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- Il n est pas là... L Empereur n est pas ici... Il n y a que toi et moi, personne d autre ! Il n est que dans ta tête, il est incapable de te faire du mal !
Ayden se réveilla en sursauts, le coeur affolé, les paroles de la jeune humaine battant encore à ses oreilles. Sa main bleutée terminée par des griffes d ébène se crispa, et s enfonça dans une matière étrangement douce au toucher.
Où suis-je ? Se demanda l Intendant.
Ses pensées se faisaient atrocement confuses dans son esprit. Il comprit alors avec effroi qu il se trouvait dans un lit. Ayden haleta, craignant durant un instant qu il se trouvait dans le siens. Une terreur insoutenable coulait dans ses veines, le consumant tout entier. Le jeune Ombre prit une grande inspiration, humant par la même occasion une senteur qui le soulagea aussitôt. Il se trouvait dans un lit, certes, mais d après l odeur doucereuse qui émanait des draps, Ayden devina avec gratitude qu il se trouvait à l infirmerie du palais.
- Ayden, que se passe t il ? Ta peur a si subitement afflué dans le lien que ma proie a réussi à s échapper !
La voix familière finit d apaiser l Intendant. Il répondit donc d un ton qu il espérait léger par le biais de sa connexion psychique :
- Désolé. J ai simplement fait un cauchemar, rien de dramatique...
Sa compagne vit cependant clair dans son jeu. Une colère froide et intense, dirigée vers une tout autre personne, gronda en elle comme un volcan sur le point d entrer en irruption.
- Avoue plutôt que c est encore ce prédateur assoiffé de jeune chair qui t a utilisé pour son simple plaisir... Rétorqua t elle, en s imaginant planter ses crocs dans les entrailles infâmes du monstre.
Ayden se revit subitement dans sa chambre, plaqué contre le mur, luttant en vain contre son assaillant bien décidé à l allonger sur le matelas. Il sentit sa bouche se lier à la sienne, parcourant ensuite la moindre parcelle de son corps en y laissant des marques qui jamais ne s effaceraient. Ayden ressentit de nouveau la douleur fulgurante se propager en lui, l abandonnant les jambes flageollantes, alors qu il se collait au jeune Ombre afin de... Ayden ne put se résoudre à conclure. Il ferma brusquement son esprit et empêcha, par la même occasion sa seule amie de communiquer avec lui. L Intendant ignora la fureur poignante qui envahissait peu à peu l un des filins le liant à un autre être. La sensation sur laquelle il préféra se concentrer fut la mince lueur d espoir qui pointait dans son propre coeur. La prisonnière, celle chez qui il s était réfugié en fuyant l Empereur... Elle lui avait parlé, avait tenté de le calmer. Elle s était contenté de retarder le coup fatal, permettant au jeune Ombre de vivre et d oublier quelques jours de plus. L Intendant savait que l humaine avait ensuite pris la poudre d escampette en dérobant la clé de la servante venue plus tôt dans la matinée... Elle avait pourtant échoué lamentablement, se faisant, une fois de plus, intercepter par les gardes de son propre bataillon. Ayden se demandait d ailleurs ce qui avait bien pu pousser la jeune fille à lui venir en aide, à lui, son geôlier, son ennemi. Mais malgré cela,l Ombre ne pouvait s empêcher d admirer l adresse dont elle avait fait preuve pour sa tentative d évasion, ainsi que la détermination farouche qui l avait animée, pendant le court instant durant lequelle l Intendant avait daigné la regarder. Au moins, la jeune humaine, elle, ne semblait pas encore décidée à abandonner. Ayden savoura la douce chaleur qui se déposa comme un baume sur son coeur meurtri. Un léger sourire comme il s était souvent retenu d arborer se dessina sur son visage tandis qu en lui, brillait une seule et unique certitude. Celle que les humains n étaient pas tous aussi mauvais que le prétendaient les anciens.
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Une douleur intense irradiait au niveau de la poitrine d Ariane, ce qui la força à reprendre connaissance. Une obscurité palpable envahissait sa vision, traversée par des éclairs rouges. Lorsque l adolescente ouvrit enfin les yeux, celle ci remarqua qu elle ne se trouvait plus dans sa cellule miteuse, au fin-fond des geôles du palais. Perdue, Ariane tenta tanr bien que mal de se rappeler ce qu il s était passé, juste avant de se manger le coup du soldat. Elle se souvint alors soudain de l entrée de l Intendant dans sa cellule, de son évanouissement suite à son trop plein de panique. Et après cela...
- J ai fuis, se rappela Ariane. J ai tenté de m échapper, courant dans le dédale de couloirs à en perdre haleine, le prénom de mon frère me brûlant les lèvres. Hélas, j ai échoué une fois de plus...
Un sanglot serra la gorge de la jeune fille, l empêchant de reprendre son souffle. N y tenant plus, Ariane laissa couler ses larmes de souffrance sans se retenir, hurlant à pleins poumons son désespoir jusqu à s en briser la voix. Personne ne pouvait l entendre, ou plutôt, personne ne s en souciait. Ariane, épuisée, s avachit au sol une fois sa crise passée. Elle prit le temps d inspirer à grandes goulées pour se donner de la force et redressa ensuite la tête pour englober du regard sa nouvelle prison dans sa totalité. Celle-ci, aussi exigue que la précédente, était de forme circulaire et semblait entièrement faite de métal couleur de bronze. Une unique fenêtre permettait aux faibles rayons de l Astre de retomber sur le sol de pierres.
Je me trouve dans un donjon, comprit Ariane.
Sa situation lui rappela étrangement un mythe que sa mère lui racontait souvent , ramené de l un de ses nombreux voyages en Grèce. Il s agissait de l histoire de Danaé, une jeune fille enfermée au sommet d une tour inateignable par son père, afin de l empêcher d enfanter un héritier mâle qui risquerait de détrôner ce dernier. La comparaison fit l effet d une douche froide à l adolescente, si bien que lorsqu elle éclata de rire, ce fut de nervosité. Mais soudain, une douleur lancinante saisit la jeune fille en pleine poitrine, de telle sorte que ses gloussements ne tardèrent pas à se transformer en gémissements. En prenant son courage à deux mains, Ariane souleva sa nouvelle tunique, déjà réduite à l état de lambeaux.
Sa poitrine ne présentant que quelques éraflures, l adolescente en déduit que la douleur provenait de l intérieur.
- J ai sûrement une ou deux côtes fêlées, analysa t elle, en serrant les dents pour ne pas hurler.
Ces stupides mercenaires ne m ont pas râtée ce coup-ci...
Ariane sentit soudain un mince filet chaud et humide couler d entre ses lèvres. Après s être essuyée un peu trop brusquement, Ariane remarqua que sa main était tâchée de sang.
J ai dû me mordre la langue pendant que j étais inconsciente, supposa la jeune fille, en se frottant les yeux.
En contemplant le liquide vermeil qui maculait ses doigts, Ariane repensa soudain à quelqu un qu elle aurait préféré oublier. Ses ongles entaillèrent sa paume quand son poing se crispa. Elle pensait à l Intendant étendu sur le sol, au supplice, les yeux brillant de toutes les larmes qu il peinait à contenir. A ce moment là, Ayden s était trouvé incapable de faire du mal à la jeune fille et encore moins de l arrêter. Alors pourquoi Ariane avait tant tenu à lui venir en aide ? Pourquoi ne s était elle pas empressée de fuir, aussitôt les protections érigées devant la porte tombées ? Le souvenir des morsures sur la nuque du jeune Ombre se manifesta alors dans l esprit d Ariane, et avec lui, ce que ces entailles signifiaient. L Empereur ne considérait pas seulement le garçon comme son fidèle bras droit, mais également comme l objet capable de satisfaire son désir. Ariane frissonna. Sa nouvelle cellule lui semblait aussi froide que si elle était située en pleine montagne. Elle se reprit pourtant, chassant la compassion de son coeur en miettes.
Si je m étais enfuie plus tôt au lieu de jouer la justicière, je ne me tiendrais pas ici, coincée entre 4 murs. Ce maigre instant d hésitation m a coupé de la liberté une fois de plus. Ma pitié m a encore un peu plus éloignée d Ulysse, mon frère... Eloignée de l avenir que j espérais un jour le voir embrasser, en oubliant cette fichue cicatrice qui lui a arraché sa joie de vivre...
Ariane se recroquevilla contre le mur glacé qui se trouvait derrière elle et s obligea à ressentir le froid mordant qui lui dévorait les paumes. Elle dut ensuite s assoupir, car lorsqu elle ouvrit les yeux, les étoiles dansaient dans le ciel nocturne. Ariane fit un pas en avant et manqua de s écrouler, tant la douleur qui se dégageait de sa poitrine lui brûlait. Sa blessure s était aggravée. Trois coups secs retentirent contre le battant de fer, alors qu Ariane se retenait à grandes peines de hurler. Son regard obscurci par la souffrance se braqua sur une silhouette svelte, toute de noir vêtue. La jeune fille hoqueta de surprise en contemplant le visage de l Ombre qui lui faisait face. Cependant, au contraire des précédentes visites du garçon, Ariane ne sentit aucune haine naître en elle. Etait ce dû à l immense fatigue qui l animait, la rendant incapable d éprouver quoi que ce soit ? Oui ça devait être cela, quoi d autre sinon ?
- Que me voulez vous Intendant ? Pesta Ariane, qui peinait à rester debout.
Êtes vous venu dans le but de me narguer, pour mon stupide élan de compassion à votre égard ?
- Tu es blessée, se contenta de lâcher Ayden en ignorant les questions de la jeune humaine.
Il rejoignit Ariane en quelques enjambées, sa cape voletant derrière lui comme une traînée de ténèbres. La jeune fille, confuse, fut incapable de réagir lorsque les prunelles couleur de flamme de l Ombre se posèrent sur son visage amoché. Un filet de sueur ruissela sur la nuque d Ariane alors que ses cheveux, ternes à présent, collaient à son front en un épais amas poisseux.
- Où as tu mal ? Se répéta Ayden, une masse nébuleuse et sombre naissant aux bouts de ses doigts griffus.
Qu est ce que ça peut lui faire que je souffre ? S interrogea Ariane, anxieuse.
Une idée germa soudain dans son esprit, totalement évidente. L adolescente plaça ses bras contre ses côtes brisées, en un geste protecteur.
Si le bras droit de l Empereur s est déplacé en personne, c est pour me punir. Il est là pour me torturer, m inciter à rester inofensive pour que plus jamais, je ne tente de m échapper.
La vue de la lame rutilante, rangée à la ceinture de l Intendant, acheva de la convaincre.
Que pouvais-je imaginer ? Qu il m épargnerait parce que je lui avais sauvé la vie ? Comment ai-je pu me montrer aussi naïve, bon sang ?!
Ayden posa son regard sur les bras recroquevillés de la prisonnière et comprit d où sa douleur provenait. Ses lèvres s étirèrent en un mince sourire qui tenait plutôt de la moue d un être faussement compatissant.
- Cela doit te faire atrocement souffrir... Marmonna t il. Des côtes cassées, c est loin d être quelque chose d agréable...
Sa main auréolée de ténèbres s approcha d Ariane, cherchant sa poitrine. La jeune fille recula instinctivement et cracha d un ton acerbe :
- Si tu veux me blesser, il faudra d abord que tu touches !
Ariane n éprouvait plus la moindre peur, plus la moindre envie irrépressible de se cacher, priant pour que plus jamais quelqu un n ose lui faire du mal. Elle avait compris que dans ce monde, seule la loi du plus régnait. Ayden devait pourtant le savoir mieux que quiconque, lui, la marionnette dansant au bout des fils que magnait l Empereur. Ariane avait l impression que ses côtes se désintégraient comme si elles étaient recouvertes d un puissant acide. Elle continua cependant à s éloigner de l Ombre, luttant pour ne pas s effondrer.
Mais soudain, une surface dure et lisse se matérialisa derrière le dos d Ariane ce qui la contraignit à se stopper net. L Intendant prit tout son temps pour parcourir les derniers mètres qui le séparaient de la prisonnière, le feu couleur de nuit enflant entre ses paumes tendues. Arrivé à la hauteur de la jeune fille, il pressa l une de ses mains griffues sur sa poitrine. Un froid atroce se répandit aussitôt dans le corps d Ariane.
- Lâchez moi ! Cria t elle, traversée de soubresauts.
Ariane tenta de se dégager, en vain.
Elle sentit la main de l Ombre trembler, comme si il luttait pour la maintenir en place.
- Mais tu vas arrêter de bouger oui ?! Comment veux tu que je te soigne si je suis incapable de poser mon mana sur toi ?!
- Qu... Quoi ? Vous... Vous voulez me soigner ?
Ariane était si confuse qu elle cessa de gesticuler malgré la main d Ayden toujours plaquée sur sa poitrine. Un étrange sentiment de gêne planait entre eux, jusqu à ce que le jeune Ombre ne rompe le contact. Haletant, l échine courbée par la fatigue, il se laissa tomber au pied du mur, aux côtés d Ariane. La jeune fille se laissa choir également, plaçant cependant un bon mètre de distance entre elle et l Intendant. Le feu dans son poitrail avait cessé de brûler, ce qui lui fit lâcher un soupir de soulagement.
- Merci, marmonna Ariane, reconnaissante.
- Tu n as pas besoin de me remercier, je n ai fait que te rendre la pareille, rétorqua Ayden, en se grattant le sommet de la tête.
Un voile drappa soudain ses yeux orangés à la pensée de ce fameux jour où il s était retrouvé vulnérable. Ariane dévisagea le jeune Ombre assis non loin d elle, celui qui lui avait semblé si froid aux premiers abords. Ses crocs saillants, mordillant sa lèvre inférieure, sa peau aussi bleue que la teinte qu arborait la Mer du Nord en été... Tout ces petits détails qui caractérisaient l Intendant lui paraissaient étrangement familiers à présent... Pourtant, Ariane se devait de rejeter Ayden et de le haïr, malgré le lien infime qui s était tissé entre leurs deux âmes. Ariane entrouvrit les lèvres, articulant sans peine :
- Et moi, ce jour là, je n ai fait que ce qui me semblait juste, rien de plus...
Un mince sourire éclaira ses traits malgré elle, comme elle n en avait plus esquissé depuis son arrivée sur les Terres d Obsidienne.
- Ariane, c est bien cela ?
Le timbre d Ayden avait repris le timbre sérieux auquel la jeune fille était habituée. Ariane acquiesça, une tension soudaine naissant au creux de son ventre.
- C est bien mon nom, en effet. Mais pourquoi me le demander maintenant ?
Ayden lutta un instant contre ses démons, éloignant le plus possible la présence de l Empereur, tapie au fin-fond de son esprit. Lorsqu il redressa la tête, son regard brillait.
- Tu souhaites sortir d ici, je me trompe ?
Mais quelle question stupide ! Evidemment qu Ariane voulait s échapper.
- Venez en au fait, Intendant. Qu est ce que vous essayez de me faire comprendre ?
L adolescente se décala légèrement, réduisant de peu la distance qui séparaient les deux prisonniers de l Empereur. Le visage de la jeune fille se fit avide, tandis que ses mains se couvraient d une mince pellicule de sueur. Le jeune Ombre inspira, main pressée sur le coeur.
- Ce que j essaie de te faire comprendre, c est que je désire m allier à toi pour enfin me tirer de ce trou à charognards. N était ce pas déjà assez clair ?
Ariane ignorait ce qu était un charognard, mais elle ignorait également pourquoi l Intendant lui faisait cette proposition, là, maintenant.
- Attendez. Vous souhaitez vraiment coopérer avec moi... Même si je suis une humaine ?
Elle ne pouvait pas y croire, s était trop beau.
- Si je souhaite entreprendre cela avec toi, c est justement parce que tu es humaine, Ariane, avoua sincèrement Ayden.