Après un repas délicieux et quelques coupes de champagne pour fêter nos fiançailles et le château, je suis allongée sur Hunter qui est assis par terre avec le dos appuyé contre un fauteuil. Je suis enfin remise de mes émotions et je savoure les baisers d’amour qu’il pose sur ma tempe régulièrement. Je caresse ses avant-bras qui me câlinent et nous observons les étoiles par le toit de la véranda en discutant, même si j’ai du mal à ne pas fixer la bague à ma main.
- C’est dingue que tu sois tombé par hasard sur ce château parfait… je n’arrive pas à y croire… comment est-ce possible ? demande-je pensivement.
- Par hasard ? Je le cherche depuis des mois mon cœur…
- Quoi ?! Mais depuis quand ?! m’exclame-je en l’observant par-dessus mon épaule.
- Depuis que tu m’en as parlé pour la première fois par message. J’ai commencé à chercher un peu par curiosité… Mais c’est suite à notre discussion au chalet, quand tu me l’as décrit précisément, que je me suis vraiment mis à le chercher. J’en ai visité quelques-uns ici et là, plus ou moins loin… Mais il y avait toujours quelque chose qui clochait jusqu’à celui-là. Dès que je suis venu ici pour la première fois… Ça a été une évidence, j’ai signé le jour même sans la moindre hésitation, chuchote-t-il.
- Vraiment… ? Quand était-ce ?
- Au mois de mai…, répond-il.
- Après que… ? hésite-je.
- Non, pendant. Je… j’ai eu tellement peur, j’étais tellement inquiet et dévasté par ton départ… J’avais besoin de me raccrocher à quelque chose, de construire un avenir potentiel avec toi pour tenir le coup face à la situation… Ça m’a beaucoup aidé… J’ai multiplié les visites sur cette période, je suis allé aux quatre coins du pays pour visiter tous les châteaux avec peu de photos ou qui ne payaient pas de mine… Ça m’occupait et me donnait un but… Et c’est comme ça que je suis tombé sur celui-là, j’ai pris ça comme un signe, le signe que tout irait bien entre nous un jour… Je venais de trouver le château d’Hestia, comment ça n’aurait pas pu signifier que tout s’arrangerait entre nous… ?
Mon visage se fend d’un sourire immense et je serre ses avant-bras amoureusement :
- Tu as eu raison, c’était un signe, regarde-nous…, murmure-je avec émotion.
Il attrape ma main pour la relever devant nos yeux et il la porte ensuite à ses lèvres pour embrasser ma bague en serrant doucement mes doigts.
- Oui… Regarde-nous…, chuchote-t-il d’un ton rêveur.
- Je t’aime Hunter, tellement… avec ou sans château, mais assurément avec cette bague à mon doigt comme j’en rêve depuis décembre dernier…
Il sourit contre ma joue et après quelques baisers d’amoureux transis, il reprend ses petites explications :
- Il va falloir le rénover, nous ne pourrons pas habiter ici dans l’immédiat… Compte tenu du cadre absolument parfait, je me suis dit que nous n’étions pas pressés… J’ai préféré prendre le bon plutôt qu’un moins fidèle dans lequel nous aurions pu nous installer rapidement.
- Je ne peux même pas croire que nous habiterons un jour ici, alors tant mieux si j’ai le temps de me faire à l’idée, réponds-je en haussant les sourcils.
- Il y en aura pour deux ans environ… Je me suis dit que ça tomberait bien, tu viendras de finir ta licence, je serai normalement fraichement avocat… Tu pourras faire ton master dans la ville universitaire du coin ou le faire à distance comme moi, je pourrai m’arranger...
Je réalise alors la seconde énormité de la soirée.
- La tour que nous avons visité, c’est pour que tu y travailles ?! m’exclame-je alors d’une voix aiguë.
- Oui…, rit-il. Je vais agrandir l’usine à rêve et travailler d’ici. J’aurai des aller-retour à faire de temps en temps mais je gèrerai le reste depuis les nouveaux bureaux… On verra bien comment tout ça se goupille mais je ne suis pas inquiet…
- Et puis ce n’est pas loin pour nos amis… nous ne sommes qu’à deux heures…
- Surtout si Alma parcourt le monde et qu’Eden passe pro, ils n’habiteront même plus là-bas…, souligne-t-il.
Je fronce les sourcils et mon cœur se serre alors avec violence.
- Tu penses que Kai voudra bien habiter dans la dépendance du parc ? m’inquiète-je.
- Quoi ?! rit-il.
- Je ne sais pas… je… m’éloigner de lui comme ça c’est… j’ai peur… c’est comme si je l’abandonnais, que je le laissais tout seul…, réponds-je d’une voix pleine de tremolo.
- Calme-toi mon chat, nous ne savons pas de quoi demain est fait. Il met deux jours à te répondre pour l’instant, mais d’ici deux ans, il ne te verra peut-être qu’une fois tous les six mois ! plaisante-t-il.
- Impossible, affirme-je en lui lançant un regard.
- Tu n’aurais jamais dit qu’il mettrait deux jours à te répondre il y a quelques mois, souligne-t-il.
- Oui c’est vrai…
- Ne t’en fais pas pour lui… Je sens que tout va bien aller, je t’assure, je le sens au fond de moi… et si je me trompe, alors je m’engage à le loger dans la dépendance !
Nous éclatons de rire et nous passons un moment à imaginer Kai dans le parc du château, à ronchonner après tout et n’importe quoi. Tout ça me redonne le moral et je me perds dans les étoiles en souriant :
- Je veux juste qu’il ait le choix… je serais très heureuse qu’il se construise une vie à lui, mais je veux qu’il sache qu’il pourra habiter ici s’il en a envie… Ou venir quand il le voudra même s’il décidait de rester en ville. Eden et Alma pourront s’installer dans les chambres d’amis lorsqu’ils viendront nous rendre visite, mais Kai a besoin de son espace, c’est évidemment lui qui remporte la dépendance.
- Quoi ?! Tu insinues que ton adorable et poli frère préfèrera avoir un bâtiment dans le jardin plutôt que de se coller à nous autres ? Tu m’étonnes drôlement.
Je glousse comme une bécasse, complétement transcendée par la belle vie qui m’attend.
- C’est tout ce dont j’ai toujours rêvé… Mon prince charmant, mon château, mes amis qui habiteront chez nous lorsqu’ils en auront envie et mon frère, redevenu lui-même, qui hantera peut-être bien notre jardin pour le reste de nos jours… Je ne te remercierai jamais assez de m’offrir cette vie, d’accepter Kai après tout ce qu’il s’est passé entre vous…
- Tu m’offres aussi la vie dont j’ai toujours rêvé Hestia… Une femme parfaite qui me rend heureux tous les jours de ma vie… Un amour si pur et sincère, né alors même que tu ne savais rien de mon travail… alors même que tu soupçonnais que je sois « Escort boy » ou « baron de la drogue »… et pourtant, aucune de ses options ne t’a fait me tourner le dos définitivement. Le jour où nous nous sommes revus dans ce café, où tu m’as dit que nous habiterions dans ton logement étudiant, que nous vivrions de ta bourse tous les deux pour que je quitte mon travail de narcotrafiquant… J’étais simplement choqué sur le moment, mais j’y ai beaucoup réfléchi depuis et je t’assure qu’il m’arrive de rester éveillé des heures en y repensant.
Ses aveux me touchent et je me redresse pour le regarder dans les yeux avec émotion tandis qu’il reprend :
- Savoir que tu étais prête à ça pour être avec moi, à manger des cailloux pour finir les fins de mois, à me sortir de ma misère, à m’aimer envers et contre tout… Je sais que j’ai tout gagné en te rencontrant, je le sais depuis le tout début, mais tu ne fais que de renforcer ce sentiment chaque jour qui passe… Tu ne peux pas imaginer comme j’ai hâte de t’épouser, de te jurer fidélité toute ma vie, de devenir ta famille… Je t’épouserais demain si j’en avais le choix.
Je lui offre mon sourire le plus doux en embrassant ses lèvres.
- Nous nous marierons dans deux ans, décide-je.
- Dans deux ans ?! Mais pourquoi ? demande-t-il en se décomposant.
- Parce que je veux impérativement me marier ici Hunter… Je veux célébrer notre mariage dans notre parc, je veux diner avec tous nos proches dans notre pièce à vivre et je veux danser dans tes bras jusqu’au bout de la nuit sur notre belle terrasse en pierre… Je veux que nous passions notre première nuit ici le soir de notre mariage…
A mesure que je lui dis ce dont j’ai envie, ses traits passent de la contrariété à l’émotion, et il me sourit avec tout autant de douceur que je le fais.
- Alors c’est ce que nous ferons, et j’en rêverai chaque jour qui passera jusqu’au jour j.
- Moi aussi, souffle-je.
Il fond sur mes lèvres et nous passons un bon moment à nous embrasser avant de nous mettre à discuter du mariage et de ce que nous aimerions.
*
Puisque j’ai décidé que notre première nuit chez nous serait le jour de notre mariage, nous sommes rentrés à l’hôtel hier soir pour dormir. Nous avons repris la route après quelques heures de plus au château le lendemain matin et nous papotons de la soirée que j’organise dès ce soir chez nous pour avertir nos amis de la grande nouvelle de nos fiançailles.
Nous sommes à la moitié du chemin environ, à une heure de chez nous, lorsqu’Hunter me surprend.
- Tu sais la mère d’Eden…, dit-il subitement.
- Euh… oui ? Tu l’as rappelée ?
- Non… Elle est l’une des seules qui était au courant que je voulais demander ta main hier soir. Elle m’a sans doute appelé hier pour savoir comment je me sentais… Elle veut te rencontrer depuis des mois, elle n’attend que ça… Je lui avais dit que je te présenterais le jour où nous serions fiancés… pour qu’elle me fiche la paix quand elle me harcelait au début…, répond-il en souriant au souvenir.
- Il n’y a aucun problème Hunter, nous irons la voir ! affirme-je avec bonheur.
- En fait… si je t’en parle… c’est parce que nous allons passer par sa ville en rentrant… Si nous nous arrêtons une heure ou deux là-bas, nous serions largement rentrés pour notre petite soirée de fiançailles de ce soir… Mais…
Il me lance un petit coup d’œil, et lorsqu’il voit que je suis déjà complétement pétrifiée, il soupire :
- Oui bon… voilà… c’est ce que je voulais éviter. Oublie mon cœur, nous irons une autre fois, assure-t-il gentiment.
Une nouvelle claque pour Hestia. Parce qu’Hunter s’adapte toujours à moi et que j’ai l’impression de ne jamais faire d’effort de ce genre pour lui alors qu’il le mérite amplement. Je me fais donc violence pour sortir de ma zone de confort :
- Non, allons-y, appelle-là, affirme-je.
Il me regarde avec une tête plus qu’étonnée et après dix bonnes minutes de conversation, j’arrive à le convaincre que je suis sérieuse et que ça ne me chamboulera pas. Ce qui est vrai. La mère d’Eden fait partie des personnes que j’ai le plus envie de rencontrer au monde et je ne vois pas pourquoi je panique à ce point à l’idée que lui rendre visite une heure se greffe dans mon programme.
Hunter l’appelle donc et je découvre un premier aperçu de cette femme qui a l’air charmante. Elle crie comme une souris lorsqu’il lui annonce que j’ai accepté, elle frôle la crise d’hystérie lorsqu’il lui demande si nous pouvons passer dans un bon quart d’heure et c’est comme ça que je me retrouve en route pour annoncer mon futur mariage à deux inconnus.
*
Les parents d’Eden sont aussi adorables que leur fils.
Ils m’accueillent avec une gentillesse débordante et des yeux remplis à ras bord de bonheur pour Hunter. Ils nous invitent à passer le repas avec eux, ce que nous acceptons et nous finissons par passer des heures ici. Ils me posent des dizaines de questions sur moi, ils demandent la version longue de notre rencontre et de la naissance de notre amour, puis ils me relatent des dizaines d’anecdotes sur Hunter au lycée. Je passe un moment incroyable, je me sens à ma place chez eux, à côté d’Hunter qui me présente comme si j’étais un diamant rare.
Nous discutons forcément d’Eden également, de la naissance de mon amitié avec lui et son « terrible loup » puis nous enchainons naturellement sur Alma qu’ils connaissent. Ils sont enchantés d’apprendre que nous sommes très proches et ils ont pratiquement les larmes aux yeux lorsqu’ils réalisent que leurs « deux chéris » ont trouvé des petites-amies qui s’entendent à merveille, ce qui est tout ce qu’ils leur souhaitent depuis toujours.
Lorsque nous remontons en voiture, l’excitation m’envahit à l’idée que je dois désormais appeler nos amis pour les inviter, une excitation électrique et presque une pointe d’appréhension, un mélange explosif qui me rend fébrile.
- Ça va aller mon cœur ? s’inquiète Hunter.
- Evidemment… Je suis juste tellement heureuse, tellement chamboulée et à fleur de peau… J’appréhende leur réaction je crois… parce que nous sommes jeunes et que nous ne nous connaissons pas depuis des années… Je sais que ça me ferait un mal de chien qu’ils ne se réjouissent pas autant que moi… alors que je suis sûre de moi et que j’aurais pu t’épouser un mois après notre premier baiser… tu comprends ?
- Je comprends… mais tu sais ce qu’il y a de génial avec le mariage ?
- Dis-moi ?
- C’est que ça ne les concerne pas, ils n’ont pas leur mot à dire. Peu importe ce qu’ils en pensent, nous sommes sûrs de nous et nous n’avons besoin que de ça, affirme-t-il en attrapant ma main pour l’enlacer en conduisant.
Il me rassure instantanément, comme il sait si bien le faire, et j’arrive donc à plaisanter :
- Oui enfin… Il nous faut tout de même des témoins, alors il serait bon qu’ils soient pour ! ris-je.
- C’est vrai… Il est évident que mon témoin sera Eden… mais qui sera le tien ?
- Alma, réponds-je sans hésitation.
- Vraiment ? J’aurais parié sur Kai… et j’imaginais que Julia aurait sa place dans tes hésitations.
- Tout est très clair, ils ont chacun un rôle et c’est Alma qui sera la témoin. Ça aurait pu être Julia, mais je préfère la nommer demoiselle d’honneur en chef, pour qu’elle gère tout à ma place avec son caractère bien trempé ! glousse-je.
- Un rôle idéal pour elle ! Je la vois déjà incendier des fleuristes en retard ! rit-il. Et Alma correspond bien à une témoin avec son caractère calme et fiable… En revanche pour Kai, je ne vois pas ?
- Je veux qu’il m’emmène à l’autel, c’est le plus important de tous les rôles pour moi… Je veux qu’il me « donne » à toi symboliquement, qu’il te confie ma sécurité après avoir veillé sur moi depuis l’enfance, qu’il t’accepte comme mon mari… tout ça est très important pour moi. Je ne sais pas s’il acceptera mais je ne sais pas non plus si j’arriverai à me marier s’il ne le fait pas…, avoue-je dans un murmure.
Il hoche la tête pensivement, avec un visage compréhensif malgré tout.
- Je comprends mon cœur… Il est ton pilier depuis toujours… Mais… je ne suis pas sûr qu’il prendra très bien la nouvelle de nos fiançailles. Nous devrions l’appeler pour lui annoncer plutôt que de le faire ce soir en surprise comme aux autres… Il sera pris de court et je trouve que ce n’est pas cool du tout pour lui après les efforts qu’il a fait ces dernières semaines.
J’hoche la tête en sortant mon téléphone avec le cœur battant et en croisant les doigts de toutes mes forces pour que tout se passe bien.
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NB : L'histoire de Julia est désormais disponible !
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