Entres les mondes, entres nous

Chapitre 48 : La vérité qui déchire …

Par marine.mazallon

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Le souvenir se dissipa 

Le salon revint d’un seul coup, non pas comme un décor qui se recompose, mais comme un souffle qui vous traverse, brutal, inattendu, presque douloureux. Jonathan sentit son corps se raidir avant même que son esprit ne comprenne qu’il était revenu chez lui, sur le canapéIl resta un instant immobile, les mains ouvertes sur ses genoux, comme s’il avait laissé tomber quelque chose d’infiniment précieux, quelque chose qu’il n’aurait jamais dû toucher, et son souffle, trop court, trop rapide, trahissait le choc qui continuait de vibrer en lui.

Il tourna la tête vers Rose.

Elle était là, exactement à la même place, mais tout en elle avait changé : la pâleur de son visage, la tension dans sa mâchoire, la façon dont ses doigts s’étaient crispés sur le tissu du canapé, comme si elle avait besoin de s’ancrer à quelque chose de réel pour ne pas retomber dans la ruelle de 1953. Ses yeux, grands ouverts, ne regardaient rien ; ils voyaient encore ce qu’elle n’avait jamais voulu revoir, ce qu’elle n’avait jamais voulu lui montrer, ce qu’elle avait porté seule pendant trop longtemps.

Jonathan comprit immédiatement, sans qu’elle n’ait besoin de parler, qu’elle n’avait rien contrôlé, rien choisi, rien voulu ; que ce souvenir n’était pas une décision, ni un geste, ni une volonté, mais une déchirure, un accident, une faille qui s’était ouverte sous leurs pieds et les avait engloutis avant qu’ils ne puissent se protéger. Il comprit qu’elle était aussi bouleversée que lui, peut‑être davantage encore, parce qu’elle savait ce que cela signifiait, parce qu’elle avait vécu cette scène une première fois, seule, sans témoin, sans soutien, sans personne pour la ramener.

Elle ouvrit la bouche, comme pour s’excuser, pour expliquer, pour dire qu’elle n’avait pas voulu, mais aucun son n’en sortit, et elle secoua la tête, un geste minuscule, presque enfantin, qui disait tout : je suis désolée, je ne voulais pas, je ne savais pas.

Jonathan sentit une vague étrange monter en lui, un mélange de douleur, de compassion et d’une lucidité nouvelle. Il aurait pu se mettre en colère, il aurait pu lui dire qu’elle l’avait blessé, qu’elle avait brisé quelque chose, qu’elle avait ouvert une porte qu’il n’était pas prêt à franchir, mais rien de tout cela ne vint, parce qu’il voyait trop clairement ce qui se passait en elle, parce qu’il voyait la peur, la culpabilité, la fragilité, et surtout cette vérité nue : elle ne voulait pas le blesser, elle ne voulait pas lui imposer ça, elle ne voulait pas qu’il porte ce poids.

Alors il murmura, la voix rauque, encore étranglée par le souvenir qui vibrait dans sa gorge :

— Ce n’était pas toi…

Rose ferma les yeux, comme si ces mots la traversaient de part en part, et Jonathan sentit sa propre respiration se stabiliser, très lentement, comme si le simple fait de la comprendre lui rendait un peu de solidité.

Il reprit, plus bas encore, avec une douceur qu’il ne se connaissait pas :

— Tu ne voulais pas me montrer ça.

Elle secoua la tête une deuxième fois, plus vite, plus fort, comme si elle voulait effacer l’image elle-même, comme si elle voulait arracher le souvenir de ses propres mains.

Jonathan ferma les yeux un instant, inspira profondément, puis les rouvrit avec un calme nouveau, un calme qui n’était pas l’absence de douleur mais l’acceptation de ce qui venait de se produire.

— Alors… ce n’est pas une blessure, dit‑il, et sa voix, cette fois, ne tremblait plus.

Un silence s’installa, un silence dense, lourd, mais pas hostile, un silence qui n’écrasait rien, qui n’accusait rien, un silence qui ouvrait quelque chose.

Jonathan la regarda longuement, puis ajouta, presque dans un souffle :

— C’est la vérité.

Et dans ces mots, il y avait tout : la fin de l’illusion, la fin du rêve parfait, la fin du non‑dit, et le début de quelque chose d’autre, quelque chose de fragile, de douloureux, mais de réel — le début de leur guérison.





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