The Darkside

Chapitre 19 : The Darkside, par delà le miroir

Par Akiraalistar

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Susanna vit le jour à Nasca, la capitale de l Empire. Elle et sa mère, Héméra, n avaient pas beaucoup d argent et vivaient dans une petite maison non loin du palais. Le père de la jeune Ombre les avait abandonnées à la naissance de celle-ci, et n était jamais revenu depuis. Cela n empêcha pourtant pas Héméra d élever son enfant et de la combler de son amour à chaque instant. La mère et la fille se contentaient de simples petites choses, qui les faisaient sourire au quotidien. Elle n étaient peut être pas les plus fortunées de la cité et vivaient de manière modeste mais c était surtout dû au fait que l exubérance et l abondance ne les intéréssait en rien... Du moins, au début. Chaque matin, à l aube, la lumière irradiant de l Astre découvrait la demeure de l Empereur. Nichée sur sa colline, avec ses tourelles d obsidienne incrustées d or et ses portes faites de pierres précieuses étincelantes, elle était sublime. Les deux Ombre ne manquaient jamais le spectacle et ne cessaient de s émerveiller devant ce magnifique tableau.

- Plus tard, moi aussi je vivrais dans le palais impérial, déclara un matin Susanna, du haut de ses 5 ans. Et je t emmènerais avec moi, Maman. On mangera des pâtisseries tout les jours et on fera des ballades à dos d okélaphos, ces fameux cerfs couverts d écailles super rapides sur l eau !

La petite Ombre avait des étoiles pleins les yeux.

- Oui ma chérie, un jour, peut être que nous y aurons droit, susurra Héméra, le regard débordant de tendresse.

En simple petite apothicaire, Héméra gagnait tout juste de quoi payer le loyer et les nourrir toutes les deux. Et encore, la plupart de leurs repas étaient juste composés de pain trempé dans une soupe peu consistante et d un maigre morceau de viande, si les affaires marchaient bien. Si ce métier ne rapportait pas beaucoup, c était tout simplement parce que la plupart des gens faisait appel à des Guérisseurs, des mages manipulant le mana pour soigner autrui. Seuls les citoyens les plus démunis qui n avaient pas assez d argent pour se payer de tels services consultaient encore des apothicaires. Mais malgré cela, la mère et la fille étaient heureuses, n était ce pas cela le plus important ? Hélas un beau jour, leur petit monde s effondra, d une manière si soudaine que les deux Ombres ne purent anticiper la chose. Un soir, après une cueillette particulièrement fructueuse, Susanna et sa mère n ayant pas vu le temps passer, tardèrent de rentrer à la maison. Il fallait dire que la jeune Ombre avait insisté pour ramener son arc pour se dégourdir les doigts, faisant durer la récolte plus longtemps que prévu. Quand elles sortirent de la forêt, deux paniers de plantes médicinales à la main, Héméra et sa fille manquèrent d étouffer sous une fumée noire.

- AU FEU ! Hurla quelqu un en passant devant elles, un mouchoir en tissu plaqué sur le visage.

Héméra et Susanna s empressèrent de remonter la rue à toute allure, un mauvais pré-sentiment dans la poitrine, afin de découvrir d où pouvair bien provenir l incendie.

- Mais c est vers chez nous ! Lança tout à coup Susanna d une voix fluette.

Elle prit un nouvel embranchement, peinant à suivre le rythme imposé par sa mère. Héméra ne répondit pas, ne voulant pas accepter l évidence qui se profilait devant ses yeux. Elle arrivèrent enfin devant leur maison, en ruine, ravagée par les flammes. Ce foyer qui les avait nourries, logées, protégées, était à présent complètement détruit. Devant ce spectacle effroyable, la petite Ombre gémit :

- Pourquoi ? Pourquoi cela nous arrive t il à nous ?

Les flammes d un rouge intense se reflétaient dans ses yeux remplis de larmes. Héméra serra sa fille contre elle en l éloignant du brasier, avant de sangloter :

- Je suis désolée ma chérie, je suis tellement désolée...

Elle tomba à genoux en se lamentant et salit sa robe de cendres. La douleur de sa fille la faisait bien plus souffrir que la perte de leur foyer. Susanna n oublierait jamais l étau qui s était resserré sur son coeur, en contemplant sa mère d ordinaire si forte, si souriante, totalement effondrée. La jeune Ombre ne se souvenait plus ce qui s était passé après cela, comme si un voile de ténèbres lui avait recouvert les yeux. Elle gardait simplement le vague souvenir de bras réconfortants qui l entouraient, de regards emplis de pitié et d une couverture bien chaude posée sur ses épaules. Susanna se rappelait également avoir souhaité de tout coeur que ce qu elle vivait ne soit qu un simple cauchemar, qu elle allait se réveiller dans son lit douillet, Maman entrain de la cajoler en lui racontant une énième histoire. Mais elle savait au plus profond de son être que tout cela s avérait réel. Puis, plus rien.


***


La petite Ombre se réveilla en sursauts dans le salon d un voisin proche, avec l impression que des griffes invisibles lui déchiquetaient les entrailles. Le visage atterré de la boulangère apparut soudain au dessus de sa tête, une odeur de pain cuit s échappant de ses vêtements.

- Tout va bien petite, ta mère et toi êtes en sécurité à présent, lui dit elle.

Le regard de Susanna complètement vide. Les paroles de l Ombre passèrent au dessus d elle comme un simple courant d air. Comment pouvait elle affirmer que tout irait bien, alors que Susanna venait de perdre son foyer ? Elle ne tenta cependant rien et resta chez les voisins où elle vécut avec sa mère pendant un temps. Pourtant, les jours suivants passèrent comme un songe, et les mois d après également. La veille de 6 ans, la petite Ombre surprit une dispute entre sa mère et leur hôte.

- Je ne pourrais pas vous loger et vous nourrir éternellement, cracha le voisin. Moi aussi j ai une famille dans le besoin , alors je vous conseille de retrouver rapidement du travail, Héméra sinon, je n hésiterais pas à vous jeter dehors, vous et votre fille.

En entendant cela, la petite Ombre frissonna. Elles n allaient pas finir à la rue, si ?

- Je vous promets de trouver un poste quelque part, ainsi nous débarrasserons définitivement le plancher, vous êtes content ?! Lança Héméra, sur un ton arrogant.

Les coups se mirent à fuser. Le voisin attrapa un couteau et le jeta avec précision au visage de la personne qu il s efforçait d héberger depuis des mois. La lame s enfonça dans l oeil droit de l Ombre, et le sang se mit à gicler. Héméra hurla, une main plaquée sur son visage.

- MAMAN ! Cria Susanna, terrifiée.

Elle voulut intervenir, mais la femme de leur hôte lui barra le passage.

- Ce ne sont pas des affaires pour les enfants, déclara t elle, coupable. Viens petite, et si on allait faire un tour ?

- Non je ne veux pas m éloigner, je veux Maman ! Pleurnicha Susanna.

La femme attrapa l enfant par le bras malgré ses gesticulations, afin de l éloigner du grabuge. Heureusement, après cet incident, Héméra survécut à sa blessure, mais devint borgne et fut chassée avec Susanna de leur refuge temporaire.

Elle vécurent à la rue pendant des semaines, s abritant du froid comme elles le pouvaient et se nourrissant de ce qu elles trouvaient dans la forêt. Pas une seule fois Susanna ne se plaignit, même lorsqu elles ne trouvèrent rien à manger pendant trois jours. Elle était avec Maman, c était cela le plus important. Un beau matin, la mère et la fille étaient à la recherche d une maigre poignée de champignons quand elles tombèrent sur un soldat de l Empire, un dragonnier pour être plus précis. Sa monture cendrée lâchait des panaches de fumée par les naseaux, ébourrifant les cheveux de la petite Ombre. Pris de pitié pour Susanna et Héméra, le soldat leur présenta un morceau de pain ainsi que son outre remplie d eau et accepta ensuite d écouter leur histoire. Pendant que sa mère parlait, Susanna savourait sa pitance, en contemplant la créature au corps couvert d écailles avec émerveillement. Lorsque Héméra conclut, le dragonnier leur proposa d entrer à la cour impériale en tant que servantes.

- Même si ce métier n est pas très glorieux, vous serrez tout de même logées confortablement et nourries en suffisance, déclara t il, avec bonne volonté.

Et c est ainsi que le destin des deux Ombre changea du tout au tout, en entrant à la cour. D une certaine manière, Susanna avait accompli son rêve. A présent, chaque fois qu elle lèverais les yeux, elle pourrait contempler la splendeur du palais impérial en se goinfrant de pâtisseries saupoudrées de sucre. Et pour ce qui était des okélaphos, la petite Ombre pouvait en voir une fois par an lors de la Grande Course Annuelle, où tout les habitants de la cour impériale, nobles comme serviteurs, avaient l honneur d être conviés. Héméra, elle, était attelée aux cuisines, tandis que Susanna s occupaient de la lessive avec plusieurs autres Ombres de son âge. Les jours puis les mois passèrent, et après déjà 6 ans de fidèles et loyaux services, elles s étaient parfaitement habituées à cette nouvelle vie. Susanna parvint même à se faire une amie. Un matin, alors qu elle traversait la cour en toute hâte, elle renversa son panier se linges par mégarde. Une jeune Ombre qu elle n avait encore jamais vu s empressa aussitôt de l aider. Susanna fit ainsi la rencontre d Elrina, une jeune Ombre énergique avec qui elle se lia d une profonde amitié. Elrina, âgée de 14 ans, soit un an de plus que Susanna en ce temps là, avait déserté son village, celui d Aduo, suite à un mystérieux incendie.

- Les dragons... Avait elle dit un jour à son amie, en partageant un biscuit. Ils ont tout détruit, tout brûlé sur leur passage, même mes parents n ont pas pu en réchapper.

Elrina mordit dans le gâteau, sans réel enthousiasme.

En voyant Elrina ainsi accablée, elle qui était d habitude si pétillante et joyeuse, Susanna n hésita pas à serrer son amie contre son coeur pour la réconforter.

- Merci Susanna, murmura la jeune Ombre, reconnaissante.

Elle retira alors la broche qui maintenait ses cheveux en place, qui retombèrent en une cascade de boucles sur ses épaules. Elrina la tendit à son amie et lui dit :

- Je t en fais cadeau Susanna, car tu es la meilleure amie dont j aurais pu rêver. Tu m as redonné le sourire et illuminé ma vie...

Elrina planta ses yeux dans celui de Susanna, son regard débordant d un amour inconditionnel.

- Je... Je t aime Susanna, lâcha t elle finalement, dans un souffle.

A ces mots, la fille d Héméra comprit aussitôt que ce que son amie ressentait pour elle était réciproque. Elle contempla le visage d Elrina, devenu délicieusement familier. Ses iris couleurs de miel, aussi brillants que la lumière de l Astre, sa peau bleutée, de la même couleur que celle qu arborait l Océan Déchaîné pendant les beaux jours. Et enfin, sa bouche en forme de coeur, dont les lèvres pulpeuses épousaient à la perfection les contours si harmonieux de son visage. Susanna s approcha, désirant admirer cette nymphe céleste de plus près qui d après elle, égalait les dieux en tous points. La distance séparant les deux jeunes Ombres s estompa peu à peu, jusqu à ne se réduire qu à quelques centimètres. Elrina posa sa main sur la joue de Susanna, ses doigts aussi doux que du velours lui réchauffant le visage. Et soudain, le temps s arrêta. Les deux jeunes filles ne faisaient plus qu une, chacune serrant l autre contre sa poitrine. Et puis, elles s embrassèrent. Une décharge violente transperça la servante aux cheveux courts. Les premières secondes, cela se fit lentenment et en douceur, mais Susanna, s habituant à cette sensation enivrante, les lèvres d Elrina déposant un goût de sucre sur sa langue, redoubla d ardeur pour ne pas perdre une miette de cet instant privilégié. La jeune Ombre était enfin heureuse, plus qu elle ne l avait jamais été auparavant. Mais malheureusement, son cocon de bonheur se brisa une fois de plus.




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