La petite famille Tyler resta un peu plus d’une semaine à la maternité, le temps que Torchwood répare les éclats de verre et les cicatrices laissés par l’Ordre. À première vue, tout semblait parfait. Susie grandissait, Jonathan s'affairait aux travaux avec une énergie débordante, et Rose affichait ce sourire radieux qui rassurait tout le monde.
Mais Jackie voyait au-delà des apparences. Elle observait sa fille, remarquant la fatigue sous ses yeux, et ce sourire de façade mais elle observait également Jonathan. Elle sentait chez lui une tension électrique, comme un moteur qui tourne trop vite en silence.
Le surlendemain du retour à la maison, Jackie était venue voir sa fille. En repartant, elle arrêta Jonathan dans le couloir. — Vous n’êtes pas obligés de rester ici, Jonathan. Venez à la maison . Vous avez besoin de calme.
Jonathan lui adressa un sourire impeccable — C’est gentil, Jackie. Mais Rose va très bien, elle est de nouveau sur pied. Nous sommes heureux.
Jackie fronça les sourcils, exaspérée. — "Heureux" ? Tu disparais dès que l'aube pointe et tu reviens avec ce regard vide. Je t’assure que Rose ne va pas aussi bien que tu veux le croire, et toi non plus.
Jonathan ne cilla pas. Il préféra ignorer l'avertissement. S'il avouait ses craintes, elles deviendraient réelles. Il devait porter ce poids seul pour ne pas contaminer Rose.
De retour dans leur maison, le silence devint une arme. Chaque jour, Jonathan quittait la maison tôt, prétextant des recherches à l'université, mais il passait des heures à traquer la moindre trace de William ou de l’Ordre. Il s'enfermait dans sa propre paranoïa, convaincu que s'il restait assez vigilant, l'univers ne lui arracherait pas sa famille.
Mais derrière ce rempart de secrets, Rose s’effondrait. Susie, si agitée dans ses bras, se calmait instantanément dès que Jonathan rentrait et la prenait. Elle sentait ce lien invisible qui apaisait l'enfant, un écho galactique dont Rose était exclue. Rose se sentait comme une étrangère, une mère inutile. Elle portait son sourire comme une armure, pour ne pas inquiéter Jonathan, tandis que lui portait le sien pour ne pas l'effrayer. Ils vivaient côte à côte, séparés par un océan de non-dits.