade, le jeune Français eut tout juste le temps de voir l'inconnu dégainer un poignard et tenter de le poignarder au niveau des côtes. Dans un réflexe maladroit mais néanmoins vif, Arthur parvint à bloquer le poignet de l'homme et à dévier la lame, qui glissa sur le tissu de son uniforme. L'inconnu, dont le visage faussement triste s'était transformé en un masque de folie meurtrière, se jeta alors sur Arthur. Une lutte brutale s'engagea entre les deux hommes alors qu'ils roulaient sur l'asphalte. Kensuke tenta d'intervenir, mais une rafale tirée directement sur la voiture l'obligea à se mettre à l'abri, protégeant son visage et sa tête tandis que le pare-brise volait en éclats. Surgissant de l'ombre, un autre homme non identifié, vêtu lui aussi assez simplement, s'avança, un pistolet-mitrailleur à la main. Il affichait une démence tout aussi effrayante que celle du premier. Dans un rire hystérique, le tireur lâcha une nouvelle rafale, criblant l'avant du véhicule et brisant les vitres.
Mais alors qu'il s'apprêtait à recharger, Kensuke se redressa brusquement et abattit l'homme d'une balle précise en pleine tête, tirée avec un pistolet qu'il gardait dissimulé sous le siège conducteur.
Pendant ce temps, Arthur et son agresseur luttaient de toutes leurs forces. Le jeune Français se retrouva malheureusement plaqué au sol, l'inconnu sur lui, tentant de forcer le passage pour lui planter la lame dans la tête. Arthur retenait les bras de l'homme tant bien que mal, mais il sentait ses forces décliner et la lame se rapprocher dangereusement de l'un de ses yeux. Heureusement, un tir de Kensuke atteignit l'homme dans le dos, le figeant dans une douleur atroce et offrant à Arthur l'occasion de l'achever en retournant le poignard contre son propriétaire, le forçant à se poignarder lui-même à la gorge. L'homme s'effondra sur le côté dans un gargouillis sanglant et atroce, mourant presque instantanément. Arthur se releva, encore sous le choc de ce qui venait de se passer, tandis que Kensuke s'approchait de lui, l'arme toujours à la main.
— "Tu m'avais pas dit que tu étais un tireur d'élite," fit remarquer Arthur.
_ "Je suis quelqu’un de plutôt pacifique à la base, mais lorsqu’il s’agit de défendre ma vie face à de la racaille, c’est une autre histoire", répondit simplement Kensuke.
Sur ces mots, Kensuke se pencha vers l’un des cadavres et le retourna pour le fouiller. Ce qu’il découvrit ne fit que confirmer ses soupçons : il ouvrit la bouche du défunt et examina attentivement la gencive inférieure, qui portait un tatouage noir représentant trois sphères fusionnées formant un étrange triangle.
— "C'est bien ce que je pensais… c’étaient des membres des Enfants du Nouvel Ordre", murmura Kensuke d’un ton sombre.
Arthur fut alors saisi d’un terrible pressentiment qui s’imposa à son esprit et fit frissonner tous ses sens alors qu’il regardait en direction de l’hôpital. Et si… tout cela… n’était qu’un immense piège ? Il pensa alors à Yuna, Ishiro et Rinko, qui se trouvaient toujours à l’intérieur. Bien qu’il eût reçu des ordres précis, Arthur ne put se résoudre, cette fois, à rester en arrière. Prenant une décision difficile mais résolue, son épée arthurienne sanglée dans le dos, il s’élança vers la sortie de secours située à l’arrière de l’hôpital, sous le regard stupéfait de Kensuke qui n’eut pas le temps de le retenir.
— "ARTHUR ! HÉ, NON, REVIENS…"
Sans perdre un instant, Arthur ouvrit la porte et s'élança dans les entrailles du bâtiment, déterminé à retrouver Yuna et les autres.
*****
Pendant ce temps, dans les sous-sols de l'hôpital, Yuna, Ishiro, Akito et Rinko progressaient furtivement dans une obscurité totale. Pour ne pas risquer d'être repérés par les faisceaux de leurs lampes-torches, Rinko ouvrait la marche. Plle pouvait en effet voir dans le noir grâce au système de vision nocturne intégré à ses yeux artificiels. Yuna, Akito et Ishiro la suivaient, se tenant par les épaules pour éviter de se perdre de vue.
À plusieurs reprises, Yuna perçut des grésillements dans son oreillette, signe que Kensuke avait tenté d'entrer en contact. Toutefois, la corruption ambiante était si intense qu'elle bloquait toutes les fréquences. Intérieurement, Yuna espérait qu'Arthur et Kensuke allaient bien et se demandait comment évoluait la situation à l'extérieur de l'hôpital. Mais pour l'heure, le groupe de chasseurs se concentrait sur la menace principale qui rôdait dans les sous-sols. Au loin, des sources lumineuses, des torches, semble-t-il, étaient visibles. Des chants religieux sinistres se rapprochaient, tout comme l'intense corruption imprégnant l'air, indiquant clairement aux chasseurs qu'ils approchaient de la source même de ce mal. S'approchant sans être vus, dissimulés derrière des piles de caisses, les membres du groupe observèrent la scène et prirent la mesure de la menace.
Dans un vaste espace vide, dont les murs et le plafond étaient couverts d'excroissances visqueuses dues à la corruption, se déroulait une cérémonie macabre. Une vingtaine d'hommes et de femmes, vêtus de longues robes noires à capuche semblables à celles de moines, se tenaient en rangs, comme dans une église, et psalmodiaient d'une voix gutturale, en une sorte de transe collective, dans une langue incompréhensible et ignoble. Un autre adepte, sans doute le chef de la procession, se tenait derrière un autel rituel de fortune entouré de bougies allumées.
Sur cet autel gisait une petite fille inconsciente, vêtue d'une blouse d'hôpital. Il s'agissait à coup sûr de la petite Mari Nishiji. Des filets de corruption suintaient du corps de la malheureuse enfant, se répandant peu à peu sur le sol tels des serpents, faisant enfler les excroissances déjà purulentes et contaminant toujours davantage l'air ambiant.
_ "Les Enfants du Nouvel Ordre... Putain, je hais ces types", murmura Yuna d'un ton glacial, ayant immédiatement reconnu le symbole de la secte sur les robes des adeptes.
Comme si la présence d'entités telluriques, dont un Corrupteur, ne suffisait pas, celle de cette secte indiquait clairement que la situation était bien plus grave que prévu et qu'un plan d'envergure se tramait sous leurs yeux. Un peu à l'écart, le groupe aperçut ses deux autres camarades disparus, Megumi et Hiroshi, retenus prisonniers par d'autres adeptes sous la menace d'une lame. Hiroshi, les mains liées dans le dos, gisait au sol, à peine conscient, couvert de contusions et la lèvre en sang. Il portait les stigmates d'un passage à tabac brutal, sans doute parce que, fidèle à son tempérament, il ne s'était pas laissé faire sans combattre. Megumi, quant à elle, était à genoux, les mains attachées dans le dos et la bouche bâillonnée par un linge blanc. Elle jetait des regards inquiets tantôt vers Hiroshi, tantôt vers le rituel en cours. Agrippée fermement par l'épaule par un adepte qui menaçait de lui trancher la gorge, elle ne pouvait rien faire d'autre qu'attendre.
— "Ils sont là... Je... Je dois les aider..." grogna Akito, d'une voix qui semblait presque celle d'un possédé.
Ishiro, Yuna et Rinko durent le retenir fermement et, surtout, l'empêcher de faire trop de bruit pour ne pas attirer l'attention. Lancer une attaque sans réfléchir aurait été bien trop risqué. Ils devaient patienter et trouver la bonne ouverture. Yuna eut alors une idée et la partagea discrètement avec les autres. Soudain, le chef du rituel cessa de psalmodier, laissant les autres poursuivre, et pointa un doigt autoritaire vers les deux prisonniers.
— "Amenez-moi l'âme suivante, ordonna-t-il d'une voix grave.
Megumi fut relevée de force et entraînée vers l'autel par deux des fanatiques. La jeune femme tentait vainement de se débattre contre ses liens, laissant échapper quelques gémissements étouffés et inquiets derrière son bâillon. Hiroshi, toujours conscient bien que grièvement blessé, les regarda emmener sa camarade.
— "Non... la touchez pas, bande de salauds..." grogna-t-il furieusement en tentant de se relever, avant d'être aussitôt plaqué au sol par un coup de pied brutal de l'un des membres de la secte qui le surveillait.
Derrière son bâillon, Megumi ne pouvait que crier le nom de Hiroshi d'une voix étouffée et à peine audible, les yeux embués d'horreur, alors qu'on l'emmenait au pied de l'autel où gisait la jeune Mari, plongée dans le coma. Le chef de la secte psalmodia alors quelques mots étranges, faisant jaillir de ses manches amples des excroissances de corruption semblables à des tentacules visqueux et onduleux. Une fois de plus, Megumi tenta de reculer, mais fut fermement retenue par ses ravisseurs tandis que les tentacules corrupteurs s'approchaient lentement, sur le point de l'effleurer.
— "Merci, ô Grand Corrupteur, pour ce présent," proclama haut et fort le chef de la secte. "Puisse cette âme perdue renaître de ta chair salvatrice et nous rejoindre dans le nouvel ordre à venir !"
— "Maintenant !" lança Yuna, profitant du fait que l'attention des membres de la secte était focalisée sur l'autel.
Sans hésiter, Rinko fut la première à bondir de sa cachette ; de ses paumes cybernétiques, elle projeta une sphère d'énergie spirituelle blanche qui explosa dans un éclat aveuglant, inondant la pièce et dissipant les ténèbres. Pris au dépourvu et totalement aveuglés par cette lumière intense, les membres de la secte poussèrent des cris de douleur, se couvrant les yeux tout en chancelant. Les tentacules de corruption, ainsi que la substance corrompue qui recouvrait certaines parties de la pièce, réagirent également à cette lumière spirituelle, comme si elle les brûlait atrocement. Profitant de la confusion qui s'ensuivit, Ishiro et Akito se précipitèrent vers Hiroshi pour le libérer, neutralisant aisément les gardes.
— "Vous en avez mis du temps..." grommela Hiroshi avec un sourire narquois, le visage ensanglanté.
— "Y a pas de quoi", lança Ishiro d'un ton sarcastique en tranchant ses liens.
Au même moment, Rinko projeta une rafale d'énergie puissante depuis ses paumes, abattant autant de membres de la secte que possible avant qu'ils n'aient le temps de comprendre la situation et de réagir. De son côté, Yuna projeta son fouet d'éther pour l'accrocher à une canalisation courant le long du plafond. S'en servant pour se propulser, elle asséna un puissant coup de pied retourné à la tête du chef de la secte. Un craquement sourd retentit alors qu'il était projeté en arrière, s'écrasant contre un mur avant de tomber au sol, mort. Yuna atterrit avec agilité puis lança deux autres fouets d'éther pour saisir les deux autres adeptes qui retenaient Megumi, leur brisant la nuque d'un geste vif et décisif. Une fois cela fait, Yuna, sans le moindre remords pour ses actes, retira rapidement le bâillon de Megumi et la détacha.
— "Merci." souffla Megumi, soulagée de voir ses camarades.
— "Tu me remercieras plus tard. On n'est pas encore sortis d'affaire," répondit Yuna avec pragmatisme.
L'effet de la sphère aveuglante s'estompant, les fanatiques restants recouvrèrent un semblant de vue et, poussant des cris frénétiques et possédés, chargèrent les chasseurs. Hiroshi, désormais totalement libre et assoiffé de vengeance, saisit l'un d'eux à la gorge et le souleva sans effort avant de le projeter violemment au sol et de l'achever d'un seul coup. Ishiro, matérialisant un bâton de combat fait d'éther, coordonna ses mouvements avec Akito et son épée courte ; ensemble, ils rejoignirent Rinko pour terrasser le reste de la procession de fanatiques en déroute.
Pendant ce temps, Megumi repéra son sac contenant ses outils de purification, posé non loin de l'autel, et le récupéra rapidement. Yuna resta à ses côtés pour la protéger, mais vit Megumi retourner précipitamment vers l'autel et la petite Mari.
— "Qu'est-ce que tu fait?!" demanda Yuna.
— "Cette enfant est la source de la corruption. Je dois achever la purification maintenant ! Laisse-moi quelques instants !" répondit Megumi en concentrant sa propre énergie spirituelle pour la diriger vers le corps de la fillette.
Yuna hocha la tête et se tint prête à protéger Megumi, lui permettant ainsi de mener à bien ce qu'elle avait entrepris. Un adepte de la secte, témoin de la scène près de l'autel, tenta d'intervenir armé d'un couteau, mais Yuna le neutralisa sans peine : elle bloqua l'arme, brisa le bras de l'homme d'un coup sec et l'acheva en lui plantant sa propre lame dans la gorge. De son côté, Megumi enroula son chapelet de prière autour de ses poignets pour mieux canaliser son éther et se concentra intensément afin de diriger son énergie vers le corps inconscient de la petite Mari, tout en récitant les incantations du rituel de purification.
Cependant, un phénomène particulièrement inquiétant se produisit : le corps de Mari se mit à convulser violemment, et l'énergie corruptrice qui s'en dégageait se concentra au-dessus d'elle en un point de plus en plus vaste et instable. En voyant cela, Yuna eut un regard empreint d'inquiétude, devinant immédiatement ce qui était en train de se passer.
— "ATTENTION !" hurla-t-elle en se précipitant vers Megumi pour la saisir par les épaules et bondir avec elle aussi loin que possible de l'autel.
L'instant d'après, le point de corruption instable explosa, libérant une onde de choc brûlante d'une telle puissance que la pièce entière trembla comme lors d'un séisme, tandis que les murs et le sol se fissuraient par endroits. Tous les chasseurs furent projetés en arrière et cloués au sol aux quatre coins de la pièce, tout comme les quelques membres de la secte ayant survécu.
Les oreilles encore bourdonnantes sous l'effet de l'onde de choc et la vision trouble, bien que revenant peu à peu à la normale, Yuna se redressa en laissant échapper un gémissement de douleur. Son premier réflexe fut de vérifier l'état de Megumi, étendue à ses côtés. Bien qu'elle parût mal en point, elle respirait, fort heureusement. Rinko, Ishiro, Hiroshi et Akito étaient eux aussi en vie, mais peinaient à se remettre de l'explosion de corruption qui venait de se produire. Un silence de mort absolu et une tension palpable envahirent la pièce alors que les chasseurs, à l'unisson, posaient un regard grave sur la nouvelle entité qui, malheureusement, venait d'apparaître.
De l'éclat soudain et vacillant de la corruption émergea une entité, parfaitement incarnée dans le monde physique et se tenant devant l'autel. D'abord prostrée, la forme se redressa lentement mais sûrement pour atteindre une taille de trois mètres.
Un corps mince et élancé, entièrement composé d'une matière noire, purulente et corruptrice, à la surface de laquelle apparaissaient et disparaissaient sans cesse des visages humains hurlants et grimaçants. De longs bras fins, semblables à des branches, s'étiraient et se terminaient par de longs doigts crochus. Quatre excroissances tentaculaires, longues, monstrueuses et onduleuses, jaillissaient de son dos pour se déployer dans l'espace. Une tête ovale, chauve et dépourvue de visage, du moins au premier regard. La chair visqueuse de la tête se déchira alors en deux, du haut vers le bas, dans un bruit sourd et atroce de chair que l'on arrache, révélant un œil unique, énorme, inhumain et insondable, diffusant une terrifiante lueur pourpre.
Instantanément, les chasseurs, pourtant aguerris, furent pris d'un violent malaise, presque écrasés par l'aura de corruption qui avait doublé d'intensité dans la pièce. La créature haute et décharnée fit quelques pas lents en avant, à chaque foulée de ses pieds monstrueux, des filaments de corruption jaillissaient pour ramper et s'enraciner dans le sol. Levant et écartant ses bras, l'entité poussa alors un cri puissant et terrifiant qui résonna dans le sous-sol telle une nouvelle onde de choc, ébranlant aussi bien les murs que les os sous la chair. Yuna et ses compagnons durent se boucher les oreilles tant le son était insoutenable, semblable à des centaines de lames leur transperçant le cerveau. Un son d'une horreur indescriptible, un orchestre composé de mille hurlements et gémissements de créatures déformées et en proie à l'agonie. Yuna vacilla, sentant ses jambes trembler sous le poids de la corruption omniprésente, mais le groupe de chasseurs parvint à se soutenir mutuellement pour ne pas s'effondrer, bien qu'ils fussent loin d'être tirés d'affaire. Ce qu'ils redoutaient le plus venait de se produire : le Corrupteur se tenait désormais face à eux.