Le syndrome de Peter Pan

Chapitre 5 : 5 Juin

Par DarkSpielberg

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La batterie est chargée pour cinq heures de bonheur. Je règle les différents paramètres et c’est parti !

Il n’y a pas à dire, mon seul et véritable amour est bien le cinéma. C’est bien de regarder les films, mais c’est encore mieux de les créer. Bien pour cela que j’ai mon caméscope en main, mon plus beau cadeau d’anniversaire. L’unique problème c’est qu’il faut savoir quoi filmer, mais je peux me débrouiller, en revanche, pour ce qui est des acteurs, je ne vois personne à part moi.

Donc je me filme. Je n’aime pas jouer, je n’aime pas me voir. Je filme tout et n’importe quoi : les arbres, les oiseaux. Et comme j’aime quand ça bouge et que ça va vite, je pars sur la route avec mon vélo, caméscope en main. Eh oui, je fais mes cascades moi-même ! Bien sûr, voir les voitures me frôler en klaxonnant est une preuve suffisante de danger mais à l’écran, ce sera très impressionnant. Une fois même j’ai croisé un camion, mais c’était tellement impressionnant que j’ai préféré aller dans le fossé. De la folie ! Mais quelle folie !


Pour me remettre de mes émotions je me fais des sandwichs beurre-chocolat bien épais, oh pas de risque de grossir, je suis bien trop nerveux pour ça !

Ensuite j’emmène tout cela dans ma chambre pour tout dévorer devant la télé. Sauf qu’une fois de plus, mon t-short s’accroche à la poignée de la porte, me retenant par surprise, me faisant lâcher mes tartines qui vont s’écraser sur le sol.

- Merde !!

Ce n’est qu’une partie de ma malchance. Je crois au destin, à la fatalité des choses. Mon destin en ce monde est de vivre pour ensuite mourir mais entre-temps ? Je connais l’amitié mais pas l’amour, le connaîtrai-je seulement un jour ? Et il y a cette hantise permanente du futur, l’impression hyperréaliste que ma vie s’arrêtera le 10 juin parce que je serai entré dans un monde que je hais par dessus tout, le monde des adultes. Un enfant ne meurt jamais, un adulte meurt dès qu’il se reconnaît comme tel. Je dois rester l’enfant que je suis aujourd’hui si je veux survivre. Je sais que je pense trop au futur, j’en oublierai presque le présent qui compte tellement.

Le temps est la malédiction de tout être vivant.


Je suis aussi quelqu’un de très impatient, aussi dès que j’ai quelque chose je le consomme tout de suite.

Aujourd’hui je dois recharger mon crédit de communication, mon instant préféré dans l’utilisation du portable.

J’entre les chiffres inscrits sur le ticket et je valide.

« Votre crédit est rechargé ».

J’ai à nouveau le pouvoir ! Martin m’a conseillé d’acheter un jeu avant d’utiliser le crédit pour appeler, il y en a un qui m’a flashé à la dernière page de mon magazine télé. J’envoie le code au numéro indiqué, et voilà 3euros de parti ! Un sms m’indique que le jeu est arrivé, je me connecte au wap, il est bien là. J’installe en salivant d’impatience.

« Ce jeu est incompatible avec votre mobile ».

Quoi ? C’est une blague ? Je réessaye. Idem. Rien à faire, je me suis fais avoir. Encore. Parfait !

Je consulte mon compte. Il me reste 2,90€ sur 10.

- QUOI ??

C’est dans ce genre de moment que je voudrais m’éclater la tête contre un mur.

Les autres ont raison : je suis vraiment con.

Un gamin joue avec tout ce qu’il trouve, il n’a pas de réelle notion du danger.

Moi je suis un adolescent. Physiquement. Donc je suis pareil.

Mon père possède une dizaine de briquets dans son garage, tendres souvenirs de son passé enfumé. Et moi je me faufile pour en chaparder un afin de m’amuser. Et je filme mes exploits ! La décomposition progressive d’un gobelet en plastique, d’une bouteille, d’un journal…à l’intérieur de la maison !! L’odeur de brûlé est bien présente, même en aérant, heureusement que les parents sont partis ! Je jette le journal à la poubelle mais il est encore rougeoyant, et la poubelle est en plastique. De grandes flammes ne tardent pas à s’élever, accompagnées d’une épaisse colonne de fumée. Avec mon gobelet pour me brosser les dents je jette de l’eau dans la poubelle décomposée, le feu est maîtrisé. Ouf !! Le briquet est dans ma poche, je cours le remettre à sa place. Les dégâts sont minimes mais pas invisibles.

Je vais devoir trouver une excuse vraiment valable !


En attendant une éventuelle sentence j’allume la télé et tombe sur un débat : premières fois en été. Ah les femmes ! Je les aime autant que je les ai ! Avec moi tout se passe comme un mauvais matche de foot : des occasions, mais dès que le ballon part vers les buts, il se prend un poteau au dernier moment. Peu encourageant, mais je suis habitué depuis. L’imprévu est le maître de ma vie.

Il n’y a rien à regarder. C’est dingue, nous attendons les vacances avec impatience et quand on y est on s’ennuie tellement que l’on a hate d’être à la rentrée !

Mon portable sonne, j’ai un appel, de Claire.

- Salut.

- Ca va ?

- Je m’ennuie. Ton appel est le rayon de soleil de ce ciel embrumé.

- Joli.

- J’ai rien d’autre à faire que réfléchir pour une fois, alors…

- Ah.

- Y’a quelque chose pour ton service ?

- Non, je voulais juste…avoir des nouvelles.

- Que veux tu qu’il m’arrive dans ce coin pommé en 24 heures ?

- Je suis ton amie.

- Seulement mon amie ?

Il y a un silence puis elle dit :

- Il y a une chose que tu dois savoir. Depuis notre rencontre je n’ai pas arrêtée de…

La ligne coupe, plus de batterie. Dommage.


Dès que l’accès au net m’est donné je vais sur mon blog valider les derniers commentaires. Il est surtout composé de vidéos trouvées un peu partout, je n’aime pas les images fixes. Ensuite je me rends sur mon site de fan fictions pour éditer mes nouveaux écrits. Comme je sais qu’il n’y a aucune chance de voir mon nom en librairie un jour, je me réfugie ici.

J’achève mon tour d’horizon par les sites habituels de cinéma et de musique de film. Deux heures de zapping, voilà l’adolescence dans toute sa splendeur avec ce que nos parents nous envient le plus : avoir le temps.

Une fenêtre apparaît alors en clignotant : « Adeline est en ligne ». Je clique vite dessus.

> Ca va ?

>> L’ennui mortel mais sinon ça va, répond elle.

> Heureusement que t’a un boulot pour l’été sinon je te dis pas !

>> C’est clair.

> Au fait, tu commences quand ?

>> Lundi à huit heures, ce qui veut dire que je vais devoir me lever à six.

> Galère !

>> Tant que je suis payée je vais pas me plaindre.

> Et ce week-end tu fais quoi ?

>> Rien de spécial. Et toi ?

> Il y a un bon film au ciné : Mongback.

>> Ah oui il est cool, je pourrai venir avec toi si tu veux.

> Sérieux ?

Qu’est-ce que je fais ?

> O.k, c’est à 13h30, je te paye même la place si tu veux !

>> O.k ! a demain alors !

> O.K.

>> Bye.

« Hors ligne ».


- Martin je te dis que je suis dans la merde, j’ai invité Adeline au ciné !

- C’est pas trop tôt !

- Mais comment je vais faire ??

- T’a bien une idée sinon tu l’aurais pas invitée !

- Ouais mais je sais pas si je serai capable de faire tout ce que je pense.

- Eh t’assume ! Faut déjà que tu lui paye sa place, ensuite tu la prend par le bras, et pour finir tu l’embrasse.

- Attends je note, c’est vachement bien trouvé.

- Tu te fous de ma geule là j’espère ?

- Je t’écoute.

- Bon, surtout, ne regarde pas le film !

- Quoi ? Je vais pas payer 15 balles pour un film que je ne verrai pas !!

- Tu la veux ou pas ?

- Galère !

- C’est ta dernière chance.

- Merci je suis au courant.

- Si tu gagne dans la salle, elle est à toi.

- Je le sens bien.

- Bonne chance.

- Merci, je vais en avoir besoin.

- Et Thomas…si tu te la fais…je te bute !

- Je gagnerai le pari, au revoir, puceau.

Je raccroche et respire à fond.

Demain sera un jour historique. 




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