The Dark Love (& Matt le jukebox)

Chapitre 30 : Souvenirs cachés ooOoo Sexualité ooOoo

Par Tracy

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Souvenirs cachés – quatrième partie

 

 

ooOoo Sexualité ooOoo

 

 

Artus avait envie de sexe. Cette concupiscence lancinante montait en lui depuis plusieurs jours, et la masturbation ne suffisait plus. Sous la douche, il nettoyait sa main couverte de sa propre semence. Il se tâtait à faire appel à une professionnelle. Pendant des années, ça ne l’avait pas dérangé. Maintenant, il trouvait la perspective déprimante. Le sexe sans amour et contre rémunération, il n’y avait rien de plus misérablement cynique. Il n’osait pas trop y penser, mais il lui restait l’option Matthieu…

 

Ils l’avaient déjà fait une fois. Cela s’était plutôt bien passé. Malheureuse­ment, cela restait compliqué. Mécaniquement, c’était compliqué. Ce n’était pas aussi facile de faire monter le désir qu’avec une femme, Artus n’avait jamais été attiré par les corps masculins. Émotionnellement aussi, c’était compliqué. Matt était du genre solide, mais Artus avait toujours peur de faire une boulette. Déjà la fois précédente, il avait bien failli renoncer quand il l’avait vu pleurer. Jamais de sa vie il n’avait vu son ami pleurer, en dehors des larmes de joie qu’il avait versées quand ils avaient gagné « The Best », et d’un regard rougeoyant à l’enterrement de sa mère.

 

L’ironie de la chose, c’est que cette fragilité avait réussi à éveiller son instinct animal. L’espace d’un instant, il avait eu l’impression de voir une femme devant lui, et non Matthieu. Alors quand il l’avait embrassé passionnément, avant de lui parler avec sa tonalité de petit chef qu’il connaissait si bien, le cocktail des paradoxes émotionnels avait été explosif dans l’esprit d’Artus. La machine était lancée. Il ne savait pas s’il réussirait une deuxième fois, pourtant il en vint à se convaincre qu’il devait essayer.

 

Quand Artus retourna dans la chambre de Matthieu, ce dernier était en train de lire des lettres de fans, assis sur le lit, adossé aux oreillers. La technologie numérique dominait la planète, mais il restait quelques puristes adeptes de l’épistolaire à l’ancienne. Pour celles et ceux-là, Matthieu tenait à répondre personnellement et manuscritement. Il portait ses lunettes de lecture, il prenait dix ans avec ces machins sur le nez. Cette vision rappela à Artus que Matt et lui étaient sur la pente descendante, encore quelques années et ils allaient inéluctablement entamer leur mutation en vieillards. Cette pensée était on ne peut plus tue-l’amour. Artus vint s’asseoir près de Matthieu en soupirant. Ce souffle dépité réussit à l’extirper de sa lecture.

 

— Qu’est-ce qui va pas ?

— On est vieux.

— Merci capitaine constat.

— Ce n’est pas drôle.

— C’est la vie.

 

Matthieu passa une main dans les cheveux poivre et sel d’Artus. La douceur de ce geste lui redonna un peu d’entrain.

 

— J’ai envie de toi.

— Gérontophile.

— Putain, Matt ! râla Artus.

 

Il n’arriverait jamais à bander dans ces conditions. Matthieu était tordu de rire dans son lit, au point d’en perdre ses lunettes. Artus envoya valser les feuilles et ses binocles sur le sol pour se saisir des mains de son partenaire qui n’arrivait pas à stopper son fou rire. Ils se bagarrèrent comme deux enfants de six ans et, une fois de plus, Artus eut vite le dessus avec son quintal bien amorti. Il dévisageait son prisonnier haletant et de bonne humeur. Son regard bleu pénétrant finit de calmer Matthieu. Il y avait quelque chose de nouveau dedans. Trente-quatre ans d’amitié, et cette lueur-là, Matt ne l’avait jamais vue, ou plutôt il ne l’avait jamais vue posée sur lui. Les paupières d’Artus cachèrent ces yeux envoûtants, annonçant la venue du baiser.

 

Matt savoura cet instant avec une certaine appré­hension. Dès la première seconde, il n’eut plus le moindre doute : la sincérité était toujours là. Il avait encore du mal à le croire. Même si leur relation avait changé, régulière­ment Matthieu se surprenait à se dire qu’il avait rêvé cette nuit-là et qu’ils n’avaient jamais fait l’amour ensemble. Les mains d’Artus se baladaient sur son corps comme deux plumes curieuses. Parfois, il les sentait hésiter, sans doute parce que son corps était très différent de celui d’une femme. Matthieu prit le visage d’Artus entre ses propres mains. Pour lui, cet instant était absolument merveilleux, l’accomplissement d’une vie, son grand amour enfin entre ses doigts, rien qu’à lui, sans obstacle.

 

Sans jamais se détacher de ses lèvres, Artus retira le caleçon de Matt, puis le sien. Il leur faudrait se séparer pour retirer leurs t-shirts, mais il était encore trop tôt. Le désir d’Artus avait besoin de s’accroître, l’absence de poitrine et la pilosité de Matt risquaient de le perturber. Seul le contact des mains et de la langue de son ami l’aidait à s’exciter indépendamment du reste de son corps. Artus se décida enfin à embrasser son cou plutôt que sa bouche et l’esprit cartésien de Matt émergea miraculeusement de ce déluge sensoriel.

 

— Attends Artus.

 

Le chanteur se redressa. Ce n’était pas une bonne idée de s’arrêter, mais il était conditionné à obéir à son compagnon. Une carrière complète à suivre Matt le Jukebox, ça laissait des traces. Matthieu lui sourit d’une manière très suggestive avant de se lever du lit pour aller farfouiller dans un placard.

 

— Qu’est-ce que tu fais ? s’étonna Artus en sentant son excitation sur le point de retomber à zéro.

 

Matthieu revint vers lui avec une bouteille de lubrifiant dans une main et un deuxième flacon plus réduit dans l’autre.

 

— Il faut que je t’apprenne deux ou trois trucs.

— Toi, tu vas m’apprendre des trucs sur le sexe ? J’ai eu plus de partenaires que toi, déclara Artus avec une arrogance virile.

— À part si tu m’as caché des choses, il me semble que j’explose ton score de conquêtes masculines.

 

Artus soutint le regard provocateur de Matthieu. Son envie était redescendue à cause de cet interlude imprévu, mais maintenant qu’ils avaient le vit à l’air tous les deux et que Matt semblait décidé, il pouvait difficilement se débiner.

 

— D’accord. Je t’écoute.

— Je n’ai pas grand-chose à dire, ce sont surtout des travaux pratiques.

 

Matthieu retira son t-shirt et s’agenouilla sur le lit.

 

— Mets-toi dans la même position que moi.

 

Artus s’exécuta. Pendant qu’il retirait son propre haut de pyjama, Matt ouvrit le petit flacon et inspira un coup dedans. Artus haussa un sourcil.

 

— Je n’ai plus le droit de prendre de la drogue, mais toi tu sniffes du poppers devant moi ?

— On n’en fait pas le même usage, maintenant tais-toi.

 

Matthieu prit délicatement la main droite d’Artus et l’amena sur son sexe, puis lui-même se saisit de celui d’Artus. Il commença à faire des va-et-vient assez lents. Le phallus de Matt était déjà plus raide que celui d’Artus. En le sentant sous ses doigts, le chanteur se crispa un peu, il n’avait pas l’habitude de toucher une autre verge que la sienne. Il était aussi perturbé par le toucher de Matt en train de le mignarder. Objectivement, c’était agréable, mais ce n’était pas une femme qu’il avait devant lui. Pire que tout, c’était son meilleur ami qui était en train de lui faire cette cajolerie obscène.

 

Artus respectait Matthieu, il l’admirait même, depuis toujours, il était son alter-ego. Or, il avait toujours tendance à associer le sexe à la domination. Même avec Clara et Sophie, qu’il avait aimées de tout son cœur, il restait dans ce délire de possession et de domination. Il n’avait pas ce type de relation avec Matt, alors toutes les connections ne se faisaient pas dans son cerveau.

 

Comprenant qu’Artus était mal à l’aise, Matt posa sa main libre sur la joue impeccablement rasée de son compagnon et se mit à l’embrasser, avec langueur et affection. Il s’efforçait de le rassurer. Tout en le dorlotant, il accéléra le mouvement de sa main droite, Artus manqua de lui mordre la langue en se mettant à gémir. Instinctivement, Artus amplifia son propre geste, jusqu’alors mal assuré. Son excitation était bien en train de revenir.

 

Matt, lui, était déjà en plein dedans, mais il s’efforçait de rester lucide et cohérent. Il devait guider son ami jusqu’au bout, sinon leur tentative allait tourner au fiasco. Brusquement, Artus lâcha le sexe de Matt pour l’enlacer et l’embrasser avec plus de fougue. Matthieu sentait la pression sur son corps, il allait le faire basculer comme la fois précédente, alors il s’interrompit à nouveau pour prendre les devants.

 

— Allonge-toi et laisse-moi faire.

 

Artus rouvrit les yeux pour le regarder, il semblait étonné. Matt ne libéra pas son chibre jusqu’à ce qu’il se décide à faire ce qu’il lui demandait. Il attrapa la bouteille de lubrifiant et, après avoir déposé un baiser furtif sur le gland d’Artus, il badigeonna tout son membre avec le liquide. Il le chevaucha en amazone et se positionna pour faire rentrer facilement l’ithyphalle. Il s’empala dessus, très lentement, de lui-même, et cria, à la fois de gêne et de plaisir. Cette sensation bizarre, il l’avait presque oubliée… Il sourit à Artus avec une certaine allégresse, le poppers faisait sans doute toujours effet, mais il était surtout heureux d’être enfin en plein coït avec Artus, son visage en face de lui.

 

Artus était comme paralysé. Les deux vieux amis se regardaient fixement. Matt voyait bien que son partenaire était paumé, il ne s’attendait pas à ce qu’il lui laisse les commandes aussi soudainement, et il ne s’attendait pas non plus à se retrouver dans cette position qui l’obligeait à le voir tout entier, avec son physique très masculin. Matthieu bougea le bassin pour l’encourager, c’était à Artus de faire le plus gros du travail maintenant.

 

Artus ferma les yeux pour essayer de se concentrer sur ses perceptions sous la ceinture. Il était entré, c’était étroit, et même très serré, tout chaud et confortable, il y était bien. Il posa ses mains sur les hanches osseuses de Matt. L’espace d’un instant, il se demanda comment il pouvait être encore aussi mince à cinquante ans, alors que Cyk, Coco et lui – qui détenait le record – s’étaient tous épaissis. Ce n’était pas tout à fait la même chose, mais cette finesse et la douceur de sa peau au niveau des reins lui rappelaient très vaguement la taille d’une femme. Cela suffit à le motiver dans un premier temps.

 

Il commença à remuer en gardant les yeux fermés. Matt poussa un gémissement lubrique, il avait retrouvé cette ivresse libidineuse indéfinissable, incommodante et jouissive en même temps. Elle l’étourdissait. Il fallut un peu de temps à Artus pour prendre le bon rythme, il n’avait pas fait l’amour dans cette position depuis très longtemps, surtout pour une sodomie, et le corps de Matt restait une nouveauté déstabilisante. Même sans le voir, son toucher ne mentait pas : c’était plus ferme et plus musculeux que tout ce qu’il avait connu jusqu’alors. En plus, Matt était en train de s’astiquer pendant qu’il le pénétrait. Il lui donnait de mini coups de poings sous le nombril parfois, par accident.

 

De sa main libre, Matthieu s’appuyait sur la tête de lit. Il couinait de plus en plus, ce glapissement graveleux plaisait à Artus. Le gros brun ne pouvait toujours pas ouvrir les yeux, mais il arrivait de mieux en mieux à filtrer les sensations, ignorant les désagréables pour se focaliser sur les bonnes. Il sentait son ardeur s’intensifier, il savait qu’il allait se mettre à faire son bourrin d’une seconde à l’autre. Il luttait contre ses pulsions pour éviter d’en arriver là, il craignait de faire mal à son amant, mais Matt, complètement euphorique, se mit à hurler son orgasme prostatique. Ce long cri bestial, roque au début et aigu à la fin, plongea Artus dans un état d’exaltation. Il ouvrit brusquement les yeux pour admirer son bardache et se lâcha complètement.

 

Les braiments de Matt devinrent encore plus stridents. Artus arrivait enfin à le regarder, ça l’excitait de le regarder et de le voir jouir grâce à ses coups vigoureux dans le rectum, ses joues rougies par la luxure. Hélas son propre plaisir devenait trop envahissant, il peinait à garder les yeux ouverts, alors qu’il en brûlait d’envie désormais. Il ne réalisa même pas qu’il avait le bas du ventre couvert du liquide séminal de Matthieu.

 

— Il est trop bon ton cul Matt ! beugla Artus avant de venir à son tour.

 

Il soupira avec satisfaction, un air béat de félicité sur la figure. Matt se dégagea doucement, son sourire joyeux se contracta légèrement à cause de la douleur, puis il vint s’affaler sur Artus.

 

— Y a pas à dire, tu sais trouver des mots romantiques.

— C’est toi le poète, pas moi, répliqua Artus essoufflé.

 

Matt glissa ses doigts entre ceux d’Artus. Toujours sur son petit nuage, il se mit à bécoter le torse de son ami, s’attardant sur ses tétons pour les mordiller. Artus en venait à se demander si ce n’était pas un effet du poppers plutôt que l’expression réelle de son affection. La sensation était agréable, bien qu’inhabituelle ; ce type d’attouchements ne faisait pas partie des plus fréquents avec les femmes.

 

Ils restèrent enlacés un long moment, trempés de sueur, le temps de se remettre. L’un comme l’autre n’étaient plus assez jeunes pour sortir fringants et en forme d’un ébat aussi sportif.

 

Artus voulait absolument retourner se laver et, pour la première fois, Matt l’accompagna sous la douche. Au début, Artus était gêné, mais il savait qu’il allait s’habituer. Vu le degré d’intimité qu’ils avaient atteint, ce n’était pas une simple douche qui allait le bloquer.

 

Toujours avec sa mine enjouée, Matthieu lui savonnait le buste, et il se laissait faire. Il trouvait la scène assez drôle. Matt avait toujours été très paternel avec lui. Dès qu’il le pouvait, il prenait soin de lui et le bichonnait, mais toute sa vie, il avait dû refreiner une partie de ses gestes. Artus avait l’impression qu’il rattrapait le temps perdu. Un sourire attendri finit par germer sur son visage, tandis qu’il observait son meilleur ami en train de le masser et de le rincer.

 

Ils sortirent de la salle de bain en peignoirs et le sourire d’Artus se transforma en grimace quand il redécouvrit dans quel état ils avaient laissé le lit. L’arc-en-ciel des tâches suspectes était en outre sublimé par une effluence de vieux fauves embaumant la pièce.

 

— On va peut-être aller dormir dans ma chambre, dit-il.

— Ça me va, je dirai à la femme de ménage de changer les draps.

— Hum… Sympa, elle va être ravie.

 

Lové contre Artus dans un lit tout propre à l’autre bout de la villa, les yeux fermés, Matthieu attendait Morphée. Il aimait sentir la peau imberbe des pectoraux graisseux d’Artus sous sa joue. Il aimait aussi sentir son odeur naturelle, très discrète, qu’il ne pouvait apprécier que la nuit, une fois Artus lavé et débarrassé des restes de son parfum, certes enivrant, mais moins que sa véritable fragrance.

 

Artus continuait de contempler son compagnon somnolant avec son gentil sourire affectueux. Son cœur se gonflait d’un sentiment clairement amoureux, il arrivait à l’identifier sans peine désormais. Cette chaleur réconfortante et inestimable, il ne l’avait véritablement connue qu’avec Clara et Matthieu. Il caressa du bout des doigts le front de Matt en balayant les rares mèches qui s’y trouvaient.

 

— Tu ressembles à une femme parfois… murmura-t-il.

 

Matthieu ouvrit brusquement les yeux. Il haussa un sourcil avant de bouger la tête pour toiser Artus.

 

— Alors ça, tu vois, c’est vexant.

— Je le pensais comme un compliment. C’est une façon de te dire que tu es beau… reprit Artus avec douceur.

 

Matt était contrarié, vraiment contrarié. Artus le remarqua tout de suite, même s’il ne comprenait pas pourquoi. Le guitariste se dégagea précaution­neusement de l’étreinte d’Artus pour se redresser. Il affichait son petit sourire de complaisance, histoire de ne pas être trop brutal, mais il devait recadrer Artus fermement cette fois.

 

— Écoute, je suis peut-être gay, mais je reste un homme. Et pour ta gouverne, normalement quand je baise avec quelqu’un, c’est moi l’actif.

 

Matthieu fixa longuement Artus dans les yeux, ses beaux yeux bleus si profonds qu’il adorait. Artus ne disait rien, mais Matt vit rapidement le malaise jaillir dans ses iris. La pommette de Matthieu se retroussa quand il adopta un sourire plus amical.

 

— Relax Artus. J’te demande rien, j’te le dis juste pour que tu évites de me ressortir des compliments dans ce goût-là.

 

Artus n’était qu’à moitié rassuré, il était perdu, et comme à chaque fois dans ce genre de situation, il se murait dans le silence. Matthieu attendit patiemment qu’il se décide à poser une question ou à faire une blague, c’était souvent de cette façon qu’il retombait sur ses pieds. Pourtant, cette fois, il était trop perturbé pour plaisanter. Il balbutiait. Matt était assez surpris, la dernière fois qu’il l’avait vu dans un état semblable, il était encore marié avec Clara.

 

— Tu… Tu veux dire que personne avant moi ne t’avait…

— Si. Si, bien sûr que si, mais ce n’était pas arrivé depuis longtemps.

— Je suis désolé Matt. Il fallait me le dire, je n’aurais pas…

— Vieux, ça me va. C’est toi, alors ça me va.

 

Matthieu l’embrassa délicatement sur la bouche avant de se laisser glisser pour se rallonger. Il se blottit aussitôt contre Artus et lui frotta gentiment le bras. Il trouvait la situation assez comique. Alors que la plupart des gens s’endurcissent en vieillissant, plus Artus prenait de l’âge, plus il avait besoin d’être réconforté comme un enfant.

 

— Mais la prochaine fois, dis-moi simplement que je suis beau, ça m’ira très bien.

— D’accord… dit lentement Artus en tapotant maladroitement le dos de Matt.

 

Quelques secondes s’écoulèrent, le temps qu’il retrouve son sens de l’humour et qu’il puisse ajouter :

 

— De toute façon, tu restes moins beau que moi.

— C’était le cas avant mister sexy, mais maintenant tu es gros et décrépi.

— Eh ! On dirait Clara quand tu dis ça.

— Je viens de te demander de ne plus me traiter de bonne-femme.

— Ce n’était pas un compliment.

— Clara Galvin, une insulte ? Dans ta bouche ? J’crois pas non.

— Ne me dis pas que tu es jaloux d’une femme qui m’a quitté il y a quinze ans ?

— Treize.

 

Leurs deux sourires narquois s’ébranlèrent en même temps. Au fond des prunelles vives de Matthieu, Artus aperçut les blessures qu’il cachait, encore et toujours, derrière son éternelle figure maline, débordant de confiance. Le chanteur reprit un air sérieux. À demi-mots, il murmura :

 

— Je suis désolé de t’avoir fait souffrir pendant toutes ces années.

— J’te l’ai déjà dit : aimer c’est souffrir, ça fait partie du contrat.

— Tu sais bien que ce n’est pas vrai…

 

Matt sentit l’étreinte d’Artus se resserrer autour de lui et il retrouva son sourire heureux. Il le percevait et le savourait sur son corps, à travers le tissu et leurs peaux : l’amour d’Artus, le plus précieux de tous ses trésors. En échange, il se mit à caresser son flanc et embrassa son sternum rhabillé.

 

— Ils sont toujours bloqués ? demanda finalement Artus de sa voix suave.

— Quoi donc ?

— Ces mots-là. Tu n’es pas obligé d’attendre que je meurs pour me les dire…

 

Matthieu enfouit sa tête sous l’aisselle de son compagnon pour cacher son visage. Cette fois, Artus avait réussi à l’intimider. Ce n’était pas voulu, mais cela lui conféra un sentiment de triomphe très plaisant. Il en profita.

 

— Alors ? Où est passé mon petit champion de poésie ?

— Va te faire voir Artus…

— Le voilà, il me semblait bien !

 

Le guitariste donna une claque sur les côtes d’Artus qui ricanait.

 

— J’ai pas l’impression que tu mérites d’entendre des mots doux, marmonna Matthieu.

— Toi et ta fierté mal placée.

— Tu peux parler.

— Je t’aime Matt.

— Je sais.

— Tu sais, répéta lentement Artus. Et ?

— Et je…





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