Kai se gare à midi tapante, il est rare de le voir aussi ponctuel et j’en déduis vite que c’est parce qu’il ne veut pas perdre une minute en ma compagnie. Il se gare devant mon bâtiment et je le rejoins dans l’habitacle.
- Tu voulais me voir ? demande-je.
- Ouai… je sais que j’ai merdé mais je te trouve dure… tu n’es jamais aussi chiante avec moi d’habitude… Tu ne m’as jamais fait la gueule plus de deux jours et ça fait déjà quatre… Je ne sais même pas comment tu fais pour tenir, je trouve les journées tellement longues sans te parler…
Je me sens un peu honteuse, parce que si je fais la tête à Kai, c’est surtout pour respirer un peu avec Hunter. Bien sûr qu’il a dépassé les bornes, mais je ne lui en veux plus depuis un moment, je sais simplement qu’il va être très compliqué de les concilier tous les deux dans ma vie… J’étais avec Hunter sans Kai, puis avec Kai sans Hunter et le cercle continue, ça ne peut plus durer.
- Rassure-toi Kai, je ne te fais plus la tête, j’estime que tu as retenu la leçon, annonce-je donc.
Il est heureux comme un paon, il se jette sur ma joue pour l’embrasser en me sortant ses yeux pétillants – ceux que je préfère – puis il me demande ce que j’ai fait ces trois derniers jours. Je ne réponds pas vraiment à la question, je préfère lui raconter dans les moindres détails mes rattrapages réussis haut la main, tout en espérant qu’il ne me cuisine pas plus que ça sur mon emploi du temps des derniers jours, et ça marche. Quand je lui retourne la question, il me parle un peu de son rapport avec ses collègues à l’usine, plutôt neutre, de son ennui mortel sans moi et du fait que son patron l’a finalement appelé pour lui dire qu’il pouvait rembourser ses dettes à son rythme.
- Quoi ?! m’exclame-je.
- Ouai… il m’a appelé lundi soir, pour me dire que mes versements réguliers avaient enlevé l’épée au-dessus de ma tête et que j’avais une dernière chance. Si je le rembourse petit à petit sans faire d’histoire, il ne me tranchera pas la gorge, répond-il en haussant les épaules.
- Je n’en reviens pas…, souffle-je.
- Ouai… tu sais, ces types gèrent leur réseau comme il l’entende, ils décident de tout sans justice… Il était sans doute dans un bon jour, mais s’il décide de me zigouiller demain, je suis mort. Je ne me fie pas trop à ce qu’il raconte…
- Tu as raison, reste prudent et continue surtout tes versements.
Nous bavardons encore dix petites minutes lorsqu’on toque à ma fenêtre, où je découvre Julia, qui scrute Kai avec suspicion. Ce dernier ouvre la fenêtre, où elle se penche :
- Tout va bien là-dedans ? demande-t-elle avec méfiance.
- Très bien Julia, la rassure-je.
- Salut, lâche Kai d’un ton plutôt sympa.
Même Julia le dévisage comme si elle l’avait mal entendu, visiblement très surprise :
- Salut Kai… Comment vas-tu ?
- Bien, bien… et toi ? ajoute-t-il rapidement en se souvenant que la politesse existe.
- Très bien… Tu as drôlement meilleure mine que la dernière fois que je t’ai vu, commente-t-elle.
- Ouai je… bouffe mieux…, invente-t-il.
- Ça te réussit drôlement, je te trouve presque fréquentable aujourd’hui, ce qui n’était pas gagné.
Kai a un petit rire en détournant la tête pour observer le campus, sans doute timide face à ce demi-compliment. En tout cas, Julia reporte son attention sur moi :
- Comment vas-tu ? Je ne t’ai pas vu depuis une éternité…, geint-elle.
Ce cas de figure n’est pas bon, pas bon du tout. Si elle me parle d’Hunter, alors Kai sera de mauvaise humeur pour le reste de notre entrevue et ça me ferait de la peine, alors je trouve de quoi l’évacuer en urgence.
- Très bien Julia mais… on discutera de tout ça plus tard si tu le veux bien. Kai prend le travail à treize heure et j’aimerais vraiment profiter de lui d’ici là alors…
- Tu travailles ? s’étonne-t-elle en reposant ses yeux sur lui.
- Ouai, je vois pas en quoi ça t’étonne, ronchonne-t-il.
- Peut-être parce que tu sors de prison et que tu avais l’air de sortir d’une poubelle la dernière fois que je t’ai vu.
- Je t’emmerde ! s’exclame-t-il en ouvrant des yeux outrés.
Elle éclate de rire, visiblement ravie de l’avoir embêté :
- Ah, voilà qui te ressemble déjà plus… Le naturel n’est jamais bien loin… Bon allez, je vous laisse les amis. Hestia, tu as plutôt intérêt à me consacrer une soirée cette semaine.
- Oui, oui, élude-je en sentant mon portable vibrer.
Je le sors de ma poche pendant que Kai et Julia échangent encore un ou deux noms d’oiseaux, plutôt amicaux il me semble.
Hu : « Je ne suis pas parti courir, Eden et Alma sont rentrés. J’ai discuté avec eux de la situation dans les grandes lignes, ils ne t’en veulent évidemment pas et ont hâte de te voir ce soir, ils mangent avec nous. »
Je souris de toutes mes dents face à cette bonne nouvelle, mais Julia s’étant éloigné, Kai soulève l’évidence :
- Cette fille n’est pas censée être ta coloc ? Pourquoi elle dit qu’elle te voit plus ? Elle n’habite plus avec toi ?
- Euh…, soupire-je en cherchant mes mots.
Mais un sacré détail ne manque pas d’attirer son attention :
- C’est quoi ce téléphone ? Où est ton clapet merdique ? Ces portables coûtent une blinde.
J’ai juste le temps de le verrouiller pour qu’il ne tombe pas sur ma conversation avec Hunter qu’il me l’arrache des mains, comme prévu. Il le retourne pour en vérifier la marque à l’arrière, les yeux si immenses qu’ils sortent de leurs orbites.
- C’est un cadeau, précise-je sobrement.
- Un cadeau de qui ?! De ton ex le friqué ?! demande-t-il avec agressivité.
Je fronce immédiatement les sourcils en tournant la tête vers lui :
- Mon ex… ?
- Arrête de jouer les idiotes, le débile qu’on a croisé au centre commercial samedi ! réplique-t-il vivement.
- Je ne suis pas idiote, j’avais bien compris de qui tu parlais, je ne comprends simplement pas pourquoi tu le qualifies comme mon « ex » ?! réplique-je en me hérissant.
Un blanc monumental tombe dans la voiture, et honnêtement, je sais déjà que ça ne finira pas dans les rires et la bonne humeur. Il me regarde comme si je venais de lui annoncer une trahison impardonnable et ça ne fait que me hérisser un peu plus fort.
- Tu sors encore avec ce mec… ? Tu es sérieuse là ? Non… tu te fous forcément de ma gueule, finit-il en chuchotant.
- Evidemment que je suis encore avec lui !
Il me jette mon téléphone sur les cuisses avec violence, comme si ce dernier venait de lui brûler les mains et mon cœur s’arrête en le voyant le lancer aussi fort, tant j’ai peur qu’il ne casse mon beau cadeau. Heureusement pour la tête de Kai, mon portable percute mes cuisse en deux petits rebonds mais n’en tombe pas. Sous la force de l’impact, l’écran s’allume, laissant apercevoir nos petites têtes angéliques d’amoureux transis, ce qui fait vriller Kai, mais pas du tout pour me dire ce à quoi je m’attendais.
- Mais qu’est-ce qu’il branle encore avec toi ?! hurle-t-il. Ce mec n’a aucun respect pour lui ou quoi ?! Putain mais qu’est-ce que c’est que ce débile ?!
- Je te demande pardon ?! Mais qu’est-ce que tu insinues là ?! Que je ne suis pas assez bien pour lui ?!
- Bien sûr que non ! Mais tu viens de le planter pendant trois foutues semaines ! Il vient de nous tomber dessus main dans la main ! Mais qu’est-ce que c’est que ce petit toutou de merde ?! vocifère-t-il. Putain j’étais sûr qu’il t’avait largué, sûr ! Qu’est-ce que c’est que ce merdier ?!
Je suis si abasourdie par ses mots que je ne réponds pas tout de suite. Qu’il soit jaloux, je le sais, il l’a toujours été… mais qu’il soit en train de péter les plombs à l’idée que je ne me sois pas fait larguer est en train de me dépasser complétement.
- Tu es en train de souhaiter que je me fasse briser le cœur ?! reformule-je vivement pour être sûre de bien comprendre.
Mais il ne m’écoute même pas, il secoue la tête avec toute sa haine et son dégoût en fixant la route devant lui. Il a l’air sombre, si sombre qu’il chuchote en se parlant à lui-même :
- Mais qu’est-ce qu’il croit ce gosse de riche de mes deux… que c’est lui que tu choisiras… ? Putain bien sûr que non, c’est moi que tu choisiras, que tu choisiras toujours…
- Mais qu’est-ce que tu baragouines encore ?! Tu ne veux pas mon bonheur ou quoi ?! Je te dis que je suis amoureuse de lui, il est l’homme de ma vie Kai, il va bien falloir que tu composes avec lui un jour parce que je ne compte pas le quitter !!
Il tourne encore ses yeux à faire peur sur moi :
- Arrête de dire ça ! Ce type se fout complétement de toi ! Il n’y a que moi qui t’aime Hestia, que moi ! aboie-t-il. Ce n’est pas parce qu’il t’offre un téléphone à mille cinq cents balles et qu’il te promène dans sa caisse de luxe que ça veut dire qu’il t’aime ! Il ne sait sans doute même pas ce que ça signifie ! Il aime posséder ouai ! Il prend son pied à te posséder ! Mais il ne t’aimera jamais comme je t’aime moi, JAMAIS !
- Et bien il ne souhaiterait jamais mon malheur comme tu viens de le faire ! Il fait absolument tout ce qui est en son pouvoir pour me rendre heureuse et je peux te garantir qu’il sait très bien ce qu’aimer signifie, qu’il sait très bien aimer, qu’il le fait parfaitement même ! hurle-je.
- Arrête de parler de ce que tu ne sais pas putain !
- Mais mêle-toi donc de ce qui te regardes Kai à la fin ! Ma relation ne te regarde PAS ! J’étais venue pour passer un bon moment avec toi ! Je suis partie de chez lui pour te voir toi, et regarde comme tu te comportes ! Tu ne sais que crier et me dire des méchancetés !
L’éclat de la folie qui m’inquiète chez lui refait surface, lorsqu’il vrille ses yeux complétement dingues dans les miens après la boulette que je viens de faire et le lien qu’il fait immédiatement avec les propos de Julia.
- Ne me dit quand même pas que tu étais chez ce… chez ce… depuis… samedi… ?! gronde-t-il de sa voix la plus menaçante.
Je me terre un peu contre ma portière involontairement, et pourtant, je relève le nez pour le regarder droit dans les yeux :
- Si.
La folie explose.
- TIRE-TOI DE MA CAISSE ESPECE DE TRAINEE ! SORS DE LA ! DEGAGE ! hurle-t-il plus fort que je ne l’ai jamais entendu hurler.
Il me pousse à moitié hors de l’habitacle et je me laisse foutre dehors comme la dernière des crottes, complétement choquée par ce qu’il vient de se passer et les mots qu’il vient de me jeter à la figure. Il démarre en trombe pour quitter le campus et je fais demi-tour pour foncer chez Hunter par la route plutôt que par le parc, le moyen le plus rapide pour vite retrouver ses bras réconfortants. Je serre ma veste dans mes mains tremblantes, je suis retournée des pieds à la tête, complétement meurtrie et honteuse, presque coupable d’avoir simplement un petit ami parfait.
Plus je marche, pire je me sens, presque sale de m’être fait traiter de trainée par mon frère, alors que je vis la plus belle histoire d’amour possible… Je ne peux pas croire que Kai ait réussi à me mettre dans cet état, à bafouer ma belle histoire d’amour, à me rendre triste et honteuse alors que je n’ai rien fait de mal. J’ai tellement de peine pour moi, pour la petite Hestia que j’imagine au fond de ma conscience, si petite, si fragile… qui sait qu’elle a trouvé un beau prince charmant, tout en sachant que son frère, sa famille, ne l’acceptera jamais, n’acceptera jamais son bonheur et finira peut-être même par briser ce couple qui me rend pourtant plus heureuse que je ne l’ai jamais été.
J’arrive en bas de son immeuble et pourtant, je me sens si mal que je ne peux pas attendre une seconde de plus et je l’appelle.
- « Mon cœur ? Tu rentres ? »
Sa petite voix joyeuse à l’idée de mon retour ouvre complétement les vannes de ma peine. Je m’effondre en sanglots dans la seconde, incapable de parler mise à part pour l’empêcher de descendre quatre à quatre les marches de l’immeuble :
- Ascenseur…, articule-je simplement entre mes larmes.
- « Putain je vais le tuer. »
Je raccroche puisque je sais que l’appel ne passera pas dans l’ascenseur et comme prévu, dès que les portes s’ouvrent, il est planté devant. Je me jette dans les bras qu’il m’ouvre et il me serre contre lui plus fort qu’il ne le fait d’habitude, sans doute pour évacuer sa tension monstrueuse à l’idée que Kai m’ait mise dans cet état. Il me serre contre lui un bon moment mais je n’arrive plus à arrêter les larmes de couler de mes joues, même lorsque mes sanglots cessent et que je me redresse un peu de son torse pour lui parler, je suis obligée d’essuyer mes larmes qui coulent en continu sur mes joues :
- Il m’a traité de trainée simplement parce qu’il a appris que je dormais chez toi depuis quelques jours… ça m’a … je me sens … Je ne me sens pas mal d’avoir dormi chez toi mais je ne sais pas… ça me brise le cœur, renifle-je en hoquetant.
- Evidemment ! Ce sombre… crétin est comme ta famille… Mon cœur, il ne faut pas que tu prennes aussi à cœur ce qu’il peut te dire, ce type est cinglé, complétement instable… il est capable de t’appeler dans une heure pour s’excuser à plat ventre…
Ses mots m’aident à un point inimaginable, parce qu’ils ne sont que vérité absolue. Kai n’est pas un méchant pur, il est impulsif, agressif… il est capable de sortir les pires horreurs avant de me supplier à genoux de les oublier…
- Merci mon amour… merci d’être toi…, sanglote-je.
Il attrape ma nuque pour presser mon front contre ses lèvres, il m’y embrasse longuement avec tendresse, en me transmettant son calme et son amour jusqu’à ce que mes larmes sèchent. Ma peine s’efface peu à peu, doucement mais sûrement, et je me laisse envahir par sa douceur et le bonheur de mon quotidien avec lui. Je laisse les mots de Kai s’effacer de mon esprit, disparaitre comme une fumée qui se dissipe…
Et enfin, je me dresse sur la pointe des pieds pour embrasser Hunter correctement, pour le remercier pour tout ce qu’il fait pour moi.
- J’ai une surprise pour toi mon petit cœur…, chuchote-t-il.
- Une surprise ? croasse-je en retrouvant un beau sourire.
- Regarde qui est là…
Il recule d’un pas pour ouvrir la porte de chez lui et je tombe à genoux pour réceptionner l’énorme loup qui me fonce dessus comme s’il ne m’avait pas vu depuis six mois, pour se caler au creux de mon cou en pleurant si bruyamment que je suppose que les voisins risquent d’imaginer qu’il est en détresse.
A partir de là, non seulement je fais une zoothérapie, mais en plus, Calyouk refuse tout net de se décoller de moi de plus d’un centimètre. Ça fait mourir de rire Hunter, particulièrement quand nous nous rendons compte qu’il est impossible que je mette un orteil hors de l’appartement sans lui, même en utilisant des subterfuges. Il ne me laisse passer aucune porte avant lui, ni après, passant le chambranle en même temps que moi pour être sûr de ne pas se faire évincer… et il a même l’audace de grogner Hunter lorsque ce dernier veut l’enfermer de force dans la buanderie pour que je puisse partir en cours.
Je suis mieux mais encore toute fêlée à l’intérieur par ce qu’il s’est passé. J’ai une envie folle de rester avec Hunter et mon loup préféré, alors lorsqu’il me propose de sécher mes cours pour qu’on se promène tous les trois, j’accepte sans réfléchir et nous convenons simplement que j’irai à mon TD obligatoire en toute fin de journée, quand Hunter assistera de toute façon à sa « rencontre » au travail.
*
Quand Hunter passe me prendre après mon cours, il m’annonce qu’Eden et Alma ne nous rejoindrons que tard, puisqu’il va la chercher à son cours de danse en milieu de soirée. Nous avons quelques heures en tête à tête avant leur arrivée et donc avant de préparer le repas que nous mangerons tous les quatre.
Nous nous câlinons sous la douche, nous jouons quelques parties d’échecs et nous « finissons » cette belle soirée en préparant le repas. Nous n’étions pas de grands fans de cuisine avant de nous rencontrer, mais depuis que nous cuisinons tous les deux, nous nous sommes rendu compte que nous adorions ça quand nous sommes ensemble.
C’est un temps calme, souvent câlin, où nous discutons de tout et de rien en nous occupant les mains à la recherche de nouvelles saveurs. Nous sommes rôdés depuis le début de notre relation, c’est lui le chef et moi le commis qui exécute les petites tâches qu’il me donne pour l’aider. Comme d’habitude, j’adore mon rôle et je ne comprends pas comment il peut préférer le sien puisque ma tâche consiste surtout à siroter du vin assise sur le plan de travail pendant qu’il cuisine en me glissant des petits baisers partout où il trouve une place.
C’est là que je suis, perchée à côté de lui les jambes croisées, à boire le verre que nous partageons pendant qu’il réalise son premier chili con carne pour ce soir, pour faire plaisir à Alma puisqu’elle adore ça.
- Un vrai mexicain, l’embête-je après qu’il a versé les épices dans la sauce.
Il lève les yeux au ciel en me présentant sa cuillère en bois, après laquelle je goûte la sauce, qui est parfaite selon mes critères.
- Quelle heure est-il ? demande-t-il en remuant son plat.
- Vingt deux heures trente, tu as trente minutes avant l’arrivée de la goûteuse professionnelle ! pouffe-je.
- C’est toi ma goûteuse professionnelle, répond-il joyeusement.
J’observe Calyouk dans son panier, qui dort les quatre pattes en l’air, visiblement très heureux d’avoir réintégré son chez lui et de s’être promené deux bonnes heures cet après-midi avec nous. L’appartement faisait drôlement vide sans lui, je me surprenais souvent à le chercher des yeux ces derniers jours et je suis ravie de le revoir dans le décor, mais ça signifie aussi que son maitre sera là bientôt et ça m’inquiète.
- C’est drôle de les revoir… ils n’avaient vraiment pas l’air en colère après moi ? m’angoisse-je.
- Pas le moins du monde mon chat, fais-moi confiance. Ils ont compris que la situation était compliquée, que ta relation avec lui l’est, et que ça complique la nôtre… Ils sont de toute façon heureux tous les deux, ils se sont trouvés et passent leur temps ensemble… Même si tu n’avais pas disparu des radars, ils n’auraient sans doute pas passé beaucoup de temps avec toi…
- C’est vrai…
Je me penche en avant pour l’embrasser en souriant, et il ne tarde pas à venir se caler contre moi pour m’embrasser avec intensité, en glissant une main contre ma tête. Le vin qui m’enivre et le baiser d’Hunter qui m’étourdit est un bien joli mélange, qui me fait perdre la tête en un temps record. Je ne suis déjà plus dans cette cuisine, je suis complétement plongée dans mon paradis terrestre, en train de me demander s’il nous reste assez de temps pour nous aimer un peu plus fort avant l’arrivée de nos amis. Vu le comportement d’Hunter, la chaleur de son baiser, la malice dans ses yeux et la caresse de ses mains, la réponse est un grand oui.
Je me glisse au bord du plan de travail, où il me tirait déjà, et dès qu’il m’attrape pour me porter dans la chambre, mon téléphone vibre sur l’îlot. Il m’y emmène et nous sommes surpris de découvrir que c’est Kai qui m’appelle.
- Je ne sais pas si je devrais répondre, boude-je.
- Il veut peut-être s’excuser… Je sais que tu as l’air d’aller mieux mais je te connais, je suis sûr que tu as encore de la peine au fond de toi, chuchote-t-il en glissant une mèche derrière mon oreille.
- Oui… même si je lui faisais la tête encore quelques jours, j’apprécierais d’avoir ses excuses avant…
Il me pose donc par terre et je réponds avec ma voix la plus méchante :
- Qu’est-ce que tu me veux Kai ?!
- « Bébé… je… je ne me sens pas bien je suis… je suis complétement… J’ai replongé bébé… j’ai besoin de toi… »
Chaque poil sur mon corps se hérisse sous la terreur, parce que j’entends très bien qu’il ne joue pas la comédie et qu’il est complétement ailleurs. Ajoutons à ça sa crise de colère et je m’inquiète déjà de la dose qu’il a dû prendre alors qu’il n’a rien pris depuis des semaines. L’angoisse m’étrangle à l’idée qu’il fasse une overdose et je tourne une tête à faire peur vers Hunter.