ooOoo Mariage ooOoo
Sophie poussa un long gémissement extatique, le menton levé vers le lustre. Ce n’était encore qu’un simple baiser dans le cou… Juste pour ça, elle avait bien fait d’épouser Artus, il embrassait divinement, et il était insatiable.
Sa robe de mariée les encombrait, il allait falloir du temps pour l’enlever. Connaissant Artus, il frémissait sans doute d’envie de simplement retrousser le jupon et d’y aller directement, comme un boulimique sur un paquet de friandises, mais elle ne crachait pas sur un peu de délicatesse vu le contexte. Elle releva ses longs cheveux bruns ondulés pour lui présenter sa boutonnière. Elle n’avait pas pu enfiler sa robe toute seule, elle ne pourrait donc pas l’enlever seule non plus. Elle sentait la pression de ses doigts le long de sa colonne vertébrale.
Le temps ralentissait. Le bruissement du tissu rendait ce silence étiré érotique. Enivrée par cet instant alangui et les relents de champagne, Sophie laissait son esprit remonter le fil du temps, de leur rencontre jusqu’à cette journée censée être la plus belle de sa vie. Elle ne se sentait pas vraiment l’âme d’une princesse, mais elle devait reconnaître que se marier avec le chanteur des Dark Love avait des allures de happy end dans une comédie romantique.
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Sophie était pianiste de profession. Artus et elle s’étaient rencontrés lors d’un festival de musique. Pour leur premier rendez-vous, qui selon toutes les prédictions aurait dû rester le seul et l’unique, il l’avait invitée dans un restaurant où il avait ses habitudes avec Matthieu. Les convives des tables voisines ne les avaient pas quittés des yeux durant tout le repas. Sophie était sortie de l’établissement très sélect l’estomac rempli, la mine réjouie, mais quelque peu décontenancée.
— C’est ce qui arrive quand on est une star ? avait-elle demandé. Tout le monde vous dévisage de la tête aux pieds à chaque instant ?
— Hélas oui… Mais normalement ce n’est pas censé arriver dans ce genre de restaurant, les clients sont habitués à voir des célébrités. Je suppose qu’ils étaient perturbés, c’est la première fois que je viens avec une femme.
— Tiens donc… Tu voudrais me faire croire que j’ai un statut privilégié ?
— Je t’assure. Comme je ne dine qu’avec Matt la plupart du temps, ils pensent que nous sommes… Hem, enfin tu vois.
— Je vois très bien, je connais la rumeur. Elle est amusante d’ailleurs, tu n’as pas du tout la même réputation parmi les musiciens… Ou devrais-je dire : parmi les musiciennes !
— Me voilà rassuré. Je te raccompagne à ton hôtel ?
— Non merci, je vais me débrouiller, avait-elle répondu en faisant signe à l’un des taxis stationnés le long du trottoir si propre qu’il en était surréaliste.
— Je pensais qu’on pourrait prendre un dernier verre… avait insisté Artus avec son sourire de tombeur.
Sophie s’était mise à chantonner dans une certaine ironie joviale.
— Ouiiii… Un dernier verre, bien sûr…
— D’accord, je change d’approche pour quelque chose de plus direct : je veux te faire l’amour toute la nuit.
— Si je te donne ce que tu veux dès ce soir, je diminue mes chances de retourner dans un restaurant à deux cent dollars le menu.
— Je ne te voyais pas comme une femme vénale, avait répliqué Artus en grimaçant.
— Je ne suis pas une femme vénale, pas plus qu’une femme stupide ou une femme facile. Je te l’ai dit : ta réputation te précède.
— Et donc ? Je dois prendre une carte de fidélité ? Au bout de dix diners, j’ai droit à un dessert gratuit ?
— Ne sois pas cynique ! On peut sortir autre part, au cinéma, au théâtre, aller à un concert qui ne serait pas un des tiens ou un des miens… Tu aimes l’opéra il me semble, non ?
— Va pour l’opéra dans ce cas.
La proposition n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd, Artus avait retrouvé le sourire. En guise d’au revoir, Sophie s’était avancée pour l’embrasser, suffisamment longtemps pour lui communiquer sa bonne humeur, et suffisamment brièvement pour le laisser sur sa faim, murmurant d’une voix onctueuse :
— Je te promets que tu n’auras pas à attendre dix rendez-vous pour avoir ta branlette espagnole…
Artus était charmé. Il avait l’habitude des jolies filles, il avait l’habitude des filles coquines, mais aucune n’était restée assez longtemps pour se montrer spirituelle. Sophie sortait clairement du lot. Le coup de l’opéra était la cerise sur le gâteau.
Pour la toute première fois de sa vie, Artus avait dit « je t’aime » à une femme. À cause de ces trois mots, bien plus romantiques qu’anodins dans la bouche d’Artus, et parce qu’à vingt-huit ans il était extrêmement séduisant, Sophie avait accepté de l’épouser. Ils étaient désormais arrivés à cet épilogue de conte de fée…
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L’élégance d’Artus était sublimée pour son mariage. Il portait un splendide costume noir lui conférant une prestance inimitable de prince charmant. Cette image plaisait à Sophie, autant qu’elle l’amusait. Dans l’intimité de la chambre à coucher, Artus était tout de même plus rustre. À l’inverse, dans la vie quotidienne, il était sophistiqué et faisait pas mal de chichis, c’en était presque ridicule parfois. Mais ce jour-là, il n’était pas du tout ridicule, non, il était incroyablement beau, galant et charismatique.
Ses trois partenaires avaient géré la musique du banquet sans son aide, mais Artus les avait rejoints pour chanter « Déclaration d’Amour » en l’honneur de Sophie. Cette chanson était tellement belle et touchante… Le comble du romantisme.
C’était un mariage parfait, et la nuit s’annonçait torride. La robe ouverte de Sophie glissa sur le sol, dévoilant la dentelle noire affriolante autour de son bonnet E et de son porte-jarretelle. Elle avait sorti le grand jeu, elle savait ce qui plaisait à Artus.
En se commémorant les musiques de la célébration, Sophie se souvint du nouveau morceau de Matthieu. Il l’avait chanté seul. Visiblement, il n’en avait parlé ni à Cyril, ni à Corentin, encore moins à Artus puisqu’il s’agissait d’une surprise pour lui. Une surprise très déstabilisante, Sophie ne s’y attendait pas non plus.
Elle sourit d’amusement en y repensant. Elle pivota sur elle-même pour regarder Artus sans qu’il n’ait besoin de retirer ses mains en train de caresser les courbes opulentes de son ventre.
— Au fait, c’était quoi la chanson de Matt tout à l’heure ?
— Il l’a dit non ? Cadeau de mariage, répondit Artus entre deux baisers sur ses clavicules.
— Un cadeau de mariage ? répéta Sophie en rigolant. Moi j’appelle ça une déclaration d’amour déguisée.
— Tu veux vraiment parler de ça maintenant alors que c’est notre nuit de noce ? Personnellement, j’aimerais mieux qu’on discute lingerie et Kamasutra, si cela ne te dérange pas.
— Oh Artus… Ce n’est pas comme si tu n’avais pas déjà consommé la marchandise. Que mon mari ait un amant, ça c’est un sujet de préoccupation majeur pour une jeune épouse, gloussa Sophie, toujours un peu euphorisée par le champagne.
La moquerie et la légèreté se lisaient sur son visage et dans sa voix, mais Artus était mal à l’aise. Il ne donnait vraiment pas l’impression d’avoir envie d’en rire. Sophie vit ses traits se durcir en quelques secondes, elle commençait à regretter sa boutade.
— Excuse-moi, j’aurais dû attendre demain pour t’en parler, au lieu de te taquiner avec ça.
— Non, ça va, ne t’en fais pas. Je m’y suis habitué.
— Habitué à quoi ?
— Aux gens qui me posent des questions sur les chansons de Matt.
— Je ne suis pas les gens, je suis ta femme.
— Oui, et tu sais déjà tout ce qu’il y a à savoir.
— Vraiment ? insista-t-elle d’une voix plus douce.
Elle savait que Matthieu était amoureux d’Artus, son fiancé ne le lui avait jamais caché. Elle savait aussi qu’Artus n’était pas du tout gay. Elle fermait les yeux sur ses infidélités, mais elle savait qu’elles existaient, et que toutes ses conquêtes étaient des femmes. Le problème ne se situait pas dans la sexualité, ni dans les jeux de vérité et de mensonge. Non, le souci était d’ordre sentimental.
— Tu veux savoir quoi d’autre ? s’agaça Artus en se guindant comme un aristocrate. Qu’il est sans doute en train de se saouler la gueule tout seul quelque part pour noyer son désespoir ? Que je culpabilise mais que je ne peux rien faire pour l’aider ? Que sa chanson me donne envie de pleurer ? C’est ça que tu veux entendre ?
— Artus, calme-toi voyons…
Il ferma les yeux et se pinça l’arête du nez. Il prit une profonde inspiration pour récupérer son sang-froid. D’une voix plus faible, il dit :
— Je ne veux plus parler de ça. S’il te plaît Sophie…
Sa compagne le serra tendrement dans ses bras pendant quelques instants. Pour essayer de se faire pardonner son indiscrétion, elle finit par se mettre à genoux devant lui pour offrir sa bouche à son plaisir masculin. Elle constata, face à son chibre découragé, que la discussion l’avait perturbé. Elle s’en voulait encore plus et s’efforça de lui redonner un maximum de vigueur.
Artus récupéra rapidement sa virilité et fit honneur à la tradition des noces. Sophie n’était plus vierge depuis longtemps, mais il réussit néanmoins à trouver un dernier orifice à explorer, après avoir largement joué avec ses seins généreux, sa gorge profonde et son petit renard, comme elle l’appelait. Comblée mais éreintée, Sophie s’endormit dans les bras d’Artus.
Lui, par contre, ne trouvait pas le sommeil. Quand son excitation fut complètement retombée, il fut rattrapé par la chanson que Matt avait jouée pour la première fois pendant la soirée, la même qui avait perturbée Sophie. Cyril, Corentin et Artus ne la connaissaient pas, Matt l’avait préparée en secret pour surprendre les invités du mariage. C’était très beau, très réussi, mais Artus était le seul, sans doute avec Cyk, à en avoir perçu toute l’amertume.
Tu sais ces mots-là,
Restent bloqués au fond de moi,
Et pourtant dans ma tête y a que ça,
À chaque fois que mes yeux se posent sur toi.
Dans le silence et l’obscurité de la chambre nuptiale, une larme coula le long de la joue d’Artus.