Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 158 : Baumont

Par bzllrose

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Chapitre 158 : Beaumont


Ça fait une bonne heure qu’Hunter est accaparé par ses hommes, qui lui ont sauté dessus dès l’instant où nous avons arrêté de danser. Ils parlent avec animation, je lis presque sur leurs lèvres qu’ils ne parlent que des Alimentaires, il n’y a qu’à voir les regards qu’ils lancent aux Sinclair, leurs bouches qui se ferment quand quelqu’un d’ici passe à côté d’eux, leurs téléphones qu’ils brandissent sous le nez d’Hunter sans doute pour lui exposer encore à quel point ces foutus complétements alimentaires sont l’occasion à ne pas rater. Je déteste autant qu’ils le convainquent avec insistance que j’adore l’idée que ce soit uniquement parce qu’ils l’ont vu discuter avec moi une dizaine de minutes.

Je suis avec Ophélia, parce que je ne supportais pas de voir les Winston m’observer avec des yeux assassins en attendant que je m’éloigne pour parler à leur précieux patron… Hunter sait en tout cas que je suis en bonne compagnie, il me couve des yeux régulièrement et il s’amuse à faire vibrer mon bracelet chaque fois que je lui souris, ce qui me ravit puisque ça révèle à quel point il n’est pas passionné par ce que lui racontent ses hommes.

Les deux camps sont finalement plus ou moins mélangé à cette heure tardive, sans doute maintenant que l’alcool a fait son œuvre, et je suis pour ma part près de la porte de la grange pour respirer l’air frais de la nuit en discutant avec Ophélia de la gestion éco-responsable de leurs sapinières.

Un homme passe alors la porte :

-         Madame Sinclair ! Pardonnez-moi pour le retard, ma fille était à l’hôpital, elle s’est cassée la jambe plus tôt dans la soirée, tout est rentré dans l’ordre mais je me suis dit que je pouvais encore passer faire acte de présence… La journée s’est bien passé ? Nous avons une chance ? demande-t-il avec inquiétude.

Ophélia balaie d’un geste sa dernière remarque et le mitraille plutôt de questions sur sa fille, qui a l’air en forme malgré sa jambe cassée. Une fois qu’elle est rassurée, elle se rend compte qu’elle ne m’a pas présenté et elle me désigne en souriant :

-         Tom, je vous présente Hestia, la fiancée de Monsieur Grimmal, dit-elle.

-         Enchanté de vous rencontrer ! répond-il tout de suite en me tendant une main.

-         Sa fiancée ? intervient en riant un homme sur ma droite.

Je tourne la tête vers lui et je reconnais Beaumont, un des hommes que j’aime sans doute le moins dans l’armée des Winston. Tom le dévisage avec des yeux incertains et Beaumont rit encore un peu :

-         Pardonnez-moi, je trouve ça amusant que vous la qualifiiez comme sa fiancée alors qu’elle ne l’est pas et que nous ne l’avons rencontré que hier ! Ça m’amuse parce que ça donne l’impression qu’il l’a demandé en mariage dans la nuit, voilà tout !

Je fronce les sourcils, parce qu’il tente de faire passer ses propos pour une situation amusante alors qu’elle ne l’est pas, elle est même très embarrassante et il ne faut pas être devin pour se rendre compte qu’il tient surtout à me remettre à ma place. J’ignore Beaumont pour me tourner vers mes deux autres interlocuteurs :

-         Effectivement, je ne suis pas sa fiancée, confirme-je en leur souriant et en serrant enfin la main que Tom me tend.

-         Je suis navrée Hestia, s’excuse Ophélia. Je ne connaissais pas votre situation alors j’ai dit fiancée comme on pourrait dire « compagne ».

-         Mais il n’y a aucun problème Ophélia ! Et puis, je l’épouserai un jour, dis-je tendrement en lui lançant un regard alors qu’il me sourit depuis l’autre bout de la pièce.

Mais Beaumont rit encore de façon incontrôlée et je l’observe en fronçant les sourcils.

-         Ça alors, c’est étonnant ! raille-t-il.

Tom hausse les sourcils, très mal à l’aise et il prend le large en s’excusant dans un murmure alors que je fixe Beaumont avec des yeux agacés cette fois.

-         Etonnant ? demande-je avec tension.

-         Je ne te juge pas Hestia ! réplique-t-il avec un clin d’œil. Je lui passerais rapidement la corde au cou à ta place, très rapidement même… Il faut battre le fer tant qu’il est encore chaud, vite le mettre dans ta poche avant que ce beau parti ne file entre tes doigts…

-         Je vous demande pardon ?! m’exclame-je, outrée.

-         A d’autres Hestia…, reprend-il en chuchotant et en se penchant vers moi. Je sais comment fonctionne ces milieux, je sais bien que l’amour est une option pour s’offrir une vie meilleure… Et puis tu n’as pas mis le grappin sur le moins séduisant petite veinarde.

La colère se répand d’un coup dans mes veines dès qu’il confirme qu’il m’accuse droit dans les yeux d’être avec Hunter pour son argent. Je n’ai eu que des ressentis jusqu’à maintenant, que des regards qui en disaient long et je n’ai donc jamais pu monter au créneau. Mais Beaumont, l’homme le plus détestable de cette pièce m’offre une chance de remettre les choses en ordre :

-         Vous ne me connaissez pas ! Vous ne connaissez rien de ma relation avec Hunter ! m’enflamme-je immédiatement.

-         En effet mais…, tente-t-il de m’interrompre avec un sourire goguenard.

-         Il n’y a pas de « mais » ! Non mais qu’est-ce que vous imaginez ? Cette entreprise est celle d’Hunter ! C’est son argent et je ne compte absolument pas dessus ! Je travaille dur à l’université pour ma vie, mon futur, mon métier, et je ne vous permets pas de sous-entendre des choses pareilles ! Et mon argent Monsieur Beaumont, et bien je le gagnerai tout seule lorsque je serai une brillante avocate et que des gens dans votre genre me témoigneront un peu plus de respect ! siffle-je venimeusement.

J’imaginais avoir apeuré Beaumont dès les premiers mots de ma tirade, mais la raison de ses yeux exorbités s’énerve derrière moi :

-         Je peux savoir ce qu’il se passe ici ?! aboie Hunter.

-         Rien du tout Monsieur le directeur ! C’est un malentendu, votre petite-amie m’a très mal compris ! se récrie Beaumont.

-         Nous avons pourtant toutes les deux compris la même chose, me soutient Ophélia en plissant les yeux.

Je me tourne vers Hunter avec ma moue la plus contrariée. Maintenant qu’il est là, autant que bébé caneton se plaigne à maman canne, puisque je me fiche de me faire défendre, je veux simplement que Beaumont se fasse remettre à sa place comme il faut.

-         J’ai simplement dit que je voulais me marier avec toi à Ophélia et il a eu des propos déplacés, en sous-entendant que je ne voulais le faire que pour mettre la main sur ton argent, résume-je.

Hunter tourne des yeux noirs sur son employé, qui tente de rattraper la situation en me fixant de sa tête peureuse :

-         Je t’assure que tu m’as très mal compris Hestia ! Je plaisantais ! C’était un peu douteux mais…, commence-t-il rapidement.

Mais Hunter hausse les sourcils en clignant des yeux, visiblement ahuri, avant de le couper :

-         Attendez une minute… Est-ce que je peux savoir pourquoi vous ne la vouvoyez pas ? Il me semble pourtant que c’est la base du respect.

Je croise les bras en affichant mon air le plus hautain et Beaumont se ratatine sur lui-même :

-         Pardonnez-moi Monsieur le directeur, je ne sais pas quelles aises je me suis permis de prendre ce soir je… j’accuserais bien le vin mais il me semble que ce serait pathétique.

-         En effet, gronde Hunter.

-         Mademoiselle Hestia, veuillez m’excuser pour ma plaisanterie de mauvais goût, je ne saurais vous manquer de respect, ça n’arrivera plus.

Il s’incline légèrement et je vois comme ça lui coûte, je vois sa mâchoire contractée à s’en casser, la veine de son front qui pulse et ses narines qui se dilatent sous le souffle qu’il prend pour se calmer, sans doute enragé de devoir me témoigner du respect alors que je ne suis personne. J’hoche simplement la tête, je m’excuse auprès d’Ophélia et je sors prendre l’air, toujours remontée comme un coucou alors qu’Hunter en rajoute une couche.

*

Je suis seule dehors désormais, j’observe la lune en réfléchissant, les bras croisés pour me réchauffer un minimum et Hunter me rejoint. 

-         Tout va bien mon cœur ? demande-t-il avec inquiétude.

-         Pas vraiment, murmure-je en fixant la lune.

-         Il ne recommencera pas, m’assure-t-il d’une voix douce.

-         Oui…

Je suis bien plus triste que lorsque Beaumont m’a embêté, je me sens très mal en fait, et Hunter le sent. Il m’enlace par derrière pour poser sa joue contre la mienne, sans dire un mot, mais je sais qu’il attend que je lui dise ce qui ne va pas.

-         J’ai envie de partir, souffle-je finalement.

-         Tu m’étonnes un peu… ? Tu as adoré cette journée…, chuchote-t-il.

-         Je sais, mais je crois que… je ne peux plus supporter d’être ici, de passer un bon moment en sachant que tu ne les choisiras pas… De rire avec eux en sachant qu’ils seront déçus, qu’ils nous en voudront sans doute et que nous ne les reverrons jamais… Je… J’ai passé une soirée atroce hier Hunter, je me sens si triste, si… Je veux simplement rentrer, je veux m’éloigner de tes employés, je ne veux plus voir leurs regards, y lire leurs pensées négatives à mon sujet comme s’ils me les criaient… Tu penses que je ne sais pas qu’ils t’ont tous sauté dessus pour te remettre les idées en place ? Sans doute pour te dire que mon avis ne devait pas entrer en compte ? Que je n’y connais rien ? Que je ne sais pas de quoi je parle ?

Il ne répond pas, il resserre simplement son étreinte autour de moi, un aveu très clair.

-         Je suis déjà fatiguée d’être la petite-amie de « Monsieur Grimmal » …, murmure-je d’une voix triste. 

-          Ne dis pas ça, geint-il vivement.

-         Ne t’en fais pas, je n’ai aucun problème avec le fait d’être la petite-amie d’Hunter… Je ne me mélangerai plus jamais à ton entreprise, voilà tout, réponds-je en tournant la tête pour le regarder.

Il a l’air triste, ses sourcils sont crispés.

-         J’aurais tellement aimé que ça se passe mieux pour toi mon cœur, j’ai tellement besoin de toi, besoin de toi pour survivre à ce genre de soirée comme hier, à ce genre de voyage d’affaires… J’ai besoin de toi pour tout surmonter Hestia, je faisais sans toi parce que je n’avais pas le choix, mais maintenant que je t’ai avec moi, je n’arrive même plus à m’imaginer repartir seul en te laissant à la maison.

Je caresse sa joue en lui offrant un sourire faible et il m’embrasse tendrement.

-         Pardonne-moi Hestia, pardonne-moi de t’avoir rendu malheureuse, souffle-t-il d’une voix douloureuse.

-         Ce n’est pas de ton fait…

-         Alors pardonne-moi de t’avoir laissé être malheureuse.

Je secoue doucement la tête pour lui signifier qu’il est dingue et nous nous embrassons encore une fois.

-         Tu veux toujours rentrer ? demande-t-il.

-         Oui, j’en suis sûre.

Nous rentrons donc annoncer notre départ et je prends le temps de dire au revoir à mes Sinclair, si chers à mon cœur. Je finis par accepter la robe d’Ophélia lorsqu’elle me la repropose, parce que je sais qu’elle sera un beau souvenir malgré tout.

*

Nous sommes à bord de l’Aston, nous quittons le magnifique domaine des Sinclair et je profite une dernière fois des lieux éclairés par la lune. Il est près de minuit, nous avons quatre heures de route pour rentrer chez nous et je m’inquiète :

-         Nous devrions prendre un hôtel dans la ville la plus proche, tu ne vas pas conduire jusqu’à quatre heures du matin Hunter…

-         Bien sûr que si, je t’ai dit que j’aimais conduire de nuit, et je ne suis pas fatigué mon chat, dors.

-         Moi non plus, mens-je.

Il me lance un regard peu dupe, mais pour le distraire, je préfère entamer un sujet de discussion :

-         Qui est Beaumont ? demande-je.

-         Mon directeur financier, répond-il.

-         C’est-à-dire ?

-         Il supervise les comptes, les budgets, les flux d’argents…

J’éclate d’un petit rire mauvais :

-         Voilà qui ne m’étonne pas, un obsédé de l’argent… je n’en reviens pas… et il ose me faire des remarques, alors celle-là, c’est la meilleure.

Hunter hoche la tête en riant et je lève les yeux au ciel :

-         Pourquoi avoir engagé un con pareil ? Surtout pour gérer tes finances, ça me hérisse le poil d’imaginer que cette ordure te donne des leçons sur ta façon de gérer tes sous ! m’agace-je.

-         Parce qu’il est excellent, je ne sais pas… Winston connait des tas de gens compétents, je lui fais confiance, parce que si je ne voulais pas de vieux cons dans mon entreprise, j’y serais sans doute seul ! plaisante-t-il.

Je glousse avec lui :

-         Il y aurait Lia tout de même ! Et Winston est un peu vieux, mais il est loin d’être un con…

-         Nous serions trois… pas sûr que l’entreprise roulerait aussi bien, dit-il en fronçant le nez.

-         Je ne sais pas comment tu peux supporter d’être sans cesse avec ces gens… tu vas vieillir avant l’âge, le taquine-je.

-         Tu as assez critiqué ma cave à vin ! Je me souviens très nettement t’entendre dire que je ne faisais pas mon âge et que j’avais plus l’air d’avoir la cinquantaine ! s’amuse-t-il.

-         Bon sang mais c’est pour ça ! m’exclame-je d’une voix aiguë. C’est pour ça que tu t’y connais autant en vin ! Parce que tu traines avec des vieux hommes péteux qui boivent du vin hors de prix ! 

Il éclate de rire un bon moment alors que je fais les liens dans ma tête, entre Hunter et ses goûts en vin et en champagne.

-         Mais comment ai-je pu croire que tu étais un grand baron de la drogue… ? J’avais tout sous le nez ! glousse-je. Je suis sûre que tu joues au golf !

-         Je n’aime pas ça ! réplique-t-il en levant un doigt.

Nous rions un peu plus et je lui lance un regard hilare.

-         Ça me fait plaisir de te voir retrouver le sourire, commente-t-il gentiment.

-         Forcément, je ne suis plus qu’avec toi, réplique-je en souriant.

-         Tu as tout de même passé une bonne journée ? Tu avais l’air si bien…

-         Mais oui… C’est mon altercation avec Beaumont qui m’a plombé. Cette journée était super, j’ai adoré passer du temps chez les Sinclair, c’était vraiment chouette.

-         Leur domaine est magnifique…, ajoute-t-il.

-         Oui… c’est un petit bout de paradis…, réponds-je. J’aurais adoré passer quelques jours ici, une petite semaine, juste avec toi… Comme des petites vacances dans un cadre aussi onirique, je suis déçue de rentrer à la maison.

-         Il est vrai que j’ai énormément travaillé cette dernière semaine, je n’ai pas été très présent… des petites vacances tous les deux dans ce bel endroit aurait été drôlement bienvenues…

-         Ne t’en fais pas je comprends, je sais que tu travailles beaucoup, ce n’est pas comme si je le découvrais.

-         Je suis pourtant sûr qu’ils auraient accepté, il est clair qu’ils t’apprécient…

Je souris en fixant la route, alors que mes yeux clignent de plus en plus longtemps sous la fatigue qui me rattrape.

-         Des petites vacances en tête à tête avec toi m’auraient vraiment fait du bien après ces deux jours compliqués…, rêvasse-je en baillant.

-         Je peux encore faire demi-tour, répond-il en souriant.

-         Je me verrais mal demander aux Sinclair de rester chez eux, glousse-je.

-         Mais tu serais si heureuse…, insiste-t-il. Et puis, j’ai étudié le dossier pendant des jours, nous avons effectué le voyage d’affaires, je n’ai plus qu’une décision à prendre désormais… Nous pourrions nous octroyer quelques jours tous les deux dans ce petit bout de paradis… Pendant que je réfléchis… Tu es en vacances, nous n’allons pas passer tout notre été à la maison…

-          C’est vrai…, dis-je en fronçant les sourcils. Bon, il est évident que nous n’allons pas nous imposer chez eux, mais pourquoi pas réfléchir sérieusement à des vacances en rentrant ? Tu pourrais régler ce que tu as à régler au travail, puis poser des jours, des jours sans travailler, juste toi et moi…

Je baille bruyamment et il attrape ma main pour l’embrasser :

-         Dors mon chat, je ne suis pas fatigué.

-         Je ne veux pas t’abandonner, geins-je.

-         Dors ! Je m’arrêterai si je veux dormir.

-         Tu me le promets ?

-         Je te le promets.

-         Je ferme les yeux juste deux minutes alors…

Il garde ma main dans la sienne pour la caresser doucement et dès que je ferme les yeux en me lovant dans le siège en cuir confortable, je m’endors profondément.




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