Le parc est magnifique.
Nous marchons main dans la main le long du chemin de gravier blanc, serpentant dans ce paradis qui m’émerveille. Il est très arboré et possède de nombreuses haies qui délimitent des dizaines de recoins tous plus merveilleux les uns que les autres, « les secrets » comme j’aime les appeler. Un puit, une petite cabane, des bancs en pierre, une pergola en fer forgé sur laquelle grimpent des rosiers…
Le tout est un peu à l’abandon, mais plus nous progressons, plus je réalise à quel point cet endroit est exactement comme celui dont je rêve depuis ma plus tendre enfance.
Et soudain, au détour d’un virage, il est là : Le château d’Hestia.
Il se dresse devant nous, magnifique et merveilleux, avec son immense terrasse en pierre accessible par un imposant escalier, ses dizaines de grandes fenêtres blanches arrondies qui cachent sans doute un intérieur tout aussi enchanteur que le parc. J’ai un mouvement d’arrêt lorsque je le découvre et Hunter caresse ma main avec douceur en me laissant le temps d’intégrer ce qu’il est en train de se passer.
Je suis muette, je ne peux que glisser mes yeux émerveillés sur le château et constater qu’il a l’air vide puisqu’il n’y a pas signe de vie. Hunter se remet en avant en tirant ma main avec douceur et je le suis, en état de choc total puisque j’aperçois même une mare au loin, ma mare, celle dans laquelle je visualise mes canards depuis toujours.
- Mon dieu…, murmure-je.
Il a un petit rire aussi tendre qu’excité en me couvant des yeux et nous gagnons le grand escalier. Je le monte presque avec timidité, tellement pleine d’émotions que les larmes menacent dans mes yeux et lorsque nous atteignons l’immense terrasse, elles coulent. Je vois par les grandes fenêtres que le château est effectivement vide, comme s’il m’attendait. Je vois aussi l’immense pièce de vie et je vois surtout la petite Hestia au fond de mon cœur qui a tant arpenté ce château, parce que c’est celui-là, sans le moindre doute.
Hunter pose ses mains sur mes hanches pour me retourner doucement et mes yeux brillent un peu plus fort lorsque je me retrouve face au parc, les mains sur la barrière en pierre. Le soleil se couche au loin, il teinte d’orangé l’immense domaine qui s’étend face à nous et Hunter m’enlace par derrière avant de poser sa joue contre la mienne pour observer avec moi la vue extraordinaire.
- C’est sublime, dit-il.
- Ça l’est…, réponds-je d’une petite voix.
- C’est… c’est ce que tu visualisais ? demande-t-il à voix basse.
- Oui… je n’arrive pas à y croire… si tu savais Hunter…, murmure-je en attrapant ses avant-bras autour de moi.
- C’est le château d’Hestia… ?
- Il y a tout Hunter, tout. Je suis… je ne… cet endroit…
Je me tais lorsque mes larmes brouillent encore ma vue et il resserre son étreinte autour de moi en embrassant longuement ma joue.
Chaque seconde qui passe est plus belle que celle d’avant, à mesure que je détaille le parc sous mes yeux et que je découvre tout ce qu’il abrite. Cet endroit devient automatiquement mon préféré au monde, j’ai l’impression de rêver et je n’ai plus envie de partir d’ici, plus jamais. Je n’arrive même pas à comprendre comment il est possible que ce château coche toutes mes cases, qu’il soit absolument parfait.
Et c’est alors que l’évidence me frappe, parce qu’Hunter est mon prince charmant depuis le premier jour, celui qui fait de mes rêves une fichue réalité.
- Il n’y a pas de restaurant… ? devine-je dans un souffle.
- Non, chuchote-t-il contre ma joue.
Je cligne des yeux, incapable de croire à ce qu’il est a priori en train de m’annoncer. Mon cœur s’envole dans ma poitrine, mes mains se mettent à trembler légèrement sous l’émotion et mon souffle se coupe pratiquement.
- Tu as trouvé le château d’Hestia… ? murmure-je.
- Oui, répond-il avec tendresse.
Je pose une main fébrile sur mes lèvres et mes larmes débordent à nouveau de mes yeux. Ma gorge est si nouée par l’émotion que je dois me faire violence pour réussir à parler :
- Tu… tu as… est-ce que tu…
- J’ai acheté le château d’Hestia, confirme-t-il.
Mes yeux deviennent un peu plus immenses encore et j’ai bien du mal à réaliser les choses.
- Tu t’es acheté le château d’Hestia…, répète-je bêtement pour essayer d’intégrer.
- Je t’aime, je t’aime du plus profond de mon cœur.
- Je t’aime aussi…
- Je ne me suis pas acheté le château d’Hestia.
Je ne comprends déjà plus, et il remue un peu dans mon dos pour libérer une de ses mains.
- Je n’ai pas acheté ce château pour moi, je l’ai acheté pour nous… En tout cas j’espère du plus profond de mon cœur que tu accepteras qu’il soit à nous…, reprend-il avec douceur.
- Quoi… ?
- Ne panique pas mon cœur, je sais que ça va faire beaucoup mais tout va très bien, murmure-t-il tendrement.
Je ne comprends toujours rien, mais ma vie change d’une seconde à l’autre, lorsqu’il relève sa main libre devant mon buste et que mes yeux tombent sur une bague magnifique dans un écrin ouvert.
J’abats une main sur mes lèvres puis chaque muscle de mon corps se fige sous l’émotion la plus forte que je n’ai jamais ressenti de ma vie.
Je ne peux plus détourner mon regard de la jolie bague devant moi, de ce diamant hypnotisant qui scintille d’orangé sous les rayons du soleil face à nous et à ce stade, je crois que je ne respire même plus.
Je suis complétement dépassée par ce qu’il est en train d’arriver alors que c’est pourtant ce dont je rêve depuis que je l’ai rencontré. Mon cœur explose du bonheur le plus pur mais mon esprit n’arrive pas à réagir. C’est trop fort pour moi, inattendu, énorme et comme chaque fois que quelque chose me surprend, je suis pétrifiée.
- Tout va bien, prends ton temps mon cœur…, murmure-t-il distraitement contre ma joue.
Plus je détaille la bague, plus j’intègre qu’Hunter est en train de me demander de l’épouser concrètement et pire c’est. Les larmes roulent toujours par dizaines le long de mes joues, Hunter me berce tout doucement avec sa patience infinie, pas le moins du monde vexé que je sois toujours figée et je commence à me demander si je vais réussir à me calmer suffisamment un jour pour sortir de cette transe.
Je suis plus que reconnaissante qu’il me tienne dans ses bras, parce que je crois que je serais morte sur le coup si ça n’avait pas été le cas. J’ai besoin de lui, de mon roc pour affronter les imprévus même lorsqu’ils sont aussi beaux que celui-là et je resserre ma main sur son avant-bras pour m’y raccrocher et lui signaler à quel point j’apprécie qu’il me câline plutôt que d’être un genou à terre.
Comme d’habitude, il s’est adapté à moi et ne m’a pas fait une demande grandiose qui m’aurait mis à mal. Il a fait les choses simplement, sans me faire peur, en me rassurant et en me câlinant… Parce qu’il est parfait, cet homme est parfait pour moi, pour me comprendre comme personne n’a jamais su le faire et je vais passer le reste de mes jours avec lui…
Mon esprit se pose, mes pensées arrêtent de tourbillonner dans tous les sens et mes sanglots éclatent d’une seconde à l’autre lorsque j’assimile – enfin – ce divin imprévu qui changera ma vie.
Je sens le sourire d’Hunter sur ma joue, parce qu’il me connait par cœur et qu’il sait que ces sanglots sont le signe que je suis prête à lui répondre après ces quelques minutes figée en erreur.
- Je t’aime !! sanglote-je d’une voix aiguë. Je veux t’épouser ! Evidemment que je veux t’épouser Hunter !!
Et comme dans le plus beau de mes rêves, le parfait prince charmant glisse à mon annulaire ma sublime bague de fiançailles, sur le balcon de mon château, face à un soleil couchant féerique.
Il attrape ma joue dans la foulée pour tourner ma tête par-dessus mon épaule et il m’embrasse avec un sourire immense qui termine de me remettre en marche. Je pivote vivement pour attraper ses joues tandis qu’il referme ses bras dans mon dos et je peine à l’embrasser à travers mes pleurs.
- Nous allons vraiment nous marier ?! couine-je.
- Oui mon cœur, confirme-t-il en passant son nez le long du mien.
Son sourire est le plus beau que je ne lui ai jamais vu et ses yeux brillent d’un bonheur qui me bouleverse un peu plus.
- Vraiment… ?! insiste-je.
Il éclate de son magnifique rire pour toute réponse et mes sourcils se crispent face à si beau spectacle, mon futur mari, mon fiancé, cet homme renversant qui partage ma vie.
- Je t’aime ! Je vais mourir de bonheur ! chouine-je.
- Oh non, ne dis pas ça mon petit cœur…
Il remonte ses bras autour de ma nuque pour m’écraser contre son torse et je le laisse me réconforter de ce si beau chagrin de bonheur qui ne passe pas. Il me laisse encore du temps, il s’occupe de moi et il me répète que nous allons nous marier à chaque fois que je lui pose la question.
Ce n’est que lorsque mes sanglots s’espacent qu’il relève mon menton d’une main douce :
- Tu as envie de visiter notre château ? demande-t-il avec bonheur.
- Bien sûr que oui ! m’exclame-je en fondant encore en larmes automatiquement.
Ça le fait rire, et il m’entraine par la main en direction de l’entrée qui se trouve sur la terrasse où nous sommes tandis que j’essuie mes larmes d’une main fébrile.
Il m’offre une visite extraordinaire, parce qu’il ne se contente pas de me faire faire le tour, il m’explique tout ce qu’il a imaginé pour cet endroit depuis qu’il l’a visité pour la première fois. Je découvre notre chambre, les chambres d’amis, son bureau, mon bureau, notre bibliothèque, les différentes salles de bains, une salle de sport, une salle de jeux et d’autre dizaine de pièces que peuvent abriter les châteaux et leurs riches propriétaires. Il a déjà des centaines d’idées de rénovation, de style, de couleur et de tout un tas de choses qui me dépassent complétement.
Nous terminons la visite par l’immense pièce à vivre par laquelle nous sommes rentrés, et il est complétement excité à l’idée d’y mettre un piano pour que je puisse jouer. Tout ça me parait surréaliste, je ne réalise pas que c’est sérieux et j’ai plutôt le sentiment que c’est un petit jeu, qui consiste à imaginer un futur rêvé qui n’arrivera jamais.
- Nous allons vraiment habiter ici un jour… ? Tu as vraiment acheté ce château Hunter ? souffle-je.
- Evidemment, je ne m’amuserais pas à te faire une blague d’aussi mauvais goût, répond-il en riant.
- Bon sang…
Il rit encore un peu avant de venir me prendre dans ses bras, depuis lesquels j’observe d’abord les lieux, puis la bague sur ma main posée contre son torse.
- J’ai l’impression de rêver… Je ne sais pas combien de temps je vais mettre à vraiment intégrer que…
Je suis coupée dans ma phrase lorsque j’aperçois des lumières derrière lui. Tout au fond de la grande pièce de vie, une guirlande vient visiblement de s’allumer au moment où la nuit est véritablement tombée et je ne peux pas croire à ce qu’il me semble apercevoir.
Hunter suit mon regard avant de me couver de ses beaux yeux :
- Il me semble bien que tu as oublié un critère très important de ton château… Le plus important même de ce que tu m’en avais dit…
- Non…, souffle-je.
Il sourit jusqu’aux oreilles avant de m’entrainer avec lui au bout de la pièce, en direction du plus important : mon jardin d’hiver adoré.
Dès que je pénètre dans la véranda, mon état de choc revient me percuter de plein fouet, puisqu’il a visiblement pris le temps ou ordonner de décorer uniquement cet endroit, pour me faire la surprise. Il y a des centaines de plantes, des poufs, des canapés, des tapis moelleux… et il est illuminé par une jolie guirlande à ampoules rondes. Il est exactement comme je lui avais décrit un soir où nous discutions sur l’oreiller, dans les moindres détails.
Sur le tapis au centre de la véranda se trouve une bouteille de notre champagne préféré dans un seau de glace et un panier sans doute remplit de notre repas de ce soir.
Je ne peux pas croire à ma vie, je ne le peux pas.
- Hunter…, murmure-je d’une voix tremblante.
- Oh non mon cœur, je t’en prie, plus de larmes, répond-il gentiment en essuyant mes joues de ses pouces.
Je me dresse sur la pointe des pieds en attrapant sa tête, parce que les mots ne suffisent désormais plus.