L'épée et le lys

Chapitre 28 : Cullen - Confidences à un ami

Par marina.bbr

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       —  Doucement commandant. Vous dormez depuis trois semaines, rien ne presse.

            —  Je suis le commandant de l’Inquisition, Cassandra, je ne peux pas rester dans ce lit indéfiniment.

La chercheuse grogna et Cullen eut un sourire. Comme ce son lui avait étrangement manqué. Jamais il n’aurait cru un jour penser cela.

A son réveil, le matin même, Solas lui avait fait un rapide récapitulatif de son état de santé général. Vivienne l’avait plongé dans un coma artificiel afin de l’aider dans son sevrage, ce sans douleur. Cullen comprenait mieux son séjour étrange dans l’Immatériel. Il en discuta longuement avec l’apostat, qui lui expliqua ce qu’il y avait vu, senti et entendu. Si le lyrium avait été autant présent dans son cauchemar, ce n’était pas pour rien. Il était en plein combat après tout.

            —  D’après ce que vous me dites, cela a été bénéfique, avait déclaré l’elfe, satisfait de ces informations.

            —  C’était surtout une expérience déstabilisante.

            —  L’Immatériel est fascinant, n’est-ce pas, commandant ?

            —  Personnellement, j’aurais tendance à le qualifier d’inquiétant.

Solas eut un rire léger.

            —  Rares sont ceux qui en comprennent toute la beauté.

Alors qu’il discutait avec l’elfe, il n’avait pas vu Théa s’éclipser et regretta de ne pouvoir discuter ouvertement avec elle. Elle avait été un élément important dans cette étrange aventure irréelle. Elle avait été son nord. Il avait tellement de choses à lui dire. Tant d’excuses à lui faire. Toutefois, Solas l’obligea à garder le lit durant quelques heures encore. Le temps pour son corps de se reconnecter au monde réel. On ne reste pas aussi longtemps inconscient sans conséquences. Sagement, Cullen avait obéi. Mais la nouvelle de son réveil avait fait le tour de Fort Céleste et les visites à son chevet s’enchainèrent. Il y allait de ses soldats qui étaient ravis de retrouver leur commandant aux hommes de la Charge qui lui proposaient déjà de boire quelques chopes de bière forte pour l’aider à se remettre de ses émotions. Vinrent également les compagnons de l’Inquisiteur, dont la bonne humeur éclata aussitôt en un joyeux chahut, incapable d’afficher leur soulagement autrement que dans un brouhaha infernal.

A présent, les conseillers étaient réunis autour de son lit et l’observaient ou plutôt… le maternaient.

            —  Ouvrez la bouche commandant, un peu plus grand.

Alors que Joséphine approchait la cuillère de ses lèvres, Cullen recula instinctivement la tête et tenta de s'en emparer mais l'ambassadrice était plus rapide qu'il n'y paraissait. Ou était-ce lui qui était devenu plus lent durant sa convalescence ?

            —  C'est ridicule, je peux manger tout seul. Donnez-moi cela, s'impatienta-t-il.

            —  Voyons Cullen, intervint Léliana, vous ne voyez pas que Josie développe son instinct maternel.

            —  Pas du tout, se défendit cette dernière.

            —  Peut-être que conter fleurette avec l'Inquisiteur lui donne des envies de maternité, ajouta Cassandra.

            —  Mais pas du tout ! rougit l'ambassadrice.

Cullen s'enfonça dans son oreiller en poussant un soupir las. Il regrettait presque sa promenade dans l'Immatériel où tout était finalement si calme, si apaisant. Il tourna la tête dans la direction de Trevelyan qui souriait en observant la dame Antivane.

            —  Et vous, vous ne dites rien ? s'agaça Cullen en lui jetant un regard désapprobateur.

L’Inquisiteur se contenta d'un sourire espiègle.

            —  Tout ce que je vois, c'est un joli tableau attendrissant.

Avec un grognement de frustration, Cullen tendit alors le bras et s'empara du bol de porridge au poulet des mains de Joséphine. Hors de question que les trois conseillères puissent s'amuser à ses dépens une fois de plus.

            —  Ne soyez pas aussi bougon, commandant, s’amusa Léliana, nous sommes simplement soulagés de vous revoir. Vous nous avez manqué.

            —  Effectivement, vos connaissances militaires nous auraient été d’un précieux atout ces dernières semaines.

            —  Toujours aussi pragmatique, Cassandra, ironisa la maitresse espionne.

Cullen se tut, mais les voix entendues dans l’Immatériel lui revinrent en mémoire, celles où il avait perçu l’inquiétude sincère de ses deux collègues. Amies ? Oui. Oui, il pouvait désormais les appeler ainsi.

            —  Racontez-moi, dit-il en deux bouchées.

            —  Il y a tant à dire, annonça Joséphine. Je vous ai préparé de nombreux rapports. Je vais demander à un agent de vous les…

            —  Josie, ma chère, intervint Trevelyan. Je ne pense pas qu’une dose considérable de lecture soit ce dont notre commandant ait envie dans l’immédiat.

L’inquisiteur eut un sourire indulgent et tendre pour celle qui partageait désormais sa vie. Cullen les jalousa un bref instant. Aurait-il un jour ce genre de regard doux envers celle qui lui était chère ? Il en avait déjà eu, jusqu’à ce que les doutes et son orgueil gâchent tout. Bon sang, il devait trouver Théa, lui parler…

            —  Que voulez-vous savoir, commandant ? interrogea Cassandra en s’installant sur une chaise pour lui faire face.

            —  Commencer par l’Inébranlable.

La chercheuse acquiesça avant de regarder ses collègues. Puis, elle lui raconta. L’assaut de la forteresse des gardes des Ombres avait été chaotique bien que glorieusement menée. Jusqu’à ce que l’archidémon s’en mêle. Trevelyan lui expliqua son bref passage dans l’Immatériel. Non pas en songe comme lui mais physiquement. Cullen ne pouvait concevoir une telle chose, il acceptait déjà difficilement son propre séjour dans le monde liminal en tant que rêve au point qu’il lui semblait impossible de s’y promener réellement. Pourtant, Stroud y était mort. Il s’y était sacrifié pour permettre à l’Inquisiteur de survivre et empêcher les desseins de Coryphéus. Son sacrifice avait non seulement sauvé Trevelyan et Hawke, mais avait permis aux gardes des Ombres de se rallier à leur cause. Décision qui fit grimacer le commandant.

            —  Vous n’étiez pas là, Cullen, l’avertit Trevelyan en lisant la désapprobation sur ses traits. Et je sais pertinemment ce que vous allez me dire. Il y a des mages parmi eux, des mages qui ont cru à un faux appel et qui n’ont pas hésité à sacrifier les leurs par pure folie. Mais j’ai décidé de leur faire confiance et vous ferez de même.

Cullen racla le fond de son bol avec la cuillère et se tut. Même s’il n’était pas d’accord avec ce choix, il n’en dirait rien. Après tout, l’Inquisiteur avait déjà choisi les mages à Darse à la place des Templiers et ces derniers avaient fait leurs preuves en servant l’Inquisition comme les autres soldats.

            —  Nous avons découvert la prochaine destination de Coryphéus, annonça Léliana en rôdant autour de son lit comme un de ses corbeaux autour d’une proie affaiblie.

Elle lui parla du temple de Mythal dans les terres sauvages d’Arbor. D’après ses espions, le templier rouge Samson n’avait pas encore trouvé sa localisation et en toute honnêteté, l’Inquisition non plus. Le temple était bien caché, même Solas ne semblait pas savoir où le trouver. Le mage n’appréciait d’ailleurs pas l’idée que l’on puisse fouler ces terres sacrées. Néanmoins, il aidait activement à les localiser.

            —  D’autres petits éléments peuvent vous intéresser, annonça Joséphine. Des anecdotes comme des petits soucis que nous avons avec certains agents de l’Inquisition.

Ainsi Cullen découvrait pourquoi l'arbalète de Varric s'appelait Bianca, qu’Iron Bull était désormais Basalit-an — un Tal-Vashoth par trahison — depuis qu’il avait choisi de protéger la Charge. Cullen apprit également que Cole, Solas et Varric partiraient, avec l’Inquisiteur, très prochainement pour Golefalois afin de comprendre le passé du garçon. Mais aussi que Blackwall avait disparu laissant la tavernière furieuse à cause de l'ardoise impayée qu'il avait laissée derrière lui. Ce qui selon Joséphine n’annonçait rien de bon. Sans oublier qu’un noble s’était foulé la cheville dans les escaliers de la cour inférieure de Fort Céleste et cherchait à baisser la crédibilité de leur organisation en dénigrant la qualité de leur battisse.

            —  Cet idiot s’est pris le pied gauche dans son propre pied droit ! s’agaça l’ambassadrice avant que Trevelyan ne pose une main sur son dos pour l’apaiser.

            —  Josie a besoin de se détendre… Peut-être devrions-nous organiser un bal pour lui changer les idées, proposa Léliana. Un bal en l’honneur du retour du commandant.

Cullen grogna, imité par Cassandra. Mais Joséphine leva les yeux au ciel.

            —  Et qui devra organiser le bal ? Moi ! Oubliez cela. Nous ferons la fête quand toute cette histoire sera finie. Même si, il va de soi, je suis heureuse de vous revoir parmi nous, commandant.

            —  J’en prends bonne note, ambassadrice, répondit Cullen avec un sourire en coin. En attendant, j’ai besoin de me dégourdir les jambes. Un tour sur les chemins de ronde me ferait le plus grand bien.

            —  Est-ce bien raisonnable ? s’enquit Trevelyan en fronçant les sourcils.

            —  Si vous en doutez, je vous propose de m’accompagner, Inquisiteur.

Ce dernier accepta sans ciller. Cullen se leva, chancela durant trois pas avant de retrouver son équilibre. Ses jambes étaient parcourues de petites décharges électriques à chaque pas qu’il faisait. Cependant, rapidement, elles disparurent et il sembla à Cullen que son étrange sommeil n’avait pas duré trois semaines.

Le fort était agité comme à son habitude. La Charge avait pris en main l’entraînement des soldats en leur enseignant des méthodes peu orthodoxes mais qui semblaient faire leurs preuves. Alors que Cullen grimpa les escaliers qui menaient aux chemins de rondes menant à son bureau, il leva les yeux vers le ciel bleu où un soleil doux brillait. Le vent lui fouetta le visage et il en sourit. Il était en vie.

Une fois en haut, son regard se plongea sur les étendues blanches des Dorsales de Givre et il prit une profonde inspiration en fermant les yeux. Puis, lentement, il se tourna vers l’intérieur du bastion et regarda la vie qui s’y agitait. Il découvrit la tavernière traverser la cour d’une démarche furieuse, elle revenait, semble-t-il, de la grange où le Garde des Ombres, disparu, avait installé ses quartiers à son arrivée à Fort Céleste. Plus bas, le commandant vit Dennet caresser l’encolure d’une de ses précieuses montures. Un peu plus loin, sur la passerelle qui menait au bureau de Solas, il trouva Dorian en pleine échange houleux avec Mère Gisèle. Cullen secoua la tête : rien n’avait réellement changé, Fort Céleste restait plein de vie.

Puis une silhouette attira son attention, Sera gigotait autour d’une autre qui avançait lentement. Théa souriait à son amie et marchait en boitant. Cullen fronça les sourcils avant de se tourner vers l’Inquisiteur et de lui adresser une question silencieuse. Trevelyan qui avait suivi son regard haussa d’abord les sourcils.

            —  Vous n’êtes pas au courant ? Elle ne vous a rien dit ?

            —  Nous n’avons pas encore eu la possibilité de discuter.

            —  Je vois…

Cullen observa l’Inquisiteur s’adosser contre un merlon et le dévisager les bras croisés comme s’il cherchait à lire en lui. Qu’il le fasse donc ! Cullen n’avait plus rien à cacher et encore moins à cet homme qui semblait lire en lui comme dans un livre ouvert. Pourtant Cullen détourna les yeux et observa Théa qui riait à une histoire probablement insensée que l’elfe devait lui raconter.

            —  Disons que notre herboriste a fait preuve de beaucoup de courage durant l’assaut de l’Inébranlable, avoua Trevelyan en se rapprochant de lui.

Cullen sursauta.

            —  Elle a été blessée ? Mais comment… Ne me dites pas qu’elle a pris part aux combats ?

            —  D’une certaine façon, oui. Elle a désobéi aux ordres donnés en entrant dans le vieux bastion pour porter assistance aux blessés que les mages ne priorisaient pas.

A ces mots, Cullen fronça les sourcils ne comprenant pas pourquoi la jeune femme aurait pris une décision aussi inconsciente. Toutefois, il se souvint que lui-même avait décidé de prendre part aux combats refusant de rester inactif tandis que ses hommes se sacrifiaient pour Thédas. Il hocha la tête. Théa avait sans aucun doute ressenti, comme lui, ce besoin d’être utile. Pourtant, ce n’était pas assez, Cullen devait savoir ce qui s’était passé.

            —  Expliquez-moi.

Quand Trevelyan lui raconta la blessure de Théa causée par une abomination, il se figea aussitôt. Le vent continuait de souffler sur les remparts, mais lui ne respirait plus. Ses doigts se crispèrent sur le parapet rugueux, comme s’il avait besoin de sentir la pierre pour ne pas vaciller. La nouvelle le traversait de part en part lui laissant un goût amer dans la bouche, dans la gorge, dans son cœur. Il aurait dû être à ses côtés, il aurait dû protéger Théa. Cette pensée le frappa plus fort que n’importe quel souvenir de lyrium ou de guerre. Il baissa la tête, les mâchoires serrées, incapable de masquer la blessure que ces mots venaient d’ouvrir.

            —  Vous n’auriez rien pu faire, Cullen. Vivienne est intervenue rapidement, le rassura l’Inquisiteur en percevant le changement en lui. La blessure, bien que sérieuse, pouvait être soignée par la magie.

            —  Et ensuite ? L’histoire ne s’arrête pas là, n’est-ce pas ? Sinon elle serait guérie comme je le suis.

            —  Non, déclara Trevelyan en observant la jeune femme en contrebas.

Il prit une profonde inspiration.

            —  Ensuite, Commandant, elle vous a vu tomber.

Ces simples mots coupèrent le souffle à l’ancien templier. Trevelyan n’avait pas besoin de lui expliquer la suite. Il comprenait. C’était elle qu’il avait vue courir dans sa direction juste avant qu’il ne sombre dans l’inconscience. Bien entendu que c’était elle. Il aurait dû le comprendre plus tôt. Elle était intervenue pour le sauver. Il poussa un long soupir. Elle avait aggravé sa blessure pour lui… à cause de lui ?

Nerveusement, Cullen se passa une main dans la nuque et se mit à faire les cent pas sous le regard de l’Inquisiteur, qui trouvait visiblement quelque chose de touchant dans cette agitation maladroite. Le commandant remarqua le petit sourire en coin et s’impatienta :

            —  Je ne vois pas ce qu’il y a d’amusant.

            —  Vous !

L’inquisiteur partit dans un rire franc. Si fort que quelques têtes se tournèrent dans leur direction depuis la cour supérieure.

            —  Regardez-vous, Cullen. Il y a peu, vous juriez que plus jamais vous n’adresseriez la parole à cette jeune femme et maintenant, vous êtes là, comme un griffon qui ne sait plus s’il doit épargner une jeune biche ou la châtier.

            —  Je n’ai jamais… Je n’ai jamais cherché à la châtier.

            —  Vous avez raison : vous la boudiez.

Cullen s’offusqua et le rire de Trevelyan retentit une nouvelle fois. Par le Créateur, personne dans cette Inquisition n’a donc un minimum de tenue ?

            —  Il est temps, vous ne trouvez pas ? D’avoir une vraie discussion avec elle.

            —  Comment ? Et pourquoi m’écouterait-elle ? Je me suis montré tellement injuste…

            —  Et pourtant, elle est toujours là. Allons Cullen, je n’ai pas besoin de vous faire un dessin pour que vous compreniez que cette jeune femme a des sentiments pour vous. De toute façon, je ne suis pas doué dans les projets artistiques. Je pourrais éventuellement demander à Sera de nous peindre un chef d’œuvre, mais je crains que son dessin soit trop… explicite pour vos chastes pupilles.

Cullen secoua la tête tandis que Trevelyan affichait un immense sourire puis, il chercha à nouveau la silhouette de Théa des yeux et ne la quitta plus. Elle marchait toujours aux côtés de Sera et gravissait les marches qui mènent au hall du Fort. L’elfe faisait des pauses régulières pour raconter quelque chose de visiblement amusant car elle riait à ses propres blagues. Théa souriait avec plus de retenue en portant de temps en temps une main à ses joues, signe évident que l’humour de l’elfe était, comme souvent, douteux. Mais ce qui frappa principalement Cullen, ce fut le mouvement léger qu’elle faisait de son corps. Comme si elle essayait de mettre la majorité de son poids sur sa jambe valide afin d’épargner l’autre. Il la voyait glisser une main vers sa cuisse meurtrie. Avait-elle encore mal ?

Lui-même ressentait encore un léger pincement à son flanc pourtant la magie avait été efficace, la plaie avait disparu ne laissant qu'une cicatrice à peine visible. Une de plus et probablement pas la dernière… Mais cela n'avait pas été le cas pour la jeune femme. Théa garderait des séquelles toute sa vie. Toute sa vie elle boiterait. Ce ne serait pas arrivé si elle n’avait pas participé à l’assaut de l’Inébranlable et si elle n'avait pas tenté de le sauver. Par-dessus tout, Cullen ne supportait pas l’idée que cela puisse se reproduire.

            —  Ne devrais-je pas plutôt la renvoyer chez elle ?

            —  Pour quel motif ? s'étonna l'Inquisiteur en haussant un sourcil.

Cullen le fixa avec surprise.

            —  N'est-ce pas évident ?

            —  Sa démarche a beau être claudicante, cela ne l’empêche en rien d’entretenir le jardin.

Le commandant lui répondit par un froncement de sourcils avant de baisser les yeux sur ses propres mains qui s’attardaient sur la surface rugueuse du parapet. Trevelyan disait vrai. Rabaisser Théa à sa récente invalidité était absurde d'autant plus que la jeune femme n'accepterait probablement pas d'être écartée pour une telle raison. Il était même évident que Joséphine s'empresserait de lui trouver une nouvelle occupation. Théa avait su trouver sa place au sein de l'Inquisition. Cependant leur combat contre Corypheus n'était pas encore fini. Il y aurait d'autres batailles... d'autres blessures...

            —  Peut-être… devrions-nous la congédier pour manquement à un ordre donné, ou lui accorder un congé afin qu’elle puisse se reposer.

            —   Parce qu'elle ne devait pas pénétrer dans l'Inébranlable ?

L'inquisiteur eut un sourire taquin.

            —  Dois-je vous libérer de vos fonctions également, commandant ? Vous vous êtes vous-même montré très intrépide dans les plaines des Marches de l'Ouest. Ou dois-je vous renvoyer auprès de votre famille quelque temp afin qu'elle vous dorlote durant votre convalescence ?

            —  C'est différent, vous le savez, s’agita Cullen en secouant la tête.

            —  Vraiment ? Et en quoi ?

Cullen se passa une main dans la nuque en poussant un long soupir. Non, à nouveau, Trevelyan avait raison. Même si leur rang était différent, Théa avait agi au bastion des gardes, dans un but similaire au sien : prendre part au combat pour protéger des vies, lui avec son épée et son bouclier, elle avec ses plantes. Des actes similaires, guidés par la même envie : agir, aider et surtout se sentir utile. Il ne pouvait pas le lui reprocher. Non : pas quand sa propre faute reflétait la sienne.

Un sourire étira doucement ses lèvres alors qu'il vit la jeune femme retenir une mèche de cheveux qu'une bourrasque balayait devant ses yeux. Bien qu'elle ait été meurtrie, Cullen ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle avait fait preuve d'un grand courage. Il se souvenait encore de la jeune femme arrivée à Darse, juchée sur un étalon aux côtés de Sera, et qui en était descendue avec tant de maladresse. Cette fois‑là, il l’avait jugée trop rapidement. Il avait cru qu’une jeune femme réservée et gauche n’aurait pas sa place au sein d’une telle organisation. Pourtant, il devait se l’avouer : il avait eu tort. Théa s’était adaptée ; elle avait affronté des événements qui auraient traumatisé plus d’une personne, avec une patience et une force qu’il ne lui aurait jamais soupçonnées. Et puis, surtout, déjà à cet instant, elle avait éveillé quelque chose en lui. Quelque chose qu’il n’avait pas su nommer lors de cette première rencontre. Quelque chose d’assez semblable aux graines qu’elle plantait à Fort Céleste, et qui, sans bruit, avaient commencé à germer en lui.

Il sourit un peu plus. L’évidence s’imposa à lui avec une douceur inattendue : il n’avait pas envie qu’elle parte.

            —  Je ne suis pas très doué pour tout cela, avoua-t-il maladroitement à l’Inquisiteur. Comment avez-vous fait avec notre ambassadrice ?

            —  Vous voulez savoir comment je l’ai séduite ? Avec mon charme naturel, je suppose.

            —  On croirait entendre parler Dorian ! s’impatienta Cullen.

            —  Je passe peut-être trop de temps avec lui pour le moment.

Trevelyan se rapprocha du commandant.

            —  Joséphine n’est pas Théa. Il m’a suffi d’être honnête et de vouloir prendre soin d’elle.

            —  C’est ce que je désire aussi, avoua Cullen en regardant l’herboriste qui disparaissait à présent à l’intérieur du bâtiment principal du Fort.

            —  Dans ce cas, j’ai peut-être quelques conseils à vous donner…




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