Entres les mondes, entres nous

Chapitre 39 : L'interogatoire

Par marine.mazallon

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Vers 17h, Torchwood annonça enfin une avancée : Joan venait d’être retrouvée et amenée au siège pour être interrogée.

Convaincu qu’elle détenait des réponses, Jonathan demanda à Pete de la voir. Quelques minutes plus tard, on l’introduisit dans la salle d’interrogatoire. Joan était assise, calme, presque ennuyée. Mais quand elle le vit entrer, carnet en main, son regard changea.

Jonathan posa un verre d’eau devant elle.

— Bonsoir, Joan. Je vais aller droit au but. Où est Rose ?

Joan haussa les sourcils, incrédule.

— Jonathan ? Qu’est-ce que tu fais ici ? Depuis quand tu interroges des suspects ?

— J’ai beaucoup d’influence. Et je n’ai pas de temps à perdre. Où est Rose ?

— Je ne connais aucune Rose.

— Il s’agit de ma femme. Elle a été enlevée hier soir. Dis-moi où elle est.

Joan soupira, presque amusée.

— Tu crois que parce qu’on a failli s’embrasser, je suis impliquée dans son enlèvement ? Tu n’es pas sérieux.

Jonathan se pencha sur la table, la voix vibrante d'une colère contenue et d'une adrénaline désespérée.

— Le jour de sa disparition, elle a reçu plusieurs SMS d’un numéro inconnu. Ce numéro t’appartient. Et ta voiture a été utilisée.

— Ma voiture et mon téléphone ont été volés il y a deux jours.

Jonathan serra les dents.

— Admettons. Mais en fouillant ton domicile, on a retrouvé le Journal des Choses Impossibles. Un livre où figure un portrait de Rose.

Joan esquissa un sourire froid.

— C’est ridicule.

Elle fixa le verre d’eau sans y toucher.

— Je n’ai jamais écrit une ligne dans ce carnet. Il était chez moi, oui. On me l’a offert quand je suis devenue directrice.

Jonathan frappa la table du plat de la main, faisant sursauter les gardes à la porte.

— Arrête ! Tu veux me faire croire qu’un portrait de ma femme s’est glissé tout seul dans tes affaires ?

Joan soutint enfin son regard, impassible.

— Je ne suis pas ton ennemie, Jonathan. Tu refuses de le voir parce que tu as besoin d’un coupable. Mais ce carnet… ce n’est pas moi. Elle marqua une pause — La seule chose sur laquelle je t’ai mentis, c’est sur l’état de Thalia. Elle ne retrouvera certainement jamais la lumière. Mme de Pompadour a gagné. Je t’ai donné des faux espoirs uniquement pour pouvoir te revoir, parce que je t'apprécie énormément.

Un silence lourd s’installa. Derrière la vitre sans tain, Pete et Rocher échangèrent un regard. Jake, lui, fronçait les sourcils : Joan semblait sincère, mais chaque mot ajoutait une couche d’ombre.

Jonathan quitta la salle, le doute s'infiltrant enfin. Il ne croyait plus tout à fait à sa culpabilité directe. Une seule idée tournait désormais en boucle dans sa tête : le journal était la clé.

Il remonta s’installer dans le bureau de Rose. Seul. Le carnet posé sur le bois sombre.

La pièce était plongée dans une pénombre silencieuse.

Lui était à bout. Plus de quarante heures sans fermer l'œil.

Il ouvrit le Journal des Choses Impossibles, les yeux brûlants de fatigue, cherchant une ligne, un symbole, un fil conducteur… mais son corps finit par céder au poids de l'épuisement. La réalité se flouta.

Il s’endormit, la tête posée sur les pages rugueuses.

Le rêve arriva aussitôt. Pas une vision. Pas un souvenir.

Une lueur dorée, diffuse, chaleureuse et immensément ancienne.

Dans le sommeil de Jonathan, la lumière dorée effleura les pages du carnet.

Les mots se révélèrent, brillants, comme gravés au fer rouge dans la trame du temps :

« Sous les mannequins immobiles, semblables mais différents, là où la rencontre devint destin, descends dans l’ombre : c’est là que la volonté se brise et que le Cauchemar se réveille. »

En se réveillant, il ne ressentait plus cette lourdeur poisseuse qui l'assommait quelques minutes plus tôt. Le brouillard de ses trois jours d'épuisement s'était dissipé. Il se sentait étrangement reposé, l'esprit net et la tête claire, comme si ce bref sommeil avait suffi à balayer la fatigue.

Sur le bureau, le carnet était immobile, parfaitement ordinaire sous la lampe tamisée. Mais il connaissait le message. Il l’avait reçu.

— Tu n’as pas besoin de te montrer… Je t’entends quand même, murmura-t-il dans la pièce vide. Je sais où tu es, Rose.


Il laissa le journal sur le bureau, griffonna une adresse pour Pete et Jake, qu'il plaça bien en évidence sous un presse-papier. Et il partit






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