Ce ne devait pas du tout se passer comme ça !
Trevelyan lui avait répété à maintes reprises les mots à dire, les gestes à faire et les attentions à offrir. Son premier conseil avait été de s’y prendre quand Cole serait loin : le garçon était si spontané, si naïf, si prompt à traduire les émotions en métaphores étranges qu’il aurait, sans le vouloir, révélé les intentions de Cullen à la jeune femme. Et l’élément de surprise était essentiel.
Le commandant avait donc fait en sorte que Varric s’occupe de Cole durant un peu plus de trois jours jusqu’à son départ pour Golefalois, ce matin même. Durant ce temps, il s’était tenu aussi loin que possible de l’esprit afin de lui cacher ses intentions. L’inquisiteur lui avait aussi conseillé d’accepter un peu d’aide de la part de Sera, qui ne fut pas difficile à convaincre, vu que, évidemment, elle s’était déjà mêlée de toute cette histoire avec un enthousiasme plus que suspect. Mais elle était l’amie la plus proche de Théa et sans aucun doute celle qui la connaissait le mieux. Son aide était donc la plus précieuse qui soit.
Trevelyan avait insisté sur l’importance de trouver un lieu intime mais sobre, quelque chose qui plairait à Théa. Cullen avait d’abord pensé aux chemins de ronde, en souvenir de leur premier rendez‑vous. Mais Sera lui avait ri au nez en lui demandant si les soldats en patrouille étaient invités à pique‑niquer avec eux, et l’Inquisiteur avait ajouté que la météo était trop incertaine.
Restaient les jardins, où Mère Gisèle rôdait chaque jour, et l’idée d’y être surpris alors qu’il tentait d’approcher la jeune herboriste avait glacé Cullen. L’approbation de la Chantrie attendrait. C’était prématuré et il n’était absolument pas certain que Théa fût ouverte à la discussion, surtout qu’elle ne lui avait pas adressé la parole depuis qu'il avait quitté l'Immatériel.
La chambre de Sera s’était alors imposée presque d’elle‑même. Théa adorait y passer du temps, et l’elfe avait accepté de prêter l’endroit en échange d’un service… dont Cullen préférait ne pas connaître les détails pour le moment.
Une fois le lieu trouvé, il avait fallu encore préparer une ambiance romantique. Joséphine, mise dans la confidence par Trevelyan, s’était empressée de détacher toutes les tentures de la chambre de ce dernier pour calfeutrer celle de Sera. Quant aux lanternes, ce fut une idée de Solas : il avait déjà vu cette technique de verre peint durant ses traversées de l’Immatériel en songe. Il s’était donc attelé à les confectionner, avec l’aide enthousiaste de Dagna.
Le matin même, Sera, absolument incapable de garder le secret, avait mis Iron Bull dans la confidence. Celui‑ci s’était aussitôt proposé de préparer un plateau repas digne de ce nom avec l’aide de la Charge, et tous ensemble, ils avaient assiégé la cuisine d’Idriss, la tavernière qui avait hurlé son mécontentement sous le nez de Cullen. Ce dernier avait alors juré de payer toutes les consommations pour ce rendez‑vous, avant de devoir freiner l’enthousiasme de la Charge lorsqu’ils avaient débarqué avec trois plateaux débordant de charcuterie, de fruits et de pâtisseries.
Quant au Qunari, il était descendu dans la réserve personnelle de l’Inquisiteur pour en remonter trois bouteilles de vin rare.
— Par le Créateur…, s’était impatienté le commandant. Nous ne serons que deux. Je n’ai pas l’intention d’inviter toute l’Inquisition à ce tête‑à‑tête.
— Elle a une bonne descente, la petite, faut se méfier, s’était défendu le Taureau.
— Je ne cherche pas à l’enivrer. Je vous remercie pour votre aide… sincèrement. Mais c’est trop.
Iron Bull avait haussé les épaules avant de repartir avec deux des bouteilles que Cullen était persuadé que Trevelyan ne reverrait jamais. Maussade et Crem avaient réorganisé les plateaux pour n’en laisser qu’un seul, joliment présenté.
Cullen avait observé toute cette préparation avant de soupirer. Il avait l’habitude de l’adrénaline avant les combats, du stress qui montait, de sa respiration qu’il devait maîtriser, et il s’étonna de retrouver cette même sensation pour un simple rendez‑vous. Rendez‑vous qu’il n’avait même pas encore proposé à la jeune femme. Peut‑être que toute cette préparation serait vaine. Peut‑être que Théa allait refuser de venir.
— Il reste les fleurs, lui avait soufflé Sera en croisant les bras, un sourire en coin. Vous avez fait un choix ?
Cullen s’était passé une main nerveuse dans la nuque. Les fleurs. Il avait répété cette scène une vingtaine de fois avec Trevelyan. Il s’était senti ridicule à lui tendre un bouquet de flèches, mais l’Inquisiteur l’avait fait recommencer encore et encore, jusqu’à ce qu’il oublie qu’il répétait avec un ami plutôt qu’avec celle qu’il chérissait.
Quand enfin il avait réussi à tendre le bouquet sans trembler, en prononçant les mots d’une voix calme et assurée, seulement à ce moment‑là Trevelyan avait souri, accepté les flèches et imité la voix d’une jeune femme enamourée. Ce qui avait, bien entendu, amusé Sera et profondément agacé le commandant. Pourtant, à présent, ce souvenir lui arrachait un sourire tendre.
— J’aimerais lui offrir des embriums…, murmura‑t‑il en se souvenant de ce qu’il avait entendu dans l’Immatériel.
Théa avait apporté ces mêmes fleurs à son chevet quand il était inconscient.
— Je vais vous chercher ça, avait répondu l’archère avec un sourire aimable.
— Est‑ce réalisable ? Vous n’avez pas le temps de descendre dans la vallée et de revenir à temps.
— On a un jardin, commandant.
Cullen avait écarquillé les yeux avant de froncer les sourcils.
— Je ne vais pas voler des fleurs à Théa pour ensuite, les lui offrir !
— Vous ne volez rien. C’est moi qui le fais, s’était agacée l’elfe.
— C’est la même chose.
— D’accord, s’était impatientée son interlocutrice. Je crois que Joséphine en a dans son bureau. Elle me les donnera sûrement. Si pas… ça vous ennuie si je les vole à l’ambassadrice ?
Cullen avait secoué la tête, dépité. Quoi qu’il puisse dire, il savait que l’elfe n’en ferait qu’à sa tête. Cette dernière s’était éclipsée par la porte en sautillant comme une gamine qui passait un moment exaltant et le commandant avait fermé les yeux en priant Andrasté de l’aider à réussir dans cette mission personnelle qu’il s’était lancée.
Le reste était arrivé trop vite : l’emballage maladroit des fleurs, le coup frappé à la porte, puis la voix de Théa qui les surprenait en pleine préparation.
Et ils en étaient là : Théa en face de lui, qui triturait ses mains fines avant de répondre à sa proposition de pique‑nique par un acquiescement discret.
Sans attendre, le cœur gonflé de joie, il l’invita à s’asseoir dans cette pièce qu’elle connaissait mieux que lui. Elle le frôla pour venir s’installer face au plateau. Certes, rien ne se déroulait réellement comme prévu, mais cela n’avait plus d’importance. Elle était là. C’était tout ce qui comptait.
Il attrapa maladroitement le bouquet de fleurs. Il se souvenait des mots que Trevelyan lui avait appris à prononcer :
« Ces fleurs vous ressemblent, fragiles et fortes à la fois. Elles survivent malgré les failles, malgré les pluies, malgré les tempêtes. Elles vous ressemblent. »
Cullen n’avait pas encore choisi les fleurs qu’il voulait offrir à ce moment‑là, mais l’Inquisiteur lui avait assuré que cela n’avait pas d’importance. Que toutes les fleurs se battaient pour vivre, et que Théa y verrait l’intention, non le message.
Pourtant, lorsque Cullen tendit le bouquet, il ne parvint à prononcer que deux mots, après s’être raclé la gorge comme s’il mourait de soif :
— Pour vous…
Théa leva vers lui des yeux timides et, avec un sourire poli, prit le bouquet. Ses mains tremblaient, un détail qui n’échappa pas à Cullen. Dans son regard, il crut lire de la surprise, un léger égarement, et même une forme de culpabilité. Il comprit pourquoi. Elle ne s’attendait pas à ce rendez‑vous. Elle avait imaginé que…
Cullen s’étonna à nouveau qu’elle ait pu croire qu’il entretenait une liaison avec l’archère. Il ne pouvait pas lui en vouloir : lui‑même avait, par le passé, supposé que la relation entre maître Dennet et l’herboriste était tout autre.
— Vous avez organisé tout cela…, dit‑elle d’une petite voix.
— J’ai été bien entouré, répondit‑il simplement. Je n’ai jamais été très doué avec ce genre de préparation.
— Le bouquet de flèches…
Les joues de Cullen rosirent.
— Vous êtes au courant.
Il eut un petit rire gêné avant de s’asseoir près d’elle, en laissant un peu d’espace entre eux, désireux de ne pas s’imposer si elle ne le désirait pas.
— Je vous ai vu, sourit‑elle.
— Je devais être bien ridicule.
Elle secoua doucement la tête. Son regard se perdit un instant dans ses pensées. À son léger froncement de sourcils, il comprit qu’elle ruminait ce qu’elle avait cru comprendre. Un conseil de Trevelyan s’imposa à lui : « Ne laissez pas un silence trop long s’installer ! »
— J’espère que les embriums vous plaisent, s’empressa‑t‑il d’ajouter avant qu’un sourire espiègle n’étire le coin de ses lèvres. Mais si vous préférez des flèches… je peux aller en chercher immédiatement.
Un rire retentit bruyamment derrière la porte, signe évident que Sera avait l’oreille collée au battant pour les écouter. Puis des pas lourds suivirent, et l’elfe poussa un cri de protestation à l’attention d’une « grosse brute » de Qunari.
Théa eut un sourire gêné à l’attention du commandant. D’une main nerveuse, elle lissa le tissu de sa robe pour faire disparaître un pli inexistant.
— Solas me reproche souvent de m’être entourée de la personne la plus insensée de l’Inquisition.
— Je crois que vous n’auriez pas pu espérer une amie plus fidèle que notre elfe espiègle, répondit Cullen avec un sourire sincère, car il pensait chaque mot. Je dois avouer que je me suis attaché à elle aussi surprenant que cela puisse paraitre… mais par le Créateur, ne lui en dites pas un mot !
Théa rit doucement, ses joues rosissant de plaisir par cet échange léger, avant de porter son attention sur le plateau repas. Elle posa les yeux sur Cullen, une question silencieuse dans le regard.
— Oui, oui, bien sûr, servez‑vous, dit‑il en se redressant pour verser un peu de vin dans deux gobelets d’étain.
Il regretta un instant de ne pas avoir opté pour des verres en cristal, puis se reprit. Théa, bien qu’issue d’une famille noble, ne se formaliserait pas de ce genre de détail. Elle savourerait l’instant présent comme lui. Du moins, il l’espérait.
Il lui jeta un regard en biais et la vit porter un raisin à ses lèvres. Ces mêmes lèvres qu’il avait un jour embrassées… et dont il avait regretté de s’être éloigné à son retour d’Halamshiral. Il détourna les yeux. Ce n’était pas le moment de penser à ça.
Ou bien, si, justement.
Halamshiral était le moment exact où son orgueil blessé avait tout gâché.
— Je suis désolée, déclara soudain Théa alors qu’il soulevait sa coupe pour boire.
Elle l’imita et but une longue gorgée avant de relever les yeux afin de les ancrer aux siens. Il déglutit. Par Andrasté… comme elle était belle sous la lumière des lanternes colorées. Théa avait toujours été à ses yeux une femme magnifique, mais aujourd’hui, elle lui paraissait non seulement sublime, mais également éblouissante. Il déglutit, incapable de détourner le regard de cette vision angélique, comme si un simple battement de cils risquait de la faire disparaître. Or, il l’avait déjà perdue une fois… A présent, il ferait tout pour que cela n’arrive plus. Il se racla la gorge mais Théa le devança à nouveau :
— J’aurais dû être honnête avec vous dès le départ. Je suis une Montclair. Je savais pour votre sœur… et pour mon frère.
Cullen se raidit. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle commence par là. Il avait imaginé ce rendez‑vous pour lui offrir ses excuses, non pour recevoir les siennes. Théa inspira, et il vit ses doigts se crisper légèrement sur le tissu de sa robe.
— Je n’ai jamais approuvé les actes de ma famille, dit‑elle. Je me suis toujours tenue à distance de ce qu’ils faisaient.
Elle releva les yeux vers lui. Il n’y lut ni fuite ni hésitation, seulement une détermination fragile.
— Quand j’ai compris qui vous étiez… et qui était Mia… j’ai eu peur. Peur d’être châtiée pour des actes qui ne m’appartenaient pas. Peur que vous puissiez me renvoyer à eux. Peur que vous blâmiez Dennet par ma faute.
Cullen retint son souffle.
Elle le regardait avec tant de fierté, sans jamais baisser les yeux, sans trembler, sans crainte. Cette femme n’avait pas besoin d’armure pour être ressembler à une guerrière. Elle se livrait entièrement, sincèrement. Il ressentit une douleur dans la poitrine. Théa était plus courageuse qu’il ne l’avait jamais été.
Il secoua lentement la tête.
— Non, Théa. Vous aviez raison. Je le sais à présent.
Il se pencha légèrement vers elle, ressentant désespérément le besoin de la toucher et incapable de retenir la douceur qui l’envahissait.
— Vous n’avez rien d’une Montclair. Vous êtes une Dennet et vous le serez toujours. Désormais, à mes yeux aussi. Je vous le promets.
Elle lui jeta un regard étonné avant de détourner les yeux, gagné par un émoi qu’elle peinait à contenir. Cullen hésita un instant, puis il tendit la main et prit la sienne. Il avait besoin de la garder près de lui, de la rassurer mais surtout de s’assurer que ce lien qu’ils reconstruisaient était bien réel. Il sentit les doigts, si doux, si fins, se refermer timidement autour des siens. Cette main fragile… celle qu’il avait aimée sentir glisser sur sa peau lorsqu’elle avait soigné sa blessure après le duel.
— Par le Créateur, Théa… J’ai préparé ce pique-nique pour vous offrir mes excuses, et vous me laissez sans voix avec les vôtres.
— Vous n’avez pas à vous excuser, murmura-t-elle.
— Je le dois. Je vous le dois.
Il serra davantage sa main, comme pour ancrer ses mots.
— J’ai été un idiot, aveuglé par une blessure dont vous n’aviez aucune responsabilité. Je ne sais pas comment vous promettre que je ne ferai plus jamais la même erreur.
Il soupira et s’adossa contre le dossier du canapé. Sa main libre glissa nerveusement sur son visage, mais il ne lâcha pas celle de Théa. Il sentit le froissement léger de sa robe, devina qu’elle se tournait vers lui, qu’elle cherchait son regard et son cœur se serra.
— Théa… vous aviez toutes les raisons de me détester. Mais malgré tout, malgré mes mots et mon comportement injustes envers vous… vous vous êtes toujours montrée prévenante à mon égard. Vous n’avez jamais cessé de prendre soin de moi.
Il secoua la tête, incapable de comprendre où elle avait puisé une telle bonté alors qu’il ne la méritait pas. Puis il se tourna vers elle pour lui faire face et, d’une main tremblante, il glissa une mèche de ses cheveux derrière son oreille.
— Je m’en veux profondément. Plus que je ne saurais le dire. J’espère qu’un jour, vous aurez la force de me pardonner.
Lentement, il porta les doigts fins à ses lèvres et les effleura. Il la sentit tressaillir, un frémissement minuscule, mais qui lui traversa le cœur.
— Tous ces gestes… toutes ces attentions que vous avez eues pour moi, ce, malgré mon attitude déplorable, malgré mes doutes, continua-t-il.
Il ferma les yeux et inspira plusieurs fois, un poids immense sur la poitrine.
— J’ose espérer que vous voulez encore de moi...
Théa resta silencieuse un instant, durant lequel le souffle de Cullen se suspendit. Ce dernier le reprit seulement lorsque les doigts de la jeune femme s’entrelacèrent doucement aux siens. Elle leva les yeux vers lui, et Cullen y lut une émotion qu’elle tentait visiblement de contenir. Quand elle parla enfin d’une voix tremblante, une larme glissa le long de sa joue :
— Je pensais que vous ne vouliez plus de ce lien entre nous.
Cullen plissa le front et avança sa main pour essuyer du pouce la perle sur sa joue. Ses doigts suivirent la ligne délicate de sa mâchoire avant de se poser sous son menton. Lentement, il le lui souleva pour plonger ses yeux dans les siens.
— Par le Créateur, Théa… Je vous veux à mes côtés. Toujours.
Avec une lenteur presque hésitante, il s’approcha davantage, jusqu’à ce que son front vienne se poser contre celui de Théa. Le contact était léger, fragile, comme s’il craignait qu’un geste trop brusque ne la fasse disparaître. Leurs souffles se mêlèrent, tièdes et irréguliers comme si leurs respirations cherchaient à s’accorder. Il resta ainsi un moment, immobile, le cœur battant contre sa cage thoracique, incapable de rompre cette proximité qui lui avait tant manqué. Par Andrasté, Théa était sa dyade, celle qu’il désirait chérir le restant de ses jours.
Avec une délicatesse presque douloureuse, il glissa sa main dans la nuque de la jeune femme. Ses doigts trouvèrent la chaleur de sa peau, la douceur de quelques mèches dorées, et il sentit un frisson imperceptible répondre au sien.
Il inclina légèrement la tête, cherchant des yeux la permission silencieuse. Et quand il lut le regard ému et brulant de celle qu’il aimait, alors, enfin, il posa ses lèvres sur les siennes.
Ce n’était qu’un effleurement, un baiser si léger qu’il aurait pu passer pour un rêve. Mais Cullen y mit tout ce qu’il n’osait pas dire : la peur, le manque, la certitude qu’il ne laisserait plus ce lien se briser. Un baiser fragile, un écho d’un engagement qu’il sentait naître au creux de sa poitrine et qu’il désirait voir grandir pour les années à venir. Une promesse qu’il n’avait aucune intention de rompre, ni aujourd’hui, ni demain. Soudain, Soudain, Théa répondit à son baiser en pressant davantage ses lèvres contre les siennes. La main de Cullen dans la nuque de la jeune femme affirma sa prise, et il approfondit doucement leur étreinte, laissant leurs souffles se mêler davantage.
Avec des coups brusques, quelqu’un martela vigoureusement la porte de la chambre. Leurs lèvres se séparèrent instantanément, mais Cullen refusa de lâcher celle qu’il venait de retrouver pour autant.
— Pourquoi j’entends plus rien ? Vous faites quoi ? Si vous osez faire des mini‑Cullens dans MA chambre… hurla Sera à travers le battant.
— Crem ! Je t’avais demandé de la surveiller ! s’agaça Iron Bull en arrivant à son tour, ses pas résonnant dans le couloir comme une menace à peine voilée.
— Mais elle m’a mordu ! se plaignit son bras droit tandis que les jurons de l’elfe s’éloignaient déjà dans le couloir.
Cullen ne put retenir un rire.
— Je suppose que désormais, Sera fera partie de mon quotidien.
— Elle fait partie du lot, oui, répondit Théa en frottant son nez contre le sien.
Il sentit son cœur battre plus fort face à cette tendresse simple et si intime à la fois
— Si c’est le prix à payer pour m’assurer que tu seras toujours près de moi, alors je m’en accommoderai…
Théa eut un souffle amusé et un sourire illumina tout son visage. Elle glissa une main contre la joue de Cullen, ses doigts effleurant sa barbe naissante, s’attardant sur la cicatrice à sa lèvre. Eblouie par cette femme qu’il aimait, il sentit son cœur s’emballer et ne résista pas. Il se pencha de nouveau et posa ses lèvres sur les siennes une seconde fois. Un baiser plus sûr, plus ancré, encore plus doux mais plus profond, comme s’il désirait partager avec elle la paix qu’elle avait ramenée en lui. Dans ce baiser, il comprit que le passé, les doutes et toutes les luttes qu’il avait portées en silence n’avaient plus de prise sur lui, et que tout ce qui comptait désormais se trouvait entre ses mains.
Epilogue
Alors, normalement, à partir de là, on dit qu’ils vécurent heureux et eurent plein de mini‑Cullen en culotte courte et de mini‑mademoiselle Proprette qui se tiennent bien droites.
Ouais, mais non.
Enfin… si, ils vécurent heureux.
Autant qu’un couple peut l’être, surtout avec une amie comme moi qui débarque régulièrement dans leur petite vie bien rangée. Faut dire que je suis la future marraine du petit bonhomme, ou de la petite lady, qui pousse sous le nombril de madame Rutherford.
Qui l’eût cru ? Après avoir été une Montclair et ensuite une Dennet, Théa est devenue une Rutherford.
Alors, c’est pas arrivé tout de suite. Il a pris son temps, le commandant aux cheveux trop propres. Il a attendu que l’Inquisition soit dissoute et d’être définitivement débarrassé de ses fonctions pour épouser sa petite herboriste. Il voulait bien faire les choses, notre Cullen. Il voulait que la guerre contre Corypheus soit finie, qu’on ait retrouvé Solas (un enfoiré, celui‑là !), que Trevelyan perde un bras… Bref, il voulait que tout soit calme pour enfin vivre une vie plus sereine avec sa chérie dans une ferme près de notre palefrenier.
Enfin, il a voulu faire les choses proprement… Mouais. Elle était quand même déjà enceinte le jour du mariage. C’est loin d’être un ange, le brave Cullen. Il cache bien son jeu. Un petit dévergondé.
Bref, il va y avoir un bébé et je serai la marraine.
Idée qui déplaît terriblement au commandant mais qui m’enchante. C’est pas l’arrivée du bébé, hein, qui l’agace. Ça, ça le rend complètement gaga. J’ai jamais vu un homme prendre autant soin de sa femme depuis qu’elle lui a annoncé la grande nouvelle.
Mais m’avoir moi comme marraine de son rejeton ?
Ah, ça, ça le fait paniquer.
Et rien que pour ça, j’envisage de bâtir une petite maison près de la leur. Juste pour le plaisir.
Mais bon… comme je vous l’ai dit, ça, c’est plus de deux ans après qu’on ait botté le cul de l’autre engeance et de son archidémon. Entre‑temps, il s’est passé plein de trucs. D’ailleurs, faut que je vous parle de notre Garde des Ombres. Un cachotier, lui aussi. Comme Solas, mais en moins pire, cela dit.
Je vais vous raconter son histoire. Ça risque d’être un peu long. Faudra être patient et bien m’écouter, sinon paf ! Je vous envoie une flèche dans le derrière si vous osez me faire répéter.
Bon alors… par où commencer…
Ah, je sais : par l’arrivée d’une ravissante tavernière à Fort Céleste…
Note de l'autrice:
Merci ! Merci !
Je ne m’attendais pas à ce que, pour une première fanfiction, vous soyez si nombreux à l’avoir lue. Je ne sais comment vous remercier. Je suis sincèrement émue par votre patience, votre soutien (parce que oui, en voyant le nombre de vues et de téléchargements, je vous assure que mon petit cœur frémissait de bonheur !) et par le fait d’avoir trouvé des lecteurs. Merci pour votre tolérance concernant mes fautes d’orthographe, souvent catastrophiques malgré mes relectures !
Je vais poursuivre dans la continuité de cet univers, avec une histoire parallèle centrée sur Blackwall et une OC, qui se déroule en même temps que celle de Cullen et Théa. Comme vous l’avez compris, je vais donc m’attaquer à notre cher Garde des Ombres dans une fanfiction un peu plus osée… mais d’autres suivront ;) !
Un énorme merci à Ivcalou pour sa patience et ses précieux commentaires. <3