The Darkside

Chapitre 17 : The Darkside, par delà le miroir

Par Akiraalistar

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Le lendemain, Ulysse et Susanna se levèrent de bonne heure. L auberge dans laquelle ils avaient logé avait été tout à fait acceptable, bien que modeste. Les deux comparses avaient évidemment dormi dans des chambres séparées, au plus grand soulagement du jeune homme qui n était décidément pas très à l aise avec la gente féminine. La seule jeune fille avec qui il passait du temps était sa soeur. Il n avait donc pas vraiment eu la chance d apprendre la manière de se comporter en présence des demoiselles...

Après s êtres lavés à l eau froide et habillés à la hâte, les deux jeunes descendirent dans la salle commune pour commander le déjeuner. Ils se retrouvèrent bientôt attablés dans des sièges confortables, une assiette de gâteaux plats dégoulinant de sirop placée devant eux. Ulysse se régala, trouvant cela meilleur que n importe quelle pâtisserie humaine qui lui avait été permis de goûter. Une fois repue, Susanna s en alla payer l aubergiste, une Ombre d âge mûre au sourire avenant. La jeune rebelle déposa une poignée de pièces dans la paume tendue de la gérante et rejoignit ensuite le jeune homme, occupé à examiner, à l aide d une petite cuillère, le baume bleuté étalé sur sa peau.

- Niveau discrétion, on aura vu mieux... Commenta Susanna, en entraînant Ulysse vers la porte de l auberge.

- Tu peux parler toi, avec ton châle qui ne couvre même pas la moitié de ton visage, rétorqua t il.

Susanna se contenta de lever les yeux au ciel, ne trouvant aucun argument à placer dans la discution.

- Mettons nous en route au lieu de nous chamailler pour des broutilles, lâcha t elle finalement, vaincue.

Ulysse acquiesça, et se laissa guider par sa compagne à travers le dédale de rues que formait la ville, la cape au vent.

Ils ne tardèrent pas arriver chez le forgeron, Ulysse cachant très mal son impatiente. Il avait tellement hâte de contempler le nouveau chef d oeuvre du forgeur d armes ! Lorsque Susanna et lui entrèrent dans la boutique, ce fut un Draken épuisé mais victorieux qui les accueillit, la magnifique guitare du garçon à la main. Après s en être saisi, Ulysse remercia le forgeron. Il constata alors avec étonnement à quel point sa nouvelle arme semblait aussi légère qu une plume. Ulysse s empressa aussitôt de jouer quelques notes sur la guitare, qui retentirent bien plus claires et pures que n importe quel son produit avec un instrument humain.

- Oh, j allais oublier ! S exclama soudain Susanna.

Elle se tourna vers le garçon, ses prunelles ambrées prenant une étrange tiente orangée sous les flammes de la forge.

- Pour que cette arme soit vraiment la tienne, il faut que tu lui donnes un nom.

- Un nom ? Répéta bêtement Ulysse.

- Bien sûr, commenta le forgeron, comme si ça allait de soit. Cette guitare est désormais une extension de ton bras, une partie de toi qui t accompagnera chaque jour au quotidien. Avec elle, tu vaincras des ennemis, protégeras les plus faibles et vivras des moments forts, des bons comme des mauvais...

Ulysse se demandait si Draken délirait à cause du manque de sommeil, avant que l Ombre ne braque sur lui un regard sérieux, signifiant qu il ne blaguait pas. Le jeune homme se mit alors sérieusement à réfléchir à la question. Il cherchait un nom qui défendait ses ambitions et ses pensées les plus profondes, tout en gardant une bonne sonorité et une belle symbolique.

Il faut que je me concentre de toutes mes forces afin de trouver Le nom qui conviendra le mieux à ce morceau de mon âme...

Et soudain, un mot tout simple lui vint à l esprit, quelque chose sans lequelle jamais Ulysse ne se tiendrait ici aujourd hui.

- Espoir. Mon arme s appelera Espoir, comme celui que je n ai jamais perdu, comme celui que je représente pour ma soeur, l espoir avec un grand E, murmura le garçon, avec une certaine fierté dans la voix.

- C est un beau nom, lui confia Susanna, solennelle.

- J approuve également, renchérit Draken. Et j espère de tout coeur qu il restera en toi pour toujours, même pendant les moments difficiles que tu seras contraint de surmonter.

- Merci Draken. Et rassure toi, tu peux compter sur moi pour cela. A compter de ce jour, je ne fuierai plus. Vous en avez tout deux ma parole, conclut Ulysse, en contemplant tour à tour le forgeron et Susanna.

Les joues de l Ombre à lunettes prirent une soudaine teinte rosée, que le jeune homme mit sur le compte de la fatigue. Lui et la jeune rebelle devait laisser le forgeur d armes se reposer à présent, il le méritait amplement. Draken avait fait bien plus pour eux que ce qu Ulysse en attendait de lui, en arrivant ici.

- Merci pour tout Draken, sincèrement, déclara Susanna, comme si elle avait lu dans les pensées de son comparse.

Puis, après des aurevoirs sincères et des promesses murmurées tout bas, les deux voyageurs se mirent en route, en quête de leur avenir.


***


Une fois le village de Tanao laissé loin derrière eux, les déguisements des deux jeunes fourrés en boule dans leurs sacs de toile, Ulysse s autorisa à demander, en rajustant la sangle d Espoir, attachée dans son dos :

- Au fait Susanna, est ce que tu sais où nous devons aller pour trouver ces fameux dragons ?

C était une question stupide, Ulysse le savait. La jeune Ombre était née sur ces terres, elle connaissait l Empire comme sa poche, c était logique non ?

- Non pas du tout, répondit elle du tac au tac, pas du tout inquiète.

- Co... Comment ça pas du tout ? Tu veux dire que tu ne sais même pas où on va ?!

- Mais si ne t en fais pas.

La lueur amusée qui brillait dans le regard de Susanna donna plus au jeune homme l envie de s emporter contre elle que d être rassuré.

- En longeant le fleuve Katara, nous parviendrons au Bois des Damnés, une forêt quasiment impénétrable réputée hantée par l esprit d une ancienne rebelle. En échange d une offrande, elle serait prête à répondre à n importe laquelle de nos questions grâce à son savoir acquis au fil de ses nombreux années d errance, conclut Susanna.

Elle replaça une mèche d ébène derrière son oreille en pointe, comme si ce qu elle venait de révéler était tout à fait normal.

- Donc, si j ai bien compris, tu veux que nous nous contentions de demander gentiment à un fantôme de nous indiquer le chemin ?

- En clair, c est ça l idée, oui.

- Génial... Absolument génial... marmonna le garçon, sarcastique.


***


En fin de journée, Susanna et Ulysse parvinrent aux abords des Marais sans Fond, des marécages tout sauf accueillants situés au sud de Tanao. Ulysse manqua d ailleurs de tomber dans l un de ces faussés remplis de tourbe nauséabonde. Heureusement que sa comparse fut là pour le rattraper avant qu il ne s embourbe dans les eaux boueuses !

- Fais attention où tu mets les pieds, je n ai pas envie de passer mon temps à te repêcher ! Le rabroua Susanna. Il te suffit de t enfoncer au minimum jusqu aux mollets pour rester coincé et mourir étouffé comme un vulgaire poisson hors de l eau. Et ne crois pas que j exagère !

Le jeune homme, effrayé par la perspective que lui offrait la jeune Ombre, obtempéra, et resta par la suite aussi loin que possible des flaques sans fond.


***


- Nous camperons ici, déclara Susanna, en désignant un large creux surmonté de quelques arbres rabougris.

- Tu es vraiment sûre qu on ne sera pas trop exposé ? L interrogea l adolescent, guère convaincu.

- Mais non ne t inquiète pas, ça ne risque rien je te dis !

Susanna envoya valser une branche à l autre bout du renfoncement, comme pour appuyer son propos.

- Si tu le dis... Après tout, c est toi l Ombre, marmonna Ulysse, en aidant la rebelle à préparer le campement.

Une fois le sol déblayé, ils s empressèrent d allumer un feu à l aide d une pierre et de poudre inflammable et firent griller quelques champignons trouvés en chemin.

- Ceux là, ce sont des gouttes de nuit, expliqua la jeune Ombre, en montrant au garçon des champignons noir de jais. Ils contiennent de nombreux nutriments et sont très consistants, nous avons de la chance d en avoir trouvé autant !

Ulysse se demanda alors d où la jeune rebelle tenait ses connaissances en botanique, avant de se rappeler que sa mère s occupait d entrenir le potager du Camp des Réfugiés.

Je me demande ce qui a bien pu se passer entre ces deux là pour que leurs rapports soient aussi ambigus, songea une fois de plus le jeune homme, en croquant dans un champignon grillé.

Après le repas, les deux aventuriers s allongèrent sur le sol, une couverture posée sur leurs corps pour les protéger de la nuit glaciale. Derrière eux, le feu crépitait, ses flammes orangées créant un halo rassurant. Les paupières d Ulysse commençaient à se faire lourdes quand soudain, un cri sauvage rententit, à seulement quelques mètres à peine de leur campement.

Ulysse frissonna avant de demander, à l intention de la jeune Ombre :

- Susanna, qu est ce que c était que ce bruit ?

- Oh, sûrement une chimère. Ces bestioles à l allure de plantes carnivores adorent les milieux marécageux. Elles se déplacent souvent en horde, ont la faculté de se mouvoir rapidement et sont très difficiles à tuer...

- Tu m avais pourtant affirmé qu on ne risquait rien ! S emporta le garçon, en chuchotant cependant de peur d alerter les bestioles.

Face à la panique et au regard courroucé du jeune homme, Susanna ajouta :

- Heureusement, les chimères craignent les flammes plus que tout. Tant que le feu ne s éteint pas, nous sommes en sécurité.

A ces mots, le soulagement envahit Ulysse. Il soupira à l idée que ces créatures resteraient loin de leur campement de fortune.

- Essaie de dormir un peu. Demain, une longue journée de marche nous attend, rappela Susanna, en s emmitouflant un peu plus dans la couverture.

L adolescent, tranquilisé par le ton apaisant de sa compagne, obéit et ferma les yeux. Mais alors que le sommeil était sur le point de gagner les deux comparses, une bourrasque violente s engouffra entre les arbustes, éteignant brusquement le feu de camp.

- Là on est mal... Marmonna la jeune rebelle, en tâtant le sol à la recherche de son arc.

Ulysse, figé par l incrédulité et la fatigue, ne sut comment réagir. Les braises étaient encore chaudes lorsque la première chimère apparut. Haute de plus de 2 mètres, la créature n était qu un enchevêtrement de lianes et de feuilles, parsemée ici et là d épines pointues, dégoûlinantes de ce qui semblait être du poison. Seule une grande bouche garnie de crocs effilés rempliçait le visage de la bête. De la bave dégoulinait de sa gueule, tombant sur la terre en grésillant. Apparemment, elle venait enfin de trouver son dîner, deux mets de premier choix.

- Ulysse, dépêche toi de sortir ton arme et bats toi ! Cria Susanna, en brandissant tantôt son arc, tantôt des filaments de mana violets qui frappaient l ennemi de plein fouet.

Mais le jeune homme tremblait. Il était mort de trouille. Il se contentait de rester planté, en tâtant son arme rengainée d une main malhabile. D autres sifflements retentirent, appartenant aux congénères de la chimère, venues aider leur camarade. Elles encerclèrent Ulysse et Susanna, leur coupant toute retraite.

- ULYSSE ! Rugit la jeune Ombre, en décochant une nouvelle salve de flèches.

L appel de la jeune rebelle sortit le garçon de sa torpeur soudaine. Ulysse repensa alors à toutes les fois où il s était senti impuissant, où il n avait eu aucun moyen de contrer des coups et des moqueries. Mais cette fois-ci, il pouvait se battre. Il devait se battre. Afin de protéger Susanna. Afin de sauver Ariane.

J aurais aimé que tu sois avec moi pour voir ça, petite soeur.

Ulysse sortit Espoir de son étui, qui se transforma aussitôt en hallebarde rutilante. Bougeant seulement par instinct, le jeune homme piqua, trancha, et lacéra les membres et appendices des créatures. Jamais il n aurait pensé être aussi habile avec une arme. La liane épaisse de l une des chimères s enroula soudain autour de sa cheville, l entraînant vers la gueule écumante et garnie de crocs de l ennemie. Ulysse se retourna à la dernière minute, l haleine putride de la chimère lui effleurant le visage, et enfonça Espoir dans sa gorge jusqu à la garde. Un sang verdâtre s échappa de la blessure qui, en éclaboussant le pantalon du garçon, le dissolut comme le ferait un acide. Mais Ulysse n en tint pas compte et retourna à l assaut une fois que la bête vaincue eut poussé son dernier soupir. Il rejoignit Susanna, aux prises avec trois autres plantes monstrueuses. Ulysse coupa net une épaisse liane prête à faire trébucher la jeune Ombre, qui le remercia d un signe de tête. Le jeune homme se sentait revigoré, intouchable, chose qu il n avait jamais ressenti auparavant. Il sourit, lorsqu un autre membre tranché par ses soins s abattit sur le sol. Une légère aura lumineuse semblait repousser les coups, mais trop occupé par le combat qui faisait rage, Ulysse n y fit pas attention. Les chimères tombaient une à une, décapitées, sur la terre imbibée de leur sang brûlant. Susanna, nimbée de son aura violette, décocha une dernière flèche qui traversa la gorge de l unique monstre restant, et le combat prit fin. La jeune Ombre s écroula, épuisée, ses vêtements fumants réduits à l état de simples lambeaux. Ulysse arracha Espoir du cadavre dans lequel elle était nichée, et s empressa d aller porter secours à sa compagne de route, malgré ses jambes flageollantes. Les forces que le garçon avait gagné sous l effet de l adrénaline s estompaient déjà.

- Susanna qu est ce qu il y a ? Où es tu blessée ? S exclama Ulysse, une fois arrivé à son chevet..

- Ne t en fais... Pas. Ce... Ce ne sont que quelques égratinures, murmura t elle.

Une longue estafilade lui barrait pourtant le flanc et le sang qui s en échappait coulait à flots, réduisant à néant ses efforts de minimisation.

- Je... Je n ai plus assez de mana... lâcha Susanna, avant que ses yeux ne se révulsent.

- Susanna ? Susanna ! L appela l adolescent, en vain.

Que pouvait il faire ? Que devait il faire ?

Ulysse, dans la panique, se souvint d une plante médicinale qu il avait ramassé sur le chemin, sur les rives du fleuve Katara. Ulysse ouvrit son sac de toile et en sortit une petite herbe, orangée et rabougrie.

- Cette plante est une Flamme Ardente. Elle pousse près des cours d eau et possède de nombreuses propriétés curatives, lui avait dit Susanna, la veille.

Ce remède traite la plupart des infections et est un parfait anti-douleur. La Flamme Ardente accélère aussi la coagulation du sang et permet donc de rendre la cicatrisation plus efficace.

- Tu es une vrai encyclopédie vivante, en fait ! Avait plaisanté l adolescent.

- Peut être...

Ulysse s empressa de couper les feuilles en plusieurs morceaux plus petits, pour les rendre plus faciles à ingérer. Lorsque le jeune homme introduisit la première dose dans la bouche de la jeune rebelle, elle réagit à peine. Ulysse prit alors d infinies précautions, veillant à ce que Susanna ne s étouffe pas durant tout le processus. Une fois qu elle eut complètement avalé le remède, le garçon se dépêcha de lui concevoir un bandage, à l aide de bandes de tissus apportées en prévision.

- Heureusement que j ai reçu quelques cours de secourisme au collège, soupira Ulysse, en s attelant à la tâche.

Quand il eut bien serré les bandes entre elles à l aide de petites lianes abandonnées par les chimères, le jeune homme s allongea enfin, mort de fatigue et prit soudain conscience qu il n avait pas reçu la moindre blessure durant l attaque. Cela lui parut étrange, vu l état dans lequel se trouvait Susanna, malgré son entraînement. Mais il se dit simplement qu il devait être l humain le plus chanceux du monde. Susanna remua alors, le tirant pour de bon de ses ruminations.

- Ulysse, que s est il passé ? Demanda t elle, en fronçant les sourcils à la vue du bandage serré autour de sa poitrine.

- Tu es tombée dans les vapes à la fin du combat à cause de tes blessures, mais ne t en fais pas, tu ne risques plus rien à présent.

Susanna fixa son compagnon de voyage avec attention, ses yeux ambrés semblables à deux pièces d or sous la faible lumière de l Astre.

- Je suppose que je dois te remercier alors.

- Il n y a pas de quoi. Tu m as toi même sauvé la vie à plusieurs reprises, je n ai fait que te rendre la pareille. Est ce que cela veut dire que l on est quitte ?

Mais la jeune Ombre, blottit dans la couverture, dormait déjà à point fermé. Ulysse se mit alors à sourire, seul, soulagé d avoir survécu à cette nuit. Il était enfin parvenu à se défendre, ce qui l avait fait se sentir plus vivant que jamais. Plus libre. Ulysse se sentait un peu dépossédé du fardeau qui lui pesait si lourd depuis le décès de Maman. Ce sentiment d impuissance qu il avait ressentit auparavant n était déjà plus qu un vague souvenir. A présent, il se sentait fort, capable de défendre autrui.

Et c est sur cette délicieuse pensée qu Ulysse se laissa sombrer dans les ténèbres, sans faire le moindre cauchemar.




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